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Full text of "Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santé"

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SÉB. KNEIPP 



MA CURE D'EAU 



OU 



HYGIÈNE ET MÉDICATION 



LA GUERISON DES MALADIES 

ET 

LA CONSERVATION DE LA SANTÉ 

(Avec de nombreuses iigures dans le texte). 



Seule traduction française autorisée par Fauteur. 



aiIsrQXJA.3SrTE-GI3SrQXJIE;iVCE EX3ITIO]Sr 



STRASBOURG ;| PARIS 

F.-X. LE ROUX & Cie I Vr RETAUX & FILS 

T. . 
Libraires-Editeurs 1; Editeurs 

34, Rue des Hallebardes. ; 82, Rue Bonaparte 

I89C) 

Tous droits de traduction et de reproduction réservés. 



Dépôt général pour la France : 

Pharmacie L. SCHMITT, Pharmacien de 
r Classe à Choisy-le-Eoi (Seine). 

On y trouve toutes les plantes médicinales, ainsi 
que tous les produits en général employés dans la 
méthode de M Tabbé Kneipp. 

Envoi franco et gratis da prix-courant à toute per- 
sonne qui en fera la demande par lettre affranchie 

à la 

Pharmacie L. SCHMITT, à Ghoisy-le-Roi 

(Seine). 



Comme adjuvant de sa Cure d'eau, M. l'abbé Kneipp conseille de 
faire en même temps usage des spécialités médicales ci-dessous, pré- 
parées minutieusement selon ses indications par MM. L. Obruh^user 
et K.. Landauer, pharmaciens à Wurtzbourg. Dépôt général pour la 
France Pharmacie L. SCHMITT, à Choisy-le-Roi (Seine). 

Eau opTitalmique Kneipp, remède souverain contre es affections des 
yeux. — Thé dépuratif Kneipp, le meilleur correctif des vices du sang. 
— Thé Béchique Kneipp, souverain contre la toux. — Poudre d'os Kneipp 
ïioire, blanche ou grise, le fortifiant par excellence. — Ellxir Stoma. 
ohique Kneipp, souverain dans les afïections de l'estomac. — Thé Anii- 
hydropique Kneipp, le plus puissant des hydragogues. — Fouille régulateur 
Kneipp, n<^ I et n" II, souverains pour nettoyer l'intestin de toutes im- 
puretés. — Pilules Kneipp, toniques, laxatives et dépuratives par excel- 
lence. — Pharnnacie de poche et de voyage Kneipp, aussi élégante que 
commode, indispensable en voyage et chez soi. — Pomnrjade à base de 
Calendula, pour la guérison des plaies de toute nature. 

Contre les affections du cuir chevelu, la chute des cheveux, etc. : 

Eau capillaire au suc d'Ortie. — Huile capillaire au suc d'Ortie. — Huile 

de Bardane. 



MA CURE D'EAU 



ou 



HYGIENE ET lÉDlCATlOIV 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

Open Knowledge Gommons and Harvard Médical School 



http://www.archive.org/details/macuredeauouhygiOOknei 



SEB. KNEIPP 



MA CURE DE Al 



OU 

HÏGIÈl ET MÉDICATION 

POUK 

LA GUÉRISON DES MALADIES 

ET 

LA CONSERVATION DB LA SANTÉ 
(Avec de nombreuses figures dans le texte). 



Seule iraduciion française ^lI^^Hsjjiq pai l'^anteur. 



aiisrQxj-^^Tsn>E-a:z.t<rQTTj:!iàj3vrE éiditioio-. 



STRASBOURG || PARIS 

F.-X. LE ROUX & Cie vr RETAUX & FILS 

Libraires-Éditeurs < Éditeurs 

3é, Rue des Hallebardes. 82, Rue Bonaparte. 

é/ 1896 

Tous droits de traduction et de reproduction réservés 



. 11. I 



o 



Allez vous laver sept fois dans le Jourdain, et votre 
chair sera guérie et deviendra pure. 

(i. Reg. V, 10.) 



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PREAMBULE DU TRADUCTEUR, 



fE présent livre de M. Kneipp est un traité 
d'hydrothérapie populaire^ qui jouit d\ine 
vogue extraordinaire dans tous les pays de 
langue allemande. Il a paru, pour la première 
fois, au commencement de l'hiver 1886 à 1887; depuis 
lors les éditions se suivent rapidement, à peu de 
semaines d'intervalle, et, à l'heure qu'il est (mai 
1896^), le chiffre des exemplaires vendus monte à près 
de 100, 000. Quel autre ouvrage, surtout quel ouvrage 
de médecine a eu, dans l'espace de trois ans, tant 
Méditions ? Outre l'édition française , que nous 
présentons au public^ on vient de traduire cet 
ouvrage également dans plusieurs autres langues. 
Ce succès, du reste, s'explique aisément par le 
livre mêTne, qui, dans un style simple et compris 
de toutes les intelligences, expose une nouvelle 
méthode, facile et admirable, de guérir les mala- 
dies et de conserver la santé. Outre Vexposé général 
et théorique, l'auteur enseigne pratiquement la 
manière de guérir chaque maladie en particulier. 
Tout ce qu'il consigne par écrit, il l'a essayé, expé- 
rimenté, pratiqué cent et mille fois, depuis trente 
ou quarante ans. Depuis des années un nombre 
immense de malades vont rétablir leur santé à 



VI PRÉAMBULE DU TRADUCTEUR. 



Wœrishofen, village bavarois, où M. Kneipp exerce 
les fonctions de curé : il est non seulement un mé- 
decin de l'âme, il guérit aussi les maladies du 
corps. Wœrishofen, situé entre Memmingen et 
Augshourg, est devenu une célèbre station bal- 
néaire, fréquentée par toutes les classes de la société : 
on y rencontre hommes et femmes, riches et pauvres, 
prêtres et laïcs, les gens de la campagne comme les 
savants des villes. Tous ceux qui vont se faire traiter 
par M. Kneipp, en reviennent émerveillés. 

Naturellement les médecins ne restent pas étran- 
gers à ce mouvement, à cette nouvelle évolution de 
la science médicale. Beaucoup d^entre eux se sont 
rendus à Wœrishofen , pour examiner par eux- 
mêmes cette méthode de traiter par l'eau froide et 
pour sHnitier aux opérations de M. Kneipp. Et 
quel est le résultat de leurs études? Déjà il existe, 
en Allemagne et en Autriche, un certain nombre 
d'établissements organisés sur le modèle de celui 
de M^ œrishof e7i et dirigés par des hommes de l'art, 
qui mettent en pratique ce quHls sont allés apprendre 
chez M. l'abbé Kiieipp. 

C'est ainsi que nous trouvons, pour n'en citer 
que quelques-uns, des établissements hydrothéra- 
piques de ce genre k Biberach (Wurtemberg), sous 
la direction du D"" Stutzlé; à Rosenheim (Bavière), 
sous la direction du D*" Bernhuber ; à Traunstein 
(Bavière), sous la direction du D^ Wolf-, à Immen- 
stadt (Bavière), à Ulm (Wurtemberg), à Berlin, à 
Munich, etc., etc. 

Le livre Ma cure d'eau ou Hygiène et médication 
pour la guérison des maladies et la conservation de 
la santé a des qualités si éminentes, qu'il ne devrait 
faire défaut dans aucune bibliothèque, dans aucune 



PRÉAMBULE DU TRADUCTEUR. VII 

famille : c'est un ami et un guide pour l'homme 
du peuple comme pour les médecins eux-mêmes. 

Il va, sans dire que le traitement par Veau froide 
ne préserve pas de la mort; car il y a un proverbe 
qui dit : Il y a remède à tout, fors à la mort. Néan- 
moins^ il est constaté qu'un très grand nombre de 
"ïnalades, abandonnés par tous les médecins, ont 
été sauvés par M. Kneipp. 

Un médecin de renom s'exprime ainsi : «Je 
souhaite que tous les hommes civilisés fassent usage 
de cette nouvelle médication; car je considère M 
Vabbé Kneipp comme un génie et un médecin né, 
un vrai bienfaiteur de Vhumanité. » 

J. B, 



AVANT-PROPOS. 



^^'OMME prêtre je m'intéresse avant tout au salut 
^^M ^®^ âmes : pour elles je vis et pour elles je veux 
mourir. Néanmoins, durant les quarante der- 
nières années, les corps aussi, les corps sujets 
à la corruption, m'ont causé du travail, des sacrifices, 
des soucis. Mais cette occupation, je ne l'ai jamais re- 
cherchée; au contraire, la venue d'un malade m'a 
toujours été et m'est toujours (naturellement par- 
lant) à charge. Tenté de me soustraire indistincte- 
ment à toutes les consultations, je ne cédais qu'à la 
pensée à Celui qui est descendu du ciel pour guérir 
les maladies de chacun de nous, et au souvenir des 
promesses faites aux cœurs miséricordieux et au 
moindre verre d'eau (Matth. V, 7; Marc IX, 40). 
Cette tentation m'obsédait d'autant plus que mes 
îionoraires ne consistaient ni dans le gain matériel, 
ni dans la gloire, ni dans la reconnaissance ; c'est 
plutôt une perte de temps .incalculable, parfois la ca- 
lomnie et la persécution, souvent l'ingratitude, l'in- 
sulte et le mépris, qui constituaient ma seule récom- 
pense. Cela fut pour moi une preuve que je faisais 
bien, et je me résignai volontiers à mon sort. Toute- 
fois, après ces mésaventures, l'on comprendra mon 
peu d'inclination à écrire, d'autant plus que l'âge me 



XIÎ AVANT-PROPOS 



voudra bien les mettre au compte de mon tempé- 
rament un peu rude et âpre. J'ai vieilli avec ce 
tempérament et il m'est difficile, à mon âge, de le 
renier et de m'en séparer. 

Que la bénédiction de Dieu repose sur ce livre et 
raccompagne dans sa .pérégrination! 

Si un jour les amis de l'hydrothérapie apprennent 
que j'ai fait voyage pour l'éternité, ils voudront 
bien être assez complaisants, pour me faire arriver, 
moyennant un bon Pater ^ un jet d'eau réfrigé- 
rant dans le purgatoire, où le médecin par excel- 
lence, au moyen du feu, guérit et épure la pauvre 
âme pour la vie éternelle. 

Wœrishofen, le l'^'' octobre 1886. 

Séb. Kneipp. 



INTRODUCTION, 



^^JMlous ne trouverez jamais une ressemblance abso- 
^/j lument parfaite entre deux feuilles du même 
arbre, bien moins encore dans la vie de deux 
hommes. Aussi bien, si chacun pouvait écrire 
son histoire, il y aurait autaat de portraits différents 
que d'êtres humains. Les voies de notre vie à chacun 
sont complexes ; elles vont se coupant et se croisant 
dans tous les sens, comme les couloirs d'un inextri- 
cable labyrinthe. C'est cela en apparence; mais 
nullement en réalité. Le flambeau de la foi éclaire 
cet obscur pêle-mêle d'un rayon lumineux et nous 
fait voir que ces chemins si enchevêtrés ont tous 
une sage destination, et qu'ils courent tous vers un 
but prévu et arrêté dès le principe par la sagesse du 
Créateur. 

Quand, vers la fin de ma longue carrière, je re- 
garde en arrière sur mes années déjà écoulées, je 
vois les sentiers si compliqués, qui traversent ma 
vie, serpenter parfois sur le bord de l'abîme, mais 
déboucher finalement, contre toute attente, sur la 
hauteur ensoleillée de la vocation sainte; et j'ai tout 
lieu de bénir l'action sage et miséricordieuse de la 
Providence, d'autant plus que ces mêmes voies, qui, 
de l'avis des hommes, devaient fatalement me con- 



INTRODUCTION. 



duire à la mort, m'ont fait découvrir, pour moi et 
pour beaucoup d'autres, une nouvelle source de vie. 
J'avais vingt et un ans passés lorsque, muni de mon 
livret, je quittai la maison paternelle. Ce livret me 
désignait comme ouvrier tisserand; mais, depuis mon 
enfance, un tout autre nom était gravé au fond de 
mon cœur. C'est avec une douleur indicible dans 
l'âme et avec le désir de réaliser mon cher idéal, que 
j'avais attendu, de bien longues années, l'heure de 
ce départ : je voulais devenir prêtre. Je partis donc, 
non comme on le désirait, pour faire jouer la navette ; 
mais, errant d'un endroit à l'autre, je cherchais 
quelqu'un qui voulût bien m'aider à faire mes études. 
Le prélat Mathias Merklé, mort en 1881, alors 
vicaire à Grœnenbach, s'occupa de moi, me donna 
des leçons pendant deux ans , et me prépara avec 
tant de zèle, que déjà après ces deux années je fus 
reçu au collège. Le travail me parut difficile et. sans 
espoir de succès. Après cinq ans de dures privations 
et de grands efforts, j'étais brisé de corps et d'âme. 
Un jour mon père vint me chercher en ville, et les 
oreilles me tintent encore des paroles que l'hôtelier, 
chez qui nous étions descendus, lui adressa : « Mon 
cher tisserand, dit-il, pour le coup, c'est la dernière 
fois que vous cherchez votre collégien ! » Un médecin 
militaire, très estimé alors, passait pour un grand 
philanthrope et un généreux ami des malades 
pauvres. Dans l'avant-dernière année de collège, il 
me fit quatre-vingt-dix visites et plus de cent pen- 
dant la dernière année ; mais devant cette langueur 
toujours croissante tous les efforts de sa science et 
de son infatigable charité demeurèrent stériles. Moi* 
même depuis longtemps j'avais renoncé atout espoir ; 
résigné et calme, j'attendais la fin. 



INTRODUCTION. 3 



Pour me distraire, je feuilletais volontiers les 
livres. Le hasard (j'emploie ce mot très usité, mais 
très vague et vide de sens, car il n'y a pas de hasard), 
le hasard donc me fit trouver une brochure sans 
apparence ; je l'ouvre : c'est un traité d'hydrothérapie 
(méthode de guérir par l'eau). Je parcours le livre 
dans tous les sens; j'y vois des choses incroyables. 
Un trait de lumière me traverse l'esprit : Si tu y 
trouvais ton cas ? Je feuillette encore, et je trouve ; 
oui, c'est cela, c'est mon cas, c'est frappé au plus 
juste! Quelle joie et quelle consolation! De nou- 
velles espérances ravivèrent mon corps cassé et 
mon âme plus cassée encore. 

Pour moi, ce petit livre fut d'abord le brin de 
paille auquel je me cramponnai, pour devenir bientôt 
la canne qui soutient le malade ; aujourd'hui c'est la 
planche de salut qu'une Providence pleine de misé- 
ricorde m'a envoyée à point, au moment de l'extrême 
détresse. 

Cette brochure, qui traite de la vertu curative de 
l'eau fraîche, est sortie de la plume d'un médecin : 
le traitement lui-même, dans la plupart de ses ap- 
plications, ne laisse pas d'être rude et sévère. Je 
l'essayai pendant trois mois, puis six mois. Je n'en 
ressentis aucune sérieuse amélioration, mais non plus 
le moindre inconvénient. Ce fut encourageant. Vint 
l'hiver de 1849; je me trouvais de nouveau à Dil- 
lingen. Deux ou trois fois par semaine, je gagnais 
un endroit solitaire et me baignais quelques instants 
dans les eaux du Danube; pressé poury aller, je me 
pressais encore davantage au retour, pour rentrer 
au plus tôt dans une chambre chauffée. Ce traite- 
ment au froid, s'il ne me fit aucun tort, ne me fit 
guère de bien, je le croyais du moins. En 1850 j'entrai 



4 INTRODUCTION. 



au Georgianum de Munich, et j'y fis la connaissance 
d'un étudiant pauvre, plus malade encore que moi ; 
le médecin de l'établissement lui refusait le certificat 
de bonne santé, nécessaire pour avoir un titre à la 
mense épiscopale, sans lequel on n'est pas ordonné 
prêtre ; car, disait le médecin, ses jours étaient comp- 
tés. Dès lors, j'avais un cher collègue; je l'initiai au 
secret de mon petit livre, et ce fut à qui de nous deux 
le mettrait le plus souvent en pratique. Bientôt mon 
ami obtint du médecin le certificat tant désiré ; il vit 
encore à l'heure qu'il est. Moi-même je ime sentais de 
jour en jour plus fort, je devins prêtre et voilà trente- 
six ans et au delà que je passe dans cette sainte car- 
rière.'' Mes amis, un peu flatteurs sans doute, me disent 
qu'à présent encore, où je compte soixante-huit ans, 
ils admirent la grande force de ma voix et la vigueur 
de mon corps. L'eau m'a toujours été une amie 
éprouvée ; on ne saurait donc m'en vouloir si moi, à 
mon tour, je lui garde une amitié fidèle. 

Qui a passé par le malheur, sait apprécier le mal- 
heur d' autrui. 

Les malades ne sont pas tous également malheu- 
reux : ceux qui ont des ressources et les moyens de 
se procurer la santé, se résignent aisément à souffrir 
quelques jours. Dans les premières années j'ai ren- 
voyé moi-même et fait renvoyer des centaines et des 
milliers de pareils malades. Bien autrement à plaindre 
est le malade pauvre et délaissé, condamné par les 
médecins et ne donnant plus aucune prise aux re- 
mèdes et aux médicaments. Un grand nombre de ces 
malades sont mes amis ; car je n'ai jamais osé ren- 
voyer ces pauvres délaissés. Je serais cruel, sans 



^ L'auteur écrivit ces lignes en 1886. 



INTRODUCTION. 



conscience, un ingrat, si je leur fermais la porte, si je 
leur refusais les secours qui m'ont guéri et sauvé 
moi-même. 

Le grand nombre des patients et l'extrême variété 
de leurs maux me stimulèrent à enrichir mon expé- 
rience et à perfectionner ma méthode de guérir par 
l'eau. 

Mon premier professeur fut le petit livre déjà cité, 
et je lui sais grand gré de ses premiers conseils. 
Mais ses procédés ne tardèrent pas à me paraître 
trop sévères, trop rudes pour la nature humaine. 
C'est une cure de cheval, disait-on avec humeur; 
6t aujourd'hui encore bien des gens, se moquant de 
ce qu'ils ignorent pleinement ou à peu près, se don- 
nent le relief de crier à la duperie, au charlatanisme, 
dès qu'on leur parle de l'eau. Je veux bien l'avouer, 
dans son imperfection primitive la méthode de l'eau 
avait des pratiques, des applications plus propres 
aux muscles et aux os puissants d'un cheval qu'aux 
nerfs délicats, à la chaire tendre, qui habillent le 
squelette humain. 

Voici un trait de la vie du P. de Ravignan, prédi- 
cateur célèbre, qui prêchait avec un zèle apostolique 
à Paris, à Londres et en beaucoup d'autres grandes 
villes. Son mal, une affection de gorge, empirait 
tous les jours à force de travail et devint bientôt un 
mal chronique; le larynx n'était plus qu'une plaie, 
la voix éteinte, l'organe épuisé. Deux années entières 
(1846-1848) se passèrent dans l'inaction et la souf- 
france. Le séjour répété aux eaux, la diversité des 
stations balnéaires, un changement d'air dans le 
Midi, tout fut inutile. Au mois de juin 1848 le Père 
vint se faire traiter par le docteur K. R... à sa 
maison de campagne située dans la vallée de B... 



6 INTRODUCTION. 



Un matin, après la messe, à l'heure de réunion des 
hôtes de la maison, le docteur vint leur annoncer 
d'un air inquiet que le P. de Ravignan était plus 
souffrant et ne viendrait pas au déjeuner. Sur ce il 
disparut,... se rendit auprès du malade : «Levez- 
vous et suivez-moi,» lui dit-il. — «Mais, où allez- 
vous me conduire? » — « Je vais vous jeter à l'eau î » 
— «A l'eau! avec cette fièvre, avec cette toux!» 
reprit le Père. «Eh bien! soit! je suis à vous et je 
vous dois obéissance. » — Il s'agissait d'une douche 
à forte percussion, moyen violent, mais efficace, dit 
le biographe. Le succès fut évident; dès le dîner le 
médecin vint ramener en triomphe son patient, qui, 
muet au matin, racontait au soir l'histoire de sa gué- 
rison 

Moi aussi j'appelle cela une espèce de cure de 
cheval, et, malgré le succès, je n'en voudrais ni pour 
moi ni pour d'autres. 

A cette occasion je dois dire que je suis bien loin 
d'approuver tous les procédés usités dans nos éta- 
blissements hydrothérapiques ; très souvent je suis 
absolument contre. On va trop loin, et, pardonnez- 
moi l'expression, on est trop exclusif, trop systéma- 
tique. On met tout au même taux et, à mon avis, on 
ne tient pas assez compte de la diversité des malades, 
du degré de leur faiblesse, de la profondeur du mal, 
de l'étendue et du progrès de ses ravages, etc.. C'est 
précisément la variété des procédés, et l'art d'ap- 
proprier le même traitement à chaque individu en 
particulier, qui fait le maître. Il me vint de divers 
établissements de santé des malades qui se répan- 
daient en plaintes amères : « Je n'y tiens plus, on 
m'a littéralement abîmé! » Cela ne devrait pas être. 
Un jour un homme bien portant vint me dire qu'il 



INTRODUCTION. 



avait gâté sa santé à force de lotions matinales. 
«Comment avez-vous fait?» lui demandai-je. — 
«Durant un quart d'heure j'ai tenu la tête sous le 
jet glacial d'une fontaine. » Est-ce bien étonnant si 
on peut se gâter complètement de cette façon? Nous 
rions d'une pareille folie; mais combien de gens, 
chez qui on devrait supposer une application plus 
raisonnable de l'eau, ont agi tout aussi follement et 
même plus follement encore, inspirant ainsi à leurs 
patients une invincible horreur de l'eau. Je pourrais 
citer des exemples frappants à l'appui. 

Mettez-vous en garde contre tout emploi de l'eau 
qui serait trop fort et trop fréquent; cet élément, 
d'ailleurs si salutaire, deviendrait nuisible, la con- 
fiance du patient ferait place à la crainte et à la 
frayeur. 

Durant trente ans j'ai cherché et tout expérimenté 
sur moi-même. Trois fois, je l'avoue franchement, je 
me vis obhgé de changer de méthode, de détendre 
l'arc, d'être beaucoup moins sévère, de me modérer 
et de me modérer encore. Aujourd'hui et depuis quinze 
ans j'ai un principe bien arrêté, appuyé sur de nom- 
breuses guérisons : On opère le plus efficsicement et 
le plus sûrement avec Teau, quand on en fait l'em- 
ploi le plus simple^ le plus facile et le plus inof^ 
fensif. 

Les formes sous lesquelles j'utilise l'eau comme 
moyen de guérison sont exposées dans la première 
partie de ce livre, partie qui traite des divers usages 
de l'eau, et dans la troisième partie qui traite des 
maladies en détail. 

Dans la seconde partie (dont on veuille bien lire 
l'introduction) j'ai composé, surtout pour les gens de 
la campagne, une petite pharmacie, dont les élé- 



8 INTRODUCTION. 



ments, comme le traitement par l'eau, doivent exer- 
cer dans l'organisme la triple fonction de résolvant? 
de dépuratif (en éliminant) et de réconfortant. 

Chaque fois qu'un étranger vient me consulter, je 
commence par le questionner, pour n'agir ni trop 
vite ni à mon préjudice. 

Ce livre enfin doit une réponse STiccincte aux ques- 
tions suivantes : 

I. Qu'est-ce que la maladie et quelle est la source commune de toutes 
les maladies ? 

Le corps humain est un organisme des plus admi- 
rables qui soient sortis de la main du Créateur. Chaque 
petit membre s'ajuste au grand membre, chaque partie 
est exactement calculée et rentre dans le tout harmo- 
nieux, dans une admirable unité. L'enchaînement et 
le travail des organes internes est plus merveilleux 
encore. Le médecin ou le naturaliste le plus incrédule, 
même n'eût-il pas encore découvert une âme soiis la, 
lancette ou sous le scalpel, ne saurait se défendre delà 
plus profonde et de la plus légitime admiration devant 
l'inimitable structure du corps humain. Tout l'in- 
térieur et tout l'extérieur de l'homme redisent ce 
cantique : « Que tout mon être et tout ce qui est en 
moi chante les louanges du Seigneur ! y> — Cette har- 
monie, cet ordre parfait qu'on appelle la santé, est 
sujet à toutes sortes de troubles et de dérangements, 
qu'on appelle maladies. Maladies internes, maladies 
externes, voilà le pain quotidien que la plupart des 
hommes sont obligés de goûter de gré ou de force. 

Toutes ces ma/adies, quel que soit leur nom, ont 
leur principe, leur origine, leur racine, leur germe 
dans le sang, ou plutôt dans le désordre de la cir- 
culation du sang, ou encore dans l'altération du 



INTRODUCTION. 9 



sang par suite de la. présence d'éléments étrangers 
et nuisibles. Semblables à des canaux d'irrigation 
bien établis, les artères portent leur sève rouge et 
vivifiante à travers tout le corps, nourrissant, fécon- 
dant chaque partie, chaque organe en proportion de 
ses besoins. Dans le juste milieu réside Tordre; la 
marche irrégulière trop lente ou trop rapide, dans le 
cours du sang et la présence d'éléments étrangers , 
voilà ce qui trouble la paix et la concorde, engendre 
la discorde, et substitue à la santé — la maladie. 

2. De quelle manière s'effectue la guérison ? 

Le bon chasseur reconnaît la bête à ses traces 
dans la neige; il suit la piste, s'il veut chasser le 
cerf, le chamois ou le renard. Un médecin habile 
trouve bien vite le siège du mal, son origine, son 
étendue. Les symptômes lui indiquent la maladie, 
laquelle, à son tour, détermine les remèdes. C'est 
bien simple , dira-t-on ! Oui et non. Voici quelqu'un 
qui a les oreilles gelées ; je sais de suite que c'est 
le fait du froid ; en voilà un autre assis près d'une 
meule en mouvement; si tout à coup quelques doigts 
écrasés lui arrachent des cris de douleur, je n'irai 
pas lui demander où il a mal au juste. La chose n'est 
plus aussi simple lorsqu'il est question même d'un 
vulgaire mal de tête, mais surtout de maux d'es- 
tomac, de nerfs, de cœur et autres, dont les causes 
peuvent être multiples et qui proviennent souvent 
des maladies des organes voisins. Un brin de paille 
arrêterait le pendule de la plus grande horloge. La 
moindre bagatelle peut jeter l'âme dans la plus poi- 
gnante inquiétude. Trouver la bagatelle de suite, 
l'art est à ce prix. Cette recherche est quelquefois 
très compliquée et donne lieu à toutes sortes d'er- 



10 INTRODUCTION. 



reurs. On en trouvera des exemples dans la troisième 
partie de ce livre. 

Un coup de pied , un coup de hache sur le tronc 
d'un chêne encore jeune, fait trembler le tronc, 
toutes les branches, et toutes les feuilles. Quelle 
erreur, si je me disais: La feuille tremble, donc 
elle a dû être touchée par quelque objet ! Non , c'est 
le tronc qui a tremblé et fait trembler ainsi chaque 
branche et chaque feuille, qui font partie du tronc. 
Les nerfs sont comme les branches du corps humain. 
«Il souffre des nerfs, ses nerfs sont attaqués.» 
Qu'est-ce que cela signifie ? Non , l'organisme tout 
entier a reçu un coup , a été affaibli ; c'est pourquoi 
les nerfs se mettent à trembler. 

Coupez délicatement dans une toile d'araignée un 
fil allant du centre à la circonférence , toute la toile 
se ratatine , et , à la place de ces merveilleux rec- 
tangles et triangles tracés comme au compas , vous 
n'avez plus que des figures informes. Quelle folie, 
si je raisonnais ainsi : Voilà une toile bien entor- 
tillée; l'araignée a dû s'oublier et commettre des 
fautes considérables au tissage de ce filet ! Tendez 
de nouveau le petit fil et tout sera dans un ordre 
admirable, comme auparavant. Chercher et retrouver 
cet unique petit fil, c'est l'art. Mais s'empêtrer dans 
le tissu, c'est le détruire entièrement. La morale de 
cet exemple est abandonnée à chacun ; moi je conclus 
en répondant directement à notre question : Quelle 
simplicité, quelle facilité, et même quelle sécurité 
contre toute erreur dans l'œuvre de la guérison, 
pour qui sait chercher la source de toute maladie 
dans quelque loerturhation du sang. L'œuvre de la 
guérison ne peut avoir que ce double but : ou bien 
rendre à la circulation du sang son mouvement 



INTRODUCTION. 11 



normal et régulier^ ou bien dégager le sang de tous 
les mauvais éléments qui l'altèrent et le corrompent. 
En dehors de cela, et sauf le soin de rendre à 
l'organisme sa vigueur, il n'y a rien à faire. 

3. Comment l'eau produit-elle la guérison? 

L'eau enlève rapidement la tache d'encre de la 
main ; elle lave la blessure sanglante. Quand en été, 
après une journée d'un fatigant travail, vous vous 
lavez avec de l'eau fraîche la figure couverte de 
sueur et de poussière, vous vous sentez revivre; 
cette lotion vous rafraîchit , vous réconforte , vous 
soulage. Une mère voit la tête de son enfant couverte 
de crasse et de croûtes durcies ; elle la nettoiera avec 
de l'eau chaude ou même avec de la lessive. 

Résoudre, éliminer, réconforter, voilà trois pro- 
priétés de Veau qui nous suffisent , et nous posons 
ce principe : 

L'eau, spécialement notre méthode, guérit toutes 
les maladies généralement guérissables ; car toutes 
ses applications tendent à extirper les racines de la 
maladie, et sont à même : 

1^ de résoudre les principes morbifiques du sang; 

2° d'éliminer ce qui a été résous ; 

^° de rendre une circulation régulière au sang 
ainsi purifié ; 

4*^ de fortifier enfin et de raviver l'organisme 
affaibli. 

4. D'où vient cette délicatesse de la génération actuelle; et cette éton- 
nante prédisposition à toutes les maladies possibles, 

dont quelques-unes jadis n'étaient pas même con- 
nues de nom? 
Bien des gens me dispenseraient de soulever cette 



12 INTRODUCTION. 



question. Cependant j'y attache une grande impor- 
tance, et je n'hésite pas à dire que ces fâcheux inconvé- 
nients proviennent du défaut d'endurcissement cor- 
porel. La mollesse de nos contemporains va très 
loin. La délicatesse, la débilité, le sang appauvri, 
les nerfs affectés , les maladies de cœur et d'estomac, 
sont presque la règle, tandis que la vigueur et la 
santé sont devenues l'exception. On est très sensible 
à tout changement de temps ; on ne passe pas d'une 
saison à l'autre sans rhume de cerveau, sans catarrhe ; 
même le froid de la rue et la chaleur de la chambre ne 
se succèdent pas impunément, etc. . . . C'était encore 
tout autre chose il y a cinquante ou soixante ans; 
où allons-nous donc, si, suivant les plaintes de 
tous les hommes réfléchis, la vigueur et la longévité 
baissent avec une rapidité effrayante, si la lan- 
gueur commence déjà là où la force vitale est encore 
à se développer. Il est grandement temps d'aviser. 

Afin de remédier tant soit peu à un pareil état de 
choses, nous ajouterons à nos applications hydro- 
thérapiques quelques moyens^ peu nombreux^ mais 
sans danger, propres à endurcir la peau^ tout le 
corps et certaines parties du corps en particulier. 
Ces moyens ont été adoptés par un grand nombre 
de personnes de toutes conditions ; on en riait d'abord, 
mais on a fini par se rendre à l'évidence du succès. 
Vivant sequentes ! 

Il y aurait des chapitres tout aussi importants à 
écrire sur la nourriture , le vêtement et l'aération. 
Nous en parlerons une autre fois. Je le sais bien, mes 
opinions personnelles seront vivement attaquées. 
Je les maintiens quand même, car elles sont le 
fruit 'd'une très longue expérience. Ce ne sont pas 
des champignons qui ont poussé dans le cerveau 



INTRODUCTION. 13 



pendant la nuit, mais des fruits de choix, durs et 
acerbes au goût du préjugé , mais savoureux au goût 
du bon sens. 

Ma granderègle dans raiimentaïzon est la suivante, 
je ne veux que l'indiquer : une nourriture commune, 
sèche, simple, fortifiante, peu épicée, et sans 
recherche; la boisson non frelatée, que le bon Dieu 
fait jaillir de toutes les sources; voilà ce qui, pris 
avec mesure, vaut le mieux pour le corps humain. 
(Je ne suis pas un puritain, et j'accorde volontiers 
un verre de bière ou de vin, mais je suis loin de leur 
donner l'importance qu'on se plaît à y attacher géné- 
ralement, au point de vue médical; par exemple, 
après une maladie, ces boissons peuvent jouer un 
rôle parfois ; mais, dans l'état de bonne santé, je 
donne une haute préférence aux fruits.) 

« Les habits les meilleurs sont ceux que nous 
tissons, que nous faisons nous-mêmes. « Ce principe 
de nos ancêtres est aussi le mien. Je vois surtout 
un grand inconvénient dans cette inégale distribution 
des vêtements sur le corps humain , particulièrement 
en hiver. Sur la tête un bonnet de fourrure, le cou 
serré d'une forte cravate et en outre enveloppé dans 
un long cache-nez de laine ; les épaules couvertes 
trois ou quatre fois ; le pardessus ou même le col 
de fourrure quand on sort; seuls les pieds, ces 
pauvres délaissés, ont toujours, en hiver comme en 
été, les chaussettes ou les bas, les souliers ou les 
bottes. Quel est le résultat de cette partialité in- 
sensée? Cette épaisse enveloppe qui recouvre le 
haut du corps est comme une pompe, faisant monter 
l'eau, le sang et la chaleur, tandis que les parties 
inférieures restent pauvres de chaleur et de sang ; 
c'est ce qui explique bien des maux de tête , les con- 



14 INTRODUCTION. 



gestions , la dilatation des veines de la tête , et mille 
autres maux. En outre, je suis contre les habits de laine 
en contact immédiat avec le corps ; j'aime bien mieux 
la toile sèche et solide de lin ou de chanvre, comme 
second épidémie ; elle n'amollit pas la peau, mais lui 
procure de bonnes frictions. Le tissu épais , velu et 
graisseux de la laine, en contact avec la peau nue, 
absorbe les humeurs, la chaleur, et à ce titre il 
est pour beaucoup dans la terrible anémie de notre 
pauvre et misérable génération. Le nouveau système 
de laine n'arrêtera pas le mal. Ceux qui sont jeunes 
le verront et survivront au système. 

Je viens à l'aération. Le poisson qui vit dans l'eau 
de source, surtout la truite des hautes vallées, a 
notre préférence ; le poisson de rivière a moins notre 
estime; le poisson des marais au goût répugnant 
est facilement abandonné. Il y a aussi l'atmosphère 
des marais. L'aspirer, c'est infecter le poumon. L'air 
aspiré pour la troisième fois est un poison, suivant 
un médecin distingué. Si on le comprenait bien, et 
surtout si l'on s'appliquait à mettre dans la chambre 
d'habitation et en particulier dans les chambres à 
coucher un air aussi pur, aussi frais et aussi oxygéné 
que possible, on s'épargnerait bien des maladies. 
L'air est corrompu principalement par la respiration. 
Nous savons très bien qu'un ou deux grains d'encens 
jetés sur le feu suffisent pour embaumer toute une 
chambre; nous savons aussi qu'il ne faut que 
quinze à vingt bouffées d'un cigare où d'une pipe 
pour remplir un grand espace de l'odeur du tabac. 
Une bagatelle , un rien suffit parfois pour corrompre 
l'air pur d'une manière ou de l'autre , agréable ou 
désagréable. Est-ce que la respiration ne ressemble 
pas à une pareille fumée ? 



INTRODUCTION. 15 

Combien de fois aspirons et respirons-nous l'air 
en une minute, en une heure, le jour, la nuit! — Com- 
bien l'air pur doit-il s'altérer, quoique nous ne le 
voyions pas! Et si je n'aère pas, c'est-à-dire, si je 
ne renouvelle pas cette atmosphère chargée d'acide 
carbonique (gaz nuisible), quels miasmes malfaisants 
vont pénétrer dans mes poumons ! Les suites ne 
peuvent être que funestes. 

Comme la respiration et l'évaporation , une trop 
grande chaleur, surtout dans les chambres, exerce 
une action préjudiciable sur l'air pur et sain, le cor- 
rompt, et le rend nuisible à la vie, en lui enlevant son 
élément vital, l'oxygène. De 12 à 14 degrés Réaumur 
suffisent, 15 degrés ne doivent jamais être dépassés. 

Il faut donc avoir soin de bien aérer tous les appar- 
tements habités le jour ou la nuit; il faut le faire 
tous les jours, sans y manquer jamais, dans une 
mesure qui ne moleste personne , et profite à la santé 
de tous. Avant tout il est nécessaire d'aérer les lits. 

J'ai dit maintenant tout ce qui m'a semblé devoir 
être dit dans cette introduction. C'est assez pour 
donner une idée de l'étranger qui vient frapper à 
votre porte. A vous de l'introduire en ami, ou de le 
renvoyer sans l'avoir entendu. Mais quel que soit 
l'accueil qu'on me fera, je resterai content. 



PEEMIÈEE PAETIE. 



APPLICATIONS DE L'EAU 



Aquœ omnes,., ïaudent nomen Bomini! 
«Que toutes les eaux bénissent le nom 
du Seigneur!» 

(Ps. cxLvm, 4.) 



^^s®®s®#®i?®®^®®®^ 



NOTIOIS GEIERALES. 



^■^^ES différentes applications d'eau, quejepraticfue 
'^M et que j'explique dans cette première partie, 
jM sont les suivantes : 

L'eau s'emploie : 1° en compresses, 2° en 
laains, 3° en vapeurs, 4'' en affusions, 5^* en lotions, 
6° en emmaillottements, 1° en boisson. 

Les subdivisions de chacune de ces applications 
se trouvent indiquées en tête des chapitres. Les 
dénominations et les procédés moins connus seront 
expliqués en temps et lieu. 

En raison de leur nature, les maladies prennent 
naissance dans les perturbations du sang, causées 
soit par une circulation irrégulière et défectueuse, 
soit par la présence d'éléments étrangers et morbi- 
iîques. Basée sur ce principe, notre méthode a le 
triple but de i^ésoudre les substances morbides, de 
les éliminer du corps humain et de fortifier l'orga- 
nisme. 

La résolution se fait en général par tous les bains 
de vapeur et par le bain chaud entier aux herbes ; 
tous les emmaillottementSy en partie les affusions et 
les compresses, servent à éliminer; enfin tous les 



20 PREMIÈRE PARTIE. 



bains froids, toutes les affusions, en partie les lotions, 
et puis tous les moyens d'endurcir le' corps, ont le 
but de fortifier l'organisme. 

Je ne veux pas entrer ici dans les détails, afin de 
ne pas occasionner des malentendus. 

Toute maladie ayant sa source dans les perturba- 
tions du sang, dont il a été question plus haut, la 
nécessité s'impose, pour tout cas de maladie, d'em- 
ployer l'eau dans toutes ses trois fonctions, c'est-à- 
dire dans les différentes applications qui servent à 
résoudre, à éliminer, à fortifier dans une mesure 
plus ou moins grande. En outre, ce n'est pas la partie 
malade seule, soit la tête, le pied ou la main, qui 
doit être traitée, mais le corps tout entier, qui, dans 
un cas pareil, est nourri d'un sang malade ; sans 
doute les meilleurs soins seront réservés à la partie 
souffrante. On aurait bien tort d'agir autrement dans 
ces deux points si importants. Bien des exemples 
dans la troisième partie viendront justifier mon as- 
sertion. 

Pour qui emploie l'eau suivant ma pensée et mon 
désir, l'application ne sera jamais le but; c'est-à- 
dire, il ne la pratiquera pas par caprice, il ne s'aban- 
donnera pas à la manie, à la rage de multiplier à tort 
et à travers bains de vapeur, affusions, maillots, rien 
que pour son seul et unique plaisir. Un homme in- 
telligent n'y verra qu'un moyen d'arriver au but. Il 
sera heureux d'y arriver par l'application d'eau la 
plus légère possible ; car il ne cherchera qu'à briser 
les chaînes de la maladie et à seconder les efforts 
de la nature, afin de rendre à celle-ci la liberté et 
l'indépendance nécessaires à son travail régulier. 
Ce but atteint, la main secourable se retire volon- 
tiers. 



NOTIONS GÉNÉRALES. 21 

Cette observation est importante, mais sa mise en 
pratique est plus importante encore. Rien n'est plus 
propre à jeter le discrédit sur l'eau employée comme 
remède, que son usage indiscret et immodéré, dérai- 
sonnable, dur et sévère. Il y en a qui prétendent con- 
naître à fond l'hydrothérapie, mais qui, par leurs 
interminables enveloppements et leurs terribles 
bains de vapeur, effarouchent tout homme malade ; 
eh bien ! ce sont ceux-là, ceux-là seuls, qui font le 
plus grand mal, et un mal presque irréparable. Je 
n'appelle pas cela utiliser l'eau dans un but médical ; 
c'est, au contraire, faire honte à l'eau. 

Si l'on connaît bien l'action de l'eau et la grande 
diversité de ses applications, on est en possession 
d'un remède qui ne sera jamais surpassé par nul 
autre. Aucun remède n'a des effets plus variés que 
l'eau. Dans la création, elle commence par être un 
atome invisible d'air et de vapeur, puis elle se con- 
vertit en gouttes et finit par devenir l'océan, qui 
couvre la plus grande partie du globe. C'est là un 
signe indicateur pour tout hydropathe, que chaque 
application de l'eau, à l'état de liquide ou de vapeur, 
est susceptible d'une énorme variété de forme et 
d'intensité, et que par conséquent, dans chaque cas 
particulier, ce n'est pas au patient de s'accommoder 

aux maillots, aux bains de vapeur, etc , mais à 

l'application de l'eau de se conformer aux besoins 
du patient. 

C'est au choix des applications qu'on reconnaît 
le maître. Celui-ci, sans que cela paraisse, cher- 
chera à connaître exactement l'état de son malade. 
Un premier coup d'oeil lui découvrira les affections 
secondaires ou accessoires, qui surgissent, comme 
des champignons vénéneux, du siège de la maladie. 



22 PREMIÈRE PARTIE. 



Elles lui feront connaître bien vite, en règle générale, 
le foyer et la nature du mal principal. On demande, 
on examine quels progrès a déjà faits la maladie, 
quels ravages elle a déjà exercés. Puis on regarde 
le malade lui-même, pour savoir s'il est vieux ou 
jeune, faible ou fort, maigre ou replet, anémique, 

nerveux, etc Tous ces détails et d'autres encore 

vous donnent l'image exacte de son état pathologique, 
et alors seulement on songe aux remèdes, qu'on ap- 
pliquera suivant le principe : Plus vous procédez 
avec douceur et ménsigement, plus les résultats se- 
ront heureux. 

Plaçons ici encore quelques observations concer- 
nant toutes les applications d'eau en général. 

Aucun traitement par l'eau ne saurait être nui- 
sible, pourvu qu'on suive les règles prescrites. 

La plupart de ces traitements s'effectuent moyen- 
nant l'eau froide, puisée à la fontaine, à la source ou 
à la rivière. Dans tous les cas où l'on ne prescrit pas 
formellement l'eau chaude, c'est toujours de l'eau 
froide qu'il s'agit. En cela je me tiens au principe 
expérimental : Plus l'eau est froide, mieux elle vaut. 
En hiver, je mélange même de la neige avec l'eau 
destinée aux affusions des personnes bien portantes. 
Ne me reprochez pas de la rudesse, songez plutôt à 
la durée si minime de mes applications d'eau froide. 
Quiconque a osé faire seulement un essai, celui-là 
aura jeu gagné, et il déposera tous ses préjugés. 
Néanmoins je ne suis pas inexorable. 

Aux personnes qui débutent dans l'hydrothérapie, 
à celles qui sont faibles par suite du jeune ou du 
grand âge, aux vieillards, aux malades qui ont hor- 
reur du froid, qui ne possèdent que peu de chaleur 
propre, qui sont anémiques ou nerveux — à toutes 



NOTIONS GÉNÉRALES. 23 

ces personnes je permets volontiers, surtout en hiver, 
un local chauffé (14-15° R.), pour recevoir les bains 
et les affusions, ainsi que l'emploi d'eau tiède au dé- 
but du traitement. Ce n'est pas avec le vinaigre, 
mais avec le miel qu'on prend les mouches. 

Dans chaque application d'eau chaude sont indiqués 
spécialement le degré de chaleur voulu suivant les 
divisions du thermomètre de Réaumur (désigné par 
R.), la durée du traitement, etc 

Quant au traitement par l'eau froide (expliqué et 
décrit plus au long dans la 3® partie), voici en peu de 
mots quelques indications relativement à la conduite 
à tenir avant, pendant et après l'application. 

Il ne faut jamais, quand on éprouve du froid, un, 
frisson quelconque, employer un traitement à l'eau 
froide, quand cela n'est pas spécialement et expres- 
sément permis dans le cas donné ; et quand on l'em- 
ploie, il faut le faire le plus vite possible (mais sans 
peur et sans précipitation), ne point perdre de temps 
en déposant ses habits, en les reprenant, en les 

nouant, en les boutonnant, etc Cette dernière 

besogne pourra être faite, quand le corps tout entier 
sera convenablement couvert. Le bain froid entier, 
pour citer un exemple, ne doit pas durer au delà de 
4-5 minutes, y compris le temps qu'il faut pour se 
déshabiller, se baigner et se rhabiller. Il est bon 
d'avoir en cela quelque pratique. Quand dans un 
traitement il est dit «1 minute», cela exprime la plus 
courte durée; quand il est dit «2-3 minutes», le froid 
doit agir avec plus de force, mais pas durer au delà 
de cet espace de temps. ^ 

^ Aux personnes de la campagne, qui ne sont pas en pos' 
session d'une montre, je conseille toujours de compter deus^ 
Tater pour une minute. 



24 PREMIÈRE PARTIE. 

Après une application froide, quelle qu'elle soit, 
il ne faut jamais essuyer le corps, excepté la tête et 
les mains (ces dernières pour ne pas mouiller les 
habits). On recouvre immédiatement le corps mouillé 
de la chemise sèche et des autres effets d'habillement 
en toute hâte, pour le soustraire complètement à 
l'air extérieur. Cette manière de faire paraît singu- 
lière à beaucoup de personnes, puisqu'elles s'ima- 
ginent que de cette façon on reste mouillé toute la 
journée. Qu'elles fassent donc un essai, avant de 
porter leur jugement. Elles sentiront bientôt pour- 
quoi l'on fait bien de ne pas s'essuyer. Essuyer c'est 
frotter, ce qui ne peut pas se faire d'une manière 
égale sur tous les points et, par conséquent, engendre 
une chaleur inégale sur la surface cutanée, circon- 
stance très importante, moins chez les personnes 
bien portantes que chez les personnes malades et 
faibles. Ne pas s'essuyer, c'est amener rapidement 
une chaleur naturelle très régulière et uniforme. 
C'est comme si on projetait de l'eau dans le feu : la 
chaleur propre du corps utilise l'eau, qui adhère à 
la surfuce extérieure, pour en former promptement 
une chaleur plus grande, plus intense. Encore une 
fois, faites-en l'expérience. 

Par contre, nous ordonnons strictement que, au sor- 
tir de chaque apphcation d'eau, après s'être habillé, 
l'on se donne du mouvement (en se promenant ou en 
travaillant), jusqu'à ce que toutes les parties du 
corps soient complètement séchées et revenues à la 
chaleur normale. Le mouvement sera d'abord plus 
actif, puis, quand la chaleur revient, plus lent. 
Chacun sentira lui-même quand la chaleur normale 
est revenue et quand le mouvement pourra cesser. 
Les personnes qui s'échauffent vite et transpirent 



NOTIONS GÉNÉRALES. 25 

facilement devront, au début, marcher lentement et 
plutôt prolonger la promenade, mais ne jamais s'as- 
seoir, pas même dans une chambre chaude, quand 
elles sont échauffées ou couvertes de moiteur. Un 
catarrhe en serait la suite inévitable. 

Une règle générale, qui peut compter pour tout le 
monde, c'est que la plus petite durée du mouvement, 
à la suite d'une application d'eau, doit être d'un quart 
d'heure au moins ; peu importe comment on le passe 
(en lisant, en travaillant, etc.). 

Quand nous prescrivons des fomentations qui 
exigent le lit, comme les compresses et les maillots, 
nous l'indiquons en temps et lieu; de même aussi ce 
qui est propre à chaque opération. Si quelqu'un s'en- 
dort durant l'application, il faut le laisser dormir et 
se reposer tranquillement, lors même que le temps 
prescrit serait écoulé. La nature elle-même lui sera 
son horloge à réveil. 

S'agit-il de linges, c'est toujours une toile grossière 
et solide que je prescris. Si les gens simples et 
pauvres n'ont que du coutil usé, qu'un vieux sac fait 
de toile de chanvre, ils n'y perdent rien. Pour les 
ablutions du corps, qui reviennent souvent, l'on peut 
se servir très bien d'un morceau de grosse toile de 
chanvre ou de lin. 

Pour les raisons indiquées dans l'introduction, je 
n'approuve pas la méthode moderne de couvrir la 
peau de laine ou de flanelle. L'étoffe de laine, par 
contre, me sert à envelopper, par exemple, les mail- 
lots froids. Elle développe promptement une chaleur 
abondante, et sous ce rapport rien ne l'emporte sur 
elle. Pour le même motif je recommande, dans ces 
sortes d'apphcations, le lit de plumes comme cou- 
verture. 



26 PREMIÈRE PARTIE. 



Les frictions, qui consistent à frotter, à brosser ou 
à exercer une autre action violente sur la peau, ne 
trouvent point de place dans ma méthode. Leur 
premier but, celui de réchauffer, est atteint chez 
moi, d'une manière plus égale et plus uniforme, par 
le fait de ne pas s'essuyer, tandis que le second but, 
celui d'ouvrir les pores et de stimuler la peau, est 
rempli par la chemise de grosse toile, et cela avec 
l'avantage que celle-ci n'agit pas durant quelques 
minutes, comme la brosse, mais jour et nuit, sans 
efforts et sans perte de temps. Quand de fois à autres 
je parle d'ablution énergique, j'entends simplement 
une ablution rapide de toute la partie malade, qui 
est à traiter. L'essentiel n'est pas d'être frotté^ mais 
d'être lavé. 

Encore un point. Le traitement appliqué le soir, 
avant le coucher, ne convient pas à la plupart des 
hommes, puisqu'il les excite et qu'il chasse le som- 
meil prêt à s'approcher; chez d'autres, au contraire, 
une douce application dans la soirée procure un som- 
meil tranquille. Je ne recommande donc pas en 
général ces applications, mais je conseille à chacun 
d'agir en cela suivant ses goûts et suivant son expé- 
rience, puisqu'il a, lui seul, à en supporter les suites. 

Quant aux connaissances requises pour chaque 
application en particulier, je renvoie à toute la pre- 
mière partie de ce livre, et quant à l'usage de l'appli- 
cation pour les malades, je renvoie à toute la troisième 
partie. C'est là aussi qu'on trouvera quelles applica- 
tions constituent un traitement complet et indépen- 
dant, et lesquelles ne forment qu'un traitement 
partiel, auquel il faut ajouter d'autres applications, 
puis également quelles applications (bains de vapeur] 
exigent de la circonspection. 



NOTIONS GÉNÉRALES. 27 

Je termine cette partie générale en exprimant le 
vœu que les applications d'eau réconfortent beaucoup 
de personnes bien portantes et guérissent beaucoup 
de malades. 

Je vais maintenant énumérer les moyens d'en- 
durcir le corps, et traiter ensuite, en détail, la 
question des applications d'eau que ma méthode met 
en usage 



MOYENS DE S'ENDURCIR. 



M'^OMME moyens d'endurcir le corps nommons : 
^^ 1° la promenade nu-pieds ; 2*' la promenade dans 
l'herbe humide; 3*" la promenade sur les dalles 
mouillées ; 4*" la promenade dans la neige nou- 
vellement tombée; b" la promenade dans l'eau froide ; 
6° le bain froid des bras et des jambes, et T l'affusion 
des genoux (avec ou sans l'affusion supérieure). 

1° Aller nu-pieds, voilà le moyen d'endurcisse- 
ment le plus naturel et le plus simple. 

Cela peut se faire de diverses manières, suivant 
l'âge et la condition des personnes. 

Les tout petits enfants, abandonnés encore aux 
soins d'autrui, engagés dans les maillots, retenus 
dans la chambre ou portés sur les bras de leurs 
bonnes, ne doivent, autant que possible, jamais avoir 
de chaussure. Puissé-je à tous les parents, surtout 
aux mères trop soucieuses, inculquer ce précepte 
comme règle fixe et invariable ! Les parents, imbus 
de préjugés contre l'hydrothérapie, devraient au 
moins avoir pitié de leurs mignons et leur procurer 
une chaussure telle que l'air frais puisse facilement 
pénétrer jusqu'à la peau. 

Les enfants qui peuvent marcher, ceux-là savent 



MOYENS DE s'eNDURCIR. 29 

déjà se tirer d'affaire. Sans égards pour personne, 
ils jettent les souliers et les bas, qui gênent leurs 
pieds, surtout au printemps, et il se sentent heureux 
de pouvoir faire cela dans leurs ébats. Parfois ils 
blessent l'un ou l'autre orteil, ce qui ne les empêche 
pas de marcher de nouveau pieds nus. Les enfants 
suivent en cela l'instinct de la nature, sentiment que 
nous autres, à notre âge, nous éprouverions aussi, 
si l'éducation et l'étiquette, qui nous enlèvent le 
naturel, en voulant tout jeter dans un même moule, 
ne nous avaient pas ravi, sous plus d'un rapport, le 
sens commun. 

Les enfants des pauvres sont rarement privés de 
leur bonheur, bonheur que ne partagent pas au même 
degré les enfants des riches et des gens de condition; 
et, certes, le sentiment est le même chez les uns 
comme chez les autres. J'ai observé un jour les fils 
d'un employé supérieur : sitôt qu'ils se crurent hors 
de la portée des yeux d'Argus de leur rigide papa, - 
voilà que leurs fines pantoufles et leurs bas bigarrés 
sautèrent par-dessus une haie, et les garçons de 
sauter nu-pieds et de s'ébattre dans un pré d'une 
luxuriante verdure. Leur maman, une femme de 
bon sens, ne vit pas cela de mauvais œil; mais le 
père remarquait-il ses princes dans cette tenue 
inconvenante, il ne manquait jamais de leur faire 
une longue mercuriale et un sermon plus long encore 
sur l'éducation et le sentiment d'honneur, en rapport 
avec le rang et la dignité. Les chéris en avaient 
chaque fois le cœur tellement touché, que, le jour sui- 
vant, ils se hâtaient de folâtrer plus joyeusement en- 
core dans la même herbe. Encoreune fois, laissez donc 
aux enfants, que cette éducation vicieuse du monde 
n'a pas encore atteints, leur plaisir et leur bonheur! 



80 PREMIÈRE PARTIE. 

Les parents plus intelligents, qui voudraient bien 
permettre tout cela à leurs enfants, mais qui, demeu- 
rant en ville, n'ont pas à leur disposition un jardin 
ou une pelouse, pourront leur accorder, de temps à 
autre, une promenade pieds nus dans une chambre, 
dans un corridor, etc.. Les pieds, non moins que 
les mains et le visage, sont heureux de respirer quel- 
quefois librement, de se délecter à l'air frais, de se 
mouvoir dans leur élément. 

Les adultes des classes indigentes, surtout à la 
campagne, n'ont pas besoin d'encouragement à cet 
égard : ils vont souvent nu-pieds et ne portent point 
envie au richf citadin de ses chaussures mieux con- 
formées, vernies ou chamarrées, mais qui sont un 
tourment perpétuel des pieds. Bien sots les gens de 
la campagne qui imitent les façons de ceux de la 
ville, et qui se gênent de faire comme leurs sem- 
blables! Ils sont punis par leur vanité elle-même. 
Les vieilles modes sont les meilleures : tenez aux 
bonnes traditions du passé. Au temps de ma jeunesse 
tout le monde, à la campagne, allait nu-pieds : petits 
et grands, père et mère, frère et sœur. Le chemin 
de l'école et de l'église était long ; les parents nous 
donnaient un morceau de pain et quelques pommes 
pour le voyage, de même aussi des bas et des souliers 
pour chausser les pieds. Mais cette chaussure pen- 
dillait aux bras ou aux épaules, jusqu'au moment où 
l'on entrait à l'école ou à l'église, non seulement en 
été, mais aussi dans la saison plus rigoureuse. Quand 
au commencement du printemps la neige, dans les 
montagnes de mon pays, faisait mine de se retirer, 
nos pieds nus avaient hâte d'imprimer leurs traces 
dans la terre imbibée d'eau, et nous nous sentions 
contents, joyeux et heureux. 



31 

Les personnes adultes des villes, surtout les per- 
sonnes de haute volée, ne peuvent pas faire ces 
exercices-là, c'est clair. Quand, dans leurs préjugés, 
elles sont arrivées au point qu'elles craignent de 
gagner un rhumatisme, un catarrhe, un mal de gorge 
ou autre chose de ce genre, sitôt qu'en déposant ou 
en reprenant les habits elles viennent à toucher un 
peu de leurs pieds le plancher nu du salon, au lieu 
de se tenir sur un tapis chaud et moelleux, alors je les 
laisse complètement tranquilles. Si néanmoins l'un ou 
l'autre voulait faire quelque chose pour s'endurcir, 
qu'est-ce qui l'empêchera, le soir avant de se cou- 
cher, ou le matin après le lever, dé" faire une pro- 
menade de ce genre pendant 10, 15 ou 30 minutes? 
Pour que la transition subite ne soit pas trop sen- 
sible, l'on pourrait, les premières fois, mettre les 
bas ; plus tard on irait pieds nus, et plus tard encore 
on tremperait, avant la promenade en chambre, les 
pieds nus jusqu'au-dessus de la cheville dans l'eau 
froide pendant quelques instants. 

Avec de la bonne volonté et le désir sincère de 
conserver sa santé, tout le monde, même les gens 
de qualité, même les hommes les plus occupés dans 
leurs fonctions, chacun trouvera assez de temps pour 
se rendre ce service. 

Un prêtre de ma connaissance allait chaque année, 
pendant plusieurs jours, voir un bon ami, proprié- 
taire d'un grand jardin. La promenade du matin se 
faisait régulièrement dans ce jardin, dont l'herbe 
humectée par la rosée délectait les pieds nus et le 
corps, tandis que l'esprit était occupé à la récitation 
du bréviaire. Bien souvent ce prêtre louait, en ma 
présence, les excellents effets de la promenade à 
pieds nus 



32 PREMIÈRE PARTIE. 

Je connais toute une série de personnes d'un 
rang élevé, qui ne dédaignèrent pas un conseil d'ami 
et essayèrent, dans leurs promenades matinales à 
travers la forêt ou dans un pré isolé, durant la belle 
saison, à marcher pieds nus pour s'endurcir. 

L'un de ces hommes , dont le nombre est relative- 
ment encore restreint, m'avoua un jour, qu'il avait 
passé rarement une semaine de l'année sans être 
molesté par l'un ou Vautre petit rhuine^ mais que 
cette promenade si simple l'avait pour toujours 
débarrassé de cette sensibilité. 

J'ajoute ici un mot tout spécial pour les mères de 
famille. Je serai court, puisque j'ai dessein de 
publier un petit traité pratique sur la manière de 
soigner et de conserver la santé. ^ Les mères sont 
en première ligne — leur concours est indispensable 
— appelées à élever une génération plus vigoureuse 
et à détruire ces habitudes de mollesse , l'affaiblisse- 
ment, l'anémie, la nervosité, toutes ces infirmités 
qui abrègent la vie et font tant de mal à la société 
humaine. Ce but pourrait être atteint par l'endur- 
cissement, par un sage endurcissement de l'enfant 
depuis l'âge le plus tendre. L'air, la nourriture, le 
vêtement , ce sont des choses tout aussi nécessaires 
à l'enfant qu'au vieillard, et elles constituent le 
terrain sur lequel l'endurcissement doit opérer. Plus 
l'air aspiré par l'enfant est pur, plus le sang est bon. 
Pour habituer vite la chétive créature à l'air frais, 
les mères feraient bien, après le bain chaud de chaque 
jour, de lui donner une ablution froide ou de la 

^ Ce traité vient de paraître sons le titre : « Vives ainsi ou 
avis et conseils pratiques pour vivre en bonne santé et guérir 
les maladies.-» 



MOYENS DE S 'ENDURCIR. 33 

plonger, pendant 2-3 secondes, dans l'eau fraîche 
ou attiédie par le soleil. L'eau chaude rend mou, 
tandis que la lotion froide réconforte, endurcit et 
favorise le développement régulier de l'organisme. 
La sensibilité pleureuse du commencement dispa- 
raîtra à la troisième ou quatrième opération. Cet 
endurcissement garantit les petits enfants des refroi- 
dissements si fréquents et de leurs suites, en même 
temps qu'il épargne aux mères tous ces soins minu- 
tieux pour les emmitoufler dans la laine et d'autres 
étoffes lourdes, qui empêchent l'accès de l'air et qui 
font horreur à tout homme sensé. C'est en ce point 
qu'on se rend coupable des plus grandes fautes contre 
les petites santés. Les tendres corps sont serrés 
dans ces fourreaux de laine comme dans un étau : 
ils gémissent sous cette charge de toutes les enve- 
loppes, fourrures, cache-nez: la petite tête est telle- 
ment enfoncée, qu'elle n'entend et ne voit plus rien; 
le cou, qu'on devrait chercher à endurcir avant tout 
le reste, est tellement entouré, qu'il se trouve com- 
plètement soustrait à l'air extérieur. Quand déjà le 
bijou repose sur les bras de la bonne, pour aller se 
promener, la maman ne cesse de tout ajuster, de 
tout fermer hermétiquement, pour que rien, absolu- 
ment rien ne manque. Dans ces conditions, où la 
plus légère trace d'un endurcissement rationnel fait 
entièrement défaut, vous étonnerez-vous que tous 
les ans la diphthérie, le croup, l'esquinancie, etc., 
fassent de si nombreuses victimes parmi ces êtres 
chétifs, que le moindre soufiie du vent rend malades ; 
que, dans tant de familles, il y ait des membres débiles 
ou scrofuleux; que les mères se lamentent jour- 
nellement sur l'état maladif, étique ou spasmodique 
de leurs enfants, surtout de leurs filles? Que de 

3 



PREMIÈRE PARTIE. 



défectuosités ou maladies modernes qu'on ignorait 
jadis! Et puis, qui pourrait compter les infirmités 
morales, ces fausses fleurs et fruits pourris d'un 
corps, qui, dès avant son développement régulier et 
sa croissance complète, est déjà atteint d'une mala- 
die de langueur. Mens sana in corpore sano, un esprit 
sain ne demeure que dans un corps sain. Une con- 
dition essentielle du déploîment d'une santé durable, 
c'est l'endurcissement aussi hâtive que possible. 
Ah! puissent toutes les mères comprendre leur 
mission et leur responsabilité en ce point, et ne 
manquer aucune occasion de puiser les bons con- 
seils aux bonnes sources ! 

2" Marcher dans l'herbe mouillée, voilà une 
variété très efficace de la promenade à pieds nus, 
peu importe que l'herbe soit mouillée par la rosée, 
la pluie ou l'arrosement. Dans la 3""^ partie vous 
rencontrerez bien souvent cet exercice propre à 
endurcir le corps, qui n'empêche aucune autre appli- 
cation et que je ne puis assez recommander à tout 
le monde, aux vieux et aux jeunes, aux malades et 
aux personnes en bonne santé. 

Le succès sera d'autant plus profitable que l'herbe 
sera plus mouillée, l'exercice plus prolongé et plus 
souvent réitéré. En règle générale cet exercice dure 
un jusqu'à trois quarts d'heure. 

La marche terminée, on n'essuie pas les pieds, on 
en enlève seulement tout ce qui y adhère indûment, 
comme les brins d'herbe ou le sable, et on les munit 
in statu quo^ c'est-à-dire mouillés, d'une chaussure 
sèche. La promenade dans l'herbe à pieds nus est 
suivie maintenant d'une promenade à pieds chaussés 
sur un chemin sec, couvert de sable ou de pierres : 
au commencement on marche un peu vite, peu à 



MOYENS DE s'eNDURCIR. 35 

peu on ralentit le pas et on reprend son allure ordi- 
naire. Cette marche cessera sitôt que les pieds 
seront desséchés et réchauffés ; en tout cas, elle ne 
durera pas plus d'une quart d'heure. 

J'attire l'attention sur le mot «chaussure sèche», 
et je demande instamment que jamais, après cet 
exercice, on ne se serve de bas humides. Les suites 
se feraient bientôt sentir dans la tête et la gorge ; 
cela s'appellerait démolir, au lieu d'édifier. Il n'est 
pas inutile de rappeler aux jeunes étourdis qu'il est 
prudent de ne pas jeter les bas et les souliers dans 
l'herbe mouillée, mais de les tenir prêts dans un 
endroit sec, afin qu'ils puissent, plus tard, réchauffer 
les pieds froids et mouillés. Cet exercice, comme du 
reste toute promenade à pieds nus, peut être entre- 
pris lors même que les pieds sont froids. 

3° La promenade sur les dalles mouillées 
produit un effet à peu près semblable à celui de la 
promenade dans l'herbe mouillée. Toute maison et 
maisonnette a quelque part, soit au rez-de-chaussée 
ou dans un étage, soit à la buanderie ou au fournil, 
un endroit dallé ou pavé ; cela suffit pour notre pro- 
menade nu-pieds sur les pierres mouillées. Dans un 
long corridor dallé l'on va et vient d'un pas rapide ; 
mais si l'on n'a que quatre ou cinq dalles à sa dispo- 
sition, l'on fera du mouvement sur place, à la ma- 
nière du garçon de ferme qui, en certaines contrées, 
foule la vendange ou de l'apprenti-boulanger qui des 
pieds pétrit la pâte. L'essentiel est que les pierres 
soient mouillées et qu'on ne se tienne pas tranquille 
dessus : il faut accélérer le pas. Pour mouiller les 
dalles, l'on se sert d'un arrosoir ou d'une cruche et 
l'on répand une traînée d'eau assez notable, qu'on 
élargira ensuite en la foulant. Si les pierres séchaient 



36 PREMIÈRE PARTIE. 



trop vite, on les arroserait une seconde ou même 
une troisième fois. L'eau la plus froide est la meil- 
leure. 

Dans les cas où cet exercice est employé comme 
moyen thérapeutique, sa durée ne doit pas dépasser 
3-15 minutes, se réglant d'après l'état plus ou moins 
faible ou anémique du malade : en général 3-5 
minutes devront suffire. Comme moyen d'endurcis- 
sement pour les personnes bien portantes, il peut 
durer une demi-heure et au delà, sans inconvénient. 
Je recommande cet exercice à tous ceux qui veulent 
s'endurcir sérieusement. Puisse la nature la plus 
faible et la plus sensible ne pas se laisser rebuter ! 

Quiconque est sujet aux pieds froids, aux maux 
de gorge, aux catarrhes, à l'affluence du sang se 
portant vers la tête et au mal de tête qui en pro- 
vient, n'a qu'à se promener souvent sur les dalles ar- 
rosées ; il fera bien de mêler un peu de vinaigre à 
l'eau d'arrosage. 

Quant à l'habillement et au mouvement, il faut 
suivre les mêmes règles que pour la promenade dans 
l'herbe mouillée. L'une et l'autre de ces promenades 
peuvent être entreprises lors même que les pieds 
sont froids. 

4° La PROMENADE DANS LA NEIGE NOUVELLEMENT 

TOMBÉE a plus d'effet que les deux exercices précé- 
dents. Nous observons formellement qu'il s'agit de 
la neige fraîchement ou récemment tombée, de la 
neige qui se pelotonne ou qui s'attache aux pieds 
comme de la poussière, nullement de la neige com- 
pacte, durcie, congelée, qui produit un froid trop 
sensible et ne vaut rien. En outre, il ne faut jamais 
se livrer à cet exercice quand il fait un vent glacial, 
mais plutôt quand la neige fond au soleil printanier 



MOYENS DE s'eNDURCIR. 37 

L'exercice dure une demi-heure, une heure, ou 
même une heure et demie. Je connais beaucoup 
d'hommes qui en ont obtenu les meilleurs résultats : 
ils avaient à faire des efforts, dans les premiers 
moments, pour se surmonter; plus tard ils ne sen- 
taient plus aucune trace de malaise ou de froid 
extraordinaire. Mais, remarquez-le bien, il ne faut 
jamais se tenir tranquille, il faut absolument 
marcher. 

Il arrive parfois que des orteils trop délicats, non 
habitués à l'air extérieur, ne supportent pas le froid 
de la neige, qui leur donne la fièvre, par suite de 
laquelle ils deviennent secs et chauds, brûlent et 
se gonflent. Ne vous effrayez pas, cela n'a aucune 
importance, et la guérison s'établit vite, si vous 
trempez souvent dans l'eau de neige les pieds à l'état 
sec ou que vous les frottiez légèrement avec de la 
neige. 

Le tour de neige peut, en automne, être remplacé 
par une promenade dans l'herbe couverte de frimas. 
Dans ce cas, la sensation du froid est plus forte, 
puisque, à cette époque, le corps est encore un peu 
habitué à la chaleur de l'été. En hiver, au lieu de 
faire un tour de neige, l'on peut se promener sur 
des dalles arrosées d'eau de neige. Pour l'habille- 
ment et le mouvement, lisez les règles qui con- 
cernent les exercices précédents. 

Ce sont des sottises, des folies, — on l'entend dire 
souvent, — que ces exercices d'endurcissement, dont 
on peut gagner des refroidissements, des rhuma- 
tismes, des maux de gorge, des catarrhes, etc.! ! — 
Mais si vous faisiez un essai ! Surmontez-vous un 
peu, et vous vous convaincrez bientôt que ces pré- 
jugés n'ont pas de raison d'être et que le terrible 



38 PREMIÈRE PARTIE. 



tour de neige a de grands avantages, sans avoir 
aucun inconvénient. * 

J'ai connu dans le temps une femme de haut em- 
ployé. Cette mère, d'un caractère énergique, faisait 
grand cas de l'endurcissement de ses enfants : elle 
ne leur donnait jamais de mets friands et ne tolérait 
aucune plainte sur le mauvais temps, sur le froid, 
la chaleur, etc. Quand la première neige tombait, 
elle leur promettait une beurrée ou une autre frian- 
dise de ce genre, dans le cas qu'ils voulussent faire 
une partie de neige à pieds nus. Ils le firent de 
longues années , obtinrent une santé florissante et 
furent, leur vie durant, reconnaissants de cette 
éducation rien moins que molle. Cette mère a rempli 
parfaitement sa mission. 

C'est là le tour de neige pour les personnes bien 
portantes. Voici maintenant deux cas qui montrent 
avec quel succès on peut y recourir aussi dans les 
infirmités. 

Une personne souffrait pendant l'hiver, durant de 
longues années déjà, d'engelures qui crevaient, sup- 
puraient, causaient de vives douleurs. Sur mon 
conseil elle se mit, quand la première neige tomba, 
à faire un tour de neige et le répéta souvent : elle 
demeura parfaitement quitte des gênantes engelures. 

Récemment une fille de dix -sept ans vint me 
trouver et se plaignit de douleurs violentes dans les 
dents. Si vous vouliez aller, lui dis-je, nu-pieds dans 
la neige fraîchement tombée, seulement pendant 

1 Je connais beaucoup de médecins qui approuvent de tout 
point cet exercice, pourvu qu'il soit fait avec un peu de pru- 
dence. Quant aux autres, qui sont disposés à me reprocher 
de la rudesse, je leur rappelle l'emploi bien plus rude encore 
de la glace. 



MOYENS DE S ENDURCIR. 



89 



cinq minutes, votre mal de dents passerait bientôt. 
Elle écouta, alla au jardin, revint contente au bout 
de dix minutes en s'écriant que tout son mal de 
'lents avait complètement disparu. 

Remarquez toutefois que jamais la promenade 
dans la neige ne peut se faire, si le corps tout entier 
n'est pas chaud. Quiconque sent du froid, celui-là 
est obligé de rétablir d'abord, par le travail ou le 
mouvement, la chaleur de son corps au degré ordi- 
naire. Les personnes qui transpirent aux pieds, qui 
ont des plaies ouvertes aux pieds, qui souffrent 
d'engelures crevées ou suppurantes, ne doivent na- 
turellement jamais se promener dans la neige, jus- 
qu'à ce que la guérison soit effectuée (cf. pédiluve 
et bain de vapeur des pieds). 

5. Promenade dans l'eau. Quoi de plu5 simple 




40 PREMIÈRE PARTIE. 



que de marcher dans l'eau à la hauteur des mollets ? 
Et pourtant cet exercice a) est un moyen d'endur- 
cissement, qui agit sur tout le corps, fortifie toute 
la nature ; h) agit favorablement sur les reins et sur 
la sécrétion de l'urine, et prévient ainsi bien des 
infirmités qui ont leur origine dans les reins, la ves- 
sie et le bas-ventre ; c) étend son heureuse influence 
sur la poitrine, facilite la respiration et éconduit les 
gaz de l'estomac; d) guérit spécialement les maux 
de tête, les étourdissements, etc. 

On peut faire usage de ce moyen d'endurcissement 
en se tenant dans une cuve ou une baignoire, dans 
laquelle on a versé de l'eau jusqu'au niveau de la 
cheville, et en se donnant du mouvement. On obtient 
plus d'effet en remplissant d'eau jusqu'à la hauteur 
des mollets ou même jusqu'au-dessus des genoux. 

Quant à la durée, on commence par une minute, 
pour aller plus tard jusqu'à cinq et six minutes. Plus 
l'eau est froide, mieux cela vaut. Après cette appli- 
cation il faut se donner du mouvement jusqu'à en- 
tier dessèchement, en hiver dans la chambre chaude, 
à l'air libre en été. En hiver on peut mettre de la 
neige dans l'eau. Les personnes débiles peuvent, 
dans les commencements, se servir d'eau chaude, 
plus tard d'eau tiède et finir par l'eau toute froide. 

6. Un excellent moyen d'endurcir les extré- 
mités, JAMBES ET BRAS, cst le suivaut .' L'ou se 
tient debout dans l'eau jusqu'aux genoux ou jus- 
qu'au-dessus des genoux, pendant une minute, pas 
davantage. Quand les pieds sont de nouveau chaus- 
sés, l'on découvre les bras jusqu'aux épaules, pour 
les plonger aussi dans l'eau pendant une minute. Il 
vaut mieux faire les deux applications en même 
temps, ce qui est facile pour qui possède une bai- 



MOYENS DE s'eNDURGIR. 41 

gnoire un peu grande. L'opération peut également 
être effectuée de telle manière que les pieds se 
tiennent dans un vase particulier, pendant que les 
bras et les mains s'enfoncent dans un cuveau placé 
sur un escabeau. 

C'est à la suite de certaines maladies que j'emploie 
volontiers ce remède, pour activer la circulation du 
sang dans les extrémités. 

Plonger les bras seuls dans l'eau, c'est très bon 
pour ceux qui sont sujets aux engelures et aux 
mains froides. 

Cette opération exige que le corps possède le degré 
ordinaire de chaleur, qu'il n'éprouve aucun frisson. 
Mais si les pieds ne sont froids que jusqu'à la che- 
ville (non jusque par-dessus les mollets) ou si les 
bras ne sont froids que jusqu'au coude, ce n'est pas 
une raison d'omettre l'opération. 

7. Comme dernier moyen de s'endurcir nous citons 
l'affusion des genoux. Voyez son mode d'applica- 
tion à l'article des affusions. C'est l'amie intime des 
pieds, dans les veines desquels elle attire un sang 
plus abondant.'' Ici je n'ai qu'à faire remarquer que, 
si l'affusion des genoux est employée comme moyen 
d'endurcissement pour les personnes bien portantes , 
j'en augmente l'intensité, ce qui s'obtient en lais- 
sant couler l'eau d'une plus grande hauteur ou en la 
mélangeant, dans la saison d'hiver, avec de la neige 
et de la glace. 

L'opération ne peut avoir lieu que si le corps est 
chaud, s'il ne frissonne pas. Les pieds froids jusqu'à 

1 Un monsieur avait perdu les ongles de ses pieds ; ils 
étaient remplacés par une chaire molle. Les affusions suf- 
firent pour stimuler tellement le sang, qu'il accorda de nou- 
veau aux ongles ce qui leur revenait de droit : ils poussèrent 
et devinrent durs comme auparavant. 



42 PREMIÈRE PARTIE. 



la cheville ne l'empêchent pas. L'affusion des ge- 
noux seule, c'est-à-dire non accompagnée d'aucune 
autre application, ne doit pas être pratiquée trop 
longtemps (pas au delà de trois à quatre jours). Qui- 
conque y a recours plus longtemps, celui-là l'emploie 
alternativement avec l'affusion supérieure ou avec 
l'immersion des bras (voir ci-dessus n° 5), l'une le 
matin, l'autre après-midi. 

Les moyens d'endurcissement cités suffisent. Ils 
peuvent être employés en toute saison, été et hiver. 
Dans la saison froide il faut abréger un peu l'appli- 
cation proprement dite, pour prolonger davantage 
la promenade qui suit. On fait bien de ne pas inau- 
gurer les exercices d'endurcissement pendant la 
saison rigoureuse, surtout quand il s'agit de per- 
sonnes anémiques, qui ont peu de chaleur interne et 
qui, par le régime de la laine, se sont rendus trop 
délicates et sensibles. Ce n'est pas à dire que j'y 
voie un danger; ce que je crains, c'est qu'on fasse 
perdre à quelqu'un l'envie de pratiquer une chose 
excessivement bonne. 

Les personnes maladives et les personnes bien 
portantes peuvent, sans rien risquer, user de toutes 
les applications, à condition toutefois de suivre exac- 
tement les règles tracées. Les suites fâcheuses, s'il 
y en a, ne sont jamais à attribuer à l'application 
elle-même, mais à une imprudence plus ou moins 
considérable. C'est avec de grands succès que j'ai 
appHqué les exercices n°' 1, 2, 3 et 6 sur des phti- 
siques, dont le mal avait déjà fait des progrès sen- 
sibles. 

Les gens auxquels s'adresse mon livre en première 
ligne, n'ont pas besoin d'être encouragés à s'en- 
durcir. Leurs occupations journalières occasionnent 



MOYENS DE S ENDURCIR. 



par elles-mêmes, tous les jours ou même plusieurs 
fois par jour, l'un ou l'autre des exercices d'endur- 
cissement que j'ai cités, outre un grand nombre 
d'autres dont nous ne parlons pas. Qu'ils persévèrent 
tranquillement et n'envient pas le sort de ceux qui 
en apparence sont plus heureux. Ce sont des illu- 
sions très souvent, la plupart du temps. 

Quant à ceux de mes lecteurs qui n'ont jamais 
entendu parler de ces choses-là, je les invite à en 
faire un essai, avant de les condamner. Si l'essai 
réussit en ma faveur, je me sentirai heureux, non 
pas à cause de moi, mais à cause de l'importance de 
l'objet. Il s'élève, dans la vie, bien des tempêtes 
contre la santé des hommes. Heureux celui dont la 
santé a poussé de profondes racines et s'est affermie 
au moyen de l'endurcissement ! 



APPLICATIONS D'EAU. 



)es moyens hydrothérapiques que je mets en 
usage sont les compresses, les bains simples, 
les bains de vapeur, les affusions, les lotions, 
les maillots et l'eau prise en boisson. 



A. COMPRESSES. 

Tout le monde sait en quoi consiste la fomenta- 
tion connue sous le nom de compresse. C'est une 
application réfrigérante locale, un linge imbibé d'eau 
froide et appliqué sur une partie du corps. Nous dis- 
tinguons plusieurs variétés de compresses. 

I. La compresse supérieure. 
Un grand morceau de grosse toile (celle dont on 
fait les paillasses est la meilleure) est plié en 3, 4, 
6, 8, 10 dans le sens de la longueur, de manière qu'il 
reste assez long et assez large pour couvrir le de- 
vant du corps, depuis le cou jusqu'au bas de l'ab- 
domen. A droite et à gauche il ne doit pas être 
comme coupé, il doit pendre des deux côtés. Ce 
linge ainsi préparé, on le trempe dans l'eau froide 
(en hiver on peut se servir d'eau chaude), puis on le 
tord fortement et on l'apphque au malade couché 



APPLICATIONS d'eau. 45 

sur le lit. Alors on met dessus une couverture de 
laine ou un linge plié en deux ou en trois, pour bien 
envelopper l'épithème humide, pour empêcher tout 
accès de l'air ; enfin l'on recouvre le tout d'un bon 
lit de plumes ou plumon. Autour du cou j'applique en 
outre, règle générale, un linge ou un morceau 
d'étoffe de laine, pour que l'air ne puisse absolument 
pas pénétrer. Il faut avoir soin de bien couvrir, 
puisqu'un refroidissement pourrait se produire sans 
cela. 

La compresse est maintenue trois quarts d'heure 
ou une heure. S'agit-il de continuer l'application, 
qui dans ce cas doit agir comme réfrigérant, il faut 
renouveler le topique devenu chaud, c'est-à-dire 
tremper de nouveau le linge dans l'eau. 

Sitôt que le temps prescrit est écoulé, on se dé-* 
barrasse de tout, l'on s'habille et l'on se donne du 
mouvement, ou bien l'on reste encore un certain 
temps au lit. 

La compresse supérieure sert spécialement à ex- 
pulser les gaz retenus dans l'estomac et dans l'ab- 
domen. 

Cette opération, de même que les suivantes, exige 
que le corps soit chaud. 

2. La compresse inférieure. 

A la compresse supérieure correspond la com- 
presse inférieure, qui, dans le cas où les deux appli- 
cations ont lieu successivement, se pratique d'abord. 

Remarquez que la compresse inférieure aussi doit 
être prise au lit : à cet effet, on étend un linge sur 
le drap de lit, pour qu'il ne se mouille pas, puis sur 
le linge une couverture de laine, dans le sens de la 
largeur. 



46 PREMIÈRE PARTIE. 



Ensuite on met sur la couverture de laine, dans le 
sens de la longueur, la toile crue, trempée, tordue 
et pliée 3-4 fois, de manière qu'elle aille depuis la 
dernière vertèbre du cou jusqu'au bas de la colonne 
épinière. Alors on se couche dessus, on prend la 
couverture des deux côtés pour s'en envelopper soi- 
gneusement, enfin on se couvre bien chaudement 
du lit de plumes. La compresse inférieure aussi 
est maintenue pendant trois quarts d'heure; si la 
durée doit être prolongée, on retrempera le topique, 
qui, de même que la compresse supérieure, ne doit 
servir que de réfrigératif. La conduite à tenir après 
l'application est la même que celle qui est prescrite 
après la compresse supérieure. 

La compresse inférieure est un bon remède forti- 
fiant la colonne et la moelle épinière, soulageant 
les douleurs dans le dos et rendant d'excellents ser- 
vices dans les atteintes apoplectiques, coups de sang. 
J'ai connu beaucoup de cas de coups de sang, dans 
lesquels deux compresses inférieures, employées le 
même jour, ont enlevé tout le mal. 

Dans les engorgements du sang et dans la chaleur 
fébrile, la compresse inférieure agit de même très 
favorablement. 

Chaque cas de maladie en particulier dira quand et 
comment il faut en faire usage. 

3. La compresse inférieure et la compresse supérieure simultanées. 

De même que les deux compresses précitées, infé- 
rieure et supérieure, s'appliquent successivement, 
elles s'emploient aussi simultanément. 

On prépare la compresse inférieure, comme cela 
est marqué au n*" 2, puis la compresse supérieure, 
qu'on dépose à côté du lit. Ensuite on se déshabille. 



APPLICATIONS d'eau. 47 

on s'étend sur la compresse inférieure, on applique 
la compresse supérieure et on se couvre comme il 
est dit plus haut. Y a-t-il une personne de service, 
elle veillera à ce que tout soit bien couvert, pour 
que l'air frais n'ait aucun accès. Dans ces deux appli- 
cations simultanées, il importe que la couverture 
étendue, dans le sens de la largeur, sous le topique 
inférieur, soit assez grande pour entourer et enve- 
lopper, à peu près en forme de bande, les deux 
topiques humides. 

La durée de l'application est de trois quarts 
d'heure au moins, d'une heure au plus. 

Les deux compresses simultanées rendent d'excel- 
lente services dans les ardeurs intenses , puis dans 
les fîatuosités, les congestions, l'hypocondrie, etc. 

[1 y en a qui se moquent peut-être de cette opé- 
ration ; mais cela ne doit pas vous rebuter. Faites- 
la, quelque pénible qu'elle soit ; car elle vaut de l'or. 

4. La compresse de l'abdomen. 

Un patient est couché sur son lit. On trempe un 
linge, plié en 4 ou en 6, dans l'eau froide et on le 
tord (pour qu'il ne dégoutte pas) ; puis on l'applique 
sur le bas-ventre (en rem^ontant jusqu'à la région 
gastrique) et on recouvre soigneusement de la cou- 
verture de laine et du lit de plumes. La durée de 
l'appHcation est de trois quarts d'heure à deux heures. 
Quand on va jusqu'à deux heures, il faut retremper 
la compresse après la première heure. 

Cette compresse rend de bons services dans les 
douleurs gastriques , dans les crampes , et quand il 
s'agit de détourner le sang de la poitrine et du cœur. 

Bien souvent, pour mouiller la compresse, on 
emploie du vinaigre en place de l'eau , ainsi que des 



48 PREMIÈRE PARTIE. 



décoctions de fleurs de fenaison, de prêle, de paille 
d'avoine, etc. . . (Voir 3^ partie). 

Pour ménager le vinaigre, je trempe un linge plié 
en deux dans un liquide moitié eau, moitié vinaigre, 
et je l'applique, puis je mets par-dessus un autre 
linge mouillé dans l'eau pure et plié en 3 ou en 4. 

L'on m'a demandé très souvent quelles règles 
j'observais dans mes compresses de glace, dans 
les saignées, etc. ... Je vais les tracer ici en peu 
de mots. 

Si, en signe de réconciliation, vous froncez les 
sourcils et offrez le poing à votre ennemi, vous aurez 
moins de succès que si, de bonne humeur et avec 
le regard bienveillant, vous lui présentez une main 
amicale. Ce tableau me semble bien placé là où il 
s'agit d'une application d'eau ou de glace. De tout 
temps j'ai compté les applications de glace, notam- 
ment sur les parties nobles (tête, yeux, oreilles, 
etc. . .), parmi les remèdes les plus rudes et les plus 
violents qu'on puisse employer. Elles n'aident pas la 
nature à reprendre son travail ; on la force à faire une 
fonction, et cela ne restera pas impuni. La glace 
enfermée dans un linge ou dans une vessie est et 
restera toujours étrangère à mon laboratoire. 

Figurez-vous ce contraste : à l'intérieur du corps 
un feu ardent, à l'extérieur un monceau de glace, 
entre les deux le membre souffrant et délicat, tra- 
vaillé par l'un et par l'autre. C'est toujours avec 
anxiété que j'attendais le résultat de ce travail, et 
la plupart des fois l'événement a justifié mon anxiété. 

Je connais un homme qui, pendant toute une année, 
de jour et de nuit, sans aucune interruption, avait 
à supporter des compresses de glace sur un pied. 
Certes , ce serait un miracle si ce glaçon n'avait pas 



49 

emporté toute fièvre et en même temps la chaleur 
nécessaire à la nature. Mais nulle trace de la gué- 
rison du pied. 

Cependant, répliquera-t-on , dans beaucoup de 
cas c'était bon à quelque chose. Il est possible que 
le mal n'ait pu résister aux moyens violents. Mais 
quelles en furent les suites ? Un nombre incalculable 
de personnes me sont arrivées avec une perte par- 
tielle de la vue, avec une surdité plus ou moins pro- 
noncée, surtout avec un rhumatisme au cuir chevelu 
ou avec une grande sensibilité à la tête, etc. . . D'où 
cela venait-il? «Oui, me répondait-on, c'est la fu- 
neste vessie avec la glace qui a fait tout le mal ; j'en 
souffre déjà depuis tant et tant d'années». C'est la 
vérité, et la plupart de ces malheureux en souffri- 
ront jusqu'à la fin de leur vie. 

Encore une fois, je condamne toute compresse de 
glace, et je prétends, au contraire, que l'eau, appli- 
quée suivant les prescriptions, est à même d'arrêter 
et d'éteindre le feu le plus ardent, dans quelque 
membre du corps qu'il sévisse. L'incendie, qui ne 
peut plus être éteint par l'eau, ne sera pas éteint 
par la glace. On le comprend aisément. 

Je dis que l'eau, appliquée suivant les règles, vous 
procurera du secours; mais par là je n'entends pas 
que, par exemple, dans une inflammation intérieure 
ou extérieure de la tête, il faille multiplier à l'excès 
les maillots humides, les compresses, etc. , . là où 
d'autres mettent de la glace. Cent glaçons et cent 
compresses n'arrêteront pas l'afflux du sang à la 
partie enflammée ; ils augmenteront, au contrciire, 
l'intensité de la chaleur. Il faut chercher à détourner 
le sang, à le distribuer, en d'autres termes, il faut, 
outre les applications sur la partie malade, en faire 



50 PREMIÈRE PARTIE. 

aussi sur le corps tout entier. Cet ennemi à l'exté- 
rieur ou à l'intérieur de la tête, par exemple, je l'at- 
taquerais tout d'abord aux pieds du patient et peu à 
peu je le poursuivrais par tout le corps. 

D'ailleurs, à moi aussi la glace rend d'excellents 
services, mais indirectement : elle rafraîchit l'eau 
en été, quand celle-ci va devenir tiède. 

Quelle est ma manière de voir sur les saignées, 
sur les sangsues, sur toute méthode de soustraire 
du sang? 

Il y a cinquante, quarante, trente ans, on ren- 
contrait rarement une femme qui ne se fît saigner 
deux, trois ou quatre fois chaque année; les jours 
de demi-fête et, cela va de soi, les signes astrono- 
miques de bon augure étaient marqués en rouge ou 
en bleu dans l'almanach, dès le jour de Tan. Les 
médecins de la campagne et autres, les baigneurs 
et les barbiers, regardaient eux-mêmes leur travail 
comme une boucherie. Les établissements, les cou- 
vents aussi avaient une époque fixe pour la saignée, 
ainsi que pour la diète absolue. Avant l'opération 
sanglante on se souhaitait bonne chance et après 
coup on se félicitait mutuellement. Cela ne dut pas 
toujours être une bagatelle : un ecclésiastique de 
ces temps-là- assurait qu'il s'était, trente-deux ans 
durant, fait saigner quatre fois par an et que chaque 
saignée lui avait coûté 8 onces de sang, ce qui fait 
8x4x32=1024 onces de sang. A côté de la saignée 
on avait les sangsues, les ventouses, etc.. Tout 
était bien organisé pour tout le monde, jeunes et 
vieux, grands et petits, hommes et femmes ! 

Comme les temps changent! Cette manière de 
faire passait longtemps pour le unum necessarium^ 
pour le seul moyen, unique et nécessaire, de rester 



APPLICATIONS d'eau. 51 

en bon état de santé 1 Qu'en pense-t-on aujourd'hui"? 
On se moque de cette fausse opinion, de cette super- 
stition, de cette science naturelle des anciens, qui 
s'imaginaient qu'un homme quelconque peut avoir 
trop de sang. Un médecin littérateur d'un pays 
étranger, qui suit une école nouvelle, me disait, il 
Y a deux ans environ, qu'il n'avait jamais vu des 
sangsues. Beaucoup de médecins attribuent l'anémie 
de notre époque aux pratiques du passé, aux abus de 
la saignée. Ils n'ont sans doute pas tort, mais cer- 
tainement de là ne provient pas tout le mal. 

Au fait maintenant ! Voici ma conviction : Dans 
l'organisme humain tout concorde merveilleusement, 
la partie avec la partie et chaque partie avec le tout, 
si bien qu'on est obligé de voir dans la constitution 
du corps de l'homme une œuvre d'art unique, dont 
l'idée n'a pu exister que dans une intelligence infinie 
et dont la réalisation n'a été possible qu'à la puis- 
sance créatrice de Dieu. Le même ordre, la même 
mesure, la même harmonie se trouvent entre l'ab- 
sorption et la consommation des substances néces- 
saires à l'entretien et à la conservation du corps, 
si toutefois l'homme libre et raisonnable use sage- 
ment des dons de Dieu, ne renverse point l'ordre 
par l'abus des bienfaits d' en-haut, ne porte pas le 
désaccord dans l'harmonie. S'il en est ainsi, je ne 
comprends pas comment la formation du sang, la 
plus importante de toutes les fonctions de l'orga- 
nisme, devrait s'effectuer sans ordre, sans nombre 
et sans mesure, c'est-à-dire d'une manière déréglée 
et démesurée. 

Chaque enfant — je me représente ainsi la chose 
— reçoit de sa mère, au moment de sa naissance, 
une certaine quantité de substances propres à la 



52 PREMIÈRE PARTIE. 



formation du sang; peu importe la dénomination 
qu'on donne à ces substances , sans lesquelles toute 
sanguification est impossible. Si ces substances font 
défaut, la sanguification s'arrête, la vie commence 
à languir et la mort finit par se présenter. Or, toute 
déperdition de sang , qui arrive soit par une chute 
ou une blessure, soit par une saignée, des sangsues 
ou des ventouses, fait disparaître une partie plus ou 
moins grande de ces substances vitales, condition 
essentielle de la sanguification. Toute soustraction 
de sang abrège donc la vie , puisque c'est dans le 
sang que réside la vie. 

L'on réplique : Rien ne marche plus vite que la 
formation du sang ; perdre du sang, gagner du sang, 
c'est presque tout un. 

La formation du sang s'opère vite, très vite, je 
l'admets volontiers. Mais ne perdez pas de vue cet 
argument tiré de l'expérience, qui intéresse cer- 
tainement mes lecteurs de la campagne. Comment 
font les paysans qui veulent engraisser rapidement 
un animal ? Ils lui enlèvent par la saignée une grande 
portion de sang. En peu de temps un sang nouveau 
et abondant se sera formé , tandis que l'animal pros- 
père et gagne extraordinairement en graisse. Au 
bout de 3-4 semaines on opère une nouvelle saignée, 
î)uis on nourrit et abreuve de nouveau d'une manière 
copieuse et substantielle. Le succès est splendide, 
et l'animal, même s'il est vieux, aura à l'abattoir 
un sang aussi abondant et beau que s'il était tout 
jeune. Mais examinez ce sang de près, et vous trou- 
verez que ce sang artificiel est aqueux, fade, sans 
force vitale. L'animal n'a pas de vigueur et est inca- 
pable de rien supporter, de rien travailler, et s'il n'est 
pas abattu à bref délai, il succombera à l'hydropisie. 



APPLICATIONS d'eau. 53 

En est-il autrement chez l'homme ? Quiconque a 
atteint la soixantaine et possède un peu d'expérience, 
sait très bien combien la saignée excessive des 
parents a de l'influence sur les capacités , les talents 
et la durée de la vie de leurs enfants. Cet homme 
cité plus haut, qui perdait tant et tant d'onces de 
sang, mourut d'hydropisie à l'âge le plus beau. Et 
si une femme — je cite des faits — qui a subi 300, 
ou même 400 saignées, devint faible et malade, la 
génération suivante ne dut-elle pas avoir une santé 
débile, des dispositions aux crampes et d'autres infir- 
mités ? 

J'accorde naturellement qu'il peut y avoir des cas 
— mais qui seront toujours des exceptions — où, à 
défaut d'autres moyens à effet immédiat, la saignée 
écarte un danger momentané. En dehors de cela, je 
demande à tout homme raisonnable : Vaut-il mieux 
se laisser couper et enlever, morceau par morceau, 
le fil de la vie, plutôt que de distribuer le sang par 
une application rationnelle de l'eau, si bien que les 
plus pléthoriques n'aient jamais trop de sang? Nous 
indiquons souvent, en temps et lieu, comment et 
par quelles applications cette distribution du sang 
doit être effectuée. 

Ordinairement on entend dire que, dans les dan- 
gers imminents d'apoplexie, la saignée est la seule 
planche de salut. Eh bien ! je me souviens que, à la 
suite d'un coup d'apoplexie, un premier médecin 
opéra vite une saignée, tandis qu'un second médecin 
déclara nettement que cette saignée amènerait sûre- 
ment la mort, ce qui arriva effectivement. Ce n'est 
point la richesse ou l'abondance du sang, comme les 
gens s'imaginent, mais bien l'anémie qui, en règle 
générale, provoque un coup d'apoplexie. Mourir d'un 



54 PREMIÈRE PARTIE. 



coup d'apoplexie signifie habituellement mourir faute- 
de sang. Quand le sang s'épuise, la vie s'éteint; 
quand l'huile de la lampe est consumée, la mèche 
cesse de brûler. 

Lisez dans la troisième partie quels bons services 
peut rendre l'eau dans les cas d'apoplexie. Ici je 
dirai seulement que justement mon prédécesseur 
dans ma paroisse fut frappé trois fois d'un coup 
d'apoplexie, et qu'à la troisième fois le médecin le 
déclara perdu, sans espoir de guérison. Or, c'est 
l'eau qui le sauva alors et le conserva encore plu- 
sieurs années à sa paroisse. 



B. BAINS. 

Dans cette partie de mon travail je traiterai des 
bains de pieds, des demi-bains, des bains de siège, 
des bains généraux et des bains partiels. 

I. BA.I3SrS IDE Ï^IEODS. 

Je distingue ici les bains de pieds à eau froide et 
les bains de pieds à eau chaude. 

I. Bains de pieds froids. 

Le bain de pieds froid consiste à immerger, 
pendant une à trois minutes, les pieds dans l'eau 
froide jusqu'aux mollets ou jusque par-dessus les 
mollets. 

Dans les maladies, le bain de pieds froid sert prin- 
cipalement à détourner le sang de la tête et de la 
poitrine ; mais on ne l'emploie, la plupart du temps, 
qu'alternativement avec d'autres applications, par- 



APPLICATIONS d'eau. 55 

fois dans les cas où le malade, pour une raison ou 
pour une autre, n'est pas en état de supporter les 
bains généraux ou les demi-bains. 

Chez les personnes bien portantes, le bain de pieds 
froid a un effet double : il repose et réconforte les 
membres. Il est à conseiller aux gens de la cam- 
pagne, particulièrement en été , quand, après une 
journée laborieuse, le sommeil ne se présente pas. Il 
délivre de la lassitude et procure un doux et paisible 
repos. 

2. Bains de pieds chauds. 

Le bain de pieds chaud s'emploie de différentes 
manières. 

a) Avec l'eau chauffée à 25 — 26'' R. on mélange 
une poignée de sel et une quantité double de cendres 
de bois, on agite convenablement et on immerge 
les pieds pendant 12-15 minutes. 

Quelquefois — il faut que ce soit formellement 
ordonné — j'administre cette sorte de bain, à une 
température de 30° R., mais en le faisant suivre 
chaque fois d'un bain de pieds froid durant une 
demi-minute seulement. 

Le pédilave rend d'excellents services dans tous 
les cas oii, par suite d'un état faible et maladif, 
d'un manque de chaleur propre, etc. . ., les moyens 
rigoureux et froids ne peuvent pas facilement être 
employés, puisqu'il se produit peu ou pas de réaction, 
c'est-à-dire quand l'eau froide développe trop peu 
de calorique à cause du défaut de sang. 

Les pédiluves chauds conviennent aux personnes 
faibles, anémiques, nerveuses, très jeunes outrés 
âgées , principalement aux femmes , et ils sont bien 



56 PREMIÈRE PARTIE. 



efficaces dans les troubles de la circulation du sang, 
dans les congestions , dans les maux de tête et de 
gorge, dans les crampes, etc. . . 

Ils font affluer le sang aux pieds et ont un effet 
sédatif. 

Je ne les conseille pas aux personnes qui trans- 
pirent beaucoup aux pieds. 

Nos campagnards connaissent très bien l'usage 
des pédiluves chauds , dont l'efficacité est beaucoup 
utilisée. 

b) Un pédiluve médicamenteux est celui auquel 
on mêle des fleurs de fenaison. On verse de l'eau 
bouillante sur un petit tablier plein (3 — 5 poignées) 
de fleurs de fenaison (semences, fleurs, feuillettes, 
qui tombent du foin); on recouvre le vase et on 
laisse refroidir jusqu'à la température agréable de 
25-26° R. 

Il importe peu que les fleurs de fenaison restent 
dans le liquide ou qu'on les retire, pour faire usage de 
l'infusion seule. Les gens ordinaires laissent tout 
ensemble, ce qui est plus simple et ne fait point 
perdre de temps. 

Ces bains de pieds ont une action résolutive , éli- 
minatrice et confortante ; on les emploie avantageu- 
sement pour les pieds malades, spécialement pour 
la transpiration aux pieds , les plaies ouvertes , les 
contusions de tout genre (causées par une percussion, 
un heurt, une chute etc. . . ., que le sang ait coulé 
ou qu'il soit resté dans l'épaisseur de la peau), les 
tumeurs , la goutte aux pieds , la cartilaginification 
aux orteils, la pourriture entre les orteils, les 
abcès aux ongles, les lésions produites par des 
souliers trop petits, etc. . . En somme on peut dire: 
Ces pédiluves sont avantageux pour tous les pieds 



APPLICATIONS d'eau. 57 

dont les humeurs sont malsaines et prêtes à se 
corrompre, plutôt que saines et fraîches. 

Un monsieur souffrait horriblement de la goutte 
aux pieds ; les douleurs le faisaient crier. Un de ces 
pédiluves avec un emmaillottement des pieds, le 
linge ayant été trempé dans l'infusion, le délivra 
de ces affreuses douleurs dans l'espace d'une heure. 

c) Vient maintenant le pédiluve à paille d'avoine. 
On fait bouillir, dans une chaudière, de la paille 
d'avoine pendant une demi-heure et on utilise la 
décoction pour un bain de pieds à une tempé- 
rature de 25-26 *" R., dans lequel on reste 20-30 
minutes. 

D'après mon expérience rien ne surpasse ces pédi- 
luves, quand il s'agit de résoudre toutes sortes 
d'indurations aux pieds. C'est ainsi qu'ils rendent 
service contre les cartilaginifications, les tubérosités, 
etc. . ., suites de la goutte, de l'arthrite, de la 
podagre; contrôles cors aux pieds, les ongles incar- 
nés et putrides, les ampoules causées par une 
marche forcée. On peut traiter par ce pédiluve 
même les pieds qui ont des ulcères purulents, et 
les orteils blessés par une sueur trop acre. 

Un homme coupa un cor à son pied. L'orteil s'en- 
flamma; la plaie fit songer à un empoisonnement 
du sang. Trois pédiluves à paille d'avoine par jour 
et autant de maillots, trempés dans la décoction et 
enveloppant le pied jusqu'au-dessus de la cheville, 
guérirent le pied dans l'espace de quatre jours. 

Un malade était en danger de perdre tous les 
orteils d'un de ses pieds, qui s'en allaient en putré- 
faction. Des tumeurs d'un teint livide firent craindre 
un empoisonnement du sang. Les pédiluves et les 
maillots ramenèrent la santé en peu de temps. 



58 PREMIÈRE PARTIE. 



Dans bien des cas je prescris pour les pédiluves 
en question, comme je le fais pour les bains généraux 
à eau chaude, la triple alternative. Voir plus loin 
le passage qui s'y rapporte. Ici comme là on finit 
toujours par l'application froide. 

dj Citons encore en passant une sorte de bain de 
pieds qui est de nature moins liquide que solide. Si 
vous avez l'occasion de prendre ce bain, ne la 
négligez pas. Souvent, très souvent je l'ai employé 
avec beaucoup de succès. Mettez dans un baquet 
de la drague (orge avec laquelle on a fait de la bière) 
encore chaude. Les pieds s'y plongent facilement 
et s'y trouvent très bien. Ce bain peut durer 15-30 
minutes , et son efficacité est remarquable dans les 
cas de rhumatisme , de goutte ou d'autres infirmités 
de ce genre. 

Voici encore une remarque qui concerne tous les 
bains de pieds : les personnes qui ont des varices 
ne doivent faire remonter leur pédiluve que jusqu'à 
l'origine des mollets, jamais plus haut, et ne pas 
augmenter la température au delà de 25^ R. 

Je ne prends et ne prescris jamais des bains de 
pieds à eau simplement chauffée , sans aucune ad- 
dition médicamei teuse. 

II. IDEI^I-BA.I3SrS. 

En général, je comprends sous cette dénomination 
les bains localisés qui immergent le corps tout au 
plus jusqu'au milieu du ventre, jusqu'à l'épigastre, 
mais qui la plupart des fois restent à une hauteur 
moindre. Il me fallait un moyen terme entre le bain 
général et le bain de pieds, et ce moyen terme, je le 
désigne sous le nom de demi-bain. 

Le mode opératoire est triple : 



APPLICATIONS d'eau. 59 

1° Se tenir debout dans l'eau remontant au-dessus 
des mollets ou au-dessus des genoux ; 

2** S'agenouiller dans l'eau, de manière que les 
jambes soient entièrement immergées ; 

^^ S'asseoir dans l'eau. Ce troisième mode seul 
mérite proprement le nom de demi-bain : le niveau 
de l'eau s'élève jusqu'au milieu du corps, jusqu'à la 
région ombilicale. 

Les trois modes d'application, qui ont toujours 
lieu dans l'eau froide, comptent parmi les meilleure 
moyens de s'endurcir. Ils conviennent par consé- 
quent aux personnes en bon état de santé qui veu- 
lent devenir plus fortes encore, aux personnes faibles 
qui désirent se fortifier, aux convalescents qui cher- 
chent à acquérir une santé parfaite et des forces. Il 
faut que, dans les cas de maladie, leur emploi soit 
spécialement et formellement prescrit; autrement 
on ne doit pas les essayer, puisque, dans certaines 
conditions, le résultat en est nuisible. 

Dans chaque mode opératoire, pour les personnes 
bien portantes comme pour les malades, le demi- 
bain est toujours un traitement partiel, c'est-à-dire 
il n'a lieu qu'avec d'autres applications, et sa durée 
ne doit pas dépasser 1/2-3 minutes. 

Les deux premiers modes (se tenir debout dans 
l'eau et s'agenouiller dans l'eau) m'ont toujours 
rendu, au commencement d'un traitement par l'eau, 
beaucoup de services sur les personnes qui, pour 
une raison ou pour une autre, avaient complètement 
perdu leurs forces. Je n'entre pas dans les détails, je 
remarque seulement qu'il y a beaucoup de personnes 
qui, au début, ne supportent pas la pression de l'eau 
dans un bain général. Ne passez pas ce point avec 
un dédaigneux sourire. Volontiers je vous citerais, 



60 PREMIÈRE PARTIE. 



non pas plusieurs, mais des centaines d'exemples 
vivants et frappants des personnes les plus diverses 
d'âge et de condition. Ce sont justement ces per- 
sonnes-là qui (à cause de leur débilité) m'ont donné 
l'idée de ces deux modes d'application; leur état 
exigeait ce traitement discret, modéré et plein d'é- 
gards, pendant de longues semaines, jusqu'à ce 
qu'elles fussent en état de supporter davantage. 

On associe ordinairement à ces deux premiers 
modes d'application une autre opération, un moyen 
de s'endurcir, qui consiste à plonger les bras jus- 
qu'aux épaules dans l'eau (cf. moyens de s'endurcir). 
Cela constitue un traitement entier (consistant en 
deux applications partielles) qui fortifie la nature et 
que j'emploie contre les pieds froids. 

Le troisième mode d'opération, le demi-bain pro- 
prement dit, mérite toute notre attention ; je le re- 
commande chaudement à toutes les personnes bien 
portantes. Les faiblesses et les infirmités qui ont leur 
siège dans le bas-ventre — il y en a une multitude, 
et leur cause remonte toujours au manque d'endur- 
cissement et aux habitudes de mollesse — sont 
éteintes dans leur germe ou, quand elles existent 
déjà, elles disparaissent par cette application. Ces 
demi-bains ont une action confortante sur le bas- 
ventre, conservent et augmentent les forces. Des mil- 
liers de personnes portent une, deux ou trois cein- 
tures et autre chose encore. Est-ce que ces ceintures 
guérissent le mal ? Au contraire, elles l'aggravent 
souvent, elles amollissent et débilitent ce pauvre 
corps. Essayez donc, lentement, mais résolument, 
notre demi-bain ! Les plaintes au sujet d'hémor- 
roïdes, de coliques gazeuses, d'hypocondrie, d'hys- 
térie, etc , diminueraient bientôt; car ce sont 



APPLICATIONS d'eau. 61 

des maux qui, dans l'abdomen malade et affaibli,, 
exercent une action funeste sur l'esprit et l'imagina- 
tion. 

Quant aux personnes bien portantes, je leur con- 
seille de se laver le haut du corps à l'heure du lever, 
puis, dans l'après-midi ou au soir, de prendre notre 
demi-bain. N'ont-elles pas le temps de se laver le 
matin, eh bien ! alors, qu'elles fassent cette lotion (de 
la poitrine et du dos) au milieu du demi-bain même. 

Quelques exemples vont éclaircir l'usage à faire 
de nos trois applications dans les cas de maladie. 

Un jeune homme était tellement affaibli par le ty- 
phus, qu'il fut incapable de faire n'importe quel tra- 
vail. Durant une certaine période, il s'agenouilla tous 
les deux ou trois jours dans l'eau froide, chaque fois 
pendant 1 minute d'abord, plus tard pendant 2-3 
minutes. Il se rétablit peu à peu et devint fort 
comme auparavant. 

Quelqu'un souffrait de violentes congestions pro- 
venant, comme c'est fréquemment le cas, du bas- 
ventre. Il se lava énergiquement, le premier jour, le 
haut du corps, puis, le deuxième jour, il s'agenouilla 
dans l'eau ; il poursuivit cette opération alternative 
pendant un certain temps et il fut délivré de son in- 
firmité. 

Les maux d'estomac, provenant de flatulence ou 
de gaz retenus, disparaissent par le même moyen. 

Un effet tout spécifique de notre demi-bain, c'est 
l'expulsion des gaz, qui, après les maladies, comp- 
tent parmi les inconvénients qui molestent le plus,. 

III. 3SA.I3SrS IDE SIÈG-E. 

Les bains de siège sont à eau froide ou à eau 
chaude. 



62 



PREMIÈRE PARTIE. 



I. Bains de siège à eau froide. 

Les bains de siège sont administrés dans des ap- 
pareils spéciaux (cf. fig. 1) ou, à leur défaut, dans 

des cuveaux en bois, 
en fer-blanc ou en 
zinc , larges , mais 
peu élevés (cf. fig. 2), 
dans lesquels on met 
une quantité d'eau 
suffisante, pour que 
le niveau monte au 
quart ou au cin- 
quième de la hau- 
teur. Mis à nu, on se 
place dans la bai- 
gnoire, comme sur 
une chaise, de ma- 
nière à immerger le 
corps jusqu'à la région des reins, ainsi que la partie 
supérieure des jambes. Le reste des jambes et les 
pieds restent en de- 
hors de l'eau (cf. fig. 
3) . Avec quelque pra- 
tique il n'est pas né- 
cessaire de se désha- 
biller complètement. 
La durée du bain est 
d'une demi-minute à - 
trois minutes. 

Ces bains de siège froids comptent, avec les demi- 
bains, parmi les apphcations hydrothérapiques les 
plus importantes et les plus efficaces, spécialement 
pour le bas-ventre. Ils ont une grande vertu pour l'ex- 





63 

pulsion des gaz, aident à la digestion mauvaise, pro- 
curent des selles, règlent la circulation du sang et 
fortifient l'organisme ; par conséquent on ne peut pas 
assez les recommander dans la chlorose, les hémor- 
roïdes , les affections les plus délicates des organes 
abdominaux. Personne n'a lieu de craindre cette 
application froide et humide, qui ne dure qu'une ou 
deux minutes : bien ordonnée, elle ne peut jamais 
faire de mal. 

Pour prévenir les refroidissements, pour s'aguerrir 
au froid et pour résister aux changements de tempé- 
rature souvent si nuisibles, on fait bien de prendre 
fréquemment un bain de siège, en se levant pendant 
la nuit. On se réveille à une heure quelconque, on 
se lève, on s'assied dans le bain et, sans s'essuyer, 
on se remet au lit. Faire cette opération deux ou 
même trois fois dans une seule et même nuit, ce 
n'est pas commettre une imprudence. 

Je connais un homme, chez qui la baignoire, placée 
à côté du lit, n'est jamais vide; il en use chaque nuit, 
été et hiver, et ne dort jamais dans une chambre 
chauffée. Je ne conseille pas à chacun d'en faire 
autant; mais j'aime voir cet homme, qui, malgré 
son âge déjà avancé, reste fidèle à sa pratique et 
s'en trouve bien. 

Si le sommeil doux et paisible vous fuit déjà dès 
le début de la nuit, si vous vous réveillez dans la 
nuit sans pouvoir vous rendormir, si, en général, vous 
avez des insomnies, ne manquez pas d'avoir recours 
au bain de siège froid. Une séance d'une ou de deux 
minutes calme les nerfs surexcités et procure un 
repos agréable. 

Longtemps un malade ne pouvait dormir qu'une ou 
deux heures, il se tournait et se retournait dans son 



64 PREMIÈRE PARTIE. 



lit, s'arrêtait à toutes sortes de pensées et finissait 
par se trouver dans une surexcitation impossible. 
Les bains de siège lui amenèrent l'hôte ardemment 
désiré : le repos. 

Si le matin vous avez la tête lourde et embarrassée, 
ou si au lever vous êtes plus fatigué qu'au coucher, 
alors n'hésitez plus : prenez un bain de siège. 

Encore une fois, je recommande très chaudement 
le bain de siège froid à toutes les personnes bien 
portantes. 

2. Bains d3 siège à eau chaudB. 

Pour les bains de siège chauds je ne me sers jamais 
de l'eau pure : j'y mêle toujours soit de la prêle, soit 
de la paille d'avoine, soit des fleurs de fenaison. 

La préparation de ces trois bains se fait de la 
même manière : on répand de l'eau en ébullition 
sur la plante et on laisse le mélange mitonner un 
certain temps. Puis on écarte le vase du feu, on 
laisse refroidir jusqu'à 24-26°, rarement 30° R.; 
enfin on verse le tout, herbe et décoction, dans une- 
baignoire et on s'assied dedans durant 1/4 d'heure-.. 
Comme ce serait dommage de jeter ensuite la dé- 
coction, je l'utilise pour deux autres bains, dont 
l'un se prend 3-4 heures plus tard que le premier, 
et le troisième une heure après le second, mais ces 
deux derniers dans la décoction refroidie, chacun 
pendant 1-2 minutes. 

Je permets ces bains de siège aux herbes tout au 
plus 2-3 fois par semaine, le plus souvent alter- 
nativement avec des bains froids ou dans les cas- 
où il s'agit de la guérison d'une affection invétérée, 
comme les tumeurs hémorroïdales , les fistules à 
l'anus, les maladies du caecum, etc. . . / 



APPLICATIONS d'eau. 65 

Une hernie n'empêche pas d'utiliser ces sortes 
de bains. 

aj Le bain de siège à prêle rend spécialement de 
précieux services dans un état convulsif et rhuma- 
tismal des reins et de la vessie, dans l'infirmité de 
la gravelle et de la pierre , dans les embarras des 
voies urinaires. 

hj Le bain de siège à paille d'avoine est un excel- 
lent bain dans toutes les affections de la goutte. 

c) Le bain de siège aux fleurs de fenaison a une 
action plus générale, et, à défaut de prêle et de 
paille d'avoine, on l'emploie, sans doute avec moins 
de profit, dans toutes les affections de l'abdomen 
citées plus haut. Il m'a toujours rendu de bons ser- 
vices comme agent résolutif des engorgements du 
bas-ventre, dans le traitement des tumeurs exté- 
rieures, des exanthèmes (herpès zona), des consti- 
pations, des hémorroïdes, des affections convulsives 
et de la colique venteuse. 

IV. B-A.IITS C3-ÉnsrÉR_A.XJ22:. 

Les bains généraux, appelés aussi bains entiers, 
bains complets ou totaux, se divisent également en 
bains froids et en bains chauds , et rendent service 
aux malades et aux personnes en bon état de santé. 

I. Le bain froid général. 
se prend de deux manières : ou bien on immerge 
tout le corps dans l'eau froide, ou bien, pour éviter 
la pression de l'eau sur les poumons (ce qui du reste 
n'offre jamais de danger), on se plonge dans l'eau 
jusqu'aux aisselles, de manière que la pointe des 
poumons reste libre ; et avec la main ou une ser- 
viette de grosse toile on se lave lestement le haut 
du corps. 



66 PREMIÈRE PARTIE. 



La durée du bain froid général est d'une demi- 
minute au minimum, de 3 minutes au maximum. 

C'est là ma manière de voir, sur laquelle je revien- 
drai plusieurs fois encore. Ici je vous fais seulement 
observer que, il y a vingt ans, j'étais d'un avis diffé- 
rent, je prescrivais des bains de plus longue durée 
et j'étais dans la persuasion que les établissements 
d'hydrothérapie ne pouvaient s'écarter beaucoup 
de la meilleure méthode. 

Une longue expérience et la pratique journalière 
sur moi et sur d'autres ont modifié mes idées, et 
m'ont appris d'une manière irrévocable que, dans les 
bains à eau froide, le vrai et juste principe est le 
suivant : Plus la durée du bain froid est courte, 
plus son action est bonne. Celui qui reste 1 minute 
dans le bain général froid agit plus sagement que 
celui qui y reste 5 minutes. 

Je condamne absolument tout bain de ce genre, 
s'il dure plus de 3 minutes , que ce soit des ma- 
lades ou des personnes bien portantes qui en usent. 

Cette persuasion , que des faits innombrables ont 
produite et confirmée, explique pourquoi je ne suis 
point partisan de la méthode dure et rigoureuse 
employée dans certains établissements hydrothéra- 
piques et de la manière imprudente de se baigner 
pendant la belle saison. 

A propos de ces bains, je rappelle qu'il y a des 
gens qui en prennent un ou même deux par jour, 
chacun d'une demi-heure. Je ne veux pas parler des 
bons nageurs, qui s'agitent beaucoup et qui, au 
sortir de l'eau, se nourrissent bien. Une nature ro- 
buste supplée promptement ce que le bain lui a 
soustrait. Mais les personnes qui ne savent se re- 
muer dans l'eau et qui, pendant une demi-heure, se 



APPLICATIONS d'eau. 67 

traînent lourdement, comme une tortue, dans la 
rivière, ces personnes non seulement n'en retirent 
aucun profit (l'ablution de la peau leur aurait coûté 
moins cher); mais un pareil bain, surtout s'il est 
répété souvent, leur nuit beaucoup, parce qu'il 
énerve et fatigue. Au lieu de faire du bien à l'or- 
ganisme, il exerce sur lui une action spoliatrice ; 
au lieu de le fortifier et de le nourrir, il le ronge et 
l'amaigrit. 

a) Le bain froid général des personnes bien portantes. 

Souvent on m'a prié de ne pas oublier que l'ap- 
plication de l'eau froide n'est en somme qu'une 
soustraction de calorique, et que la soustraction de 
calorique est préjudiciable aux anémiques et aug- 
mente beaucoup la susceptibilité des nerfs. 

Tout cela est vrai, quand il s'agit d'applications 
rudes, comme celles dont il est question plus haut; 
mais mes applications, c'est-à-dire dans le cas par- 
ticulier les bains généraux froids, conviennent en 
toute saison, été et hiver, à toutes les personnes en 
bon état de santé, et je prétends que ce sont pré- 
cisément ces bains qui contribuent largement au 
maintien d'une santé parfaite; ils purifient et sti- 
mulent la peau, rafraîchissent, animent et fortifient 
l'organisme tout entier. En hiver, il ne faut guère 
prendre plus de deux bains par semaine ; un seul 
suffit pour huit ou même pour quinze jours. 

Touchons encore, en passant, à deux points. 

Pour la conservation de la santé, il est très impor- 
tant de s'endurcir aux influences variées de l'air, 
aux changements de température. Malheur à qui le 
moindre soufiie de vent dérange le poumon, la gorge, 
la tête, et qui est réduit à consulter, à tout moment. 



68 PREMIÈRE PARTIE. 



la flèche de la girouette ! L'arbre situé en plein air 
est indifférent à tout, à l'ouragan, au calme, à la 
chaleur, au froid ; il affronte le vent et la pluie, il 
est endurci. Usez de notre bain, et vous serez sem- 
blable à cet arbre vigoureux. 

Il y a beaucoup de gens à qui il est difficile d'en- 
lever la crainte, la répugnance de l'eau froide ; ils 
ont l'idée fixe de la soustraction du calorique. Le 
froid affaiblit, affaiblit nécessairement, disent-ils, 
si, à l'application du froid ne succède pas immédia- 
tement une sensation de chaleur. Oui, très bien, 
je l'accorde. Je prétends, au contraire, qu'abstraction 
faite des nombreux exercices de mouvement, que 
nos principes exigent pour chaque application du 
froid, nos bains à eau froide n'enlèvent pas de cha- 
leur à la nature, mais la lui conservent avec soin. 
Au lieu de raisonner, posons une simple question : 
Si un homme affaibli et amolli par le séjour habituel 
dans la chambre, et n'osant sortir en hiver que dans 
les cas urgents, parvient à s'endurcir par les bains 
et les lotions au point de pouvoir, sans crainte, se 
promener en plein air et n'être plus guère sensible 
aux intempéries de la mauvaise saison, ne doit-il 
pas avoir acquis plus de chaleur naturelle ? Ou bien, 
ne serait-ce qu'un faux semblant, une illusion ? 

Un exemple entre beaucoup d'autres! Un mon- 
sieur haut placé, d'une soixantaine d'années, avait 
une horreur extrême de l'eau. Quand il se préparait 
à une promenade ou excursion, il rassemblait avec 
le plus grand soin tous ses effets d'habillement de 
laine : tous les refroidissements possibles et impos- 
sibles auraient pu être la suite d'un oubli impardon- 
nable. Il avait le cou si peu tolérant, qu'il ne pou- 
vait plus suffisamment l'envelopper et le garantir. 



APPLICATIONS d'eau. 69 

Voilà qu'un beau jour le «rustre» intervint : avec 
un plaisir malin il ordonna nos bains froids généraux. 
Le monsieur se soumit. Et les suites ? Elles furent 
extraordinairement favorables. Au bout de quelques 
jours eut lieu le premier dépouillement ; la première 
chemise de laine et de flanelle fut bientôt suivie de 
la seconde, et les cache-nez prirent le même chemin. 
La journée, où il ne pouvait prendre son bain géné- 
ral, lui semblait du temps mal employé, tant il s'était 
endurci, aguerri aux intempéries. Ce qui plus est, 
il prenait ses bains non pas seulement dans la 
chambre chauffée ; il les prenait, au mois d'octobre 
encore, journellement à la rivière, dont l'eau froide 
lui souriait plus que celle de sa baignoire do- 
mestique. 

Voici les questions principales auxquelles nous 
avons à répondre : 

Dans quel état, dans quelles dispositions doit être 
le corps sain, pour user avec profit des bains froids 
généraux? 

Combien de temps peut-il séjourner dans l'eau ? 

Dans quelle saison est-il le plus facile de com- 
mencer l'emploi des moyens de s'endurcir? 

Pour être dans les dispositions voulues pour un 
bain froid général, il faut que le corps tout entier 
soit parfaitement chaud. Si donc vous êtes bien ré- 
chauffé, soit auprès du poêle, soit par le travail ou 
la marche, vous vous trouvez dans l'état prescrit. 
Quand, au contraire, vous éprouvez quelque frisson 
ou que vous ayez les pieds froids, ne prenez jamais 
un bain froid général, avant de vous être convena- 
blement réchauffé par un exercice. Si par contre 
vous transpirez ou que vous soyez même tout en 
nage, ne craignez rien, mais prenez tranquillement 



70 PREMIÈRE PARTIE. 



votre bain froid général (pourvu toutefois que vous 
soyez bien portant). '' 

Il y a beaucoup de gens, même des gens de 
réflexion et de sang-froid, qui ne craignent rien tant 
que l'immersion froide, quand le corps est en sueur. 
Et pourtant rien n'est moins dangereux. Oui, j'ose 
soutenir la proposition bien étudiée et basée sur une 
longue expérience : plus la sueur est abondante, 
mieux cela vaut, et plus le bain sera efficace. 

Nombre de personnes, qui avaient cru que cette 
«cure de cheval» produirait nécessairement un coup 
d'apoplexie, ont déposé, après un seul essai, toute 
crainte et tout préjugé. ^ 

Qui donc, en rentrant tout en nage, quand le li~ 
quide salin lui coule du visage et que les doigts pa- 
raissent se coller ensemble, qui donc hésite ou craint 
de se laver les mains et la figure, même la poitrine 
et les pieds ? Chacun fait cela, car il s'en trouve 
bien. Est-ce que l'effet — c'est une conclusion né- 
cessaire — ne doit pas être le même sur le corps 
tout entier? Ce qui fait tant de bien aux parties, 
sera-t-il préjudiciable au tout ? 

J'aime à croire que l'horreur du bain froid, chez 
les personnes en sueur, provient de ce que plus d'un, 
qui en pleine transpiration s'exposait subitement au 
froid, à l'air frais ou au courant d'air, s'est gâté la 
santé pour toute sa vie. C'est bien vrai. 

Je vais encore plus loin : bien des hommes en 
sueur ont cherché dans l'eau froide le germe de 

^ Si on est mouillé par la pluie, il ne faut pas songer à une 
application d'eau; on s'en trouverait mal. J'ajoute, à cette 
occasion, qu'au sortir du bain il ne faut jamais mettre des 
habits mouillés; ils doivent toujours être bien secs. 

2 Voir ce qui est dit dans la 3* partie sur la transpiration. 



APPLICATIONS d'eau. 71 

graves maladies. Mais qu'est-ce qui en est la cause ? 
La transpiration ou le bain froid? Ni l'un ni l'autre. 
Comme en toutes choses ici-bas, de même aussi 
dans notre question en particulier, c'est le comment 
qui est important, c'est-à-dire il importe de savoir 
comment, de quelle manière les hommes en sueur 
emploient l'eau froide. Avec un simple couteau de 
table ou de poche, un fou furieux peut faire un mal 
énorme. Une application déraisonnable peut changer 
une chose très bonne en une chose très mauvaise. 
Ce qui est étrange, c'est qu'alors on condamne la 
chose elle-même et non point les abus préjudiciables. 

Ce qui importe donc, c'est le comment, le mode 
opératoire. Si, en ce point, on fait à sa tête, on en 
supportera aussi les conséquences, dont seul on est 
responsable. 

JSJous voici à la solution de la deuxième question : 
Combien de temps un homme en bonne santé peut-il 
rester dans le bain froid général ? 

Un monsieur, à qui j'avais prescrit deux bains 
froids entiers par semaine, revint après quinze jours, 
se plaignant amèrement de ce que son état avait 
empiré considérablement, que toute sa personne 
était comme une statue de glace. Il avait l'air 
souffrant, et je ne compris pas que l'eau dût, cette 
fois, m'avoir trahi. Je lui demandai s'il avait fait 
l'application exactement d'après mes prescriptions ; 
il répondit : «J'ai tout fait très scrupuleusement, 
j'ai même fait davantage ; car, au lieu d'une minute, 
je suis resté cinq minutes dans l'eau, mais alors je 
n'ai plus pu me réchauffer.» Notre homme se cor- 
rigea, il opéra exactement, et bientôt il avait re- 
couvré sa chaleur naturelle et sa fraîcheur d'autre- 
fois. 



72 PREMIÈRE PARTIE. 

Ce cas est l'image de tous les cas où l'eau doit 
avoir causé un préjudice. Ce n'est pas l'eau, ce n'est 
pas l'agent hydrothérapique qui sorte de son rôle ; les 
coupables sont les hommes imprudents et inexacts, 
qui, la faute commise, n'ont rien de plus pressé que 
d'accuser l'eau innocente. 

Pour prendre le bain froid entier, il faut jeter ra- 
pidement les habits et s'étendre, pendant une mi- 
nute, dans la baignoire. Si vous êtes en transpiration, 
asseyez-vous dans la baignoire, c'est-à-dire ne vous 
plongez dans l'eau que jusqu'à l'épigastre et lavez- 
vous avec diligence et vigueur le haut du corps ; 
puis faites une immersion momentanée jusqu'au cou, 
sortez de l'eau sans retard et, sans vous essuyer, 
habillez-vous en toute hâte. L'ouvrier des champs 
et le manœuvre peuvent se remettre immédiatement 
au travail ; les autres se donneront du mouvement 
durant un quart d'heure au moins, jusqu'à ce que le 
corps soit complètement desséché et réchauffé. Il 
est indifférent de le faire à la maison ou à l'air libre ; 
moi personnellement je préfère, même en automne 
et en hiver, la promenade ou l'exercice en plein air. 

Ce que vous faites, ami lecteur, faites le raison- 
nablement et ne dépassez jamais la juste mesure ! 
N'oubliez pas que le nombre des bains froids com- 
plets ne doit point facilement aller au-delà du 
chiffre 3 par semaine. 

Quand faut-il débuter dans l'emploi des bains 
froids généraux ? 

On ne peut jamais commencer assez tôt l'impor- 
tant travail d'endurcir le corps ou, ce qui revient au 
même, de le garantir contre les infirmités, de le ren- 
dre susceptible de résistance. Mettez-vous à l'oeuvre 
dès aujourd'hui; mais commencez par les moyens 



APPLICATIONS D EAU. 73 

faciles. Si vous débutiez par les exercices pénibles, 
vous risqueriez de perdre courage. Vous pourrez 
prendre vos bains froids entiers, si vous êtes vigou- 
reux, après quelques applications préparatoires (cf. 
moyens de s'endurcir) ; mais si vous êtes faible, il 
faudra plus de temps pour vous mettre dans les con- 
ditions voulues. 

C'est un chapitre très important. Avant tout, ne 
cherchez pas à forcer les choses, en voulant entre- 
prendre, sans transition, tout d'un coup, les exer- 
cices les plus rigoureux. Ce serait une absurdité. 

Un médecin conseilla un jour à une personne at- 
teinte de fièvre typhoïde de se mettre, pendant un 
quart d'heure, dans l'eau froide. Le malade le fit et 
en eut un tel frisson que, dans la suite, il ne voulut 
jamais rien savoir d'un pareil bain de santé et qu'il 
ne put assez le maudire. Après l'opération, l'homme 
de l'art déclara qu'on ne pouvait plus faire d'appli- 
cations d'eau au malade et qu'au reste le malade 
était perdu. On m'apporta alors cette sentence de 
mort. Au lieu de désespérer de la guérison, je donnai 
le conseil d'essayer encore une fois l'eau, mais de n'y 
rester que 10 secondes (non un quart d'heure). On 
obéit, et le résultat fut visible : au bout de quelques 
jours le malade se remit. 

Quand je vois de pareils errements, je suis tou- 
jours tenté de croire qu'on fait, à dessein, des appli- 
cations d'eau d'une manière si crue, si déraisonnable, 
si violente, pour effrayer et rebuter le public, au lieu 
de lui inspirer la confiance pour l'élément humide. 
Je suis un original, je le sais bien ; c'est pour cela 
qu'on ne m'en voudra pas pour ces idées baroques. 

Les personnes, qui veulent s'y mettre sérieuse- 
ment, feront bien au début, après l'emploi des moyens 



74 PREMIÈRE PARTIE. 



de s'endurcir, d'essayer encore les ablutions totales 
et, si les lotions à l'heure du coucher ne les excitent 
pas ou ne leur causent pas d'insomnie, de les pra- 
tiquer matin et soir, au moment du lever et du cou- 
cher. De cette manière on ne perd absolument pas 
de temps. Si vous ne pouvez, le matin, vous mettre 
de suite au travail ou en mouvement, recouchez- 
vous pendant un quart d'heure, jusqu'à entière des- 
siccation et complète calorification. 

Cette opération, faite 2-4 fois par semaine ou 
même chaque jour, constitue la meilleure prépara- 
tion à notre bain froid entier. Essayez donc une fois ! 
Au premier malaise succédera bientôt un bien-être 
général, et ce qui vous inspirait de l'horreur, sera 
pour vous désormais un besoin. 

Un monsieur de ma connaissance s'immergeait, 
pendant dix-huit ans, chaque nuit dans son bain froid 
entier. Cette prescription ne venait pas de moi, mais 
il ne voulut absolument pas laisser cette habitude 
et, les dix-huit ans durant, il ne fut pas malade un 
seul instant. 

D'autres qui, dans la même nuit, visitaient 2-3 
fois leur baignoire, je dus les retenir, le leur dé- 
fendre. S'ils avaient trouvé cette pratique dure ou 
intolérable, telle qu'on aime à la dépeindre, certes, 
ils l'auraient laissée d'eux-mêmes. 

Quiconque veut sérieusement, sincèrement s'en- 
durcir, se fortifier, conserver sa santé, celui-là ne 
perdra pas de vue le bain froid entier ^, il ne se con- 
tentera pas du bon propos. 

Les populations , races et familles vigoureuses 
étaient, de tout temps, des amies fidèles de l'eau 

* Voir quelques effets en détail dans la 3^ partie, à l'article 
de la transpiration. 



75 

froide, particulièrement de notre bain. Plus notre 
siècle devient efféminé, plus il est temps de faire 
un retour aux idées et aux principes sains et ration- 
nels des ancêtres. 

Il y a encore maintes familles, surtout des familles 
nobles, des hommes distingués qui regardent notre 
hydrothérapie comme une tradition de leurs pères, 
comme une règle d'hygiène, comme, un moyen im- 
portant de conservation, dont leurs descendants 
doivent rester en possession. 

Pourquoi donc rougirions-nous de notre cause? 

b) Le bain froid général des malades. 

Nous indiquerons exactement dans les cas de 
maladies en particulier quand et combien de fois le 
bain froid entier devra être employé. Nous ne ferons 
ici que quelques observations générales. 

Une nature saine, un organisme vigoureux est en 
état d'éliminer de soi-même les éléments morbides, 
tandis qu'il faut soutenir le corps malade et affaibli par 
la maladie, l'aider à faire de nouveau ce travail. A ce 
point de vue le bain froid entier est d'un secours 
bien efficace, un puissant moyen de confortation. 

L'usage principal du bain froid général a lieu dans 
les maladies inflammatoires, c'est-à-dire dans les ma- 
ladies qui sont précédées et accompagnées de fièvre 
violente. Les fièvres de 39-40° et au delà sont le plus 
à craindre : elles enlèvent la force, brûlent et dé- 
truisent misérablement l'organisme du corps humain. 
Le malade, qui en réchappe, devient très souvent 
la victime du dépérissement. La méthode expec- 
tante, qui consiste à observer le développement du 
terrible incendie, me parait dangereuse, pleine de 
fatales conséquences. Que peut faire dans ces cas 



76 PREMIÈRE PARTIE. 



la recette à'une cuillerée par heure^ le quinquina si 
cher, le fébrifuge si bon marché, la mixture véné- 
neuse de digitale, qui est si préjudiciable à l'esto- 
mac ? Les médicaments sont et resteront dans ces 
brasiers de bien faibles antipyrétiques. Quel effet 
enfin attendez-vous de ces moyens d'enivrement, 
qu'on donne ou qu'on injecte au malade et qui, en 
effet, le rendent tellement ivre, qu'il ne sait et ne 
sent plus rien ? Abstraction faite du point de vue 
moral et religieux, il fait pitié de voir un malade 
ivre et assoupi, défiguré et les yeux égarés. Dans 
la fièvre, il ne s'agit que d'éteindre le feu. Or, c'est 
avec l'eau qu'on éteind le feu et les incendies ; quand 
donc le corps humain est, pour ainsi dire, tout entier 
en feu, la meilleure pompe à incendie sera le bain 
froid général. Quand l'accès apparaît de nouveau, 
c'est-à-dire toutes les fois que la chaleur et l'anxiété 
augmentent, le bain froid, administré peut-être au 
début de la fièvre chaque demi-heure, sera bientôt 
maître du feu, si toutefois on y a recours à temps. 
(Cf. inflammations, scarlatine, typhus, etc.) 

J'entendais dire jadis que dans dévastes hospices 
des pauvres, qui n'étaient pas en état de payer le 
prix si élevé de la quinine, on employait fréquem- 
ment la baignoire ; dans les derniers temps, quelques 
journaux m'apportèrent la joyeuse nouvelle que dans 
les hôpitaux militaires d'Autriche on a recommencé 
à traiter par l'eau certaines maladies, comme le 
typhus. Pourquoi le typhus seul? Pourquoi pas 
également, selon les conclusions de la logique, 
toutes les maladies qui se manifestent par des accès 
de fièvre? Qui dit A, doit dire B. 

Plaçons ici une observation, qui concerne peut- 
être davantage les lotions. Tous les malades ne 



APPLICATIONS d'eau. 77 

sont pas en état d'utiliser les bains froids généraux; 
plus d'un est peut-être tellement débilité qu'il ne 
peut se lever ou se retourner, et qu'on ne peut guère 
le sortir du lit. Est-ce que ces malades doivent être 
privés des applications d'eau froide? Nullement. 
Nos procédés d'application sont si variés et chaque 
application a tant de degrés, que chacun, l'homme le 
mieux portant comme celui qui est gravement atteint, 
peut trouver ce qui convient à son état. Il ne s'agit 
que de bien choisir l'application. 

Un malade, qui, en raison de sa grande faiblesse, 
n'est pas susceptible d'un bain froid entier, peut 
recevoir, en compensation, des lotions entières ou 
partielles, et celles-ci seront pratiquées sans diffi- 
culté au lit même, sur le malade le plus débilité. 
Comme les bains froids, elles seront réitérées aussi 
souvent que le degré de la chaleur l'exigera. 

Gardez-vous, surtout chez les personnes grave- 
ment malades et attachées au lit, de commettre la 
faute doublement coupable d'une application trop 
rude ; cela aggraverait chaque fois le mal. 

Je pourrais nommer quelqu'un qui, alité pendant 
onze ans, avait été traité par le médecin durant tout 
ce temps ; on avait essayé aussi de l'hydrothérapie ; 
rien n'y fit. Quand cette personne fut rétablie par 
moi dans l'espace de six semaines, le médecin déclara 
que cette guérison lui paraissait prodigieuse. Il vint 
me voir et voulut savoir comment cela s'était passé, 
d'autant plus qu'il n'avait plus trouvé de vitalité 
active dans ce corps malade, et que tout son traite- 
ment par l'eau était resté sans résultat. J'expliquai 
à ce médecin le procédé bien simple que j'avais suivi 
et les moyens hydrothérapiques plu^ simples encore 
que j'avais employés. Nous reconnûmes tous deux 



78 PREMIÈRE PARTIE 



que ce n'est pas avec une pompe à feu qu'on éteint 
un copeau fumant : ses applications avaient été 
trop rudes, les miennes douces, lentes, appropriées 
à la tolérance du pauvre corps malade. 

Bien souvent j'ai été peiné de lire et d'entendre 
que, dans beaucoup de maisons et d'établissements, 
il y a des gens qui ne quittent pas le lit pendant dix à 
vingt ans ou davantage encore. Ce sont des créa- 
tures dignes de pitié. Au reste, c'est là une chose 
que je ne comprends pas et que je n'ai jamais com- 
prise. Sans doute il y a des cas de maladie incurable, 
et l'Écriture sainte aussi parle d'un homme atteint 
d'une maladie de trente-huit ans ; mais ces cas excep- 
tionnels sont excessivement rares. J'ai la ferme 
conviction que beaucoup de ces personnes alitées 
pourraient recouvrer la santé au moyen des appli- 
cations d'eau pratiquées simplement, mais avec 
patience et exactitude. 

2. Le bain chaud général. 

Ce bain est employé avec avantage pour les per- 
sonnes bien portantes et pour les malades. Le mode 
d'emploi est double : 

A. — On se met dans une baignoire, dans laquelle 
l'eau chaude monte assez haut pour immerger le 
corps tout entier, dont aucune partie ne doit rester 
en dehors (fig. 4, a). On y passe 25-30 minutes, puis 
on se rend en toute hâte dans une autre baignoire (b), 
qui renferme de l'eau froide, et l'on s'y plonge jus- 
qu'à la tête exclusivement; à défaut de cette seconde 
baignoire, on se lave rapidement le corps en entier 
avec l'eau froide. Dans une minute il faut terminer 
le bain froid, la lotion froide. Ensuite, sans s'essuyer, 
on remet les habits à la hâte et on se donne du 



APPLICATIONS D EAU. 



79 



mouvement à l'air ou dans la chambre, pendant une 
demi-heure au moins, jusqu'à entière dessiccation 
et complète calorification. Les gens de la campagne 
peuvent, sans perdre de temps, retourner au travail. 
Le liquide du bain doit avoir une température de 
26-28'*; pour les personnes âgées, 28-30° R. Je con- 
seille d'acheter un thermomètre, pour la mesurer 
avec soin. Il ne suffit pas de le plonger simplement 
dans l'eau et de l'en retirer aussitôt; il faut l'y lais- 




Fig. 4. 

ser un certain temps, afin que la colonne mercurielle 
monte lentement et réguhèrement et qu'on puisse 
mesurer exactement. La personne qui prépare le 
bain doit le faire sérieusement et avoir conscience 
de sa responsabilité. L'insouciance et la routine 
seraient bien mal placées dans cette œuvre si im- 
portante de la charité chrétienne. 

B. — La baignoire est remplie comme ci-dessus, 
mais le liquide a une température de 30-35 ° R. Il 
ne faut jamais aller au delà de 35° (je dirai exprès- 



80 PREMIÈRE PARTIE. 



sèment dans quel cas spécial il faut monter à ce 
chiffre), ni descendre au-dessous de 28°; en moyenne 
je conseille et j'emploie moi-même 31-33° R. 

Dans cette opération hydrothérapique on descend 
non pas seulement une fois dans l'eau, mais 3 fois 
dans l'eau chaude et 3 fois dans l'eau froide. C'est 
là le bain chaud entier avec la triple alternative. 
Tout ce bain dure au juste 33 minutes, qu'on répartit 
de la manière suivante (on suspend quelque part la 
montre et l'on compte bien) : 

10 minutes dans l'eau chaude, 
1 minute dans l'eau froide, 
10 minutes dans l'eau chaude, 
1 minute dans l'eau froide, 
10 minutes dans l'eau chaude et 
1 minute dans l'eau froide. 
Il faut toujours terminer par l'eau froide. Les 
personnes saines et fortes s'asseyent dans la bai- 
gnoire à eau froide et plongent lentement jusqu'à la 
tête. Les personnes sensibles s'asseyent et se lavent 
la poitrine et le dos ^ aussi vite que possible, sans 
plonger. Si l'on a trop peur de la baignoire froide, 
la lotion entière vous rendra le même service. On 
ne mouille jamais la tête; si, par hasard, elle se 
mouille une fois, on l'essuiera; à la dernière sortie 
du bain froid on essuiera les mains seules (jamais 
le reste du corps), pour qu'elles ne mouillent pas 
les habits. 

Pour le reste, surtout pour l'exercice à faire après 
le bain, on se tiendra à ce qui est dit au premier 
mode d'emploi du bain chaud général. 
Je dois ajouter ici quelques observations. 

* C'est-à-dire on rejette assez d'eau par-dessus les épaules, 
pour qu'elle coule le long du dos et l'arrose. 



APPLICATIONS d'eau. 81 

Je ne prescris jamais des bains chauds exclusive- 
ment, c'est-à-dire sans faire succéder des bains 
froids ou des lotions froides. La chaleur élevée, 
surtout si elle agit un certain temps, ne fortifie pas, 
elle affaiblit et amollit tout l'organisme; elle n'en- 
durcit pas, elle rend au contraire la peau plus sen- 
sible au froid ; elle ne garantit pas, elle porte préju- 
dice. L'eau chaude dilatant les pores, l'air froid y 
pénètre, et les suites se montrent déjà après quelques 
heures. Tous ces inconvénients disparaissent complè- 
tement, quand on fait suivre les bains chauds de bains 
froids ou de lotions froides. Je ne connais, du reste, 
aucune application d'eau chaude qui ne soit suivie 
d'une application d'eau froide. L'eau fraîche fortifie 
en atténuant la chaleur élevée, rafraîchit en absor- 
bant le calorique superflu, garantit en fermant les 
pores et en affermissant la peau. 

Voici de nouveau le préjugé du froid subit succé- 
dant à la chaleur. Or, c'est justement en considéra- 
tion des bains froids, qui suivent, que les bains chauds 
peuvent et doivent être administrés à une tempéra- 
ture supérieure à celle qui est normale et que je 
recommanderais dans d'autres circonstances. Le 
corps est rempli ou, pour ainsi dire, armé de tant 
de calorique, qu'il peut très bien soutenir le choc 
de l'eau froide. D'ailleurs, si quelqu'un, au premier 
essai, a trop peur de la baignoire froide, il n'a qu'à 
employer la lotion froide. Il prendra courage. Tout 
dépend de l'épreuve. S'il a fait un premier essai, il 
ne manquera plus de faire succéder au bain chaud 
un bain froid, rien qu'en -raison du bien-être qui en 
résulte. Beaucoup de personnes, qui d'abord avaient 
tremblé de peur, se sont acclimatées bientôt à l'im- 
pression du bain alternatif et ont fini par avoir une 

6 



82 PREMIÈRE PARTIE. 



prédilection pour lui et son action extraordinaire, si 
bien que je dus leur tracer des limites sévères, afin 
que l'excès du bien ne leur tournât pas en mal. 

Le picotement, le chatouillement de la peau, qu'on 
éprouve, surtout aux pieds, en retournant du bain 
froid au bain chaud, ne doit effrayer personne; 
cela donnera plus tard la sensation d'une agréable 
friction. 

Dans les deux variétés du bain chaud général, il 
n'y a pas de préparatifs particuliers à faire, pour 
rétablir p. ex. la température régulière du corps. 

Comme pour tous les bains chauds en général, de 
même aussi pour celui-ci je n'emploie jamais (ou 
très rarement, chez les sujets bien portants) l'eau 
pure; j'y mêle toujours une décoction de plantes 
médicinales. 

a) Le bain chaud entier pour les personnes bien portantes. 

Si je prescris des bains chauds entiers aux per- 
sonnes bien portantes, mais faibles, je le fais unique- 
ment parce que ces personnes débiles ne peuvent se 
résoudre à entrer dans un bain froid et pour les 
rendre peu à peu, au moyen du bain chaud suivi 
d'une lotion froide, susceptibles du bain froid. 

Voici en ce point mes principes et ma pratique : 
Aux natures saines et vigoureuses, dont le teint frais 
et incarnat jaillit, pour ainsi dire, d'une bonne cha- 
leur vitale, je n'administre presque jamais des bains 
chauds : elles n'en sentent pas le besoin, elles re- 
cherchent plutôt, comme le poisson, l'eau fraîche. 

Je les recommande comme utiles aux personnes 
jeunes, faibles, anémiques, nerveuses, surtout à 
celles qui montrent une prédisposition aux crampes, 
aux rhumatismes et à d'autres infirmités du même 



APPLICATIONS d'eau. 83 

genre. Je songe en première ligne aux mères de fa- 
inille, qui sont exténuées si tôt par toutes les souf- 
frances possibles. Tous les mois un bain chaud à 
28'' R., durant 25-30 minutes et suivi d'une lotion 
froide, leur suffirait. 

Dans les prédispositions au rhumatisme articulaire, 
à la goutte et la podagre, on fait bien de prendre deux 
de ces bains par mois, au lieu d'un seul. 

Dans la saison chaude, les personnes jeunes doi- 
vent essayer les bains froids entiers. 

Aux personnes âgées et faibles je recommande, 
en vue de la propreté, du rafraîchissement et de la 
confortation, de prendre au moins tous les mois un 
bain chaud entier à 28-30° R. durant 25 minutes et 
suivi d'une énergique ablution froide ; cela activera 
chaque fois les fonctions de la peau (exhalation, 
transpiration) et ravivra la circulation du sang. 

b) Le bain chaud entier pour les malades. 

Dans quelles maladies faut-il recourir au bain chaud 
entier? On le verra dans la troisième partie. Les deux 
variétés de ce bain sont en usage et, avec de laprudence 
et de l'exactitude, on n'a absolument rien à craindre. 

Ce bain a un double but : employé d'après le pre- 
mier mode, il augmente la chaleur du corps par un 
apport direct du calorique extérieur, tandis que, 
d'après le second procédé, il aide à résoudre et à 
éliminer les éléments que le corps malade n'a plus 
la force d'e:^pulser lui-même. 

Je distingue les bains chauds entiers en bains aux 
fleurs de fenaison, en bains à paille d'avoine, en 
bains aux feuilles de pin et en bains mixtes. 

La préparation et l'action des deux premiers de 
ces bains sont déjà indiquées dans le chapitre qui 



84 PREMIÈRE PARTIE. 



traite du bain de siège chaud. Pour raison de clarté, 
je vais revenir sur quelques points. 

a) Le bain aux fleurs de fenaison. — On intro- 
duit un sachet rempli de fleurs de fenaison dans un 
chaudron d'eau chaude et l'on fait cuire pendant au 
moins un quart d'heure. La décoction est versée 
alors dans la baignoire renfermant déjà une quantité 
d'eau chaude pour le bain, puis on achève de la 
remplir d'eau chaude ou froide, de façon à lui donner 
la température voulue. Ce bain, le plus facile et le 
plus fréquent, est aussi le plus inoffensif, le bain 
propre à donner du calorique au corps. Les per- 
sonnes bien portantes peuvent également s'en servir. 
Chez moi maint ami de l'eau, exhalant le parfum 
des fleurs de fenaison, se promène dans les rues du 
village. Le liquide brunâtre ouvre et dilate les pores 
et résoud les engorgements. 

b) Le bain a paille d'avoine. — On fait cuire 
à l'eau dans une chaudière une forte poignée de paille 
d'avoine pendant une demi-heure, et l'on se sert de 
la décoction comme ci-dessus. 

Ce bain agit plus fortement que le bain aux fleurs 
de fenaison et rend d'excellents services dans les 
affections des reins et de la vessie, dans les cas de 
gravelle, de calcul et de goutte. 

cj Le bain aux feuilles de pin. — On prend de 
petites branches ou des feuilles de pin, aussi fraîches 
et aussi résineuses que possible, de même des pommes 
de pin, coupées en morceaux, et l'on fait cuire le 
mélange dans l'eau pendant une demi-heure. On 
utilise ensuite la décoction comme ci-dessus. Ce 
bain également a une action favorable sur les 
maladies des reins et de la vessie, quoique plus 
faible que le bain à paille d'avoine. Son effet prin- 



APPLICATIONS D EAU. 



85 



cipal est de stimuler les fonctions de la peau et de 
fortifier les vaisseaux intérieurs. Ce bain odorant et 
réconfortant aux feuilles de pin est donc, à propre- 
ment parler, le bain des vieilles gens, dont il est 
question plus haut. 

dj Bains mixtes. — J'appelle de ce nom les bains 
dans lesquels je mets une décoction de plusieurs des 
plantes médicinales citées tout à l'heure, et que je 
prescris quand la quantité nécessaire d'une de ces 
plantes fait défaut. Le plus souvent je mêle ainsi 
les décoctions de fleurs de fenaison et de paille 
d'avoine, et je réunis les deux plantes déjà avant de 
faire cuire. De cette manière le bain à paille d'avoine 
devient plus odoriférant. 

Sans doute les bains sont une bonne chose, 
dira-t-on; mais cela occasionne trop de frais et 
d'embarras. 

Cette objection pourrait être faite à juste titre par 
celui de mes lecteurs que j'enverrais prendre les eaux 
dans une somptueuse station balnéaire, ou par celui 
à qui je prescrirais d'acheter ces petits flacons noirs, 
soigneusement bouchonnés, coûteux, remplis d'es- 
sence de feuilles de pin, et de verser la moitié ou le 
tiers d'un flacon dans chaque bain. Je m'en garde 
bien, et voilà pourquoi personne n'a la moindre rai- 
son de se plaindre, de s'excuser ou de faire des 
objections. Le plus indigent est à même de préparer 
tous ces bains, sans difficulté, et, dans tous les cas, 
il est en possession du meilleur extrait, d'un extrait 
plus pur que celui des droguistes. 

C'est précisément pour les gens pauvres que j'ai 
essayé longtemps de trouver cette sorte de bains, 
afin qu'eux aussi ne soient pas privés de l'avantage 
du bain, qui a tant d'influence sur la santé. 



86 PREMIÈRE PARTIE. 



Un voyage n'est pas nécessaire dans ce but; tout 
au plus il faudra se rendre au fenil ou au pailler ou 
encore dans la forêt voisine. Un de ces bains ne 
coûtera donc que quelques pas ou une bonne parole: 
tout paysan donnera au pauvre des fleurs de fenaison 
ou une poignée de paille d'avoine, et le sapin ne lui 
refusa pas -ses pommes et son vert branchage. Quant 
au baquet, chacun en possède un, ou bien, s'il le 
faut, le voisin le prêtera volontiers. 

Voilà pour la question des frais. Pour ce qui con- 
cerne la peine ou les embarras, je ne poserai que 
cette question : Y aura-t-il moins d'embarras pour 
vous et pour les vôtres, si pendant des semaines 
vous êtes cloué sur le lit de douleurs, ou si votre 
corps, négligé, affaibli, jamais rafraîchi et jamais 
relevé, languit et dépérit? Il ne peut être question 
de peine et de travail. Ce serait certainement de la 
paresse et de la mollesse, si on trouvait trop dur de 
se conformer à mes prescriptions si faciles; vrai- 
ment, on ne mériterait pas l'avantage d'un pareil 
bain. 

3. Les bains minéraux. 

* 

Disons aussi un mot des bains minéraux, sur les- 
quels j'ai été consulté bien souvent. Voici, sauf 
meilleur avis, ma manière de voir. 

D'après tous les principes de mon traitement par 
l'eau, je ne puis pas être pour les bains minéraux, 
puisque je n'approuve pas ce qui est forcé, ce qui 
est violent, peu importe qu'on agisse du dehors sur 
l'intérieur ou directement sur l'intérieur même. 
Mon sentiment est et sera toujours : La médication 
la plus douce est la meilleure, qu'il s'agisse d'appli- 
cations hydrothérapiques ou de remèdes, et si l'on 



APPLICATIONS d'eau. 87 

arrive au but par un premier moyen, il ne faut pas en 
employer un second. Nous devons tendre à la nature, 
à l'organisme malade ou affaibli, une main secou- 
rable, mais avec calme et douceur. Nous devons, pour 
ainsi dire, mener et tenir le corps infirme d'une niain 
légère, l'aider et l'assister parfois, mais pas trop le 
presser, le tirailler et le bousculer. Il ne faut pas 
vouloir, par tel ou tel moyen, absolument obtenir 
quelque chose, mais il faut seulement aider le corps 
à faire son travail, et immédiatement suspendre ce 
concours dès que le corps pourra tout seul se tirer 
d'affaire. 

Tout le monde aura remarqué, pour citer un 
exemple de ma méthode, qu'on ne trouve pas chez 
moi les brosses à racines et à fils métalliques, les 
draps à frictions et d'autres objets connus ailleurs. 
Je les ai employés jadis dans certains cas, mais l'ex- 
périence m'a appris que l'eau toute seule, sans ces 
manipulations plus ou moins violentes (à la suite des- 
quelles le pauvre corps, outre son travail ordinaire, 
a encore à remettre en ordre les muscles massés et 
brossés, ainsi que la peau labourée), produit les meil- 
leurs effets, pourvu qu'on l'applique exactement. 
Chez moi, la friction est pratiquée, jour et nuit, par 
la chemise de grosse toile, que jerecommande chau- 
dement à cette occasion. 

Le nom de bain minéral indique par soi-même une 
action énergique. Toutes les eaux minérales, quel 
que soit leur nom, quelle que soit leur origine, ren- 
ferment plus ou moins de sels, et ceux-ci sont plus 
ou moins forts et irritants. Ces sels, employés à l'ex- 
térieur pour agir sur l'intérieur, ressemblent — par- 
donnez-moi l'expression — au balai et au sable gros- 
sier, qu'on emploierait pour nettoyer les objets d'or et 



88 PREMIÈRE PARTIE, 



d'argent. Or, ces métaux sont fins et délicats; mais 
les organes intérieurs de l'homme sont-ils moins sen- 
sibles ? L'haleine ternit les métaux; en les nettoyant 
avec un objet rude et grossier, on les endommage. 
Le balai et le sable enlèvent parfaitement la pous- 
sière et les taches , mais jusques à quand ces objets 
précieux soutiendront-ils ce traitement? Je n'ai pas 
besoin d'appliquer cet exemple et d'expliquer au long 
et au large sur quel métal mou, noble et sensible, les 
eaux minérales opèrent le travail de nettoyage. 

Et que nous apprend l'expérience? 

Dans les villes de bains, ce n'est pas en plein 
jour, mais pendant la nuit, ni en chantant ou au son 
des cloches, qu'on porte les morts (et le nombre en 
est grand) au champ du repos. Il meurt, chaque 
année, beaucoup d'hommes dans les différents bains. 
Un tel, dit-on, a pris les eaux pour la première fois 
cette année, et il s'en trouva très bien. L'ancien 
mal l'a repris plus tard, et il est retourné aux bains ; 
mais, dit sa famille, il s'en trouva moins bien cette 
fois. La maladie revint plus intense, et il voulut 
absolument y retourner une troisième fois. Il rentra 
chez lui visiblement fortifié, parut parfaitement 
guéri. Mais il rentra, pour mourir chez lui. D'autres 
ne rentrent plus même chez eux, la mort leur épargne 
les frais de voyage. J'ai entendu raconter une foule 
de ces histoires. 

Si quelqu'un visite les stations balnéaires en rai- 
son de la distraction, de la société, et en vue de 
l'usage externe, il n'a pas à craindre ces accidents ; 
il n'aura qu'à compter avec sa bourse, qui sera 
traitée sans pitié et nettoyée à fond. 

Des gens ordinaires, même des paysans, qui vou- 
draient imiter le monde du progrès et les personnes 



APPLICATIONS d'eau. 89 

de haute volée, ne fréquentent pas, à la vérité, une 
ville de bains — pour la bonne raison que les fonds 
leur manquent — mais ils se mettent à des pra- 
tiques l'une plus sotte que l'autre. 

Un jour je reçus la visite d'un paysan, qui me 
dit : Voilà que j'ai trouvé le meilleur moyen de 
purger le corps, une sorte d'eau hygiénique, dont 
j'use souvent. — Qu'est-ce que c'est? lui deman- 
dai-je. — Après quelque hésitation, il avoua qu'il 
faisait dissoudre dans l'eau une cuillerée de sel et 
qu'il buvait à jeun cette eau salée : Cela purge très 
bien, ajouta-t-il, et je l'aime mieux que la meilleure 
eau minérale. — J'engageai ce paysan à se tenir sur 
ses gardes ; mais il ne se laissa pas détourner de son 
invention. Il continua de boire un certain temps ; 
puis, il eut l'estomac paresseux et une mauvaise di- 
gestion ; il devint anémique et mourut, épuisé, débilité, 
purgé à l'excès, dans les meilleures années de la vie. 

Restez donc toujours modestes et raisonnables, 
et n'enviez jamais le sort du grand monde. Ce serait 
peu chrétien, une pure folie. 

Il ne faut pas non plus en vouloir à ceux qui, à 
cause d'une maladie de langueur ou d'une prédis- 
position à la phtisie, visitent un sanatorium ou 
vont quelque part en villégiature, passent une sai- 
son à Méran ou à Cannes, voyagent en Italie ou 
même en Afrique. Je me figure toujours que la 
meilleure place pour le poisson, c'est l'eau; la meil- 
leure demeure pour l'oiseau, c'est l'air libre et frais ; 
le meilleur climat pour moi, c'est le lieu ou la con- 
trée qui m'a vu naître. Si la température devient 
trop rude, alors je songe à m'endurcir. Dans les 
maladies, l'eau du pays rend d'aussi bons services 
que celle de l'étranger. Si c'est la volonté de Dieu 



90 PREMIÈRE PARTIE. 



que je meure, eh bien ! soit, il faut mourir une fois, 
et dans la terre natale, dit-on, on repose mieux. 

Quels sont donc les résultats bien et dûment 
constatés qu'ont produits les stations balnéaires et 
les cures d'air? 

Je me contente de ces deux questions : Combien 
de personnes, qui s'y sont réfugiées dans leur ma- 
ladie, en sont revenues bien guéries ? Combien de 
personnes y sont restées pour toujours et y sont 
enterrées ? 

Ainsi donc, restez au pays, vivez modestement et 
lavez-vous chaque jour ! 

Je comprends sous le nom de bains partiels les 
bains localisés, restreints à telle ou telle partie du 
corps, certains petits bains que je réunis sous ce 
titre. 

L Le bain des bras et des mains. 

La dénomination dit suffisamment ce dont il s'agit, 
et, en temps et lieu, quand il sera question des ma- 
ladies en particulier, nous indiquerons dans quels 
cas il faut en faire usage, combien de temps ils 
doivent durer (2-3 minutes ou un quart d'heure), 
combien de fois ils sont à réitérer, quelle décoctioii 
d'herbes est la meilleure, etc.. Ces bains aussi sont 
ou froids ou chauds. 

Il suffit de l'observation suivante pour le mode 
d'emploi : 

Quelqu'un, p. ex., a un doigt malade. J'agis alors 
non seulement sur le doigt, mais aussi sur la main, 
sur le bras, sur tout le corps. Le doigt malade n'est 
qu'un mauvais fruit de la mauvaise branche, de la 
mauvaise tige, du mauvais tronc. Si le tronc est en 



APPLICATIONS d'eau. 91 

ordre, fournit-il assez de bonne sève, alors le fruit 
doit devenir bon aussi. 

L'amélioration des branches et des tiges, c'est-à- 
dire de la main et du bras, s'opère, en dehors des 
emmaillottements, par le bain des bras et des mains. 

2. Le bain de la tête. 

Le bain de la tête est un des plus importants bains 
partiels. On le prend, chaud ou froid, de la manière 
suivante^ : 

On pose une cuvette sur 
une chaise et on plonge le 
hautdela tête, proprement 
le cuir chevelu, dans l'eau 
froide pendant 1 minute, 
puis dans l'eau chaude 
pendant 5-7 minutes. Là 
où l'eau ne baigne pas les 
cheveux de l'occiput, on 
les mouille en les arrosant Fîg. 5. 

du creux de la main (Voir fîg. 5). 

Après le bain il faut soigneusement essuyer les 
cheveux. C'est là le seul cas où il faille essuyer la 
tête, et je conseille de le faire très exactement, puis- 
que toute négligence pourrait avoir des suites 
fâcheuses, tel qu'un rhumatisme à la tête ou un 
autre mal de tête. Après cela il faut rester dans la 
chambre ou mettre au moins un bonnet recouvrant 

< A différentes reprises j'ai dit que la tête ne doit jamais être 
mouillée. La raison principale en est que la plupart des per- 
sonnes ne se soucient guère d'essuyer la tête exactement, et 
qu'ainsi elles peuvent facilement s'attirer des inconvénients. 
Au reste, la tête est une des parties les plus tolérantes du 
corps, chez les hommes plus encore que chez les femmes, 
parce qu'elle est exposée à toutes les intempéries. 




92 PREMIÈRE PARTIE. 



toute la partie mouillée, jusqu'à ce que les cheveux 
et le cuir chevelu soient complètement séchés. 

Les jeunes gens, surtout à la campagne, emploient, 
pour s'administrer un bain de tête, un procédé plus 
expéditif : ils plongent plusieurs fois, coup sur coup, 
la tête dans l'auge du puits, comme font les ca- 
nards dans l'étang ; ou bien, en puisant de l'eau, ils 
tiennent simplement la tête sous le tuyau de la fon- 
taine. Ça leur fait du bien. Soit ! mais qu'ils n'oublient 
jamais de s'essuyer la tête et qu'ils n'abusent pas 
des bonnes choses (en s'arrosant trop souvent ou trop 
longtemps). 

Le bain froid de la tête est avantageux pour ceux 
qui portent les cheveux courts. Quand, au contraire, 
les cheveux ^ sont longs, l'eau arrive difficilement 
jusqu'à la peau — ce qui pourtant est le but du bain 
— et le dessèchement marche plus lentement. Je 
conseille de préférence le bain chaud de la tête à 
ces personnes, parce qu'il dure plus longtemps. 

Je prescris parfois les bains de tête — courts et 
froids — contre les maux de tête, d'ordinaire aux 
personnes dont le cuir chevelu est le rendez-vous de 
tous les abcès et ulcères, d'éruptions dartreuses et 
sèches, une mine de croûtes, de pellicules, de pous- 
sière, et d'autres choses encore. Ces personnes re- 
çoivent des bains de tête de longue durée, terminant 
par une affusion froide ou une ablution froide. 

^ Les cheveux courts sont un grand avantage pour la santé, 
par exemple, chez les personnes prédisposées au mal de tête 
et au point de vue de la propreté du cuir chevelu. Les 
cheveux longs sont un don du Créateur, une belle parure; 
mais ils doivent être entretenus avec soin , et il ne faut mé- 
nager ni peigne ni brosse. Chaque mère de famille en connaît 
les désavantages. 



APPLICATIONS d'eau. 93 

J'attire l'attention sur ces bains de tête. Si dans 
la petite maison rustique et dans la chambre com- 
mune, plus petite encore, on n'ouvre jamais, pendant 
tout l'hiver, les petits soupiraux, appelés fenêtres, 
on finit par y avoir un air épais, qui se laisse litté- 
ralement couper au couteau et qui, par son odeur 
nauséabonde, repousse tout visiteur, qui cherche à y 
pénétrer. Et si dans une chambre on ne balaie ou ne 
lave jamais le plancher, quel aspect aura finalement 
le parquet ? 

En est-il autrement du pauvre cuir chevelu, quand 
les longs cheveux ou les grosses tresses et la coif- 
fure double ou triple ne laissent, pendant la moitié 
de l'année, jamais pénétrer un souffle d'air ou un 
rayon de soleil jusqu'à la peau de la tête? Si l'eau 
ou la lessive n'y vient pas opérer une cure radicale, 
comment cela finira-t-il ? Il s'y formera une croûte, 
une bourbe, une pourriture, et plus d'une mère sait 
ce qui peut en surgir. 

Il n'est malheureusement que trop vrai que l'hy- 
giène de la tête est souvent néghgée. On se lave 
chaque matin la figure, et puis on s'imagine que 
tout est fait. Bien loin de là. Je recommande l'hy- 
giène de la tête dans l'intérêt de la propreté de tout 
le monde, de la santé des enfants et des adultes. 
Les mères tout d'abord ne doivent pas l'oublier. 

3. Bain ophtalmique. 

Le bain des yeux ou bain ophtalmique est chaud 
ou froid. Dans les deux cas, on .l'administre auxyeux 
de la manière suivante : On immerge la figure dans 
l'eau froide, en ouvrant les yeux et en les baignant, 
pour ainsi dire, pendant une demi-minute. Puis on 
se relève, on attend une demi-minute ou une minute 



94 PREMIÈRE PARTIE. 



et on plonge de nouveau le front et les yeux. On 
peut répéter quatre à cinq fois. — Le bain ophtal- 
mique chaud (24-26° R.) se termine toujours par le 
froid, soit que la dernière immersion des yeux se 
fasse dans l'eau froide, soit qu'à la fin on se lave les 
yeux à l'eau fraîche. — Le liquide du bain ne doit 
pas être de l'eau pure chauffée , mais une décoction 
d'herbes médicinales. Une demi-cuillerée de fenouil 
moulu ou une infusion d'eufraise m'ont toujours 
rendu de bons services. 

Si) Le bain ophtalmique froid agit avec avantage 
sur les yeux sains, mais faibles. Il fortifie et rafraîchit 
tout l'appareil visuel dans ses parties externes et 
internes. 

b) Le bain ophtalmique chaud (tiède) sert d'émol- 
lient pour les tumeurs aux parties extérieures de 
l'œil; il s'emploie aussi à résoudre et à éliminer les 
humeurs malsaines, épaisses, sanieuses de l'œil 
intérieur. 



G. BAINS DE VAPEUR. 

Comme toutes nos apphcations d'eau, les bains 
de vapeur agissent de la manière la plus douce et, 
par conséquent, tout à fait inoffensive. Ils exigent i 
néanmoins une grande circonspection. Ce qui, ap-! 
pliqué exactement et suivant les prescriptions, rend ; 
la santé au malade, peut, avec de la négligence et 
de l'insouciance, rendre malade une personne bien 
portante. Un homme qui, p. ex., s'expose à l'air 
libre et frais immédiatement après un bain de vapeur, 
avant de s'être rafraîchi préalablement, peut devenir 
malade, mortellement malade. Mais le bain de vapeur 



APPLICATIONS d'eau. 95 

n'y est pour rien. Cette première observation a pour 
but de faire procéder avec sagesse, nullement de 
faire peur. Je répète qu'en procédant correctement 
on n'a jamais à craindre le moindre danger. 

Les bains de vapeur sont -ils nécessaires, en 
somme, à la guérison? Quand une femme fait sa 
lessive, il lui faut de l'eau chaude et de l'eau froide. 
L'eau chaude doit dissoudre ce qui est à enlever, et 
l'eau froide doit emporter ce qui a été dissous. Un 
phénomène analogue se produit dans l'œuvre de la 
guérison. Dans les maladies, bien des choses, comme 
les engorgements, les mauvaises humeurs, doivent 
être résolues et éliminées; c'est le fait du calorique. 
Puis le corps doit se fortifier et s'endurcir, c'est 
l'effet du froid. 

Tout corps doit, par conséquent, avoir une cer- 
taine quantité de calorique, un certain degré de. 
chaleur, pour que son travail se fasse régulière- 
ment. Or, le corps bien portant possède par lui- 
même assez de chaleur naturelle, sans qu'on vienne 
à son aide. Mais le corps maladif sent bien vite le 
défaut de chaleur intérieure, et celle-ci doit être 
suppléée. Pour beaucoup de malades, les maillots 
et les compresses suffisent; chez d'autres on fait 
mieux d'employer les bains de vapeur, qui approvi- 
sionnent de chaleur artificielle l'économie défec- 
tueuse. 

Comment faut-il procéder dans l'emploi des bains 
de vapeur? 

Cette question n'est pas facile à résoudre. Je me 
contente de communiquer le résultat de mes expé- 
riences, et je me hâte d'avouer que dans l'espace de 
trois ans j'ai modifié 3 fois mon procédé. Au com- 
mencement je suivais la pratique générale, qui 



96 PREMIÈRE PARTIE. 



préfère les bains de vapeur entiers, et cela pendant 
treize ans. Comme les effets ne répondaient pas à 
mon attente, j'ai modifié et modifié encore, pour 
m'arrêter définitivement au mode actuel, que je 
reconnais être le plus doux, exempt de toute rudesse, 
de toute dureté ; c'est le mode que j'emploie depuis 
nombre d'années avec le meilleur succès. 

Il faut toutefois, à cet endroit, remonter plus 
haut. Il y a trente ans, on employait passablement, 
dans l'Allemagne du sud, les bains russes. Mais 
comme beaucoup de familles n'étaient pas en état 
d'user de ces bains hygiéniques, privilège réservé 
alors aux grandes villes, on inventa, en remplace- 
ment, l'étuve bien connue, destinée à rendre des 
services sudorifères du même genre. 

Moi-même, je me fis construire une de ces étuves, 
sorte de caisse avec une porte fermant bien et avec 
une ouverture à la partie supérieure, par où l'on 
passait la tête. Je faisais arriver du dehors la va- 
peur d'eau auprès du patient, debout ou assis dans 
la sudatoire et observant, dans une muette résigna- 
tion, le thermomètre placé devant ses yeux. Un 
linge sec enveloppait le cou pour empêcher la fuite 
de la vapeur, et des compresses d'eau couvraient la 
tête, pour la maintenir à l'état de fraîcheur, pen- 
dant que le corps tout entier, après 10-15 minutes, 
ruisselait de sueur. Au bain de vapeur succédait 
une affusion entière (un arrosoir plein d'eau) ou un 
bain entier. Fallait-il une transpiration plus forte, 
j'ordonnais deux séjours, chacun de 15 minutes, 
dans la sudatoire et les faisais suivre d'une rapide 
ablution (pendant une demi-minute). 

La manière de préparer ces bains de vapeur en- 
tiers me semblait admirable; mais je ne comprenais 



APPLICATIONS d'eau. 97 

pas pourquoi les résultats étaient moins admirables. 
En hiver surtout il y avait de grandes difficultés. 
Au bout de peu de minutes, les vapeurs brûlantes, 
qui entouraient le corps partout également et l'at- 
taquaient de toutes parts, mettaient le patient dans 
une sueur abondante et le rendaient très sensible à 
l'air frais ou froid. Moi-même du moins, j'eus tou- 
jours la plus grande peine, après le bain, pour me 
garantir tout entier contre l'air froid de l'hiver : 
presque toujours l'une ou l'autre partie de la sur- 
face cutanée fut endommagée pour plus ou moins 
longtemps; parfois j'eus à souffrir de violentes 
douleurs. 

J'expérimentais beaucoup, je réfléchissais davan- 
tage encore, pour trouver le moyen de remédier à cet 
inconvénient. Voilà qu'un jour, en plein hiver, je me 
rendis à Munich, — étant justement pris d'un gros 
rhume. Le hasard me mit sous les yeux un journal, 
dont une réclame faisait un éloge exagéré des effets 
merveilleux du bain russe ; on y disait, entre autres, 
que le public veuille bien faire un essai, un seul bain 
de vapeur serait à même de guérir le catarrhe le plus 
intense. L'idée me prit d'essayer : sans retard je 
me rendis à l'établissement indiqué et je pris un 
bain. Après cette cure vraiment russe, je ne sentis 
plus aucune trace de mon catarrhe ; mais — patience î 
tout n'est pas fini — 5-6 heures plus tard, un nouveau 
catarrhe avait envahi tout mon être, un catarrhe 
deux fois plus violent que l'ancien, qui était resté 
dans le bain russe. 

Jamais, me disais-je à moi-même, jamais cette 
manière de prendre des bains de vapeur ne saurait 
être la bonne. Abstraction faite de moi-même, je 
me demandais comment il est possible qu'un malade, 

7 



98 PREMIÈRE PARTIE. 

une personne débilitée, surtout une personne grave- 
ment atteinte, puisse recourir à un moyen qui fait 
frissonner un homme fort et bien portant ! Franche- 
ment, on n'est pas dans la bonne voie ! 

Toutes mes recherches ultérieures firent naître 
en moi la conviction que le même principe, qui pré- 
side à tous les traitements par l'eau, doit valoir aussi 
pour les bains de vapeur, c'est-à-dire que le traite- 
ment le plus modéré est toujours le meilleur, parce 
que c'est le traitement le plus simple et le plus inof- 
fensif. Ainsi, par exemple, pour augmenter la cha- 
leur interne, je n'emploie pas la moindre vapeur, 
lorsqu'une petite application d'eau, une afïusion ou 
un demi-bain suffit; jamais je ne torturerais et exté- 
nuerais tout le corps par un bain de vapeur entier, 
quand un bain de vapeur partiel rend les services 
désirés. Ne quid nimis, c'est-à-dire que, dans l'usage 
du bain de vapeur, je garde le juste milieu : ne pas 
surmener la nature, mais lui tendre une main secou- 
rable, Faider avec bienveillance et l'engager, par de 
petits moyens, à faire volontiers le service elle- 
même. 

Tous mes bains de vapeur sont, à proprement 
parler, des bains partiels, c'est-à-dire destinés seule- 
ment à l'une ou à l'autre partie du corps ; néanmoins, 
aucun de ces bains ne laisse d'agir sur toute l'éco- 
nomie. C'est là-dessus que repose, à mes yeux, 
le grand avantage. Les vapeurs ne touchent ou, si 
l'on aime mieux, n'affaiblissent que la partie souf- 
frante du corps et laissent intactes et vigoureuses 
les parties saines. Celles-ci conservent toute leur 
puissance et se reposent un moment pour ainsi dire, 
pour communiquer ensuite de leurs forces à la partie 
souffrante et épuisée. 



APPLICATIONS d'eau. 99 

Souvent je ne prescris le bain de vapeur que pour 
préparer la voie aux applications d'eau, par exemple, 
pour les rendre possibles par suite d'une augmen- 
tation de la chaleur du corps et leur donner peut- 
être plus d'efficacité, ou pour seconder, à l'intérieur 
du corps (par exemple , par une résolution dans les 
bronches et les poumons), l'action extérieure de 
l'eau. Il est bien rare que l'un des bains de vapeur 
constitue à lui seul tout le traitement. 

C'est dans la description de chaque bain de vapeur 
en particulier que sont indiquées les précautions 
à prendre relativement au rafraîchissement, à l'ha- 
billement et au mouvement. 

Il faut que je prévienne ici d'une illusion. 

Il arrive fréquemment que l'un ou l'autre des bains 
de vapeur, notamment ceux qu'on administre à la 
tête et aux pieds, agisse d'une manière extrêmement 
favorable. Ayant une action très résolutive et élimi- 
natrice, ils procurent un bien-être extraordinaire 
et rendent beaucoup de malades contents et heureux. 
Voilà pourquoi ceux-ci sont alors facilement exposés 
au danger d'abuser du bon résultat, de répéter trop 
souvent le bain de vapeur et de nuire ainsi d'une 
manière sensible à leur santé. Est modus in rébus ! 
Faites-vous un devoir de .suivre toujours les règles 
d'une sage modération. 

Pour votre gouverne je vais citer plusieurs cas 
particuliers. Un convalescent du typhus ou d'une 
autre maladie grave souffre encore d'engorgements 
considérables à la tête ou ailleurs. Des bains de 
vapeur, administrés à la tête ou aux pieds, ren- 
dront de bons services ; oui certes , mais à con- 
dition qu'ils soient rares et légers, puisque nous 
avons affaire à un individu pauvre de sang et d'hu- 



100 PREMIÈRE PARTIE. 



meurs. Pour éteindre une allumette, il suffit d'un 
petit souffle, il ne faut pas un soufflet de forge. 

Cela est vrai pour toutes les personnes anémiques. 
Les bains de vapeur les réchauffent et leur appor- 
tent du bien-être ; mais trop de vapeurs affaibliraient 
le sang, absorberaient la chaleur et les forces 
vitales. 

Mais les personnes fortes et replètes sont-elles à 
même de supporter beaucoup de bains de vapeur, 
beaucoup de sueurs ? Bien souvent elles le sont moins 
que toutes les autres, et cela pour la raison bien 
simple qu'elles sont anémiques. C'est précisément à 
ces personnes que je prescris rarement un bain de va- 
peur; j'ai recours de préférence aux enveloppements, 
pour amener une bonne transpiration. Quand celle-ci 
est en règle, inutile de provoquer une sueur copieuse. 

Un malade se plaint de douleurs vives dans les 
pieds. Il désire recevoir des bains de vapeur sur ses 
jambes et pieds amaigris. Il serait insensé de satis- 
faire son vœu ! Un « fuseau » pareil n'a plus rien à 
donner, rien à suer. Au lieu de bains de vapeur, il 
faut lui donner des demi-bains et de fréquentes 
affusions sur les genoux. 

Les bains de vapeur, que j'ai l'habitude d'employer, 
sont les suivants : 

I. Bain de vapeur de la tête. 

L'administration d'un bain de vapeur à la tête 
exige quelques petites préparations. Il faut, en effet, 
un petit baquet, plus profond que large, muni de 
deux anses (voir fig. 6) sur lesquelles on puisse com- 
modément appuyer les mains, et portant un couvercle 
qui ferme hermétiquement ; puis une grande couver- 
ture de laine, pour couvrir le patient; enfin deux 



APPLICATIONS d'eau. 



101 




sièges, l'un plus élevé, pour s'asseoir, l'autre plus 
bas, servant de support au baquet. 

Quand tous ces objets sont préparés, l'on remplit 
aux trois quarts d'eau bouillante le baquet placé sur 
le support, et l'on ferme 
bien avec le couvercle et 
un linge mouillé, afin que 
les vapeurs s'échappent 
le moins possible. Le pa- 
tient s'est débarrassé de "^P 
ses vêtements jusqu'à la Fig. e. 

ceinture, sur laquelle il enroule un linge sec, devant 
arrêter la sueur ruisselant du haut du corps et l'empê- 
cher de mouiller le pantalon. Il s'assied sur le siège 
plus élevé et appuie les mains ouvertes sur les anses 

du vase, le 
corps in- 
cliné sur ce- 
lui-ci (voir 
fig. 7). Le 
corps et le 
cuveausont 
alors recou- 
verts de la 
grande cou- 
verture de 
laine, de 
manière à 
ne laisser la 

moindre issue à la vapeur. Alors seulement la per- 
sonne qui assiste, se trouvant en face du patient, 
éloigne le couvercle du baquet et le linge humide, 
en soulevant un peu la couverture. Aussitôt la va- 
peur envahit, comme un torrent brûlant, la tête, la 




Fîg. 7. 



102 PREMIÈRE PARTIE. 



IDoitrine, le dos, toute la partie supérieure du corps, 
et commence son travail résolutif. 

La personne de service doit prendre garde à ce 
que les patients affaiblis, qui ont l'échiné fatiguée, 
soient commodément assis et puissent bien appuyer 
le dos; mais elle ne doit pas s'inquiéter des plaintes 
et des lamentations, telles que : «Je n'y tiens plus, 
j'aurai un coup de sang! » 

Au premier moment on peut bien être effrayé de 
la chaleur brûlante, mais l'on s'habitue bientôt à ce 
ôlimat tropical et l'on trouvera vite certains petits 
expédients. Au premier assaut de cette effluve 
de feu on cherchera à prendre une attitude plus 
droite, à relever la tête et à la tourner dans diffé- 
rents sens, etc.. A mesure qu'on s'habitue à l'opéra- 
tion et que la chaleur perd de son intensité, le corps re- 
prendra la position inclinée, telle qu'elle est prescrite. 

Il n'y a absolument rien à craindre. Je ne connais 
pas un seul cas où le bain de vapeur administré à la 
tête, exactement d'après la méthode prescrite, ait 
causé le moindre mal. Je l'ai administré à toutes 
sortes de personnes, dans les maladies les plus di- 
verses, et j'ai toujours obtenu de bons résultats. 
Les bains de vapeur n'ont jamais fait de mal ; mais 
le mal, si parfois il y en a eu, provenait de la témé- 
rité des personnes qui, voulant être plus sages, opé- 
raient sans ordre et sans méthode, suivant leur bon 
plaisir. Un bain de vapeur dure 20-24 minutes, pen- 
dant lesquelles le patient est obligé, bon gré mal 
gré, non seulement de pâtir de sa tête, mais encore 
d'ouvrir les yeux, le nez et la bouche, pour laisser 
pénétrer la vapeur, autant qu'il peut en supporter. 

Les 20-24 minutes écoulées, on éloigne la couver- 
ture et on lave énergiquement d'eau fraîche toute 



APPLICATIONS d'eau. 103 

la partie supérieure du corps. Puis le patient se 
donne du mouvement, en hiver dans la chambre, en 
été à l'air libre, jusqu'à ce que la peau soit conve- 
nablement desséchée et soit revenue à la tempéra- 
ture ordinaire. 

Je dois intercaler ici quelques observations im- 
portantes, qu'il ne faut pas perdre de vue. 

La \apeur d'eau pure n'a pas toujours une action 
favorable sur certains yeux ni parfois, au moyen de 
l'aspiration, sur l'estomac. Voilà pourquoi je mets 
toujours des herbes dans l'eau chaude. Tout d'abord 
je recommande le fenouil, qui a fait ses preuves : 
une cu.Uerée de fenouil moulu suffit pour un bain. 
La sauge, la mille-feuille, la menthe, le sureau, le 
plantain, les fleurs de tilleul rendent aussi de bons 
services. A leur défaut, prenez une poignée d'orties 
ou de fleurs de fenaison, et mêlez cela à l'eau. Peut- 
être fait-on peu de cas de ces herbes, elles rendent 
pourtart un excellent service. 

Chez la plupart des hommes le bain de vapeur 
exerce rapidement son action : au bout de 5 minutes 
la sueur découlera du front, et après 8-10 minutes 
des filets d'eau viennent ruisseler de tous les pores. 
L y a des malades cependant — ce sont en général 
les individus anémiques et ayant peu de chaleur 
animale — sur lesquelles la vapeur n'a pas un effet 
si ripide. Pour y suppléer, on fait chauffer au feu 
la sixième partie d'une tuile, qu'on introduit dans 
le laquet après 10 minutes de bain. L'eau entrera 
en effervescence, et les nuages s'élèveront plus épais 
et plus actifs. 

Immédiatement après le bain de vapeur, qui se 
prend toujours (en hiver) dans une chambre chauffée, 
de même que la réfrigération qui suit, on ne doit 



PREMIERE PARTIE. 



jamais se permettre de sortir à l'air, avant de s'être 
réfrigéré avec de l'eau froide, ce qui referme les 
pores ouverts par la vapeur. En hiver il faut, avant 
de sortir, rester environ une demi-heure dans la 
chambre chauffée et s'y promener de long en large. 
Sans cette précaution l'on pourrait s'attirer non 
seulement un catarrhe, mais une maladie grave ou 
même mortelle, suivant les circonstances. La lotion 
froide, dont il est question, peut se prendre de di- 
verses manières. 

La manière la plus simple, et que je recommande 
toujours pour les malades débilités et ayant besoin 
d'assistance, consiste à passer rapidement sur la 
peau avec une serviette imbibée d'eau fraîche. 
Quand il existe des tumeurs, des éruptions ou des 
exanthèmes à la tête, un flux d'oreille, ou en 
général des infirmités qui exigent de fortes sécré- 
tions à la tête, c'est ce genre de lotion qu'il faut em- 
ployer après le premier et le second bain de v^apeur. 
Les suites d'une négligence à cet égard (p ex. un 
bourdonnement d'oreilles etc..) seraient, sinon dan- 
gereuses, au moins désagréables. Après les applica- 
tions subséquentes, quand une fois d'abondantes 
sécrétions ont eu lieu à la tête, l'on peut recourir 
au second mode d'ablution, c'est-à-dire à l'affudon 
supérieure, qui consistera à répandre lentement | ou 
2 arrosoirs d'eau froide sur les parties soumises aux 
vapeurs, à l'exception du cuir chevelu, tandis qu^ la 
poitrine est énergiquement lotionnée. La conduite 
ultérieure à tenir est la même qu'après les affusiais ; 
c'est-à-dire, après s'être soigneusement essuyé la 
figure et les cheveux, l'on s'habille à la hâte, sans 
chercher à essuyer le reste du corps, et l'on se met 
en mouvement ou au travail manuel, jusqu'à ce qiie 



APPLICATIONS d'eau. 105 

le corps soit complètement desséché et ait repris le 
degré ordinaire de chaleur. 

Si, après un bain de vapeur de la tête, vous avez 
l'occasion de prendre lestement un bain froid entier 
d'une minute, tout au plus, vous ferez également 
bien d'en profiter. 

Les effets de ce traitement sont considérables : ils 
s'étendent sur toute la surface cutanée du haut du 
corps et en ouvrent les pores, puis sur l'intérieur du 
corps, en exerçant une action résolutive et élimina- 
trice dans les narines, dans les bronches, dans les pou- 
mons, etc. . . Le bain de vapeur de la tête rend d'excel- 
lents services dans les refroidissements provenant 
de l'humidité ou du changement subit de tempéra- 
ture, dans les maux de tête, dans les bourdonne- 
ments d'oreilles, dans un état rhumatismal ou spas- 
modique de la nuque ou des épaules, dans l'asthme, 
dans la fièvre muqueuse peu avancée, toutes infir- 
mités qui forment l'escorte des divers catarrhes. Le 
traitement deux fois répété dans l'espace de 3 jours 
opère généralement une guérison complète. Les 
commencements de catarrhe sont ordinairement 
guéris par un seul bain de vapeur de la tête, n'importe 
où réside le mal. 

Celui qui a la tête bouffie, le cou relativement 
trop gros, les amygdales enflées, n'a qu'à prendre 
chaque semaine 2-3 de ces bains de vapeur. L'on 
fera de même pour l'inflammation des yeux, quand 
elle provient du froid, du refroidissement, etc.. ; de 
même aussi pour les yeux chassieux. Dans ce dernier 
cas l'on arrive à un meilleur résultat si, dans la soirée 
dujouroùvous avez administré un bain de vapeur à 
la'tête, vous accordez à vos pieds, durant un quart 
d'heure, un bain chaud, animé de cendres et de sel. 



106 PREMIÈRE PARTIE. 



Dans les congestions, même à la suite de coups 
d'apoplexie, j'ai employé avec grand succès le 
bain de vapeur de la tête. Dans ces cas pénibles 
et délicats on se laisse tromper et arrêter par la 
pensée que la vapeur attire encore plus de sang- 
vers la tête. Cette crainte est sans fondement. Dans 
ma pratique j'ai l'habitude — et je la conseille à 
chacun dans les deux cas cités — de restreindre 
l'opération à la durée de 15-20 minutes et de faire 
suivre le bain de vapeur de la tête par un bain de 
vapeur des pieds, aussitôt que possible. 

Comme le bain de vapeur de la tête est un fort 
résolutif et qu'une sueur trop abondante pourrait 
trop affaiblir, il ne faut pas réitérer souvent ce trai- 
tement. Règle générale, ne dépassez pas le chiffre 2 
dans la semaine. Dans des cas rares, où des résolu- 
tions et éliminations toutes spéciales sont néces- 
saires, l'on pourrait, dans le courant d'une semaine, 
recourir tous les deux jours à un bain de vapeur de 
la tête, mais en réduisant sa durée : minimum 15 mi- 
nutes, maximum 20 minutes. 

2. Bains de vapeur des pieds. 

Le travail opéré par le bain de vapeur de la tête 
sur la partie supérieure du corps, le bain de vapeur 
des pieds le fait sur les extrémités inférieures. Voici 
comment on procède : 
Sur une chaise l'on étend, dans le sens de la lon- 
gueur, une couverture de laine, 
passablement large et épaisse. 
Le patient, ayant mis à nu les 
jambes et les pieds, s'assied des- 
sus. Devant lui est posé le baquet 
(comme pour le pédiluve) rempli 
pj„ g à moitié de liquide en ébuUition^ 




APPLICATIONS d'eau. 



107 



C'est le même baquet qui sert aussi pour les bains de 

vapeur de la tête (voir ûg. 8) . Sur son 

bord supérieur, sur les deux côtés ^^ C_ 3_S ^ = 

des anses , se trouvent placés deux pig. 9. 

morceaux de bois, que l'on fixe de quelque manière, 

afin que le patient n'ait 
pas à craindre qu'ils 
glissent et lui fassent 
échauder les pieds. * Ce 
dernier se place sur la 
chaise et le baquet tout 
préparé; la couverture 
de laine est disposée 
autour des pieds et du 
baquet de telle sorte que 
la vapeur ne puisse s'é- 
chapper, mais qu'elle 
monte, comme par un 
grand tuyau de laine, 
jusqu'aux pieds, jus- 
qu'aux jamJDes et plus 




Fig. 10. 

haut encore 2 (voir fig. 10). 



* Au lieu de deux bâtons l'on peut se servir aussi d'un seul 
morceau de bois suffisamment large, pour qu'on puisse y 
poser les pieds (fig. 9), et dont les extrémités soient effilées de 
façon à entrer dans les anses, afin que le bois ne tourne et 
que les pieds ne glissent pas. Il serait peut-être plus simple 
de mettre dans le baquet d'eau bouillante un petit escabeau, 
s'élevant un peu au-dessus du niveau de l'eau. 

2 Une personne, dont les habits descendent presque jusqu'à 
terre, peut en envelopper le cuveau en ébulHtion. Ce serait la 
manière la plus simple, la plus facile et la moins compliquée 
de prendre un bain de vapeur des pieds; après il faudrait 
évidemment changer d'habits. 



108 PREMIÈRE PARTIE. 



Pour ce bain de vapeur j'utilise, en règle générale, 
une légère décoction de fleurs de fenaison. De même 
que pour le bain de vapeur de la tête, je puis ren- 
forcer l'effet de ce traitement en mettant, doucement 
et prudemment, dans Teau bouillante un morceau 
brûlant d'une tuile, et cela à différentes reprises, 
après chaque intervalle de 5 ou 10 minutes. Il 
ne faut jamais laisser tomber la pierre dans le 
liquide, parce que cela ferait rejaillir l'eau et cau- 
serait des brûlures. La durée du bain de vapeur 
des pieds et le nombre des morceaux de tuile 
brûlants seront en proportion de l'effet plus ou moins 
grand qu'on veut obtenir. Souvent les pieds pro- 
prements dits, tout seuls, doivent être mis en sueur, 
comme c'est le cas p. ex. pour ceux qui transpirent 
beaucoup aux pieds ; mais plus souvent encore on 
cherche à mettre en sueur les pieds, les jambes, 
même tout le bas-ventre ou le corps entier, moyen- 
nant ce bain de vapeur des extrémités inférieures. 
J'en ai vu beaucoup, à qui ce traitement si simple 
et si primitif faisait ruisseler la sueur du front, 
comme dans uiie étuve. Dans les applications les 
plus modérées un seul morceau de tuile brûlant et 
une durée de 15-20 minutes suffisent. Pour obtenir 
d'un bain de vapeur l'effet le plus considérable, il 
est nécessaire de renouveler toutes les 5 ou 10 mi- 
nutes le liquide en ébullition et de prolonger le trai- 
tement jusqu'à 25 ou 30 minutes. 

Au bain de vapeur succède chaque fois une réfri- 
gération, qui sera strictement étendue aux parties 
suantes ou baignées dans la sueur. Pour les pieds, 
qui ne transpirent que jusqu'aux genoux, il suffit 
d'une rapide ablution froide à l'aide d'une ser- 
viette; des natures plus fortes supportent une 



APPLICATIONS d'eau. 109 

affusion sur les genoux. Quand les jambes et le bas- 
ventre transpirent, il suffit d'un demi-bain. Si le 
corps entier a été mis à contribution, il est néces- 
saire de le réfrigérer tout entier soit par un demi- 
bain avec ablution de la partie supérieure, soit par 
un bain complet, soit enfin par une ablution entière. 
Lisez les règles concernant cette application dans 
les chapitres relatifs aux bains et aux ablutions; les 
règles se rapportant à la conduite à tenir après le 
bain de vapeur des pieds se trouvent au chapitre 
qui traite des bains de vapeur de la tête. Elles comp- 
tent également ici, sans aucune restriction. 

On a recours au bain de vapeur des pieds princi- 
palement dans les infirmités les plus diverses des 
extrémités inférieures: p. ex. pour les sueurs fortes 
et puantes aux pieds, où il s'agit de résoudre et 
d'éliminer les humeurs morbides ; pour les enflures 
ou tumeurs aux pieds, qui trahissent une obstruction 
des humeurs et du sang ; pour les pieds froids, dont 
la transpiration est nulle et vers lesquels le sang 
ne trouve plus, pour ainsi dire, son chemin. Les bains 
de vapeur réveillent l'activité endormie et produisent 
une vie nouvelle ; parfois ils ne sont, comme cela 
est indiqué dans les différents cas de maladies, que 
des exercices préalables, qui préparent la voie à des 
applications d'eauultérieures et en assurent le succès. 

Ces bains de vapeur sont à prendre sans retard 
par tous ceux qui ont des abcès aux ongles, des 
ongles incarnés, etc....; de même par ceux qui ont 
à craindre une infection du sang, p. ex. à la suite 
du mauvais traitement des cors aux pieds, de l'ex- 
traction de la racine des ongles, etc.... 

Les bains de vapeur des pieds seront renforcés, 
quand ils doivent agir plus ou moins sur le corps 



110 PREMIÈRE PARTIE. 



tout entier, p. ex. dans les douleurs spasmodiques 
du bas-ventre, provenant d'un refroidissement ; de 
même aussi dans les maux de tête, dont la cause 
remonte à des congestions, à une affiuence du sang 
qui se porte à la tête. 

Chez les individus anémiques, dont il faut préa- 
lablement, avant toute application d'eau froide, 
augmenter la chaleur propre, un léger bain de vapeur 
des pieds m'a très souvent rendu de bons services. 

La règle générale dans l'emploi de ce traitement est 
la même que pour le bain de vapeur de la tête, c'est-à- 
dire, employez-le avec parcimonie. Je le prescris sou- 
vent 1 ou 2 fols par semaine, rarement 3 fois, et cela 
dans des cas particuliers, qui l'exigent expressément. 

Encore un mot : de temps à autre j'ai entendu des 
plaintes au sujet des embarras qui accompagnent 
l'usage de mes bains de vapeur. Je demande à tout 
homme sérieux: Quoi de plus simple, le bain de 
vapeur, tel que je le prescris, ou le bain d'étuve 
après tant et tant de tasses de thé chaud, après une 
torture de tant d'heures, sous tant de plumons, ce 
qui ne passe presque jamais sans laisser un violent 
mal de tête et d'autres douleurs ? 

3. Bains de vapeur du siège. 

Le bain de vapeur du siège rend de grands ser- 
vices aux malades, à cause de sa préparation facile, 
de son application commode et de son action abso- 
lument inoffensive. Même dans les maladies graves, 
où la faiblesse empêche de provoquer la transpira- 
tion au degré voulu, l'on peut de cette manière faire 
transpirer sans grande peine. 

On verse la mixture en ébullition dans le pot de 
terre ou de zinc de la chaise-percée. Le malade se 



APPLICATIONS d'eau. 111 

place dessus, et le garde veille à ce qu'il ne s'échappe 
aucun nuage de la bienfaisante vapeur. Sans retard 
la chaleur humide envahit le corps et engendre une 
sueur plus ou moins forte, qui devient parfois telle- 
ment considérable, que le corps entier finit par être 
tout en nage. Le traitement dure 15-20 minutes. 
S'il est nécessaire de maintenir le malade plus long- 
temps en sueur, on le met dans son lit, puisqu'il se 
fatigue à rester assis et que les vapeurs n'auraient 
peut-être plus d'action à la longue; la transpiration 
continuera, sans que l'on ajoute une couverture 
spéciale. Le bain de vapeur terminé, il faut pratiquer 
une ablution totale, ou un demi-bain avec lotion du 
haut du corps, ou bien un bain entier, suivant l'état 
de tolérance du malade. Chez les malades gravement 
atteints la lotion totale est ce qu'il y de plus facile 
et de plus inoffensif. 

L'action du bain de vapeur du siège est, cela va 
de soi, résolutive et éliminatrice. Les sécrétions ou 
éliminations se font par le moyen de la tr ans suda- 
tion. Pour ces bains de vapeur je ne prends jamais de 
l'eau pure : j'y mêle toujours des herbes, comme 
p. ex. les fleurs de fenaison, la paille d'avoine, sur- 
tout la prêle des champs. C'est alors un bain fumi- 
gatoire ou fumigation humide. 

Contre la gravelle et la pierre j'emploie, pour la 
fumigation humide, une décoction de paille d'avoine, 
tandis que je préfère une décoction de fleurs de 
fenaison dans les cas de spasme ou de rhumatisme 
du bas-ventre, contre les abcès de la vessie, dans 
les commencements d'hydropisie. 

La manière de faire alterner les bains de vapeur 
avec les bains froids est indiquée pour chaque cas 
de maladie dans la 3^ partie 



112 PREMIÈRE PARTIE. 



C'est avec les fumigations d'une décoction de prêle 
que j'ai obtenu les résultats les plus surprenants 
dans les rétentions d'urine, cas si délicats, qui causent 
au patient des douleurs atroces, voire même le délire. 
L'état spasmodique de la vessie, provenant ordi- 
nairement d'un refroidissement et d'une inflamma- 
tion, fut enlevé chaque fois par une fumigation 
humide de prêle dans un temps relativement court, 
et l'organe fonctionna comme auparavant. 

• 

4. Bains de vapeur localisés. 

Les bains de vapeur, associés à d'autres applica- 
tions d'eau, rendent service dans les maladies des 
yeux, des oreilles, de la bouche, des doigts, de la 
main, du bras, du pied, des orteils, etc.. Quelques 
exemples éclairciront la chose. 

Un insecte venimeux vous a piqué dans la main, 
dans le bras; le membre enfle et vous fait mal, 
l'inflammation menace de s'étendre, etc.. Em- 
ployées a côté des emmaillottements de la main et 
du bras, les fumigations humides de la partie endo- 
lorie calmeront bientôt les douleurs et remédieront 
au mal. A cet effet on tient la main ou le bras sur le 
bassin qui renferme le liquide en ébuUition. 

Par suite de la présence d'éléments vénéneux dans 
une plaie, on risque d'avoir le sang infecté ; il y a 
péril en la demeure. Incessamment il faut préparer 
pour la main ou le pied un bain de vapeur, dont 
l'action est résolutive et éliminatrice. 

Quelqu'un a été mordu par un chien qu'on soupçonne 
d'être enragé. Avant tout autre secours, avant que 
le médecin puisse arriver, c'est un bain de vapeur 
sur la partie blessée qui rend un précieux service, 
au moins provisoire. 



APPLICATIONS d'eau. 113 

De violentes crampes se font sentir dans des en- 
droits déterminés des mains et des pieds. Ne tardez 
pas à les traiter aux vapeurs. 

Pour tous ces cas cités j'emploie en règle générale 
une décoction de fleurs de fenaison. 

Pour la fumigation des yeux j'ai recours volontiers 
à une décoction soit de fenouil en poudre, soit d eu- 
fraise, soit de mille -feuille. 

Pour la fumigation des oreilles, c'est une décoction 
de laurier ou d'ortie ou de mille-feuille. 

Pour les empâtements ou obstructions de la gorge, 
c'est une décoction de mille-feuille, ou de plantain 
ou d'ortie. 

Quant à la durée du traitement, il ne faut jamais dé- 
passer 20 minutes ; la plus courte durée est 10 minutes . 

Les fumigations qui doivent être aspirées pour 
agir à l'intérieur, ou qui sont destinées aux yeux et 
aux oreilles, ne seront jamais prises à l'état de cha- 
leur excessive. Il faut être prudent à cet égard. 



D. AFFUSIONS. 

Les afïusions en usage chez moi sont les suivantes : 
I. Affusion des genoux. 

On découvre les pieds et les jambes jusqu'au-des- 
sus des genoux, on retrousse le pantalon autant que 
possible et, pour le garantir contre l'eau, on le re- 
couvre d'un essuie-main ou d'une serviette. Puis, 
on se place sur une chaise et l'on pose les deux pieds 
dans un cuveau (voir fig. 11, p. 114), comme pour un 
bain de pieds. L'affusion s'effectue au moyen d'un 
arrosoir, tel qu'on en a dans les serres, qui se laisse 



114 



PREMIÈRE PARTIE. 



diriger aisément d'une seule main. Le premier arro- 
soir, qu'on répand d'une manière rapide et dans un 
jet abondant, mouille les deux pieds depuis les orteils 
jusque par-dessus les genoux. Les arrosoirs subsé- 
quents baignent, dans un jet plus faible et tombant 
d'une hauteur variable, certaines parties du pied, 
surtout les rotules (au milieu, à droite et à gauche) 
et les mollets, de façon à ce que l'eau découle des 
ïambes d'une manière à peu près égale. Le dernier 

arrosoir ne se vide 
pas lentement , 
comme les précé- 
dents; on le ré- 
pand, de la grande 
ouverture , en 
deux ou trois 
coups à verse sur 
les jambes. Pour 
une affusion on 
peut employer 2- 
10 arrosoirs d'eau. 
Les personnes 
Fig. il. délicates ou ma- 

lades ne supportent, au premier abord, l'affusionqu'à 
grand'peine. Le début en coûte à chacun. J'ai vu des 
hommes qui, après avoir d'abord plaisanté de cette 
niaiserie et voulu ensuite dissimuler la secousse qui les 
ébranlait d'outre en outre, comme un coup électrique, 
ont fini par trembler comme une feuille et pleurer de 
douleur. C'est là le meilleur argument de la vertu élec- 
trisante, rafraîchissante, fortifiante de l'affusion. 

Aux convalescents, aux personnes débilitées et 
anémiques, à tous ceux dont les os des pieds et des 
jambes ne portent que des muscles chétifs, de pauvres 




APPLICATIONS D EAU. 



115 



fuseaux de chair — je ne conseille, au début du traite- 
ment, que 2-3 arrosoirs d'eau. Un commençant ne 
doit pas dépasser, pour la première fois, le chifîre 2; 
les jours suivants il peut aller jusqu'à 4 ou 6, plus 
tard jusqu'à 8 ou 10 arrosoirs. Après 8-10 affusions 
des genoux, tout sentiment de douleur aura disparu. 
C'est avec un certain bien-être qu'on soupire après 
l'application prochaine, tant l'affusion a fortifié en 
peu de temps les pieds et les jambes ! 

L'affusion des genoux n'est usitée en règle géné- 
rale que de concert avec l'affusion supérieure. 

2, Affusion supérieure. 

La personne qui doit recevoir l'affusion supérieure 
se déshabille jusqu'au pantalon. Un linge, mis sur ce 
dernier, l'empêche de se mouiller. Le cuveau, dans 
lequel l'eau s'é- 
coule, au lieu de 
rester à terre, 
peut être placé 
sur un escabeau. 
De cette manière, 
les gens d'un cer- 
tain embonpoint 
s'inclinent plus 
facilement ;latête 
aussi est ména- 
gée, puisque, si 
elle est relevée, 

le sang y afflue Fig. 12. 

moins. Le patient appuie les deux mains sur le fond 
du cuveau, de manière à donner à la partie supé- 
rieure de son corps une position horizontale, afin que 
l'eau répandue s'en aille au cuveau. (Voir fig. 12.) 




116 



PREMIERE PARTIE. 



Le premier arrosoir se répand, en partant du bras 
droit et de l'épaule droite, sur tout le dos jusqu'à l'é- 
paule gauche et au bras gauche (fig. 13, a). Il sert 
en première ligne à humecter l'endroit qui va être 
douché. Le second (b) et le troisième (c) arrosoir 
s'appliquent principalement sur le grand plexus 
sympathique des deux côtés de la 7° vertèbre cer- 
vicale, puis sur le dos entier et la colonne épi- 
nière, en terminant toujours à l'un des bras supé- 
rieurs. Le dos doit être arrosé 3-4 fois d'une manière 
égale, recevant ainsi 3 applications 
d'eau, qui s'écoulent sur la poitrine 
dans le bassin. Il faut, autant que 
possible, ménager la tête, mais, par 
contre, bien arroser lanuque. Quand 
les cheveux sont longs, je n'entame 
pas du tout la tête ; quand ils sont 
courts, j'arrose un peu et douce- 
ment . Pour les personnes nerveuses , 
il faut prendre garde de n'arro- 
ser ni trop fort ni trop longtemps la colonne ver- 
tébrale, en tout ou en partie. Le jet ferait presque 
l'effet d'un glaive perçant et ne serait pas supporté, 
quoique du reste il n'y ait aucun danger. Suivant le 
besoin et les circonstances, l'opérateur fera tomber 
le jet abondant ou divisé, fort ou faible, de plus haut 
ou de plus bas. En même temps il observera si le pa- 
tient se plaint de douleurs particulières à tel ou 
tel endroit, et s'il n'existe point par hasard des 
symptômes d'éruptions (exanthèmes), d'abcès, d'ob^ 
structions du sang (taches livides), de tumeurs san- 
guines (phlegmons), etc.. 

Plus l'eau coule d'une manière égale sur les par- 
ties arrosées, plus il est facile de supporter l'affu- 




Fig. 13. 



APPLICATIONS D'EAU. 117 

sion, et la chaleur revient d'autant plus vite et d'une 
manière d'autant plus régulière. 

Il y a des personnes (ce sont notamment celles 
qui jouissent d'un parfait embonpoint ou qui sont 
disposées à en prendre) chez qui la réaction se fait 
attendre longtemps. On reconnaît cette circonstance 
à la peau, qui reste blanche, incolore, comme avant 
l'affusion, et que ne rougit pas le sang réveillé, sti- 
mulé, affluant vers les parties arrosées. Je remédie à 
cette anomalie par le moyen suivant : après l'épanche- 
ment du premier arrosoir, je lave et frictionne un 
peu de la main le dos mouillé, et par ce frictionne- 
ment je stimule la peau. Après le 3^ et le ¥ arrosoir 
la réaction existe dans son plein. 

Pour les personnes débiles il suffit, pour leur ad- 
ministrer une afîusion, de verser le contenu d'un 
seul arrosoir. 

Aux commençants on donne 1-2, à ceux qui sont 
plus avancés 2-3, aux hommes sains et vigoureux 
5-6 arrosoirs. Dans aucun cas et malgré tout le bien- 
être, il ne faut exagérer ou excéder la mesure. 

Après l'affusion il faut se laver rapidement la poi- 
trine, essuyer les mains et la figure (rien au delà), 
s'habiller en toute hâte et se donner du mouvement 
ou se rendre au travail. 

L'affusion supérieure (à moins d'une ablution) est 
toujours nécessaire après le bain de vapeur de la 
tête. Autrement on ne l'emploie, en règle générale, 
qu'en union avec l'affusion des genoux, en admiilis- 
trant d'abord l'affusion supérieure et ensuite, mais 
seulement après le complet habillement du haut du 
corps, l'affusion des genoux. 

Ces deux affusions comptent parmi les moyens de 
s'endurcir : leur action est réchauffante (circulation 



118 



PREMIÈRE PARTIE. 



régulière du sang), fortifiante, véritablement élec- 
trisante ; elles peuvent être employées par les per- 
sonnes des deux sexes, sans qu'elles courent jamais 
le moindre risque. 
Je connais des hommes qui, tous les matins, après 




le lever, s'administrent eux-mêmes les deux affu- 
sions. Ils pratiquent d'abord l'affusion supérieure 
en maniant avec dextérité l'arrosoir, dont ils se font 
couler le contenu sur le dos ; ou bien ils se rendent 
dans la buanderie ou dans une chambre de bain, où 
ils tournent un peu le robinet du réservoir d'eau et 



APPLICATIONS d'eau. 119 

s'arrosent d'un jet modéré (fig. 14) le dos, qu'ils 
promènent sous la lame d'eau suivant leur plaisir 
et satisfaction. Après cela ils dirigent le robinet ou 
l'arrosoir sur les genoux. Au bout de 5 minutes tout 
est fini, et le corps entier a reçu un grand bienfait. 
Si vous n'osez vous faire administrer l'afïusion 
par un autre et que vous n'ayez pas assez de dexté- 
rité pour opérer vous même, eh bien ! lavez- vous avec 
de l'eau bien froide le haut du corps ; puis mettez 
les pieds, découverts jusqu'au-dessus des genoux, 
dans un bassin en partie rempli d'eau, prenez avec 
n'importe quoi de cette eau du bassin et répandez- 
la lentement sur les genoux et les jambes. Même 
dans le cas où l'opération se fait de cette manière 
simple et primitive, l'effet se fera certainement 
sentir. 

3. Affusion dorsale. 

L'affusion dorsale est la continuation de l'affusion 
supérieure. On l'emploie quand il s'agit de fortifier 
spécialement l'échiné. Elle favorise également très 
bien la circulation du sang, mieux 
encore que l'affusion supérieure. 

De même que dans l'affusion su- 
périeure, l'on conduit le jet, qui 
peut tomber de plus ou moins haut, 
avec une percussion plus ou moins 
forte, d'une omoplate à l'autre, et 
on laisse ainsi couler 3 ou 6 ou 
même 8 arrosoirs d'eau le long du 
dos, depuis les vertèbres cervicales 
jusqu'au croupion. Fig. 15. 

Il faut terminer chaque fois l'affusion dorsale par 
une ablution rapide de la poitrine et de l'abdomen, 
puis des bras et des jambes. 




120 



PREMIERE PARTIE. 



La manière la plus simple de prendre l'afîusion 
dorsale, c'est de se mettre, en caleçon ou en chemise, 
sur la baignoire (V. fig. 15, p. 119). Point n'est besoin 
de rappeler qu'il faut faire la toilette en toute hâte. 

4. Affusion inférieure. 

Celle-ci est la continuation de l'affusion des ge- 
noux en remontant vers le bas-ventre. Elle consiste 
à soumettre au traitement non seulement les pieds 
et les jambes, mais aussi les cuisses. 
L'effet de cette affusion est le même que celui de 
l'affusion des genoux, mais porté 
à un degré plus intense. L'af- 
fusion inférieure pourrait, dans 
tous les cas, remplacer très bien 
l'affusion des genoux. Il faut 
qu'elle fasse toujours suite au 
bain de vapeur des pieds, à 
moins qu'on ne préfère le demi- 
bain ou r «agenouillement)) dans 
la baignoire. 

Chacun est à même de se gra- 
tifier de cette affusion. Si un 
Fig. 16. autre l'administre, il faut se re- 

porter à ce qui a été dit de l'affusion dorsale (Voir 
fig. 16). 

5. Affusion totale. 

L'affusion entière ou totale s'étend à tout le corps, 
depuis le cou jusqu'à la pointe des pieds. Le mode 
d'emploi est le suivant : 

Le patient, revêtu d'un caleçon ou d'une chemise, 
s'assied sur une planchette dans une baignoire ou 
dans une large cuve de bois ou de zinc. L'affusion 




APPLICATIONS d'eau. 



121 



s'effectue, par devant et par derrière, (voir fig. 17.) 
à la dose d'environ 4 arrosoirs d'eau. Le premier hu- 
mecte le corps tout entier; les autres (trois ou davan- 
tage) sont employés à irriguer toutes les parties du 
corps, notamment la moelle épinière et les prin- 
cipaux plexus, c'est-à-dire la nuque et ses deux côtés, 
puis le creux de l'estomac (région épigastrique, sym- 
pathique pneumogastrique). 

Je recommande ex- 
pressément cette af- 
fusion aux personnes 
bien portantes, sur- 
tout aux personnes 
ventrues. Elle en- 
durcit , favorise la 
circulation du sang, 
fortifie et enlève à 
ces individus ané- 
miques et «hydro- 
phobes » leur sensibi- 
lité excessive. Fig. i?. 

Si l'on a froid ou qu'on frissonne, il ne faut pas 
prendre cette affusion, à moins qu'on ne rétablisse 
préalablement la chaleur normale, soit par le mou- 
vement, soit par un moyen factice, comme le bain 
de vapeur des pieds ou de la tête. En dehors de cela, 
on peut la prendre en toute saison, en hiver cepen- 
dant dans un local chauffé. 

Pour les personnes débiles ou maladives, il est 
bon de faire dégourdir, d'attiédir un peu l'eau, qui 
doit avoir au moins le même degré de chaleur que 
celle des établissements de bains en été (15-18° R.). 

La description des maladies en particulier indique 
dans quels cas et combien de fois l'affusion totale est 




122 PREMIÈRE PARTIE. 

à pratiquer. Je la préfère sous beaucoup de rapports 
au bain complet et je l'emploie, en place de ce der- 
nier, quand je veux agir d'une manière énergique, 
par le jet d'eau, sur une partie bien souffrante, ce 
qui arrive souvent dans les cas de rhumatisme. 

Aux malades, chez lesquels je veux obtenir d'abon- 
dantes résolutions et sécrétions, j'administre, après 
l'affusion totale, le traitement suivant : la chemise, 
qui a été mouillée par l'affusion, est promptement 
tordue un peu, de manière que l'eau n'en dégoutte 
plus, et employée alors en guise de maillot pendant 
une heure ou une heure et demie. En dehors de ce cas, 
il faut naturellement l'éloigner et la remplacer par 
une chemise sèche. Le patient se donne lui-même 
du mouvement, jusqu'à ce qu'il soit complètement 
desséché et réchauffé. 

Une remarque en passant. Je ne pratique pas et 
je n'approuve pas les douches à percussion forte, les 
projections violentes de l'eau sur le corps, telles qu'on 
les administre en maint endroit. Je ne comprends 
absolument pas quel effet doivent produire ces grands 
et puissants jets d'eau sur une personne bien por- 
tante, sans même parler des malades. On n'a pas 
besoin d'une pompe à incendie pour laver le corps : qui 
en aurait l'idée ? Ces trombes d'eau ne sont pas né- 
cessaires pour un arrosement. Car la maladie est 
guérissable ou non : si elle est guérissable, un traite- 
ment modéré trouvera prise sur elle ; si elle est 
incurable, à quoi bon un traitement rude et rigou- 
reux? Il fera plutôt du mal. 



123 



E. ABLUTIONS. 

Les lotions ou ablutions sont de deux sortes : les 
ablutions complètes et les ablutions partielles. Nous 
parlerons des deux sortes. En général, nous faisons 
remarquer que les principes relatifs aux frictions et 
à l'habitude de ne pas s'essuyer sont maintenus aussi 
en cet endroit. Dans chaque lotion, il est essentiel 
que le corps entier ou des parties déterminées re- 
çoivent l'application de l'eau d'une manière égale. 
Quant au frottement, au massage, il n'en est nulle 
part question. Si parfois, dans les maladies, je 
parle d'ablution énergique, j'entends une opération 
rapide, qui n'admet ni hésitation ni crainte. La 
meilleure ablution, totale ou partielle, est celle qui 
s'effectue de la façon la plus uniforme et dans le 
moins de temps possible. Dans aucun cas elle ne doit 
dépasser une ou, tout au plus, deux minutes. Veuillez, 
après cela, juger de la grande différence de ma mé- 
thode d'avec celle qui est en usage dans certains éta- 
blissements, et faites-moi donc grâce du reproche de 
laisser mes malades beaucoup trop longtemps dans 
l'eau froide, ce qui doit nécessairement leur attirer 
des douleurs dans les membres, des rhumatismes arti- 
culaires, etc. Certes, je ne fais point d'excès. 

Je répète l'observation que j'ai déjà faite à propos 
du bain froid entier : quand le corps est froid, quand 
on frissonne, il ne faut jamais prendre de lotion, 
surtout pas de lotion entière ou totale. La chaleur 
propre, se trouvant déjà à un degré assez bas, serait 
diminuée davantage encore et ne pourrait être ré- 
tablie que lentement et à grand'peine. Les suites 
inévitables en seraient la fièvre, le catarrhe, etc.... 



124 PREMIÈRE PARTIE. 



I. L'ablution totale, 
a) Four les personnes en bonne santé. 

L'ablution totale s'étend, comme le nom l'indique, 
au corps tout entier (la tête exceptée), qu'on lave 
d'un seul trait, de haut en bas. 

Elle s'effectue le plus facilement de la manière 
suivante : on prend une serviette rude et grossière 
(la p^ite éponge des baigneurs marche trop lente- 
ment), on la trempe dans l'eau froide et l'on com- 
mence par lotionner la poitrine et le ventre, puis le 
dos, qui est moins accessible. Comment faut-il laver 
le dos? Chacun trouvera soi-même de quelle ma- 
nière il peut, le plus vite et le plus facilement, 
atteindre le dos tout entier. Enfin vient le tour 
des bras, des jambes et des pieds. Tout doit être 
terminé au bout d'une minute, au plus tard dans 
deux minutes. Toute lotion qui dépasserait cette 
limite pourrait devenir préjudiciable. En outre, gar- 
dez-vous bien de faire la lotion dans un endroit où 
le corps serait exposé à l'air libre. Ce serait une im- 
prudence coupable. Sans s'essuyer, l'on remet ses 
habits en toute hâte et l'on va au travail ou l'on se 
donne du mouvement, jusqu'à ce que la peau soit 
entièrement réchauffée et desséchée. 

Quand et combien de fois les personnes bien por- 
tantes peuvent-elles user de la lotion complète? 
Chacun se lave une fois, au matin, la figure et les 
mains. La lotion complète aussi serait bien placée à 
cette heure matinale, immédiatement après le lever. 
Car c'est alors que la chaleur naturelle, par suite des 
couvertures du lit, est au degré le plus élevé. La lotion 
sera donc une réfrigération, un rafraîchissement 



APPLICATIONS d'eau. 125 

agréable, qui chasserait du coup tout sommeil et don- 
nerait, dès le réveil, de la vie, de l'ardeur, de l'entrain 
pour le travail de la journée. Il ne peut être question 
d'une perte de temps, puisque dans une minute tout 
est fait et que dès lors on pourra aller au travail. 

Le citadin fait sa promenade matinale au prin- 
temps et en été. Qu'il essaie, avant de se mettre- 
en route, la lotion totale. Je suis convaincu qua 
personne n'aura besoin de l'encourager pour la 
seconde fois. 

Les personnes qui, après la lotion entière, ne peu- 
vent se donner du mouvement ni aller au travail, 
ont tort de s'en dispenser pour ce motif : qu'elles se 
lavent tout tranquillement et se remettent alors au 
lit pour un quart d'heure ou une demi-heure. C'est 
également bon. 

Si on peut arriver — cela coûte si peu d'efforts — 
à rendre tous les 2 ou 3 jours, pendant un certain 
temps, ce petit service à son corps, on fera cer- 
tainement une bonne action, qui sera récompen- 
sée au centuple. Si on ne trouve pas pour cela un 
moment libre à l'heure du lever, on pourra le faire à 
une heure quelconque de la journée : on se retire 
durant 2-3 minutes dans sa chambre à coucher ou 
dans la buanderie, et l'opération bienfaisante sera 
accomplie. Ne cherchons pas trop nos aises et ne 
soyons pas si «hydrophobes». 

Quand le maréchal-ferrant ou le serrurier ferme 
son atelier, il se lave la figure pour se débarrasser 
de la suie et de la poussière de charbon. Quand le 
laboureur, chez qui la propreté est quelque peu en 
estime, rentre des champs, il ne manque pas, dans 
la saison chaude, de prendre avant tout autre ra- 
fraîchissement une gorgée d'eau et de s'en rincer 



126 PREMIÈRE PARTIE. 

la bouche. Comme ils feraient bien, tous les deux, 
après le travail pénible de la journée, s'ils délivraient 
leur corps du dernier reste de sueur dans une ablu- 
tion totale ! Je désirerais de tout cœur que cette petite 
opération ravigotante et fortifiante fût plus connue ! 

Le soir, avant le coucher, chacun ne peut pas 
faire une application d'eau froide, puisqu'elle agite 
beaucoup de personnes. Celui qui la supporte perdra, 
précisément à cette heure, le moins de temps pos- 
sible et dormira d'un sommeil d'autant plus ferme 
et plus tranquille. 

J'ai recommandé avec succès à bon nombre d'in- 
dividus, qui souffraient d'insommie, au lieu du bain 
entier, l'ablution entière, qui est plus aisée. 

En hiver je conseille toujours de se coucher d'abord 
au lit pendant 10 minutes et alors seulement, quand 
tout le corps sera devenu chaud, de pratiquer l'ablu- 
tion totale. 

h) Pour les personnes malades. 

C'est auprès des malades que j'ai toujours remar- 
qué, non seulement que les frictions et les frotte- 
ments profitent peu, mais que bien souvent ces opé- 
rations sont préjudiciables par suite de l'agitation, du 
réchauffement non uniforme, etc.. 

Dans la lotion totale des malades je demande avec 
insistance, d'abord que tout le corps, le dessous des 
pieds inclusivement, soit lavé, puis qu'il soit lavé 
d'une manière uniforme : uniforme par rapport à la 
quantité d'eau employée à toutes les parties du corps 
et uniforme par rapport à la friction inséparable de 
tout lavage, quel qu'il soit. Ce n'est que de cette 
façon que la chaleur naturelle se développera libre- 
ment, également, régulièrement. Si l'on se permet 



127 

des irrégularités, la chaleur se dégagera irrégulière- 
ment, différemment aux différentes parties, ce qui sera 
d'un effet sinon nuisible, du moins peu favorable. 

Je fais toujours effectuer les ablutions des malades 
de la manière suivante : le malade se mettra sur 
son séant ou bien, s'il est trop faible, on le main- 
tiendra dans cette position. On lui lavera rapide- 
ment le dos, en passant plusieurs fois le long de la 
colonne vertébrale. C'est l'affaire d'une demi-minute, 
et le malade se couchera de nouveau. Après cela 
on lui lavera la poitrine et le ventre, besogne que 
les personnes non trop débilitées feront elles-mêmes, 
et pour laquelle il ne faut pas une minute. Vient 
alors le tour des bras, enfin celui des jambes. Au 
bout de 3 ou 4 minutes tout est passé, et le malade 
se sentira à son aise, comme rajeuni. 

De même que je puis tous les jours laver à quel- 
qu'un la figure et les mains, je puis lui donner aussi, 
avec de la bonne volonté et de la charité, l'ablution 
entière. La 2^ et la 3^ fois on aura acquis de la pra- 
tique, et l'opération sera d'autant plus aisée. 

Si la lotion du corps entier était réellement trop 
pénible pour un malade très fatigué, l'on pourra dis- 
tribuer la lotion totale en 2 ou 3 lotions partielles : le 
matin on lavera la poitrine, le ventre et les bras, et 
vers le soir le dos et les pieds ; ou bien dans la ma- 
tinée on lavera la poitrine et le ventre, vers midi le 
dos, et dans la soirée les bras et les jambes. 

Une ablution prudente et rapide ne fera jamais de 
mal, lors même que l'eau serait très froide — ce qui 
vaut mieux, du reste. 

Nous indiquons dans les cas spéciaux de maladie 
quand et combien de fois l'ablution totale des ma- 
lades est à pratiquer. 



128 PREMIÈRE PARTIE. 



Nous observons seulement, en cet endroit, que, 
surtout dans les fièvres aiguës, puis dans toutes les 
maladies accompagnées de fièvres aiguës, particu- 
lièrement dans le typhus et la variole, les lotions 
totales jouent un rôle essentiel et remplacent tou- 
jours les bains froids entiers, si ces derniers, pour 
une raison ou pour une autre, ne peuvent pas être 
pris. 

Dans la fièvre, la chaleur grandissante et l'anxiété 
qui en surgit indiquent chaque fois le moment de 
répéter l'ablution, qui, dans certaines circonstances, 
peut avoir lieu toutes les demi-heures. 

Beaucoup de maladies, comme le catarrhe, la 
fièvre muqueuse, la variole, le typhus, etc...., ont 
déjà été guéries par les seules ablutions totales de 
ma méthode. 

Chez les natures débiles j'emploie pour les lotions, 
en place de l'eau pure, très souvent du vinaigre 
étendu d'eau. Le vinaigre, outre qu'il fortifie, déterge 
mieux la peau et ouvre davantage les pores. 

On entend souvent dire que les ablutions au vin, 
à l'alcool (j'excepte le vinaigre), etc...., produisent 
des effets extraordinaires. Bien des fois j'ai essayé 
ces sortes d'ab]4itions, mais jamais je n'ai pu obtenir 
que des résultats ordinaires, parfois très médiocres; 
de fois à autres je n'ai eu même aucun résultat. 

Jadis l'eau-de-vie de lie de vin passait pour le 
nec plus ultra comme moyen de lotion, ce qui ren- 
dait florissant le commerce de cet article. Plus tard 
il y eut une période de répit, et, dans ces derniers 
temps, la vogue de cette eau-de-vie a repris de plus 
belle. 

Ces sortes de remèdes paraissaient à l'horizon et 
s'en allaient de nouveau, comme les comètes. Ils 



APPLICATIONS d'eau. 129 

laissent parfois une longue tramée ; n}.ais ils finissent 
chaque fois par disparaître pour toujours. Ces astres 
ne sont pas les étoiles ordinaires et régulières, qui 
paraissent chaque nuit et brillent tranquillement et 
sans interruption. C'est avec ces dernières que Je 
voudrais comparer l'eau : elle agit, et ses applica- 
tions resteront et se maintiendront, après que ces 
« courants extraordinaires » auront cessé de couler, 
d'autant plus qu'ils n'auront pas soutenu l'épreuve. 
Je souhaite très ardemment que l'eau se fraie un 
chemin de plus en plus large , qu'elle se fasse jour 
à travers les classes d'hommes qui pourraient, pour 
le plus grand bien de l'humanité, favoriser son em- 
ploi et faire connaître son utilité si salutaire. 

2. L'ablution partielle 

ne s'étend pas à tout le corps, mais seulement à l'une 
ou l'autre partie. 

On en fait usage à l'aide de la main ou d'une 
grosse serviette, humectant d'eau fraîche tel membre 
ou telle partie du corps. Pour le reste, il faut 
suivre les règles tracées pour l'ablution totale. 

Que ce soit le doigt ou l'orteil, la main ou le pied, 
que l'inflammation a atteints — toujours faut-il 
éteindre là où le feu a pris. Les détails plus circon- 
stanciés, relatifs au moment où l'ablution partielle 
est à pratiquer, se trouvent indiqués dans les diffé- 
rents cas de maladie en particulier. 



130 PREMIÈRE PARTIE. 



F. MAILLOTS. 

Ce sont des enveloppements, des emmaillottements 
dans un drap mouillé recouvert d'une couverture de 
laine. Nous distinguons plusieurs sortes de mail- 
lots. Nommons d'abord 

I, Le maillot de tête. 

Ce maillot peut se prendre de deux manières. 

A. — On lave la tête entière , on la mouille com- 
plètement, visage et cheveux. Il faut que l'eau pé- 
nètre jusqu'à la peau, jusqu'aux parties recouvertes 
par les cheveux, mais elle ne doit pas dégoutter de 
ces derniers ; ce serait exagérer les bolmes choses. On 
met alors par-dessus la tête un linge sec, qu'on fixe 
de manière qu'il s'adapte bien partout, qu'il ferme 
bien, ne laissant aucun passage à l'air et ne faisant 
voir que les yeux et la moitié du front. Au bout 
d'une demi-heure, rarement d'une heure, les cheveux 
sont desséchés. 

On peut ensuite renouveler 1, 2 ou 3 fois la lotion 
et l'enveloppement ; il faut seulement veiller à ce 
que le linge, qu'on met autour de la tête, soit bien 
sec. La 2'' et la 3^ application dureront une demi- 
heure chacune, mais on fera bien attention à ce que les 
cheveux soient, avant chaque application nouvelle, 
complètement desséchés. Il faut s'habituer, après la 
dernière opération, à laver rapidement avec un peu 
d'eau froide le cou et la tête et à s'essuyer, comme 
on fait pour la toilette du matin. 

B. — Le maillot de tête se pratique le mieux de la 
manière suivante, surtout dans les cas où l'on veut 
obtenir de fortes éliminations ou sécrétions : on lave 



APPLICATIONS d'eau. 181 

la tête comme ci-dessus ; puis on applique un double 
enveloppement, d'abord celui du premier mode d'em- 
ploi, ensuite un second enveloppement au mo^'en 
d'un molleton, s'adaptant bien partout. Si la chaleur 
de la tête est forte, l'on peut mouiller non seule- 
ment les cheveux, mais aussi la première enveloppe, 
c'est-à-dire le linge recouvert du molleton. L'appli- 
cation doit-elle durer un certain temps, il ne faut 
pas négliger le renouvellement, qui ne doit jamais 
être retardé au delà de 25-30 minutes. Ce second 
mode d'application se termine comme le premier. 

Les maux de tête, surtout ceux de nature rhuma- 
tismale, provenant d'un refroidissement, d'un chan- 
gement subit de température, sont traités avec suc- 
cès par le maillot de tête ; de même aussi les pelHcules 
trop nombreuses, les efïiorescences sèches, les bou- 
tons du cuir chevelu. 

2. Le maillot de cou. 

La forme adoucie du maillot de cou consiste à 
mouiller, à l'aide de la main ou d'une serviette, le 
cou tout entier et à. l'envelopper soigneusement, 
mais sans trop serrer, de 3-4 tours d'un morceau de 
gros linge taillé en bande et bien sec ; car il faut 
soustraire la partie mouillée au contact de l'air. 

La seconde forme du maillot de cou est la sui- 
vante : on trempe un linge souple dans l'eau fraîche 
et on l'enroule autour du cou ; par-dessus s'applique 
un linge sec, et le tout est enveloppé d'un bandeau 
de laine ou de flanelle. Si vous n'avez pas ce ban- 
deau, servez- vous tout simplement d'une étoffe quel- 
conque de laine, pourvu que l'air n'ait pas d'accès. 

Toute mon expérience m'oblige à condamner en 
bloc les applications prolongées, parce qu'elles pro- 



132 PREMIÈRE PARTIE. 



duisent souvent le contraire de ce cju'on en attend : 
l'aggravation au lieu de ramélioration. Voilà bien 
souvent le motif, pourquoi les applications d'eau 
perdent le crédit et la confiance. Un malade ainsi 
trompé dans son espoir ne se laisse pas facilement 
convertir : la force de l'éloquence, les arguments, 
tout est en pure perte. 

Cette remarque générale, qui concerne toutes les 
applications d'eau, regarde spécialement les mail- 
lots, celui du cou non excepté. 

Tous les maillots sont principalement destinés à 
agir comme révulsifs, c'est-à-dire à empêcher une 
afîiuence excessive et désordonnée du sang à une 
certaine partie, à détourner le sang de cette partie, 
et à attirer au dehors les trop grandes chaleurs. 

Si donc je laisse le maillot trop longtemps à la 
place malade, par exemple toute une nuit, cette place 
s'échauffera de plus en plus, le sang y affluera da- 
vantage et la chaleur y augmentera de telle sorte 
que le mal (inflammation) doit nécessairement em- 
pirer. Les conséquences, qui en résultent pour le 
maillot de cou, sont évidentes.. 

Je suis absolument opposé aux emmaillottements 
qui durent plusieurs heures ou même toute la nuit. 
Une application complète ne prend chez moi qu'une 
heure, tout au plus une heure et demie, et je fais re- 
nouveler le topique après chaque demi-heure, sou- 
vent après toutes les vingt minutes, c'est-à-dire 
tremper de nouveau le linge dans l'eau froide et le 
remettre en place, commxC la première fois, de sorte 
que, pour le même enveloppement, l'on peut re- 
tremper jusqu'à quatre fois. Cela varie suivant 
les patients et dépend du degré plus ou moins 
élevé de leur chaleur. Le sentiment d'une certaine 



APPLICATIONS d'eau. 



133 



aversion et d'anxiété est le meilleur signe que le mo- 
ment de changer est arrivé. 

Le maillot du cou est prescrit dans les inflamma- 
tions de la gorge (esquinancie), dans les difficultés 
d'avaler (dysphagie), dans beaucoup de maux de tête. 
En même temps on cherchera à aider l'action du 
maillot par d'autres applications d'eau, agissant sur 
une partie localisée (par exemple, les chaussettes 
mouillées) ou sur le corps entier. 

3. Le châle. 

Le châle est un appareil destiné spécialement à la 
poitrine et à la partie supérieure du dos. Chaque 
femme, cha- 




que 



fille 




surtout à la 
campagne , 
connaît le 
vêtement 
usitésousce 
Fig. 18. nom. C'est fî-. la. 

un grand carré d'étoffe de laine, qu'on plie en deux 
et dont on couvre, en forme de triangle, les épaules, 
de manière à avoir le grand angle sur le dos et les 
angles aigus sur la poitrine (voir fig. 18 et 19). 

Le châle comme appareil hydrothérapique se com- 
pose d'un grand morceau de linge grossier, ayant la 
forme carrée, dont les côtés mesurent unmètre et demi . 
Plié en forme de triangle équilatéral et mis, de la ma- 
nière indiquée, sur les épaules, cetépithème recouvre 
la poitrine et le dos, descendant devant et derrière jus- 
qu'à la région lombaire (fig. 20 et 21, p. 134). 

Cette serviette grossière est trempée dans l'eau 
froide, puis tordue, appliquée sur la peau et recouverte 



134 



PREMIÈRE PARTIE. 



d'une enveloppe de laine ou d'un linge sec, pour 
la soustraire à l'air. 

L'on sentira bientôt naître une agréable chaleur, 
et le linge mouillé se chauffera de plus en plus. 

L'application du châle peut durer une demi-heure 
ou 1 heure ou même 1 heure et demie, ou encore 
2 heures dans les cas exceptionnels où un révulsif 
énergique est commandé. Quand la durée se pro- 
longe, il ne faut pas oublier de renouveler l'ap- 
plication, ce qui a lieu au bout d'une demi-heure ou 
de trois quarts d'heure, c'est-à-dire quand la chaleur 
augmente et que le châle devient chaud, très chaud. 
Notre inoffensif 
châle a une action 
résolutive et révul- 
sive dans les cha- 
leurs intérieures , 
dans les congestions ? 
et les commence- 
ments d'inflamma- 
Fig. 20. tions à la tête ou dans 

la tête, dans les catarrhes fiévreux, et dans les em- 
barras de la gorge, des bronches, de la poitrine. 

Le châle a toujours rendu de très grands et d'éton- 
nants services aux personnes du sexe faible dans 
riiypocondrie et l'aliénation mentale. Employé si- 
multanément avec une autre application tout aussi 
facile, il a parfaitement suffi pour débarrasser 
la tête de l'afflux du sang, pour en détourner le 
trop -plein. Cette autre application, dont il est 
question, consistait ordinairement dans les chaus- 
settes mouillées, dans l'emmaillottement des pieds 
ou dans un pédiluve chaud animé avec du sel et des 
cendres. 





Fig. 21 



APPLICATIONS D'EAU. 135 

4. Le maillot de pieds. 

L'enveloppement des pieds est toujours une im- 
portante application accessoire, c'est-à-dire un 
remède qui seconde l'action d'autres applications. 
Nous distinguons un double emmaillottement des 
pieds : l'emmaillottement proprement dit des pieds 
et l'emmaillottement des genoux. 

a) Maillot de pieds pt'oprement dit 

Les gens de la campagne , qui disposent de peu 
de ressources et de temps, simplifient le mode d'em- 
ploi de cette application, en mettant tout bonne- 
ment des chaussettes mouillées et, par-dessus, des 
bas de laine à l'état sec. Pendant la durée de l'opé- 
ration ils se mettent au lit et se couvrent chau- 
dement. 

Si ce procédé ne vous convient pas, eh bien ! alors 
trempez un morceau de linge grossier ou une bande 
de toile dans un liquide moitié eau et moitié vinai- 
gre, enveloppez-en les pieds jusqu'au-dessus de la 
cheville, mettez par-dessus un bandeau sec de laine 
ou de flanelle et couvrez- vous bien dans le lit. 

L'application dure 1 heure , 1 heure et demie ou 
2 heures et exige toujours le lit. 

Se dégage-t-il beaucoup de chaleur et s'agit-il 
d'excercer une révulsion, comme cela arrive dans la 
pneumonie, la pleurésie , la péritonite , dans les in- 
flammations du bas-ventre , en ce cas il faut renou- 
veler l'appUcation, retremper le linge toutes les fois 
que la chaleur devient intense. 

Dans tous les cas où il s'agit d'attirer au dehors 
les humeurs morbides des pieds , de calmer la cha- 
leur dans les inflammations , de détourner le sang 



136 PREMIÈRE PARTIE. 



le la partie supérieure du corps vers le bas, c'est 
le maillot de pieds qui rend d'excellents services. 

Ne confondez pas le maillot de pieds avec le pé- 
diluve et ses effets. La durée de celui-ci étant plus 
courte, ses effets sont par le fait même plus restreints. 
Il apporte, sans doute, du calorique et du sang dans 
les pieds; mais il ne pourra jamais, chaud ou froid? 
opérer une dépuration ou éliminer les humeurs mor- 
bides des pieds. 

N'oublions pas un mode tout particulier du maillot 
de pieds. Celui qui supporte, au soir, les applications 
d'eau froide, ne doit pas négliger de mettre, en 
allant se coucher, des chaussettes mouillées, et par- 
dessus d'autres chaussettes ou des bas à l'état sec. 
De cette manière il ne perdra point de temps, il dor- 
mira magnifiquement et n'aura pas besoin de faire 
attention à la durée : il aura soin seulement, sitôt 
qu'il se réveillera dans la nuit ou au matin, de se 
débarrasser de l'appareil. 

C'est aux gens de la campagne, quand ils se sen- 
tent bien fatigués au déclin de la journée, que ce 
procédé d'application est tout spécialement recom- 
mandé : bien mieux que le pédiluve froid, il enlèvera 
toute fatigue à leurs pieds. 

Si vous êtes sujets aux pieds froids, essayez donc 
ce maillot de nuit. Bien souvent je l'ai recommandé 
avec succès aux personnes qui souffrent beaucoup 
de la sueur aux pieds, mais toujours après l'avoir 
fait précéder de plusieurs bains de vapeur des 
pieds. 

b) Maillot de genoux. 

L'enveloppement, pratiqué comme il vient d'être 
expliqué et remontant jusqu'au-dessus des genoux. 



APPLICATIONS d'eau. 137 

ionne beaucoup plus de résultat que le maillot de 
pieds seul. 

La bande de toile mouillée, qu'on enroule autour 
les pieds, est continuée et prolongée, jusqu'à ce que 
les genoux soient enveloppés aussi ; puis on recouvre 
tout l'appareil d'un molleton quelconque, comme 
3ela est indiqué plus haut. 

Le procédé et la di>rée de cette application se 
règlent sur les principes énoncés plus haut sous la 
lettre A. 

Je ne puis assez conseiller ce maillot pour éliminer 
la chaleur du haut du corps, pour enlever une grande 
fatigue, spécialement pour débarrasser de vents 
gênants et de gaz longtemps retenus. 

Il ne faut pas confondre cette opération avec celle 
qui consiste à se tenir dans l'eau jusqu'au-dessus 
des genoux et dont il est question à propos des demi- 
bains. Cette dernière opération a une action con- 
fortante, nullement révulsive. 

5. Le maillot inférieur 

est ainsi appelé, parce qu'il est principalement em- 
ployé contre les infirmités du bas-ventre et des jam- 
bes : il commence sous les aisselles et descend jus- 
qu'au delà de la pointe des pieds. Les épaules et les 
bras ne sont pas soumis à l'application : ils restent 
libres, mais doivent, quand le patient sera au lit, 
être bien couverts de la chemise ou d'un vêtement 
plus chaud, afin que l'air n'ait pas d'accès par le haut. 
Voici le mode d'emploi du maillot inférieur : sur 
le drap de lit, qui recouvre le matelas ou la paillasse, 
on étend une longue et large couverture de laine. 
Le linge, qui va servir à l'enveloppement, doit être 
assez- grand pour s'enrouler au moins 2 fois, dans cer- 



138 



PREMIÈRE PARTIE. 



tains cas 3-4 fois, autour du corj^s et aller jusqu'au 
delà de la pointe des pieds (double, triple, quadruple 
enroulement). On prend ce linge, plié, si l'on veut, 
en deux, on le trempe dans l'eau froide, on le tord 
assez pour que l'eau n'en dégoutte plus, puis on le 
déploie en forme de rectangle sur la couverture de 
laine, déjà disposée. Ensuite le patient s'allonge sur 
cette couche humide et s'enveloppe dans le drap 
mouillé, dont les deux bouts, croisés sur la poitrine 
et le ventre, joignent bien et ne laissent libre ab- 
solument aucune partie du bas -ventre. Après cela 
la couverture de laine est enroulée de même autour 
du corps, pour le soustraire complètement à l'air. 
L'excédant, par le bas, du drap et de la couverture 




FIg. 22. 

est rabattu sur les pieds. Le tout est recouvert d'un 
lit de plumes, qu'on borde soigneusement. La plu- 
part du temps les pieds exigent encore une couver- 
ture supplémentaire (voir lîg. 22). 

Cette opération n'est pas aussi compliquée que 
cela paraît à la lecture. Elle peut être faciUtée en 
ce que le patient, habillé d'un caleçon et se trouvant 
hors du lit, s'entoure lui-même du maillot humide 
et se couche alors sur la couverture étendue. A ce 
moment, afin que tout se fasse vite et sans retard, 
quelqu'un peut venir à son secours, pour mettre en 



APPLICATIONS d'eau. 139 

ordre le maillot humide et en croiser les bouts, 
border exactement la couverture et ajouter le lit de 
plumes. 

Naturellement la besogne donne certains embar- 
ras , mais il me semble qu'elle est toujours plus 
simple et plus facile que l'emmaillottement au moyen 
de longues bandes préparées exprès, dont je n'use 
jamais dans les enveloppements plus ou moins con- 
sidérables. 

Il y a façon de s'y prendre, la pratique l'enseigne. 
Je connais nombre de personnes qui, sans peine et 
en fort peu de temps (ce qui est une chose essen- 
tielle) savent se préparer et s'appliquer tous les mail- 
lots de grande dimension. 

Plaçons ici une observation qui va calmer les per- 
sonnes à qui la lecture de ces pages à fait venir la 
chair de poule. 

Si vous éprouvez de l'antipathie pour l'eau froide, 
et que vous possédiez peu de chaleur naturelle ou 
des nerfs trop tendres, eh bien ! alors trempez tout 
simplement le maillot dans l'eau chaude. 

C'est d'ailleurs cette manière de faire que j'aime 
le mieux, sans la prescrire absolument, pour les per- 
sonnes faibles, débiles, anémiques, surtout pour les 
vieillards. 

L'application du maillot^ inférieur dure 1 heure, 
ou 1 heure et 1/2, parfois 2 heures. Le froid, qui se 
fait sentir au commencement, fera bientôt place à 
une agréable chaleur. 

Les pauvres, les gens simples et les paysans peu- 
vent simplifier de beaucoup toute cette histoire. Ils 
prendront un vieux sac à blé, déjà usé et partant peu 
raide et dur; ils le tremperont dans l'eau, le tord- 
ront et s'y enfonceront jusque sous les bras, comme 



140 PREMIÈRE PARTIE. 



s'ils mettaient le pantalon. Dans ce costume primitif 
on s'étend sur la couverture de laine du lit, dans la- 
quelle on s'enveloppe, puis on se couvre chaude- 
ment. Des centaines de personnes ont essayé ce sac 
humide ; il vous fera du bien, à vous aussi ; ne vous 
gênez pas ! 

L'effet du maillot inférieur, qu'on associe toujours 
à d'autres applications , est multiple : outre qu'il 
réchauffe, il a une action résolutive et éliminatrice, 
qu'il exerce notamment sur le bas-ventre. On a ordi- 
nairement recours à cet adminicule dans les tumeurs 
aux pieds, dans les états de goutte et de rhumatisme, 
dans les affections rénales, dans les crampes, dans 
les flatulences, etc.... 

Au lieu de l'eau pure, chaude ou froide, j'emploie 
fréquemment une décoction de fleurs de fenaison, 
de foin aigre, de paille d'avoine, de branches de pin. 
Le foin aigre remplace les fleurs de fenaison ; mais 
les deux rendent service dans les affections des voies 
urinaires et prêtent leur concours au traitement de 
la pierre et de la gravelle. 

La décoction de paille d'avoine a toujours fait 
ses preuves dans le traitement des douleurs rhuma- 
tismales, de la pierre et de la gravelle. La décoction 
de branches de pin sert, aux natures faibles, à 
éconduire les flatuosités.,et à guérir les états spas- 
modiques les plus divers du bas- ventre. 

6. Le demi-maillot. 

Voici l'enveloppement qu'on cite et emploie plus 
que tous les autres. Il constitue à lui seul un trai- 
tement complet, c'est-à-dire il agit sur tout le corps, 
sans qu'on ait recours à d'autres applications. Il 
augmente la chaleur propre ou attire au dehors le 



APPLICATIONS D EAU. 



Ul 



calorique superflu, suivant que son application est 
longue ou courte. Il a une très grande valeur: ce 
que le cheval-porteur est aux grosses voitures, le 
demi-maillot l'est au nombre de tous les maillots. 

Ce qui fait qu'il est tant répandu et tant apprécié, 
c'est que chacun peut commodément le prendre et 
l'appliquer. Il commence ses enroulements aux ais- 
selles et les termine au-dessus des genoux. Une grosse 
toile est pliée en quatre ou en six, 
de manière qu'elle ait la largeur 
voulue et puisse s'enrouler autour 
du corps; on la trempe dans l'eau, 
on la tord et on l'applique avec soin ; 
puis une couverture de laine sous- 
trait ce maillot à l'air, et le lit de 
plumes fournit la chaleur néces- 
saire (voir fig. 23). 

Les personnes faibles et d'un cer- 
tain âge, en un mot les personnes 
anémiques, dont la chaleur propre 
ne monte pas à un degré bien élevé 
au-dessus de zéro, peuvent ou doi- — pig. 23 
vent même prendre cette application à l'état chaud 

Les gens pauvres et simples de la campagne 
peuvent, en place du linge quadruple ou sextuple, 
prendre un vieux sac à blé, qu'ils mouillent et appli- 
quent dans le sens de la largeur. 

La durée de l'application est, suivant la prescrip- 
tion, d'une heure, d'une heure et demie, parfois de 
deux heures. 

Si les personnes bien portantes usaient tous les 
huit jours, au moins tous les quinze jours, du demi- 
maillot, elles préviendraient parfaitement une foule 
d'infirmités. Il a une action favorable et dépurative 




142 PREMIÈRE PARTIE. 



sur les reins et le foie, ainsi que sur l'abdomen, qu'il 
délivre des ventosités retenues, des gaz importuns, 
des matières qui y ont séjourné trop longtemps, de 
l'eau superflue. L'hydropisie, les affections du cœur 
et de l'estomac (qui proviennent fréquemment de 
l'expansion des gaz vers le haut et qui cessent im- 
médiatement après la disparition de ceux-ci) ne 
viennent jamais molester les amis du demi-maillot. 
Je connais un grand nombre de ces amis fidèles qui 
passent mainte nuit dans cette gaine et y dorment, 
jusqu'au matin, comme des bienheureux. 

Ce topique admirable trouve l'application la plus 
diverse dans les engorgements de l'estomac, dans 
les maladies du cœur et des poumons, dans diffé- 
rentes infirmités de la tête et de la gorge. L'on 
trouvera des détails, à la 3^ partie, dans une série 
de cas de maladies. 

Quand je suis dans le doute au sujet d'un état pa- 
thologique, quand je ne reconnais pas clairement le 
siège du mal, c'est toujours le demi-maillot qui est 
mon meilleur conseiller et guide. Je ne puis m'ex- 
pliquer davantage à ce sujet. 

Aux personnes dont le bas-ventre est débilité par 
n'importe quelle cause, je recommande de frictionner 
l'abdomen de graisse de porc ou d'huile camphrée, im- 
médiatement avant ou après l'emploi du demi-maillot. 

Dans les cas de spasme je fais mettre quelquefois, 
sous le maillot, un simple linge imbibé de vinaigre 
sur le corps. 

7. La chemise mouillée. ~ 

J'ai choisi ce procédé d'application, parce qu'il ne 
saurait être mal compris même des gens les plus 
simples. 



APPLICATIONS d'eau 145 

Une chemise ordinaire de toile est trempée dans 
l'eau, puis convenablement tordue et passée, comme 
d'habitude, sur le corps. L'on se couche ensuite sur la 
couverture déployée, dont on s'enveloppe soigneuse- 
ment, et l'on se couvre chaudement du lit de plumes. 

J'ai connu un homme qui trouvait ce procédé 
encore trop embarrassant. Il se tenait en chemise dans 
une baignoire, se faisait répandre un arrosoir d'eau 
sur la chemise et le corps, puis s'enveloppait ou se 
faisait envelopper dans les couvertures de laine. 
Cet emmaillottement, le premier et le meilleur de 
tous, lui allait bien et il ne pouvait assez s'en louer : 
ah ! il fait bien dormir, produit de la gaité, éveille 
l'esprit et rafraîchit le corps ! 

On garde la chemise mouillée pendant 1 heure ou 
1 heure et demie, même 2 heures. Quant à son action, 
l'expérience m'a appris qu'elle ouvre les pores et dé- 
terge à la façon d'un emplâtre anodin ; elle calme, 
elle fait disparaître les congestions et les spasmes, 
elle produit une chaleur uniforme et, par suite de 
son influence favorable sur la peau, elle améliore 
l'état général de la santé. Je l'ai employée avec un 
succès tout particulier contre les affections men- 
tales, contre la danse de Saint-Guy chez les enfants, 
dans d'autres infirmités semblables, surtout dans 
les maladies de la peau. Fallait-il, dans ces derniers 
cas, produire de fortes sécrétions, provoquer des 
éruptions, comme la scarlatine, etc.. alors je faisais 
tremper la chemise dans l'eau salée ou dans une 
eau mêlée de vinaigre. 

8. Le manteau espagnol. 

Je n'ai pas inventé cette dénomination, mais je 
n'ai pas non plus de raison plausible pour la modi- 



144 



PREMIERE PARTIE. 



fier, lors même qu'elle paraîtrait drôle à certains 
lecteurs. D'ailleurs, le nom n'y fait rien ; il y va de 
la chose ainsi dénommée. 

Le manteau espagnol, appelé aussi. grand maillot 
ou maillot complet, constitue, comme le bain entier 
et le demi-maillot, une application entière et indé- 
pendante, qui agit sur tout l'organisme. Cela n'em- 
pêche pas que, dans des maladies graves et dange- 
reuses , on l'emploie alternative- 
ment avec d'autres applications 
d'eau. 

En quoi consiste le maillot com- 
plet ? 

De linge grossier, de toile d'é- 
toupe l'on fait une espèce de man- 
teau, qui ressemble à une grande 
chemise avec manches, complète- 
ment ouverte devant et descendant 
jusqu'aux pieds ou au delà : une 
sorte de robe de chambre en toile 
(voir fig. 24). Ce manteau est trempé 
dans l'eau froide ou — pour les per- 
sonnes faibles, anémiques, âgées, 
«hydrophobes» —dans l'eau chaude, 
puis tordu, passé à la façon d'une chemise et bien 
fermé ou croisé par-devant. Le lit a été disposé d'a- 
vance et les couvertures de laine sont prêtes à 
recevoir le patient. A cet effet on a étendu, dans le 
sens de la largeur, une grande et large couverture 
de laine ou bien deux couvertures plus petites sur le 
matelas ou la paillasse. Le patient se couche dessus 
et se fait envelopper hermétiquement dans les cou- 
vertures de laine, puis couvrir par le lit de plumes 
(voir fig. 25). Il faut avoir garde que la mise du 




Fig. 24. 



APPLICATIONS D EAU. 



145 



vêtement mouillé et l'enveloppement dans la laine 
se fassent en toute hâte, afin que le patient soit, 
le moins de temps possible, exposé à l'air frais. 

Un beau jour il vint à moi un homme qui souffrait 
de toutes sortes d'infirmités : des congestions, des 
ventosités, des hémorroïdes le molestaient, et une 
hypertrophie du cœur lui causait de grandes an- 
goisses. Il s'habitua à prendre, 1-2 fois par semaine, 
le manteau espagnol, et, au bout d'un certain 
temps, toutes ses infirmités avaient disparu comme 
par enchantement. Depuis lors le manteau espagnol 




Fig. 2b. 



est son remède universel : comme il n'a pas beau- 
coup de temps à perdre, il le prend en se couchant 
et s'en défait à son réveil, soit au cours de la nuit, 
soit seulement le matin. Pour plus de commodité il 
se fit faire d'une forte étoffe de laine un second man- 
teau espagnol, qui lui tient lieu de couverture de 
laine et le dispense de' l'assistance d'autrui pour 
appliquer le grand maillot. 

La durée de ce maillot est de 1 heure, 1 heure et 
demie, au plus 2 heures : elle se détermine suivant 
la force, surtout l'obésité de l'individu. Pour un 
pauvre petit paysan il suffit d'une heure ou d'une 
heure et demie, tandis qu'on peut, sans hésiter, pres- 
crire deux heures à un brasseur. 

10 



146 PREMIÈRE PARTIE. 



Voulez-vous savoir si et comment le manteau 
espagnol a agi, eh bien! examinez le liquide, dans 
lequel le maillot doit être soigneusement lavé après 
chaque application : vous trouverez qu'il est tout 
trouble ; oui, vous serez étonné et vous aurez de la 
peine à croire combien de matières immondes et 
superflues le manteau espagnol est à même d'ab- 
sorber. 

Je connais des cas où le maillot de toile blanche 
est devenu tout jaune : c'était un jaune que n'a pu 
faire disparaître aucune lessive , il a fallu blanchir 
en règle. 

Le manteau espagnol dilate très doucement, mais 
complètement les pores sur toute la surface cutanée 
et attire toutes les substances malsaines, les muco- 
sités, etc.... Inutile de dire combien il agit favo- 
rablement sur la température normale du corps, sur 
l'état général de la santé. 

En particulier je prescris ce grand emmaillotte- 
ment dans les catarrhes généraux (qui envahissent 
plus ou moins le corps tout entier) , dans la fièvre 
pituiteuse, la podagre, la maladie articulaire, la 
variole, le typhus, et aussi pour prévenir les coups 
d'apoplexie, etc.. On le rencontrera souvent dans 
le traitement des maladies (3^ partie de ce livre) . 

Si vous trempez le manteau espagnol dans 
une décoction de fleurs de fenaison, de paille 
d'avoine, de branches de pin, il rendra d'excel- 
lents services dans les maladies (goutte, pierre, 
gravelle etc..) dont la guérison est due spéciale- 
ment à ces plantes. 



APPLICATIONS d'eau. 147 



G. UEAU PRISE EN BOISSON. 

Je dirai en peu de mots ma manière de voir dans 
cette question. Je préviens de deux extrêmes, c'est- 
à-dire de deux opinions qui excèdent la juste mesure. 
Il y a un certain nombre d'années, c'était à qui boi- 
rait le plus d'eau : celui qui en absorbait le plus 
grand nombre de litres, remportait la palme. Ingur- 
giter 8, 12, 16, 20 litres d'eau par jour, cela se voyait 
fréquemment; aujourd'hui encore plus d'un s'imagine 
que l'absorption de masses d'eau procure la santé. 
Je préfère, du reste, cette fantaisie à l'idée de croire 
qu'une quantité de 6, 8, 10 litres de bière n'est pas 
trop de liquide pour les aliments solides pris dans le 
courant de la journée. 

Les gens de l'extrême opposé passent des semaines 
et des mois sans boire une goutte d'eau; car ils 
trouvent malsain de boire de l'eau, et ils se gardent 
bien de toucher au vin ou à la bière, pour la raison 
que les spiritueux sont des poisons. 

Comme les hommes perdent quelquefois le sens 
commun, se privent de tout jugement sain, renient 
le sentiment naturel et l'instinct, auxquels les bêtes 
obéissent à l'aveugle ! Est-ce raisonnable ? 

L'horloge, quelques minutes avant de sonner, 
donne un signe. Est-ce donc que le grand Maître, 
notre Créateur, a fait du bousillage, une œuvre in- 
complète? Ou sont-ce les hommes qui ont mis le 
désordre dans son ordre admirable? Oui, certes. Le 
Créateur infiniment sage laisse la faim et la soif 
donner le signal, quand il faut manger, quand il faut 
boire. Le corps humain, cette horloge parfaite, irait 
et sonnerait très bien, si n'était la sottise des hommes, 



148 PREMIÈRE PARTIE. 



qui jette du sable, des ordures et d'autres superfluités 
dans le rouage et trouble ainsi ou détruit peut-être 
sa marche régulière. 

Quand les animaux domestiques et les animaux 
sauvages sentent la faim, il vont à la recherche de 
leur nourriture ; quand la soif se manifeste , ils 
courent à la source limpide. Sitôt que le besoin est 
satisfait, ils cessent de boire et de manger, ne tou- 
chent plus à rien. 

C'est de la même façon que, dans la vie bien ré- 
glée, se conduit l'homme qui n'est pas gâté, qu'il 
soit malade ou bien portant. 

Voici, par conséquent, notre principe unique et 
souverain en cette matière, un principe précieux 
que chacun devrait suivre : Allez boire toutes les. 
fois que vous avez soif, et ne buvez jamsâs trop. 

Je connais des personnes qui, toute la semaine 
peut-être, ne boivent pas une goutte d'eau, tandis 
que d'autres prennent au déjeûner leur verre d'eau 
traditionnel et s'en contentent pour toute la journée. 
Ils n'ont jamais soif, et cela s'exphque par le fait 
que le corps reçoit journellement une certaine quan- 
tité d'eau renfermée dans les aliments. Si nous fai- 
sons abstraction des grands échaufîements de l'été 
ou des ardeurs intérieures qui annoncent d'ordinaire 
une maladie, il faut avouer que la soif proprement 
dite visite rarement la plupart des hommes, et c'est 
pour moi toujours un mystère, comment tant d'hom- 
mes peuvent néanmoins, sans en éprouver le besoin, 
inonder leur estomac. Cela ne se fait pas impuné- 
ment. ^ 

1 Disons aussi un mot de la boisson à table, surtout au repas 
principal de midi. Cette observation regarde moins les gens 
de la campagne que les personnes de la ville et de la haute 



APPLICATIONS d'eau. 149 

Buvez toutes les fois que vous avez soif, et ne 
buvez jamais trop. Les paysans n'aiment pas les 
averses ; ils prétendent qu'elles ne sont pas fécon- 



volée. < Boire dans le manger », comme on dit, cela n'est pas 
bon. Je connais des médecins, surtout ceux de Tancienne 
école, qui le déconseillent aux hommes bien portants et le 
défendent formellement à leurs malades. Si vous regardez et 
que vous sachiez profiter de l'expérience, vous saurez que 
tous ceux qui, à table, boivent beaucoup d'eau, de bière ou 
autre chose, en un mot, tous les buveurs, ont toujours à se 
plaindre de mauvaise digestion. Cela n'est pas possible autre- 
ment : que voulez-vous ? 

Pendant qu'on mâche la nourriture dans la bouche, elle 
est ou doit être mêlée et pénétrée de la salive, qui est pro- 
duite à cette fin par des glandes spéciales. Il ne serait pas 
prudent d'avaler quelque chose de solide, c'est-à-dire de l'in- 
troduire dans l'estomac, avant que le travail préparatoire si 
important de la mastication soit fait et bien fait. Dans l'esto- 
mac les aliments ainsi préparés sont imbibés du suc gastrique. 
Plus ce suc est pur, bon et naturel, plus aussi la digestion et 
ses résultats seront favorables, c'est-à-dire plus les sucs et 
les substances nutritives, apprêtés par la digestion et mis à 
la disposition de la nature, seront propres à l'élaboration et 
au perfectionnement des différentes parties constitutives du 
corps. 

Or, si quelqu'un absorbe un aliment et l'arrose alors d'un 
liquide, que ce soit de l'eau, du vin ou de la bière, cet aliment 
ne sera plus pénétré d'un suc gastrique tout pur, puisqu'il 
s'y trouve mêlée une quantité plus ou moins considérable 
d'eau, de vin ou de bière. 

Si pendant le repas vous répétez 6-8 fois cet arrosement, 
vous détrempez d'un côté le suc gastrique au point qu'il ne 
peut plus servir à féconder la digestion, et d'autre part vous 
gorgez l'estomac d'un bol alimentaire mélangé de 6-8 manières 
différentes, qui, au lieu de vous nourrir, sera pour vous un 



150 PREMIÈRE PARTIE. 



dantes et qu'elles font plus de mal que de bien. Ils 
affirment, au contraire, que les épais brouillards du 
matin, qui humectent les chapeaux des travailleurs, 
sont plus favorables, parce qu'ils contribuent à la 
végétation et augmentent les produits. 

Le corps humain, en particulier l'estomac, a be- 
soin de fluides, pour raréfier et multiplier de temps 
à autre le suc gastrique, et pour maîtriser ainsi tout 
le contenu solide. Il manifeste ses désirs, en de- 
mandant doucement un peu d'eau, ou en demandant 
énergiquement à boire beaucoup, suivant les besoins 
qu'il éprouve. Il faut l'écouter toujours, qu'on soit 
malade ou bien portant, mais ne jamais lui donner 
plus que de raison, de petites quantités dans des in- 
tervalles convenables ; à l'état de maladie, notam- 
ment dans la fièvre, on fait bien de lui en donner 
souvent, mais peu, p. ex., une cuillerée toutes les 5 

tourment. Plaignez-vous alors de mauvaise digestion ! C'est 
l'estomac qui devrait se plaindre ! 

Mais alors, comment régler la boisson ? Si, avant le repas, 
vous avez soif, eh bien ! buvez. C'est x^ar la soif que se ma- 
nifeste le manque de suc. D'ailleurs, le liquide sécrété par 
l'estomac est épais et supporte une raréfaction. 

Pendant le repas il ne faut pas boire ou du moins boire 
très peu, pour que le fluide gastrique reste pur et pénètre la 
dernière bouchée de nourriture absorbée. 

Un certain espace de temps après le repas s'étant écoulé, et 
l'élaboration du bol alimentaire demandant de nouveau du 
liquide gastrique, en d'autres termes, si au bout de 1, 2 ou 3 
heures vous avez soif, alors vous pourrez de nouveau boire 
avec modération. 

Je me suis entretenu sur ce point avec plusieurs médecins 
distingués. Tous partagent mon avis et attribuent les nom- 
breux maux d'estomac, en grande paitio, aux excès commis 
à cet égard. 



APPLICATIONS d'eau. 151 



OU 10 minutes, plutôt qu'un verre entier en une fois, 
ce qui, au lieu d'étancher la soif, ajouterait au mal 
existant de nouvelles incommodités. 

Terminons par un exemple de mon procédé. Quel- 
qu'un souffre de constipation, une grande chaleur 
torture le bas-ventre, une soif ardente brûle le 
pauvre malade ; il pourrait, dit-il, boire 2, 3, 4 verres 
d'eau, coup sur coup; c'est comme si on les versait 
dans une fournaise. Je le crois volontiers; la masse 
d'eau arrive dans l'estomac et, sans toucher à la 
partie malade et sans y exercer une influence favo- 
rable, voyage rapidement à travers le corps, entraî- 
nant avec soi une quantité notable de suc gastrique, 
qui pourtant serait indispensable. Au lieu de don- 
ner au malade tant de verres d'eau, faites lui donc 
boire une cuillerée d'eau toutes les demi-heures, et 
vous obtiendrez un résultat tout autre, résultat d'un 
traitement raisonnable. 

La petite quantité d'eau est promptement absor- 
bée par le suc gastrique et se mélange facilement 
avec lui. La répétition de demi-heure en demi-heure 
donne un suc plus abondant, qui, dans sa circulation 
régulière, rafraîchit le corps, parcourt les entrailles 
et, par son action émolliente et résolutive, met ra- 
pidement fin aux stases et aux constipations. Des 
personnes innombrables ont, à cet égard, suivi mou 
conseil, et leur infirmité a disparu, en peu de temps. 
Probatiim est! 

De nos jours on a écrit et parlé beaucoup des 
effets de l'eau chaude prise en boisson (30-35° R., 
température du café et du thé), surtout dans les ma- 
ladies chroniques. Moi-même j'en ai obtenu de bons 
résultats chez un grand nombre de malades. Hon- 
neur à qui honneur est dû ! Si quelqu'un se mêle de 



152 



PREMIERE PARTIE. 



louer l'eau chaude aux dépens de l'élément froid, 
qui oserait le juger ou même le condamner? C'est 
une affaire de goût. En attendant, l'expérience m'a 
appris que l'eau fraîche et vive (non morte) rend 
les mêmes, sinon de meilleurs services. Pour ma 
part, je la préfère à l'eau tiède ou chaude. Que 
chacun choisisse suivant ses goûts ! 




DEUXIEME PARTIE, 



PHAEMACIE. 



Benedicite, univei'sa germinantia in terra, 
Domino! 

Plantes qui naissez de la terre, bénissez 
toutes le Seigneur ! 

(Dan. ht, 76.) 



^^^^^^^;^^^^^^'^^^^^^^if;^f; 



NOTIONS GENERALES 

ET DIVISION. 



L est une chose que je déteste entre toutes, du 
plus profond de mon âme : c'est la médecine 
occulte, le trafic des recettes qui passent pour 
être des arcanes de l'inventeur. Je désire être, 
sur ce point, à l'abri de tout reproche. Aussi j'ouvre, 
dans cette seconde partie de mon traité, les tiroirs 
de ma pharmacie à tout venant, et je permets à. 
chacun d'approcher ses yeux ou son nez de la der- 
nière petite boîte de thé et du moindre flacon d'huile.' 
Toute pharmacie renferme des fonds considé- 
rables; dans la mienne il n'y a presque rien qui 
vaille. J'en fais volontiers l'aveu et je considère ce 
fait, qu'on pourrait peut-être tourner en défaut, 
comme un grand avantage pour ma pharmacie. 

Presque tous mes thés, extraits, huiles, poudres 
proviennent d'herbes autrefois appréciées, qui de 

* Je ne me surs réservé, dans le but d'obvier aux abus, que 
la recette de rimile excrétive, que l'on emploie dans quelques 
cas particuliers pour l'usage externe, jamais pour l'usage 
interne. 



156 DEUXIÈME PARTIE. 

nos jours ont encouru le méprjs commun et sont 
vendues à des prix dérisoires. Ce sont celles que le 
Seigneur, dans sa bonté, fait croître dans nos jar- 
dins, en rase campagne, autour de nos maisons, 
dans les lieux isolés et peu fréquentés. La plupart 
de ces simples ne coûtent pas un liard. Aussi bien, 
c'est principalement pour les indigents malades que 
j'écris ce livre, et pour eux que je pratique ce métier 
plein de sacrifices ou, si l'on préfère, que je me mêle 
du métier des autres, n'attendant d'autre récom- 
pense que celle du ciel. C'est pour les pauvres que 
je me suis livré à la recherche de toutes les bonnes 
plantes, qui jouissaient jadis de l'estime des hommes, 
et que j'ai négligé d'autres occupations. J'ai passé 
de longues années à sonder, à analyser, à sécher, 
à découper, à bouillir, à déguster. Pas une her- 
bette, pas une poudre, dont je n'aie expérimenté et 
constaté moi-même l'efficacité. Je n'ai qu'un désir, 
c'est que les plantes, ces vieilles amies de l'homme, 
reçoivent de nouveau, chez quelques-uns du moins, 
les honneurs du passé. 

J'ai réfléchi longtemps, avant de me décider à 
joindre à mon traité d'hydrothérapie (la cure d'eau 
étant suffisante par elle-même) cette pharmacie, 
c'est-à-dire ce recueil de moyens curatifs agissant 
à l'intérieur, de concert avec l'eau. C'est peut-être 
éveiller un doute sur la vertu thérapeutique de l'eau ; 
mais n'y a-t-il pas des malades qu'une peur invin- 
cible de l'eau détourne de la cure qui s'impose, sur- 
tout si cette cure doit être de longue durée? J'ai 
voulu faciliter à ces personnes le traitement par 
l'eau, c'est-à-dire le réduire, le simplifier, en rendre 
l'usage moins long. Voilà pourquoi je joins le trai- 
tement interne (des médicaments) au traitement 



NOTIONS GÉNÉRALES ET DIVISION» 157 

externe (de l'eau). L'action simultanée des deux 
sera d'autant plus efficace. 

Le lecteur, en parcourant les différents articles 
de ce traité pharmaceutique, verra du coup que les 
remèdes internes ont, tout comme les moyens hydro- 
thérapiques, le triple but de dissoudre à l'intérieur 
du corps les éléments morbides et de les éliminer^ 
puis de fortifier l'organisme. Pour cette raison je 
suis en droit de prétendre que les deux traitements 
(l'intérieur et l'extérieur), bien loin de s'exclure, 
opèrent conjointement l'un avec l'autre. Je mets en 
garde contre une illusion: qu'on ne s'imagine pas 
qu'il faille très rigoureusement se soumettre à la 
cure d'eau ; mais qu'on ne se figure pas non plus 
qu'il faille à tout moment faire usage d'une foule 
de médicaments internes. Ce serait une double 
erreur. La règle d'or à suivre en tout et toujours est 
celle-ci : User avec modération des moyens cura- 
tifs, qu'ils soient extérieurs ou intérieurs.^ 

C'est par principe que j'ai passé sous silence les 
plantes d'une efficacité douteuse, comme la gui- 
mauve, le bois de réglisse etc.... ; celles qui ont une 

^ Beaucoup de malades supposent que c'est par le grand 
nombre de drogues, de pilules etc. qu'on recouvre la santé. 
J'ai connu un médecin très recommandable qui faisait fort 
peu de prescriptions et qui déplorait souvent la sottise des 
gens qui, sans avoir égard à l'autorité médicale, réclament à 
grands cris des médicaments. Quand il me venait des sots 
disait- il, qui ne cessaient de m'importuner, je leur prescrivais 
des pilules de mie de pain, mélangées d'un petit rien tout à 
fait inoffensif, qui avait l'odeur de la pharmacie. Ils avalaient 
cela avec empressement, et, quand je revenais, les « excel- 
lentes » pilules avaient presque toujours produit « les plus 
heureux résultats. > 



158 DEUXIÈME PARTIE. 



action tant soit peu nuisible à l'estomac, comme 
les feuilles de séné, le houblon etc....; enfin les 
plantes vénéneuses . ^ 

Que. Dieu est bon ! C'est le cri naturel qui part de 
mon cœur. Non-seulement Dieu fait croître tout ce 
que nécessitent la conservation de la vie et l'entre- 
tien journalier du corps humain; mais encore, dans 
son infinie sagesse, qui dispose toutes choses avec 
nombre, poids et mesure, il fait germer en quantité 
innombrable ces petites plantes qui soulagent 
l'homme aux jours de la souffrance et qui guérissent 
le corps étendu sur le lit de douleur. 

Que Dieu est bon! Reconnaissons-le et allons à 
la recherche des plantes que le Créateur a douées 
d'un véritable parfum et qui, par leur odeur aroma- 
tique, nous font de gracieuses invitations. Et, quand 
nous les cueillons, rendons grâces à notre Père 
infiniment aimable, qui est dans le ciel ! 

Notre pharmacie domestique devra avoir quatre 
compartiments principaux et plusieurs comparti- 
ments secondaires. Voici ce qu'on mettra dans les 
compartiments principaux : dans le premier les tein- 

^ Un mot sur les douceurs et les friandises. Que j'entende 
parler d'hommes qui en usent puérilement, cela m'indigne. 
Si ce sont des enfants qui s'en délectent, je les plains, et je 
déplore l'imprévoyance et le manque de vigilance de leurs 
parents. Ce serait un crime impardonnable que d'offrir ces 
choses-là à des malades. Je suis opposé absolument et sans 
réserve à toutes les friandises, quelque nom et quelque répu- 
tation qu'elles aient, qu'elles sortent de n'importe quelle 
pharmacie, qu'elles soient recommandées pour les catarrhes, 
pour la toux, pour les maux d'estomac, ou pour tout ce qu'il 
est possible d'imaginer. On peut se gâter avec cela, d'une ma- 
nière radicale, l'estomac et autre chose encore ! 



NOTIONS GÉNÉRALES ET DIVISION. l59 

tures, dans le second (le plus spacieux) les différentes 
sortes de thés, dans le troisième les poudres et dans 
le quatrième les huiles. 

Les compartiments accessoires recevront, en bon 
ordre, ce qui ne tombe pas sous les quatre rubriques 
supérieures. L'un de ces compartiments sera occupé 
par les morceaux de linge (toujours bien frais et bien 
propres), qui doivent servir aux pansements et aux 
compresses; puis vient le coton, etc.. 

Les teintures et les huiles doivent être conservées 
dans des verres , les diverses sortes de thés et de 
poudres dans de solides cornets de papier ou mieux 
dans des boîtes. Si vous commandez des boîtes 
neuves, faites-leur donner à toutes une forme ob- 
longue, mais de dimensions différentes, afin qu'elles 
se tiennent là comme une troupe de soldats bien 
rangés et bien astiqués. Cela charme l'œil et donne 
à votre pharmacie un air de distinction, qui lui sied 
bien. Installez le tout dans un endroit frais, mais 
pas humide et pas trop écarté. 

Mettez sur chaque verre, flacon, boîte ou cornet 
le nom exact et bien lisible du contenu. Disposez 
ensuite par ordre alphabétique les divers remèdes 
dans leurs compartiments respectifs , de manière 
qu'au premier rang figure ce qui commence par A, 
comme l'Absinthe, l'Alun, et à la fin ce qui débute 
par les dernières lettres de l'alphabet, comme la 
Valériane, la Violette, etc.. 

Un grand ordre régnera avant tout dans la phar- 
macie. Tout étranger, qui n'y a jamais été, devra 
pouvoir trouver du premier coup d'œil tel flacon, 
tel thé qu'il voudra. Tenez ensuite à une grande 
propreté. Qu'on ne découvre sur aucune boîte, je ne 
dis pas une couche poudreuse, mais pas un atome 



160 DEUXIÈME PARTIE. 



de poussière ; les flacons, même les flacons d'huile, 
ne doivent pas être tachés de ces appendices gras 
et huileux, qui ressemblent à des tresses de cheveux 
négligemment peignés. Rien ne déshonore une mai- 
son comme la malpropreté. Remarquez-le bien : 
deux choses entre toutes autorisent à porter un 
jugement sur une maison entière, sans que l'on 
risque de se tromper grandement. Si ces deux 
choses sont en bon état, l'on peut en déduire que 
tout le reste est en règle. Si, au contraire, elles ne 
le sont pas, l'on en conclut que tous les hôtes de la 
maison sont des gens mal élevés. Ces deux choses, 
que vous êtes impatients de connaître, les voici : la 
pharmacie et les commodités. 

L'on assurera pour le mieux l'ordre de la phar- 
macie en en confiant le soin et la responsabilité 
à la mère de famille, ou à un fils inteUigent, ou en- 
core à celle des filles qui est la plus amie de l'ordre 
et de la propreté. Celle-ci se fera de la propreté 
minutieuse une question d'honneur ; elle ne ména- 
gera pas le torchon et le houssoir. S'acquitte-t-elle 
bien de sa tâche, ce qui est une source de bénédic- 
tions pour la maison et ses hôtes, elle pourra s'ap- 
pliquer joyeusement les paroles du divin Maître : 
« Ce que vous ferez au moindre de mes frères, c'est 
à moi-même que vous l'aurez fait ! » 

J'ai indiqué, dans un appendice, à la fin de cette 
partie de mon traité, ce qu'une petite pharmacie 
domestique doit à peu près contenir. Je déconseille 
tout ce qui est superflu, mais l'on peut occasionnel- 
lement ajouter l'un ou l'autre remède. 

Je n'ai plus qu'un mot à dire sur la préparation 
des teintures, des thés et des poudres. 



NOTIONS GÉNÉRALES ET DIVISION. 161 

1. Teintures ou extraits. — La substance ou 
le suc médicinal d'une plante peut en être extrait 
ou séparé de différentes manières ; mais la meilleure 
concentration de ce suc se trouve dans ce que nous 
appelons teintures ou extrmts. Ce sont des produits 
obtenus de la manière suivante : 

Parmi les herbes et les baies, dont on veut obtenir 
l'essence, on choisit les meilleures, les plus mûres 
et les moins défectueuses. On les fait sécher sur une 
planche à l'air libre, toujours (qu'on le retienne 
bien) à l'ombre, jamais au soleil. Pendant la dessi- 
cation l'on trouvera encore mainte partie à rejeter 
comme impropre. Quand les herbes ou les baies sont 
bien desséchées, on les réduit en parcelles, on les 
découpe, on les pile, pour les mettre ensuite dans 
une bouteille ; puis on empHt la bouteille d'eau-de- 
vie de grains (que je préfère à toutes les autres) ou, 
à son défaut, d'esprit-de-vin ou même d'eau-de-vie 
de fruits ; alors on ferme hermétiquement la bou- 
teille et on la place, pour un certain temps, en un 
lieu tempéré.^ Il m'est arrivé de laisser reposer 
ces sortes de bouteilles, bien bouchées, pendant 
toute une année et au delà, et de ne décanter qu'au 
bout de ce temps la liqueur saturée du suc des 
plantes pour avoir l'extrait. Mais en cas de nécessité 
l'on peut déjà après quelques jours de macération 
user de la préparation. 

Les teintures se prennent par gouttes. Dans cer- 
tains cas, toujours bien déterminés, on a recours à 

^ On peut aussi faire macérer dans le vin les herbes et les 
baies, qui doivent servir à des extraits. Je rappelle ce détail 
en temps et lieu. Ce vin ne servira toutefois qu'à l'usage im- 
médiat, car on ne peut le conserver longtemps. 

11 



162 DEUXIÈME PARTIE. 



la cuillère à café (que j'appellerai d'ordinaire petite 
cuillère, et son contenu petite cuillerée) ou à la 
cuillère à bouche (désignée souvent par grande cuil- 
lère ou cuillère tout court). C'est cette dernière 
mesure qu'on a en vue toutes les fois qu'il est ques- 
tion, sans qualificatif, de cuillère ou de cuillerée. 

2. Thés. — Quand, par un temps sec, vous rentrez 
des champs ou que vous sortez pour aller voir les blés, 
faites un petit détour et cueillez çà et là une plante 
médicinale. Donnez la préférence aux herbes qui 
poussent dans les terrains secs et sur le penchant des 
collines bien ensoleillées. Les plantes cueillies en 
pleine floraison rendent les meilleurs et les plus 
signalés services. Beaucoup de ces herbes et herbettes 
croissent dans nos vergers et nos potagers, autour de 
nos habitations et de nos dépendances. Pour ne pas 
perdre trop de temps à la cueillette des simples, 
montrez à votre gamin de dix ans ou à votre fillette 
comment il faut faire. C'est en même temps un plai- 
sir que vous leur procurez. Vous renouvellerez cette 
herborisation tous les ans, tandis que vous distri- 
buerez l'ancienne récolte. 

Toute mère de famille sait préparer un thé, une 
tisane quelconque. Elle prend pour une tasse une 
pincée d'herbes sèches, autant qu'elle peut en saisir 
avec 3 doigts ; elle met ces feuilles ou ces fleurs dans 
son poêlon et y répand de l'eau bouillante (infusion); 
puis elle laisse bouillir pendant quelques minutes (dé- 
coction); enfin elle décante, et voilà son thé tout fait. 

Le thé (ou la tisane), préparé de la sorte, a le goût 
le plus fin et possède parfaitement l'arôme particu- 
lier de la plante employée. Cela n'est cependant pas 
le thé le plus fort. Voici ma manière : je fais cuire 
et bouillir fortement les plantes pendant un temps 



NOTIONS GÉNÉRALES ET DIVISION. 163 

assez considérable, afin que tout élément médicinal 
passe bien dans l'eau J 

La manière de prendre les tisanes est marquée 
pour chaque maladie en iDarticulier. Quelquefois 
c'est une tasse, d'autre fois une cuillerée (grande ou 
petite) suivant le cas. 

3. Poudres. — La poudre est le produit qu'on 
obtient en broyant ou en pilant dans un mortier les 
racines, les feuilles, les graines ou les baies, à l'état 
sec, des plantes curatives. 

Certains malades, qui ont de la répugnance pour 
la tisane, absorbent plus facilement le remède sous 
forme de poudre : on leur sème sur la nourriture la 
poudre prescrite , comme on fait du poivre et de la 
cannelle, ou bien on leur en mêle dans la boisson, de 
manière qu'ils ne s'en aperçoivent même pas. 

L'on fermera, à cause de la poussière, bien her- 
métiquement les vases contenant les poudres. 

4. Huiles. — Nous indiquerons pour chaque cas 
de maladie la manière de préparer les huiles à em- 
ployer, en tant qu'on ne peut les acheteî* à la phar- 
macie. 

C'est à la manière de conserver les flacons d'huile 
qu'on reconnaîtra l'esprit d'ordre et de propreté 
d'une maison. 

1 Cela fait qu'en règle générale les expressions thé, tisane, 
w fusion, décoction, ont la même signification dans ce livre. 






LES REMEDES. 



)es remèdes que j'emploie, dans le traitement 
de mes malades, sont les suivants, rangés par 
ordre alphabétique. 

I. Absinthe. 

(Artemisia àbsinthium L.) 

L'absinthe est un des remèdes stomachiques les 
plus connus, et se prend sous forme de tisane, de 
teinture ou de poudre. 

Prise sous forme de tisane, elle élimine les gaz 
de l'estomac, améliore les sucs gastriques et pro- 
voque ainsi l'appétit avec la digestion. Elle est 
aussi un excellent remède contre l'odeur fétide de 
la bouche, en tant que cette odeur provient de 
l'estomac. 

Dans les maladies du foie (mélancolie) on prendra, 
au lieu du tabac, une ou deux fois par jour, une 
prise d'absinthe en poudre, pour la mettre dans la 
première cuillerée de soupe, ou pour la répandre sur 
les aliments, comme du poivre. La diminution de 
la jaunisse indiquera l'amélioration du foie, et le 
malade, dont la respiration était comme coupée par 



LES REMÈDES. 165 



les gaz putrides emprisonnés dans l'estomac ou par 
des sucs plus putrides encore, respirera de nouveau 
plus librement. 

L'absinthe, utilisée sous forme de teinture, peut 
se conserver très longtemps. De même qu'un seul 
petit grain d'encens, brûlé sur la braise, remplit de 
son parfum tout un appartement, ainsi une feuille 
d'absinthe suffit pour communiquer l'amertume à 
tout le contenu d'une bouteille d'esprit-de-vin, ce 
qui indique avec quel force la teinture d'absinthe 
doit agir. 

Les voyageurs, qui souffrent beaucoup d'embarras 
gastriques, ne doivent pas oublier leur flacon de 
teinture d'absinthe, un fidèle compagnon. 

Le thé d'absinthe, employé comme eau ophtal- 
mique, a déjà rendu de bons, d'excellents services 
dans les maladies oculaires. 

2. Aloès. 

(Aîoë vuïgaris.) 

A. Aloès en poudre. — La poudre d'aloès, qu'on 
achète à la pharmacie, est un très bon remède in- 
terne et externe. Une ou deux pincées de poudre 
d'aloès, ^ bouillies avec une petite cuillerée de miel, 
fournissent une mixtion qui nettoie radicalement l'es- 
tomac, sans le moindre inconvénient. Le même effet 
est produit, mais d'une façon plus intense, par une 
tisane d'aloès mêlé à d'autres plantes. La composi- 
tion se fait habituellement de la manière suivante : 
1 pincée d'aloès, des fleurs de sureau pour 2 tasses 
de thé, quelques pincées de fenugrec et une petite 

^ J'appelle pincée la quantité de poudre qui tient sur une 
■pointe de couteau. 



166 DEUXIÈME PARTIE. 



cuillerée de fenouil. De ce mélange on fait 2 tasses 
de tisane, qui doivent être prises dans l'espace de 
2 Jours. L'effet, qui n'a rien de violent, ne se fait 
sentir qu'au bout de 12-30 heures et consiste dans 
des selles abondantes. 

Nous parlerons ailleurs du mélange d'aloès avec 
le mille-pertuis et la mille-feuille. 

L'aloès a, dans l'usage externe, une vertu dépura- 
tive tout aussi grande que dans l'usage interne. 
Avez-vous les yeux malades, troubles, sanguino- 
lents, chassieux, dont découlent du pus et d'autres 
superfluités, l'aloès vous fournira une excellente 
eau ophtalmique. Mettez, pour cela, une forte pin- 
cée d'aloès dans un flacon à médecine, mettez-y de 
l'eau chaude, secouez le tout, et voilà votre remède 
tout prêt. Lavez alors 3 ou 4 fois par jour avec cette 
eau l'intérieur et l'extérieur de vos yeux, et ne vous 
laissez pas arrêter par les démangeaisons ou par 
une petite douleur brûlante, qui peuvent surgir au 
début. 

Cette même eau est également un admirable dé- 
tersif pour les anciens ulcères, les chairs putrides, 
les cicatrices profondes avec forte suppuration. 
Plongez, à cette fin, un morceau de linge dans 
Teau d'aloès et appliquez-le sur la partie malade. 

Si un ulcère, ou plutôt le fluide acre qui en dé- 
coule, empêche à un endroit du corps la peau de se 
reformer, répandez dessus de la poudre d'aloès, en 
quantité assez grande pour que toute la partie souf- 
frante en soit recouverte. Pansez, avec des linges 
secs, une fois par jour. La poudre, en absorbant 
les substances morbides, formera une croûte, sous 
laquelle la nouvelle peau ne tardera pas à se 
montrer. 



LES REMÈDES. 1G7 



L'aloès guérit rapidement les plaies, fraîches et 
anciennes. Ce remède, propre et détersif, ne porte 
jamais préjudice, qu'on le mette dans les yeux ou 
dans les plaies. 

B. La plante cValoès. — Les amis des fleurs met- 
tent volontiers à leurs fenêtres des plantes munies 
de fleurs belles et extraordinaires. Dans l'une ou 
l'autre maison l'on trouve néanmoins une plante à 
feuilles épaisses, passablement longues et garnies 
de piquants ; elle porte rarement des fleurs ; mais si 
la vertu de ses feuilles était connue, chacun voudrait 
avoir cette plante dans son jardin ou devant sa 
fenêtre. 

Quelles sont ces vertus? Une feuille, infusée dans 
l'eau et bue dans une tasse en forme de tisane, 
purifie l'estomac et les intestins. Quand cette plante 
est réduite en poudre et que vous en prenez deux 
fois par jour une pincée, elle a une action efficace 
sur le foie malade et la jaunisse. 

Si, avec une petite cuillerée de miel, vous faites 
bouillir une feuille d'aloès dans une chopine d'eau 
et que vous preniez cette potion par petites quan- 
tités, elle vous débarrassera de la chaleur interne, 
surtout quand des échauboulures se sont formées 
au palais ou quand, par suite de la chaleur interne, 
une quinte s'est déclarée. Une décoction d'un mor- 
ceau de feuille d'aloès avec un tout petit peu de 
miel guérit réchauffement dans les yeux, auxquels 
il faut, dans ce but, administrer une bonne lotion. 
La feuille d'aloès est aussi un excellent remède 
contre les blessures, les abcès et les ulcères du 
corps. Une tisane d'aloès et d'absinthe évacue les 
mauvais éléments aqueux, dont pourrait facilement 
résulter i'hydropisie, et remet très bien l'estomac. 



168 DEUXIÈME PARTIE. 



Le peu que je viens de dire sur l'aloès suffit pour 
engager tous les amis des fleurs à cultiver un pied 
d'aloès. 

3. Althée. 

[Altliœa officinaïis L.) 

La tisane d'althée est en grand usage contre les 
refroidissements. Pour moi, je n'y tiens pas beau- 
coup, parce qu'elle a rarement répondu à mon attente. 
Dès la décoction vous obtenez une masse coriace 
qui, après un temps relativement court, devient 
gluante, ce qui doit souvent enlever l'appétit. Je ne 
recommande jamais ce genre de médicaments. Sans 
vouloir dire trop, j'avoue que la feuille et la racine 
d'althée me sont suspectes. Pour cette raison je 
choisis toujours des plantes qui rendent les mêmes 
services, mais d'une manière plus sûre. 

4. Alun. 

L'alun est un astringent des plus francs. Voilà 
pourquoi on l'emploie surtout contre les ulcères 
putrides et malins. Je l'ai même vu arrêter le déve- 
loppement d'un cancer peu avancé. 

Il faut toujours traiter à l'alun les ongles incarnés, 
c'est-à-dire rentrés dans la chair et causant des 
tumeurs ou même des plaies. 

Le traitement à l'alun est le suivant : ou bien on 
pulvérise l'alun, c'est-à-dire on le réduit en une 
poussière fine, que l'on répand directement sur la 
plaie ; ou bien on le dissout dans l'eau et on emploie 
la solution sous forme de lotions ou de petites com- 
presses. 

Quand les plaies sont bien nettoyées et débarras- 



LES REMÈDES. 169 



sées du pus et des chairs mortes, l'alun a une action 
astringente, desséchant et guérissant rapidement. 

Quand il survient un gonflement des gencives 
avec saignement, ayant l'apparence d'une altéra- 
tion scorbutique, ou que les gencives altérées pren- 
nent une couleur livide, une solution étendue d'alun 
est un traitement excellent. 

Ce même remède sert, depuis longtemps, au rin- 
cement des dents et de la bouche, ainsi qu'à la gar- 
garisation. 

5. Angélique. 

{Angélica sïlvestris L.) 

L'on rencontre dans les forêts et les prés humides 
des plantes qui poussent à cinquante centimètres, 
même à un mètre d'élévation. Les tiges en sont 
creuses, et les petits garçons en font volontiers des 
flûtes. C'est l'angélique, dont peu de personnes con- 
naissent la vertu médicinale. 

Une tisane préparée avec les racines, les graines 
et les feuilles de cette plante, est un excellent re- 
mède contre les aliments malsains et plus ou moins 
empoisonnés, qu'on aurait absorbés. Cette plante les 
éloigne. 

Les éléments nutritifs, qui contribuent à la for- 
mation du sang, ne sont pas tous bons et sains ; eh 
bien! le thé d'angélique purge le sang des éléments 
mauvais. Que de fois il arrive que l'estomac soit 
pris d'un froid incommode ! Une tasse de thé fait de 
racines d'angélique vous réchauffera de nouveau. 
Il est bon de prendre cette tasse de thé en trois 
portions : l'une le matin, la seconde à midi et la 
troisième le soir. 

Quaïid l'estomac et les intestins renferment des 
éléments malsains, ou que des gaz dissimulés vous 



170 DEUXIÈME PARTIE. 

occasionnent la colique, c'est encore la tisane d'an- 
gélique qui vous débarrassera du mal, surtout si 
vous la préparez avec un mélange d'eau et de vin. 

Ce même thé est aussi le meilleur remède contre 
les forts engorgements des poumons, de la poitrine, 
des bronches, et contre l'acrimonie (l'ardeur) de 
l'estomac. 

C'est à bon droit que je puis recommander l'an- 
gélique comme un excellent remède domestique, et 
les gens de la campagne feraient bien d'en recueil- 
lir chaque année sur. leurs prés et dans leurs forêts, 
de sécher à l'air et de conserver dans un endroit 
sec une quantité considérable. Ces racines, graines 
et feuilles, bien séchées, peuvent aussi être conver- 
ties en poudre, et alors, en prenant chaque jour deux 
ou trois fois une pincée de cette poudre, on aura 
l'équivalent de la tisane. 

6. Anis. 

{Pimpinélla anisum L.) 

L'anis est à recommander comme le fenouil. Son 
action sur les flatuosités dépasse de beaucoup celle 
du fenouil. Le plus souvent on mélange les deux 
remèdes. 

L'huile d'anis et de fenouil, on fait très bien de 
l'acheter à la pharmacie. Il suffit, pour remédier au 
mal dont nous parlions, de prendre 1-2 fois par jour 
4 à 7 gouttes de ce mélange sur un morceau de 
sucre. 

7. Ansérine. 

(Potentilla anserina L) 

L'ansérine croît le plus volontiers, comme son 
nom l'indique , dans les endroits fréquentés par les 



LES REMÈDES. 171 



oies. On la trouve à proximité des maisons, fré- 
quemment sur le bord des rivières , et plus souvent 
encore dans les champs. Beaucoup de personnes 
l'appellent, eu égard à son genre d'efficacité, « plante 
spasmodiquo)). Le thé d'ansérine est un remède 
excellent contre les accès de crampe de l'estomac et 
du bas-ventre. Dans le tétanos même, contre lequel 
il est si difficile de réagir, cette petite herbe rend 
de très bons services. Au commencement des accès, 
ou plutôt dès les premiers symptômes des crampes, 
l'on donne au malade trois fois par jour du lait bien 
chaud, aussi chaud qu'il peut le supporter, après y 
avoir infusé, comme pour le thé, autant d'ansérine 
qu'on peut en saisir avec trois doigts. 

On obtient un résultat double si, en prenant ce 
thé, l'on applique en même temps sur les parties 
atteintes de spasmes des topiques (en forme de cata - 
plasmes) de cette herbe macérée ou échaudée dans 
l'eau. 

Jamais mère de famille ne devrait négliger de 
récolter et de sécher une provision suffisante de cette 
herbe. Elle sait d'expérience combien les crampes 
sont douloureuses, et combien l'on souffre à voir 
souffrir les siens, sans pouvoir les soulager. 

8. Arnica. 

(Arnica montcma L.) 

L'arnica ou doronic à feuilles opposées possède 
dans le monde entier la réputation d'une excellente 
plante médicinale. Pourquoi beaucoup de personnes 
qui pourraient et devraient savoir cela, le contestent- 
elles? C'est ce que je ne puis comprendre. 

La teinture d'arnica est si universellement connue 
et usitée, sous forme de lotions et de compresses. 



172 . DEUXIÈME PARTIE. 



pour la guérison des blessures, qu'il me semble 
inutile d'insister là-dessus. 

On achète cette teinture à bon marché dans les 
pharmacies ; chacun peut aussi se la préparer soi- 
même. On récolte les fleurs d'arnica vers la fin de 
Juin ou au commencement de juillet, et on les fait 
macérer dans l'eau-de-vie ou dans l'esprit-de-vin. 
Au bout de trois jours environ la teinture est prête 
et peut servir. La teinture d'arnica ne devrait faire 
défaut dans aucune famille. 

La plante pousse le mieux dans les montagnes, 
mais on la rencontre aussi dans la plaine, sur la lisière 
des bois et dans les forêts où l'on vient de faire des 
coupes. Son odeur est passablement forte. Les fleurs 
ont la plus grande efficacité, tandis que les racines 
sont plus faibles, les feuilles et les tiges plus faibles 
encore. 

9. Avoine. 
{Avena sativa L.) 

En soumettant les grains d'avoine à une forte 
cuisson on en retire la vertu médicinale qui y réside. 
(On traite et on emploie l'orge de la même façon.) 
La décoction, que l'on obtient ainsi, est nourrissante, 
facile à digérer, rafraîchissante dans les échaufîe- 
ments internes, et forme un délicieux aliment, un 
excellent réconfort pour les convalescents épuisés 
par une grave maladie, comme la variole, le typhus, 
etc. ... Je regrette souvent que l'on serve aux pauvres 
malades, dont il faudrait pourtant purifier et renou- 
veler le sang, toutes sortes de boissons, mais jamais 
la décoction d'avoine. 

La préparation est simple. On lave 6-8 fois un 
litre d'avoine dans l'eau fraîche, on la cuit ensuite 



LES REMEDES. 173 



dans 2 litres d'eau et on laisse ébouillir jusqu'à la 
moitié. On décante alors l'eau, on y mélange 2 cuil- 
lerées de miel et on fait encore cuire pendant 
quelques minutes. 

10. Bouillon -blanc. 

{Verlasmm Schraderi Meyer.) 

Les gens de la campagne rassemblent activement 
les fleurs du bouillon-blanc, qui doit à ses grandes 
feuilles blanchâtres, douces et molles, le nom de 
Molène. Ils savent que le bouillon-blanc fournit, en 
hiver, un excellent gargarisme et un thé plus excel- 
lent encore pour les maladies de gorge, les catarrhes, 
les engorgements de la poitrine et la respiration gênée. 

Je recommande donc bien chaudement ce thé. En 
règle générale je mêle aux fleurs de bouillon-blanc 
une quantité égale de fleurs de mauve noire ; ce qui 
donne une infusion théiforme, dont l'action est plus 
durable et plus efficace sur la résolution des glaires 
(flegme). 

If. Camomille. 

{Matricaria chamomilïa L.) 

. Le thé de camomille s'emploie contre les refroi- 
dissements, notamment quand ils sont accompagnés 
de fièvre, contre les coliques , contre les crampes, 
contre les fortes congestions, etc.... Les sachets 
de camomille réchauffent très, bien le corps et 
servent dans beaucoup de cas. L'usage en est si 
connu et si répandu, qu'il me paraît superflu d'ajouter 
un mot de plus. 

12. Camphre. 

L'application du camphre est généralement connue 
et pratiquée. Le camphre est un bon émollient, 



174 DEUXIÈME PARTIE. 



doué de propriétés adoucissantes, relâchantes, cal- 
mantes. On s'en sert sous forme d'esprit et sous 
forme d'huile. 

L'esprit de camphre s'obtient en dissolvant un 
morceau de camphre, gros comme une noisette, dans 
un quart de litre d'alcool. Il sert, rien que pour 
l'usage externe, aux frictions dans les contusions, 
les rhumatismes, les spasmes. Beaucoup de per- 
sonnes s'en servent aussi pour fortifier l'un ou 
l'autre membre du corps, et c'est avec raison. 

On obtient l'huile de camphre en faisant fondre 
un morceau de camphre dans l'huile d'olives ou 
dans l'huile d'amandes. L'huile, ainsi camphrée, 
est un remède éprouvé dans les cas de rhumatisme 
et de souffrances dorsales, et elle calme les grandes 
douleurs causées par la goutte et d'autres tumé- 
factions et cartilaginifications. 

13. Centaurée. 

(Entlirœa centaurium L.) 

Quels noms remarquables nos ancêtres ne don- 
naient-ils pas parfois à certaines plantes ? C'est qu'ils 
en connaissaient la valeur. La centaurée commune 
(qu'il ne faut pas confondre avec la petite centaurée, 
gentiana, centaurium) devait être en grande estime 
chez eux. La saveur amère vous indique quel usage 
on peut en faire. 

L'infusion de centaurée chasse les gaz de l'esto- 
mac, bannit les acides inutiles et malsains, bonifie 
les sucs gastriques, agit favorablement sur les reins 
et le foie. C'est le meilleur remède contre la brûlure 
ou l'acrimonie dans l'estomac (soda, py rosis). 

Avez-vous des troubles dans le sang, surtout un 
manque de sang (anémie), des chaleurs dans le sang, 



LES REMÈDES. l75 



etc.? Eh bien! ayez recours à la centaurée. Cette 
plante porte un nom qui désigne une valeur d'or, 
mais c'est pour rien qu'elle secourt un tout chacun. 

14. Chicorée. 

(Cichorium intydus L.) 

La chicorée sauvage croît un peu partout; elle 
attend, le long du chemin, que quelqu'un lui fasse 
l'honneur de la cueillir. On l'appelle quelquefois 
tournesol, parce que ses feuilles font toujours face 
au soleil. Cette pauvre chicorée, avec sa tige flétrie 
et ses longues feuilles à lobes anguleux, a l'air d'un 
«pierrot ébouriffé» au milieu des autres plantes. 
Seules ses fleurs bleues, un peu plus claires que le 
bluet, lui donnent du crédit et de la considération. 

Les apparences trompent souvent; c'est le cas 
pour la chicorée, qui, en réalité, vaut de l'or. Elle 
n'a pas d'odeur, mais possède une saveur amère, 
plus prononcée dans la racine que dans les feuilles, 

Une décoction de chicorée est un résolutif pour 
les engorgements de l'estomac, et elle enlève la bile 
superflue. Elle épure le foie, la rate et les reins, en 
évacuant par l'urine les éléments morbides. Elle est 
utile dans l'atonie des fonctions digestives, quand 
l'estomac a été gâté par quelque nourriture, etc.... 
Le thé se prend, pendant 3-4 jours de suite, à la dose 
de 2 tasses par jour, l'une avant le déjeuner, l'autre 
le soir. 

Dans les oppressions de l'estomac et dans les in- 
flammations douloureuses à un endroit quelconque 
du corps, on applique sur l'estomac et sur les parties 
endolories une quantité de chicorée échaudée et en- 
veloppée dans un linge, et l'on renouvelle ce topique 
2-3 fois par jour. 



176 DEUXIÈME PARTIE. 



Souvent on fait macérer la chicorée dans l'esprit- 
de-vin, qui alors arrête ramaigrissement et le dépé- 
rissement, si on en frotte bien, environ 2 fois par 
jour, les membres atrophiés. 

Les racines de la chicorée ont absolument les ; 
mêmes vertus médicales que le reste de la plante. ' 
On les récolte le plus commodément en temps de 
pluie. 

15. Choucroute. 

Ce mets bien connu est digne de prendre place à 
côté des remèdes sanitaires. 

Des cataplasmes de choucroute fraîche, récemment 
prise de la tinette-, rendent des services marqués 
pour les blessures, les brûlures, les grands échaufïe- 
ments, etc.... Elle est aussi un détersif, topique 
propre à nettoyer d'anciens ulcères. 

Voir à ce sujet ce que nous avons dit pour chaque 
mal en particulier. 

Ce remède doit être d'autant plus apprécié par les 
gens de la campagne, qu'on peut l'avoir facilement 
et rapidement sous la main. 

16. Ecorce de chêne. 

Voilà qu'il vous recommande même Fécorce de 
chêne comme médecine 1 Mais oui, et il importe peu 
qu'elle soit fraîchement détachée de l'arbre ou qu'elle 
soit sèche. 

L'écorce du jeune chêne, macérée dans l'eau 
bouillante pendant une demi-heure, donne une dé- 
coction thérapeutique. Trempez-y une serviette et 
enroulez-la autour du cou, quand celui-ci est gonflé. 
Ce même moyen guérit également, d'une manière 
efficace et inoffensive, les glandes enflées, même les 



{ 



LES REMÈDES. 177 



goitres, quand ils ne sont pas encore trop gros ni 
trop durs. 

Celui qui souffre d'une chute ou prolapsus du 
rectum, doit prendre fréquemment des bains de 
siège faits avec une décoction d'écorce de chêne ; il 
ajoutera, de temps à autre, de petits lavements de 
cette même décoction un peu étendue. 

Les fistules anales ou abcès stercoraux, maladie 
si gênante et souvent dangereuse, se guérissent de 
la même manière, ainsi que les tumeurs dures, qui 
ne sont pas à l'état d'inflammation. 

L'infusion de l'écorce de chêne a, comme la résine, 
une action fortifiante sur le système vasculaire. 

17. Eufraise. 

(Euphrasia offidnalis L.) 

En récompense des bons services rendus, nos pères 
donnèrent à cette petite herbe la jolie dénomination 
d'eufraise, appelée aussi casse-lunettes : elle est 
une plante médicinale qui fortifie la vue. Quand 
tous les moyens sont épuisés, elle procure souvent 
aux yeux un dernier soulagement. J.e l'ai prescrite 
maintes fois avec succès. 

En août, quand le regain est à moitié mûr, l'on 
trouve cette herbe dans presque toutes les prairies, 
parfois en si grande abondance qu'elle nuit au regain 
et qu'elle se fait exécrer des paysans. 

Les feuilles desséchées de l'eufraise fournissent 
du thé, et les feuilles broyées donnent de la poudre. 
Avec l'infusion on se lave convenablement les yeux 
2 ou 3 fois par jour, ou bien l'on y trempe de petits 
morceaux de linge, pour les appliquer, la nuit, sur 
les yeux, en les fixant dessus avec un bandeau. 
Ce remède épure les yeux et augmente la force 

1-2 



178 DEUXIÈME PARTIE. 



visuelle. J'ai l'habitude de prescrire en même temps 
l'eufraise en poudre pour l'usage interne : une pincée 
par jour dans une cuillerée de soupe ou d'eau. 

En dehors de cela, l'eufraise rend aussi des ser- 
vices à l'estomac : à cause de son amertume natu- 
relle, et prise sous forme de thé, elle est un bon 
remède stomachique, facilitant la digestion et boni- 
fiant les sucs gastriques. Faites un essai, ami lecteur, 
et vous en ressentirez l'action bienfaisante. 

18. Fenouil. 

(Fœniculum officinale.) 

Les graines de fenouil ne doivent faire défaut dans 
aucune pharmacie de famille, parce que le mal 
qu'elles soulagent survient très fréquemment; je 
veux parler des coliques venteuses et des spasmes. 
Sans retard la mère de famille fait cuire, pendant 
5-10 minutes, une cuillerée de fenouil dans une tasse 
de lait et donne au malade la potion aussi chaude 
que possible (pas trop chaude cependant, pour ne 
pas occasionner une brûlure intérieure). La réaction 
est habituellement rapide et excellente : la chaleur 
s'étend vite par tout le corps, calmant les spasmes 
et faisant passer les coliques. A l'extérieur, comme 
je l'indique dans un autre endroit, on applique sur 
le bas-ventre des compresses d'eau chaude et de 
vinaigre, mélangés à parties égales. 

La poudre de fenouil, semée sur les aliments, 
chasse les flatulences, les gaz de l'estomac et des 
régions inférieures. 

On obtient la poudre de fenouil . en torréfiant les 
graines et en les moulant ensuite comme le café. 
Quant à l'huile de fenouil, on l'achète à la phar- 
macie. 



LES REMÈDES. 179 



Ceux qui ont eu mal aux yeux savent que le 
fenouil donne une bonne eau ophtalmique. On fait 
une décoction d'une demi-cuillerée de fenouil en 
poudre et on s'en lave journellement 3 fois les yeux. 

Les vapeurs de fenouil, dirigées sur les yeux, ont 
une action plus dépurative et plus fortifiante encore. 
Comme j'emploie pour chaque bain de vapeur admi- 
nistré à la tête, dans le but de dégager l'intérieur, 
une cuillerée ou au moins une demi-cuillerée de 
fenouil en poudre, chaque bain de vapeur de la tête 
est en même temps un bain de vapeur pour les yeux. 

On obtient les mêmes résultats avec l'anis eti le 
cumin. Il n'est pas rare que l'on mélange, moule et 
utilise ensemble les graines de deux de ces plantes, 
ou même des trois. 

19. Fouille-régulateur. 

Il y a quarante ou cinquante ans, la coutume exis- 
tait de se faire faire une saignée à des époques bien 
déterminées, et de prendre à tel ou tel quartier de 
lune, scrupuleusement marqué dans l'almanach, la 
purge régulière (annuelle ou semestrielle). Comme 
les temps sont changeants, ainsi que les hommes et 
les idées ! 

Aujourd'hui encore bien des personnes n'ont pas 
abandonné la conviction que, de temps à autre, 
Testomac a besoin d'un curage à fond. 

On serait tenté de rire, si parfois on n'avait pas 
toutes les raisons de pleurer. En vérité, si vous avez le 
sens commun, droit et simple, et que vous songiez 
à la manière de vivre de certains hommes, je dirais 
presque de certaines classes d'hommes, relative- 
ment à leur nourriture et à leur boisson, vous ne 
trouverez pas déplacé que je soulève cette question. 



180 DEUXIÈME PARTIE. 



Si l'estomac, surmené par un travail excessif et 
coupable, pouvait crier, il crierait au secours contre 
ces malfaiteurs insensés et criminels. Mais, dans 
l'état où il se trouve, il est forcé d'absorber tout, de 
se gâter, de se ruiner misérablement. 

Je suis donc tout d'abord pour une manière de 
vivre raisonnable, pour un traitement humain du 
pauvre ouvrier, qui pose le fondement indispensable 
de tout travail ultérieur. Ce n'est qu'à cette condition 
que l'estomac, cet ouvrier fidèle et laborieux, se 
portera bien. 

Si par imprudence — cela peut arriver — il arrive 
un accident, je m'oppose absolument à tout purgatif 
drastique, je réprouve tout remède violent, quelque 
nom qu'il porte. 

Purger n'est pas autre chose, à coup sûr, que 
chercher à déterminer des évacuations alvines plus 
abondantes, sans endommager la santé et les forces 
du corps. C'est tout. Mais cet effet ne peut-il être 
obtenu d'une autre manière, d'une manière si simple 
et si inoffensive, que les remèdes des plantes, au 
lieu d'attaquer l'estomac, le soutiennent comme de 
bons amis, lui prêtant leur appui et mettant à sa 
disposition toutes leurs ressources, afin de lui faire 
essayer ses propres forces dans l'élaboration des 
sucs gastriques? 

Longtemps j'ai cherché parmi les plantes celles 
qui, tout en agissant très bien isolément, ne portent 
néanmoins un secours véritable à l'estomac que 
par l'union de leurs forces, viribus unitis, c'est- 
à-dire les plantes qui, en affaiblissant l'estomac par 
la résolution et l'évacuation du contenu corrompu, 
le fortifient en même temps de telle sorte qu'il ne 
suspende pas un seul moment son travail, qu'il ne 



LES REMÈDES. 181 



fasse même entendre aucun murmure de méconten- 
tement. 

Je crois avoir trouvé ces plantes, ainsi que la ma- 
nière de les mélanger. Ce sont deux recettes diffé- 
rentes, dont je ne fais jDas mystère. Je désire, au 
contraire, que beaucoup de personnes en fassent 
usage pour leur utilité propre et pour le soulage- 
ment des autres. 

Je ne savais quel nom donner à ce médicament, 
quand un monsieur, dont il avait remonté et réglé 
l'horloge stomacale, le baptisa de fouille-régulsiteur. 
Je n'ai pas à redire à cette dénomination, mais le 
fait est qu'il a secouru vaillamment des centaines 
de patients, et j'ai dû le faire voyager, souvent et 
par quantités notables, jusqu'en Suisse, jusqu'en 
Hongrie. 

Voici les deux recettes du fouille-régulateur : 

I. On prend 2 cuillerées à bouche de fenouil 
moulu, 2 cuillerées à bouche de genièvre pilé, 1 
cuillerée à bouche de fenugrec et 1 cuillerée à 
bouche d'aloès en poudre. — On mélange bien le 
tout et on le conserve dans une boîte en lieu sec. 
Le remède n'a d'efficacité qu'au bout de 12-30 heures . 
On en prend ordinairement, sous forme de thé, une 
petite tasse dans la soirée, avant de se mettre au 
lit. Pour cette tasse il suffit d'une petite cuillerée du 
mélange : on fait bouillir pendant un quart d'heure, 
i puis on décante et l'on boit la décoction chaude ou 
froide, avec ou sans sucre. 

Les natures fortes et robustes peuvent prendre, 
2 jours de suite, 1 tasse de fouille-régulateur ; mais 
les personnes plus faibles feront bien de répartir 
leur unique tasse sur 2 ou 3 journées, de manière à 
n'en boire chaque soir que 4-6 cuillerées, comme on 



182 DEUXIÈME PARTIE. 

fait pour la médecine. Sans éprouver aucune incom- 
modité, on entendra le fouille-régulateur chercher, 
examiner, rassembler, fouiller. 

Parmi ceux qui feront usage de ce thé plusieurs 
n'en auront absolument aucun résultat, bien qu'ils 
le sentent travailler ardemment. La police fait des 
perquisitions, mais ne trouve pas toujours des vo- 
leurs ; de même le fouille-régulateur cherche, mais 
là où il n'y a rien à trouver et à chasser, il laisse 
tout à sa place et n'engendre pas ces grandes et re- 
grettables faiblesses, qui suivent toujours de près 
la purgation. 

Notre thé est non seulement un purgatif, mais 
aussi un diurétique. Il expulse même les grands 
engorgements de la poitrine. 

J'ai eu des cas où le fouille-régulateur, employé 
après une diarrhée longue et opiniâtre, a éloigné les 
derniers restes des substances malsaines et a fait 
succéder à la révolution intérieure une paix solide 
et durable. Une petite tasse, prise en 3 portions 
pendant la journée, suffit parfaitement. 

II. La deuxième recette de mon fouille-régulateur 
est la suivante : 

Je mélange ensemble 2 cuillerées à bouche de 
fenouil moulu, 3 cuillerées à bouche de genièvre 
pilé, 3 cuillerées à bouche de racines d'hièble en 
poudre, 1 cuillerée à bouche de fenugrec et 1 cuil- 
lerée de poudre d'aloès. 

Ce thé n'exclut pas l'action sur les selles ; mais 
son champ d'opération est (non pas dans l'estomac 
et le tube intestinal) de préférence dans les reins et 
la vessie : il chasse les éléments malades par la 
sécrétion urinaire. Si vous éprouvez des malaises 
dans l'abdomen (région de la vessie), une difficulté 



LES REMÈDES 183 



d'uriner, une inflammation dans la vessie et les reins, 
les symptômes de l'hydropisie, alors faites tranquil- 
lement usage de mon deuxième fouille-régulateur. 
Le mode d'emploi se règle sur ce qui a été dit du 
premier fouille-régulateur. 

20. Fraise. 

(Fragaria vesca L.) 

Quel plaisir pour les enfants de pouvoir présenter 
le premier petit bouquet de fraises à leurs parents 
ou à leurs maîtres ! Quelle jouissance de voir sur la 
table, pour le dessert, les premières fraises ! Mais 
ce ne sont pas seulement les fruits du fraisier si 
fécond qu'on aime à voir; beaucoup de mères, sou- 
cieuses de la santé de leurs enfants, en cueillent 
aussi les feuilles, qui sont — elles le savent très 
bien — un aliment excellent, sain et surtout peu 
dispendieux. 

Comment la mère de famille prépare -t-elle ce 
genre de thé ? Les feuilles du fraisier étant séchées, 
elle en prend une quantité, autant qu'elle peut en 
saisir dans 3 ou 4 doigts ; puis elle verse dessus en- 
viron une demi-chopine d'eau bouillante et recouvre 
le tout. Après 15 minutes elle décante l'infusion et 
elle est en possession du pur thé de fraisier. Elle y 
môle alors du laid chaud et un peu de sucre, et voilà 
une bonne boisson hygiénique. 

Si elle remplaçait le tiers ou le quart des feuilles 
du fraisier par l'aspérule fasperuZa odorata, L.), ap- 
pelée aussi muguet des bois ou petit muguet, son 
infusion y gagnerait en saveur et en substance. 

Des feuilles du fraisier, belles et fraîches, que 
l'on cueille pendant les mois de mai et de juin, aux 
endroits exposés au soleil, notamment sur le pen- 



184 DEUXIÈME PARTIE. 



chant des hautes montagnes, et que l'on fait sécher, 
fournissent un thé de premier ordre, d'un arôme 
tout particulier, si on a soin de le mélanger avec 
un peu d'aspérule. Essayez ! 

Les fraises elles-mêmes ne sont nullement à dé- 
daigner comme nourriture hygiénique. On les sert 
surtout aux convalescents qui, relevant de maladie 
grave, éprouvent une grande faiblesse, une grande 
diminution de forces; ils les mangent avec d'autres 
aliments. Voulez- vous faire une cure de fraises? 
Prenez chaque jour, pendant une certaine période, 
une chopine de lait mélangée avec une demi-cho-^ 
pine de fraises (cela se pratique beaucoup dansj 
l'Allemagne du sud), ou bien prenez deux fois pai 
jour un bon morceau de pain avec un quart de cho-1 
pine de fraises, et vous éprouverez bientôt l'actiorij 
bienfaisante de cette cure, qui remet les forces e1 
purifie le sang. 11 vous est loisible de faire cette curej 
en plein hiver, si vous avez eu soin de confire (pai 
décoction) les fraises, comme on confît les cerises, 
les griottes etc.. 

Aux malades aussi les fraises rendent, en été, les^ 
meilleurs services contre les inflammations ou cha- 
leurs internes. Quel délicieux réfrigérant, quel sou- 
lagement réconfortant les fraises ne procurent-elles 
pas à ceux qui souflrent de la soif! 

Pour la gravelle et la pierre, on recommande 
beaucoup les fraises prises chaque jour en portions 
égales. 

De même ceux qui souffrent du foie doivent en 
prendre plusieurs fois par jour, jusqu'à concurrence 
d'un litre. — Item ceux qui ont des éruptions par 
suite d'un sang vicié (matin et soir une chopine). 

Il est admirable de voir la terre offrir à l'homme 



LES REMÈDES. 185 

ce fruit en si grande quantité. Puisse notre recon- 
naissance répondre à cet amour généreux du créa- 
teur ! 

2i. Genévrier. 

{Juniperus communis L.) 

Qui ne connaît le genévrier, qu'on appelle vulgai- 
rement aussi genièvre ? C'est un arbuste d'apparence 
bien modeste, rabougri et tortueux. Les fruits, de la 
grosseur d'un pois, verts pendant deux ans et bruns 
à l'automne de la troisième année, époque de leur 
maturité, sont des baies charnues. Ces baies, pro- 
jetées sur des charbons ardents, exhalent un parfum 
agréable et purifient l'air des chambres et des cor- 
ridors. Je ne suis pas ami des fumigations au moyen 
du sucre, du vinaigre, etc., puisque je ne conçois 
pas qu'avec cela on puisse renouveler l'air. S'agit-il 
de désinfecter une chambre où étaient couchés des 
morts ou des personnes atteintes d'une maladie con- 
tagieuse, ou s'agit-il de purifier, en temps d'épidé- 
mie, l'atmosphère par de grandes fumigations, c'est 
alors que les vapeurs de graines de genièvre sont 
bien placées : elles détruisent les miasmes et les 
principes contagieux suspendus dans l'air. 

Les baies de genièvre ont une action semblable 
dans l'intérieur de l'organisme humain. Elles par- 
fument la bouche et l'estomac, et préservent de la 
contagion. Les personnes qui sont au service des 
malades gravement atteints (fièvre scarlatine, va- 
riole, typhus, choléra, etc.), qui sont obligées de 
de les soutenir, porter, servir, écouter, et qui, de 
cette manière, sont exposées nuit et jour au danger 
de la contagion, ces personnes feront bien de mâcher 
sans cesse des baies de genièvre (6-10 par jour) ; 



186 DEUXIÈME PARTIE. 

ces baies procurent une bonne saveur à la bouche 
et favorisent la digestion; elles consument en 
quelque sorte les exhalaisons et autres molécules 
infectes, et les empêchent ainsi de pénétrer dans la 
bouche ou les narines. 

Dans l'état de faiblesse de l'estomac, l'on voudra 
bien faire une petite cure de genièvre, c'est-à-dire 
se soumettre au régime suivant : le premier jour 
manger 4 baies, le second jour continuer avec 5, le 
troisième en mâcher 6, le quatrième 7, et ainsi de 
suite jusqu'au douzième jour, où l'on sera arrivé à 
15 baies; puis on redescendra l'échelle en diminuant 
chaque jour d'une baie, jusqu'à ce que l'on soit de 
nouveau arrivé à 5 baies. Je connais beaucoup de 
personnes qui, moyennant cette cure si simple, se 
sont purifié et fortifié l'estomac gonflé de gaz et, en 
raison de cela, extrêmement débilité. 

On connaît de longue date l'effet bienfaisant des 
baies de genièvre sur le foie et les reins (cal- 
culs, etc.); elles servent aussi à débarrasser le 
corps des gaz putrides, des substances corrompues, 
des humeurs glaireuses. 

A côté des baies , on utilise aussi les jeunes 
pousses du genévrier, pour en faire des infusions 
théiformes, qui épurent le sang et rendent service 
dans l'hydropisie. 

L'huile de genièvre s'achète habituellement à la 
pharmacie. — Quant à l'essence ou l'extrait, on 
peut se l'apprêter soi-même dans le vin, dans l'eau- 
de-vie ou dans l'esprit-de-vin. 

Je ne comprendrais pas un père, une mère de 
famille, qui mettraient tout le soin possible à confire 
au sel et aux baies de genièvre leur viande et leur 
choucroute, qui parfumeraient exactement et méti- 



LES REMÈDES. 187 



culeusement avec ces mêmes graines leurs de- 
meures, mais qui, d'autre part, laisseraient croupir ~ 
dans la poussière et l'ordure le corps, qui est l'habi- 
tation de l'âme. C'est cette habitation qui, elle aussi, 
a besoin, quelquefois dans l'année, de fumigations et 
de vapeurs de genièvre : cela purifie l'organisme et 
soulage l'appareil respiratoire. 

22. Gentiane. 

{Gentiana ïutea L.) 

La gentiane (appelée aussi grande gentiane ou 
gentiane jaune) croît de préférence sur les montagnes. 
On peut la faire récolter facilement et à bon compte 
par des personnes de confiance. Je conseille avant 
tout de fabriquer de l'extrait de gentiane. A cette 
fin on dessèche convenablement les racines de la 
plante, on les coupe en petits morceaux et on les 
fait macérer dans des bouteilles d'eau-de-vie ou 
d'esprit-de-vin. 

Cet extrait est un des premiers stomachiques, un 
cordial de premier ordre. On en verse 20-30 gouttes 
dans un verre qui contient 6-8 cuillerées d'eau, et l'on 
prend journellement ce mélange pendant un temps 
assez considérable. L'excellent appétit que l'on res- 
sentiradénoteral'excellencedeladigestion.Quandun 
met vous appesantit et vous moleste l'estomac, un mé- 
lange d'une petite cuillerée de cet extrait dans un demi- 
verre d'eau chaude mettra fin à l'indisposition. 

La gentiane soulage aussi les oppressions de 
l'estomac (cardialgie). 

Dans les grands voyages, où, pendant des jour- 
nées, vous prenez souvent une mauvaise nourriture 
et une boisson plus mauvaise encore, quand vous 
arrivez au but, exténués et mal portants, alors un 



188 DEUXIÈME PARTIE. 

petit flacon d'extrait de gentiane, dont vous versez 
un certain nombre de gouttes sur un morceau de 
sucre, vous rendra des services impayables. 

Une petite cuillerée de cet extrait, étendue d'eau, 
éloigne les malaises et les accès de syncope; cet 
extrait réchauffe, éveille, calme le corps et l'esprit. 

La gentiane, prise sous forme de thé, rend les 
mêmes services. On fait bouillir, dans ce cas, les 
racines découpées ou réduites en poudre, et on boit 
la décoction. 

23. Graines de lin. 

Les cataplasmes de graines de lin sont connus 
et fort en usage. Ils ont la même action réfrigérante, 
émolliente et résolutive que le fenugrec. Je donne 
la préférence au dernier, qui s'attaque à l'ennemi 
avec plus de force et plus d'entrain. 

24. Gratte-cul. 

. ' {Bosa canina L.) 

La mère de famille, préoccupée de sa pharmacie 
domestique, ne se contente pas de cueillir sur 
l'églantier les jolies roses qu'elle y trouve; elle 
réunit aussi ce qu'on appelle vulgairement les gratte- 
cul pour en apprêter non seulement des sauces, 
mais aussi et surtout des médicaments. Elle passera 
d'autant plus minutieusement en revue son jardin 
et les propriétés d'autrui, si quelque membre de sa 
famille souffre de la gravelle ou de la pierre, c'est-à- 
dire d'un calcul rénal ou vésical, maladies terribles 
et douloureuses. Elle sait que le thé de gratte-cul 
soulage et purifie les reins et la vessie. 

Je connais un vieillard très avancé en âge qui, 
dans ses jeunes années, souffrait énormément de la 



LES REMÈDES. 189 



gravelle. On lui conseilla ce thé, auquel il s'habitua 
si bien, que maintenant il ne se coucherait jamais, 
le soir, sans en avoir pris une tasse. Il préfère cette 
boisson au meilleur verre de vin. Vuilà mes spiri- 
tueux, dit-il souvent ; voilà l'huile qui graisse et fait 
marcher journellement la machine usée de mon vieux 
corps. 

On ouvre le gratte-cul, on en éloigne les pépins, 
puis on fait sécher les gousses, et celles-ci donnent 
le thé. 

25. Gui. 
{Vïscum album L.) 

Le gui blanc, plante parasite, qui prospère de pré- 
férence sur les vieux arbres, est néanmoins une 
excellente plante curative. Ses effets thérapeutiques 
s'étendent en première ligne sur le sang, et je ne 
puis assez recommander aux mères de faire bonne 
connaissance avec cette herbe. 

Le thé de gui fait cesser les hémorragies. Je 
pourrais citer toute une série de cas où une seule 
tasse a suffi pour arrêter le flux. 

Je recommande aussi cette plante et son thé 
inoffensif dans les troubles de la circulation du sang. 

On peut mêler avec le gui une moitié de prêle; 
le santal également (poudre rouge) sert à ce mé- 
lange. (Voir Santal.) 

26. Hièble. 

(Samhucus ébulus L.) 

Sur la lisière des forêts, surtout de celles que 
l'on vient d'exploiter ou d'abattre, l'on rencontre 
des arbrisseaux d'un mètre et plus d'élévation, munis 
au printemps de grandes fleurs blanches en om- 



190 DEUXIÈME PARTIE. 



belles et à l'automme de corymbes superbes, pesants 
et brillants. C'est l'hièble, le petit sureau ou sureau 
des bois. Les baies en sont plus petites que celles 
du sureau domestique. L'hièble croît en plus grande 
abondance et est moins délicat que son congénère 
de nos jardins. 

Un thé fait avec des racines d'hièble évacue avec 
une efficacité merveilleuse la sérosité chez les hydro- 
piques et nettoie les reins. Je connais plusieurs 
cas où il a guéri radicalement l'hydropisie assez 
avancée. 

L'hièble agit également dans les maladies du 
bas-ventre, qui proviennent d'humeurs viciées ; elle 
évacue ces humeurs par les voies urinaires. 

Le thé préparé avec la poudre d'hièble rend les 
mêmes services. Deux pincées de cette poudre suf- 
fisent pour une tasse, que l'on prend en deux coups 
à des heures différentes de la journée. 

On récolte les racines d'hièble vers la fin de l'au- 
tomne, on les sèche à l'air et on les conserve en- 
suite, ainsi que la poudre qu'on en obtient par la 
conquassation, dans la pharmacie de famille. 

27. Huile d'amandes. 

L'huile d'amandes douces doit occuper une des 
premières places parmi les huiles de la pharmacie 
domestique. Elle a, dans différentes maladies et 
indispositions internes et externes, une action séda- 
tive, réfrigérante, résolutive. 

Elle est un résolutif pour les engorgements des 
bronches et de l'estomac ; dans ce dernier cas, elle 
rétablit l'appétit et le travail de la digestion. 

Dans les inflammations, surtout quand on craint 
une inflammation pulmonaire, elle est un réfrigérant. 



LES REMÈDES. 191 



Dans ces cas il faut prendre journellement, à trois ou 
quatre reprises, unepetite cuillerée d'huile d'amandes . 

Dans l'usage externe, on emploie de préférence 
cette huile pour les différentes maladies d'oreilles. Je 
ne connais pas de meilleur calmant ou même réso- 
lutif pour les bourdonnements, les déchirements, les 
crampes d'oreille et la concrétion du cérumen. On n'a 
qu'à verser 6 ou 8 gouttes de cette huile dans l'oreille 
souffrante , que l'on fermera ensuite avec du coton. 

Si, à la suite de refroidissements, de courants d'air 
ou d'affections rhumatismales, vous avez souffert de 
l'ouïe, alors versez dans l'une des oreilles 6 à 8 gouttes 
d'huile d'amandes et répétez la même chose le 
lendemain pour l'autre oreille, en ayant soin de fermer 
chaque fois le canal auditif avec du coton. Quand 
vous aurez fait cette opération pendant plusieurs 
jours, vous rincerez l'intérieur des oreilles avec de 
l'eau tiède, pour observer le résultat. Vous feriez 
bien de vous adresser à un homme expert, qui 
vous traiterait avec la seringue. 

On oint doucement d'huile d'amandes les enflures 
accompagnées de grandes inflammations. Cette 
huile calme la douleur cuisante et diminue l'ardeur 
de l'inflammation. 

On se sert encore de l'huile d'amandes pour oindre 
les gerçures, qui font souvent très mal, ainsi que 
les plaies provenant d'un long séjour au lit ou de 
l'équitation : on en éprouve un grand soulagement, 
quelle que soit la partie du corps qui soit atteinte. A 
défaut d'huile d'amandes, on se sert d'huile d'ohves. 



28. Huile excrétive. 



Il y a des cas où les éléments morbides s'accu- 
mulent en si grande abondance dans le corps, qu'il 



192 DEUXIÈME PARTIE. 



devient excessivement difficile de les résoudre et 
de les élimijier complètement. Ce n'est pas qu'il 
faille douter de l'efficacité de l'eau et de ses diverses 
applications. L'on se demande plutôt: Est-ce que 
le malade, surtout s'il est d'une nature faible, ne se 
laissera pas rebuter par les nombreuses opérations 
ou par la durée de la cure d'eau ? Car alors toutes 
les peines seraient perdues. Cette pensée m'a sou- 
vent occupé, et certaines expériences m'ont porté 
à faire des recherches répétées. 

Voilà qu'un jour j'eus l'idée que plus d'une fois 
les douleurs internes ont disparu à la suite d'une 
éruption externe. Je me demandais s'il n'y aurait 
pas moyen de produire artificiellement une éruption, 
pour ouvrir un chemin aux éléments morbides ren- 
fermés dans le corps : en les attirant à la surface 
de la peau, on facihterait le travail de la cure d'eau.* 

Je finis par découvrir, après bien des recherches, 
une huile qui rend, sous ce rapport, des services 
signalés et produit parfois des résultats surprenants. 
Cette huile n'est pas, je l'ai dit, d'une nécessité ab- 
solue, n'est pas une condition sine qua non de la 
guérison, puisque l'eau toute seule est capable de 
faire tout le travail ; mais elle aide et active puis- 
samment l'œuvre difficile de la résolution et de 
l'élimination. 

On n'emploie cette huile que pour l'usage externe 
et seulement dans les cas où l'on peut en obtenir, 
d'une manière facile, une élimination avantageuse 
des éléments morbides. L'action de cette huile n'est 
pas le moins du monde nuisible, mais elle est 

Des malades, qui avaient passé par un établissement 
d'hydrothérapie, prétendaient que l'apparition d'une éruption 
externe était un signe certain du succès de la cure. 



LES REMÈDES. 193 



drastique et radicale. Elle évente avec un flair mer- 
veilleux les rebelles qui se trouvent dans le corps 
et dans le sang, et elle sait les en faire sortir. 

Quelques exemples donneront une idée de la ma- 
nière d'employer cette huile. 

Quelqu'un se plaint d'avoir mal aux yeux: ses 
yeux sont rouges et ne supportent plus la clarté 
du jour; ils sont chassieux à l'excès et font horri- 
blement souffrir. Dans ce cas je me mets à frictionner 
légèrement la surface de la peau derrière les oreilles 
(pavillon de l'oreille et occiput), pour la réchauffer 
un peu ; puis je répands doucement 3-4 gouttes de 
cette huile sur la partie réchauffée. Au bout d'une 
demi-heure le patient en ressent déjà l'effet: une 
légère tension et inflammation. Après 24 heures 
apparaissent d'innombrables petites pustules, qui 
grandissent en proportion de la quantité des élé- 
ments malsains à éloigner; plus tard elles se des- 
sèchent, se changent en croûtes et finissent par 
tomber d'elles-mêmes. Si le premier essai ne réussit 
pas, c'est-à-dire si l'huile ne produit pas son effet 
au bout de 30 heures, on en mettra de nouveau 
quelques gouttes, au second jour, sur la partie rubé- 
fiée. Cette fois , l'efficacité ne tardera pas à se 
montrer, et le poison, qui a causé l'inflammation 
des yeux, sera bientôt attiré au dehors. Dans toute 
une série de cas analogues les souffrances dispa- 
rurent au bout de 2 heures, et en peu de temps les 
yeux redevinrent clairs et sains. 
^ Une personne souffre d'un violent mal de dents : 
les gencives sont enflées, la mâchoire éprouve une 
douleur lancinante, qui s'étend à toute la tête . Comme 
dans l'exemple précédent, l'on mettra quelques 
gouttes de notre huile derrière les oreilles ou sur 

13 



194 DEUXIÈME PARTIE. 



la nuque, et un résultat avantageux se produira 
sûrement. 

Cette huile a une particularité, qui lui est propre : 
dans son premier travail elle blesse l'endroit fric- 
tionné; puis, son devoir principal de l'excrétion 
étant accompli, elle guérit, dans un second travail, 
très bien et promptement la lésion faite d'abord. 

Je ne considère nullement cette huile comme une 
recette occulte; j'en ai communiqué la composition 
à l'un ou à l'autre de mes amis. Mais, pour prévenir 
les abus de différentes espèces, j'ai préféré, en at- 
tendant, ne pas la livrer à la publicité. 

29. Huile de girofle. ■ 

L'huile de girofle a la même efficacité que l'huile 
d'amandes et l'huile à salade, avec lesquelles on 
la mélange souvent. 

Elle m'a surtout montré son utilité dans l'évacua- 
tion des gaz putrides, des sucs et des éléments cor- 
rompus de l'estomac. 

On prend, règle ordinaire, l'huile de girofle sur du 
sucre, soit 4 à 6 gouttes, une ou deux fois par jour. 

30. Huile de lavande. 

L'huile de lavande ou l'huile d'aspic se vend dans 
chaque pharmacie ; elle ne doit pas manquer parmi 
les remèdes domestiques. 

On en fait usage deux fois par jour, en en versant 
5 gouttes sur un morceau de sucre, pour faciliter la 
digestion et faire revenir l'appétit. 

Les personnes qui souffrent de flatuosités, de 
nausées, et de maux de tête, provenant des gaz 
intestinaux qui montent, feront bien d'utihser l'huile 
de lavande, comme nous venons d^ l'indiquer. 



LES REMÈDES. 195 



Pour la mélancolie et les affections mentales j'ai 
employé bien souvent cette huile avec le meilleur 
succès, et je prétends que dans plus à'wû. cas la 
guérison dépendait uniquement de î'éloignement des 
gaz, qui exerçaient une influence funeste sur le 
cerveau. On attache, à mon avis, dans le traitement 
des malades, trop peu d'importance à ces gaz. Ceux 
qui ont eu des flatuosités savent dire quel rôle désas- 
treux jouent ces gaz, quand ils déchaînent leur fureur 
dans l'intérieur du corps. 

On suit le traitement de l'huile de lavande pour 
le manque d'appétit, pour les congestions, pour les 
vertiges, et en général pour tous les maux de tête. 

31. Huile de morue. 

Un excellent médecin de l'armée dit un jour en 
ma présence : « On fait de l'embarras avec l'huile 
de foie de morue , et pourtant la mauvaise a déjà 
souvent produit de bien fâqheux résultats. Il y a 
des îles où l'huile de morue a son efficacité dans les 
affections scrofuleuses. Hors de là j'en fais fi.» 

Personne n'est tenu à ce jugement. Pour ma part, 
je ne fais aucun usage de l'huile de morue ; car elle 
n'est pas, à mon avis, un remède, et je crains la 
mauvaise huile de morue comme aliment nutritif; 
voilà pourquoi je prescris, à sa place, des remèdes 
qui la remplacent avantageusement et qui produisent 
réellement ce que l'huile de foie de morue est censée 
produire. 

32. Huile d'olives. 

Qu'on lise ce que nous avons dit sur l'huile 
d'amandes; ce n'est qu'à défaut de cette dernière 
qu'on emploie l'huile à salade (huile d'olives). 



196 DEUXIÈME PARTIE. 

Quand la provision d'huile d'amandes est petite, on 
peut la mélanger avec l'huile d'olives. 

L'huile dont nous parlons doit être de la véritable 
huile de Provence; à la rigueur, on peut prendre 
aussi de la bonne huile de colza. 

La manière de s'en servir est la même que pour 
l'huile d'amandes. 

33. Mauve. 

{Aïthœa rosea L.) 

Les mauves doivent avoir un rang parmi les fleurs 
du jardin. En leur donnant le^ couleurs qui charment 
nos regards, le Créateur, dans sa bonté, a répandu 
en même temps une goutte de liquide thérapeutique 
dans chaque feuille de cette plante. Le thé de fleurs 
de mauve, surtout de la mauve noire, guérit les af- 
fections de la gorge et les engorgements de la poi- 
trine. On mélange d'habitude ces fleurs avec celles 
du bouillon-blanc. 

La mauve sert encore à la préparation des vapeurs 
qui doivent être aspirées, et surtout des vapeurs qui 
sont destinées à entrer dans les oreilles. 

34. Ménianthe. 

{Menyantlies trifdliata L.) 

Le ménianthe (trifolié) est une plante qui croît 
généralement dans le voisinage des cours d'eau. Là 
où l'eau est arrêtée dans sa marche et forme des 
flaques, le ménianthe pousse en compagnie d'autres 
herbes aigres ; de là son nom de trèfle des marais 
ou trèfle d'eau. Il porte 3 feuilles et est très amer. 

Avec cette herbe on prépare une excellente infu- 
sion stomachique, qui aide la digestion et facilite la 
production de bons sucs gastriques. 



LES REMÈDES.. 197 



Macéré dans l'eau-de-vie, le ménianthe donne ce 
qu'on appelle «l'esprit amer» (hittern GeisQ, em- 
ployé aux mêmes fins. 

35. Menthe. 

{MentJia piperita L. et M, aquatica L.) 

On utilise beaucoup la menthe poivrée ou com- 
mune et la menthe aquatique ; leurs effets diffèrent 
peu. Je donne néanmoins la préférence à la menthe 
aquatique, dont l'action est plus puissante. La 
menthe est du nombre des grands remèdes qui for- 
tifient l'estomac et favorisent la digestion. Déjà son 
parfum aromatique atteste que cette plante médici- 
nale doit occuper une place distinguée. 
' Quand on met de la menthe sur le front, le mal 
de tête, tout violent qu'il est, diminue incessamment. 

Le thé de menthe, pris matin et soir (chaque fois 
une tasse), aide la digestion et rend le visage sain 
et frais. Le même effet est produit par la poudre de 
menthe, prise journellement (1-2 pincées) dans la 
nourriture ou dans l'eau. 

Un usage fréquent de la menthe (infusion et 
poudre) est à conseiller surtout aux personnes affai- 
blies par la maladie, aux personnes qui ont pour 
chaque bagatelle des battements de cœur, aux per- 
sonnes qui souffrent souvent de nausées et de vo- 
missements. 

La menthe, infusée dans des parties égales d'eau 
et de vin, et bue plusieurs jours de suite (chaque 
jour une tasse), enlève l'haleine mauvaise et fétide. 

La décoction de menthe, apprêtée avec du vinaigre 
et prise de temps à autre par petites cuillerées (une 
ou deux), fait cesser les vomissements de sang (hé- 
matémèses). 



198 DEUXIÈME PARTIE. 

La menthe, infusée dans du lait et consommée 
toute chaude, fait disparaître les douleurs gastriques. 

Puisse chaque ménagère réserver à la menthe et 
à la rue un petit coin de son jardin! Rien que le 
parfum réfrigératif, qu'elle dégage et qu'elle laisse 
généreusement dans votre main, pour peu que vous 
la touchiez, compensera largement la peine qu'on 
prend de la cultiver. 

36. Miel. 

A. — Les anciennes générations prétendaient que 
les jeunes gens ne devraient pas manger beaucoup 
de miel, parce qu'il est trop fort ; mais que pour les 
vieux il est un très bon aliment confortatif. 

J'ai fait un fréquent emploi du miel et je lui ai 
toujours trouvé une efficacité excellente. Il est réso- 
lutif, dépuratif et fortifiant. . 

On l'utilise depuis longtemps dans les catarrhes 
et dans les engorgements, en le mélangeant au thé. 

Les gens de la campagne savent fort bien appli- 
quer le miel comme onguent sur les abcès et ulcères 
externes. Celui qui n'est pas habile à traiter ces 
lésions à l'eau, n'a qu'à recourir à ce moyen 
simple, inoffensif et efficace, avant tout autre bar- 
bouillage; je le lui conseille absolument. La prépa- 
ration en est bien simple : prenez moitié miel, moitié 
farine; ajoutez un peu d'eau et agitez la mixtion 
comme il faut. Cet onguent ne doit pas être fluide, j 
mais passablement compacte, comme de la pâte. 

A l'intérieur aussi le miel est un remède contre 
différents petits maux. 

Il mûrit rapidement et guérit les petits abcès de | 
l'estomac. Je ne conseillerais pas de prendre le miel 
tout pur; mais je recommande de le mélanger avec 



LES REMÈDES. ' 199 



un thé convenable. Non mélangé, ce noble extrait 
a une action trop vive. A peine a-t-il passé dans la 
gorge, qu'il l'a déjà irritée. Si vous avez de la diffi- 
culté à avaler à cause d'un catarrhe ou d'un autre 
mal pareil, faites bouillir une petite cuillerée de 
miel dans un quart de litre d'eau. Tout chantre a 
de cette manière le meilleur et le plus doux garga- 
risme. Devriez-vous en absorber une goutte, vous 
n'auriez pas à craindre de vous gâter l'estomac ou 
de vous empoisonner. 

On connaît l'eau ophtalmique au miel, si dépu- 
rative et fortifiante. Faites bouillir pendant cinq 
minutes une petite cuillerée de miel dans un quart 
de litre d'eau, et trempez-y alors un linge, pour 
vous laver les yeux. 

Une chose encore. Je connais un monsieur qui 
est plus qu'octogénaire. Il se prépare journellement 
lui-même son vin de table. A cet effet il verse une 
cuillerée de bon miel dans l'eau bouillante et fait 
cuire un peu le mélange. La boisson est alors toute 
prête, saine, fortifiante et délicieuse. « A mon grand 
âge je dois ma santé et ma force à cette boisson», 
disait le vieillard. C'est possible. Ce que je sais de 
ma propre expérience, c'est que le vin de miel a une 
action résolutive, dépurative, nourrissante et forti- 
fiante ; car j'ai apprêté beaucoup de vin de ce genre, 
j'en ai vu boire beaucoup et j'en ai bu un verre 
maintes fois. Ce breuvage ferait honneur non seule- 
ment au sexe faible, mais aussi au sexe fort. 

B. — A ce propos je songe toujours à l'hydromel des 
anciens Germains. C'est, en effet, à cette boisson 
qu'ils attribuaient, au dire de Tacite, leur santé et 
leur grand âge. Ils avaient peu de vin et ne con- 
naissaient pas encore la bière moderne. Je regrette 



200 DEUXIÈME PARTIE. 



toujours que l'hydromel soit si peu connu et 
n'occupe pas la place de la bière, qui, gâtée à force 
de raffinements et de sophistications, n'est plus un 
breuvage sanitaire ; c'est du moins trop souvent le 
cas. Presque tous les ouvrages d'apiculture donnent 
des recettes pour la préparation du vin de miel; 
mais souvent j'entends des plaintes, comme quoi les 
essais faits sur ces recettes n'ont pas produit de bons 
résultats. Voici comment, pour ma part, je procède : 
Je fais mettre dans un chaudron de cuivre (bien 
propre) 60-65 litres d'eau douce (de rivière). Quand 
elle commence à devenir chaude, j'y laisse tomber 
en remuant 6 litres de miel, puis je fais cuire lente- 
ment pendant une heure et demie. Par intervalle 
j 'écume la matière visqueuse qui surnage. Quand la 
cuisson est terminée, l'on verse cette eau miellée 
dans des vases de terre ou de zinc et, sitôt qu'elle 
est refroidie, au point qu'elle est encore un peu plus 
chaude que Feau exposée aux rayons brûlants du 
soleil, on la met dans un tonneau soigneusement 
purifié, sans bondonner solidement. Dans une cave 
pas trop froide la fermentation commencera au bout 
de 5-10 jours. Après deux semaines de fermentation, 
l'on soutire, en laissant naturellement la lie. Dans 
le second tonneau la fermentation durera environ 
10-14 jours, et quand se fait le repos complet, de 
manière qu'on n'entende plus rien dans le tonneau, 
l'on bondonnera solidement. Trois ou quatre semaines 
plus tard le vin de miel est clair et peut servir. Si 
ensuite il est mis en bouteilles, bien bouché et 
déposé dans le sable froid, il sera mousseux au bout 
de peu de jours. C'est une boisson réfrigérative, voilà 
pourquoi les malades fébricitants l'aiment tant. Un 
malade, alors qu'il ne peut plus boire ni vin ni bière. 



LES REMÈDES. 201 



trouve toujours bon le vin de mieL II rend service 
aussi aux hommes bien portants ; mais il faut le boire 
par petites quantités, autrement il vous répugne. 

Voici encore un autre procédé pour fabriquer 
l'hydromel, procédé recommandé par les sociétés 
apicoles de Suisse et d'Alsace-Lorraine : 

Remarquons préalablement qu'on fera bien d'em- 
ployer les miels les moins aromatiques, et d'éliminer 
p. ex. ceux de bruyère et de sarrasin, dont le par- 
fum est trop prononcé. Il faut faire l'hydromel en 
plein été, afin que la fermentation, qui dure cinq ou 
six semaines, se fasse bien. La quantité de 250 à 
300 grammes de miel par litre d'eau permet d'ob- 
tenir une quantité suffisante d'alcool (11-13 %) pour 
assurer une bonne conservation ainsi qu'une trans- 
formation complète de tout le miel en alcool. C'est 
dans l'eau tiède qu'il faut faire fondre le miel, puis 
on verse au fur et à mesure dans un tonneau n'ayant 
aucun mauvais goût. Il va sans dire qu'on ne rem- 
plit pas entièrement le tonneau, à cause de la fer- 
mentation. Sur la bonde on met simplement une 
tuile, et à mesure que le liquide baissera dans le 
tonneau, l'on ajoute de l'eau miellée. Plus la quan- 
tité de liquide sera considérable, plus la fermenta- 
tion sera régulière et rapide. Celle-ci se fait très 
bien entre 16° et 23° C. Pendant la fermentation 
l'on ajoutera environ 50 grammes d'acide tartrique 
(le raisin en renferme) pour cent litres de liquide, 
afin de donner au vin une légère acidité comme celle 
du raisin, et en même temps l'on peut suspendre 
dans un sac au milieu du liquide une poignée de 
graines sèches de genièvre, que l'on retire de nou- 
veau, sitôt que le vin en a pris un léger arôme. 
Après la fermentation on met le tonneau à la cave 



202 DEUXIÈME PARTIE. 



OU dans un cellier, et l'on ferme la bonde par une 
poignée de sable fin, mouillé, déposé dans un mor- 
ceau de forte toile mouillée ; l'on tasse bien en forme 
de cône. Au printemps l'on soutire, et cette fois on 
bondonnera bien. On laissera vieillir, en n'oubliant 
pas de remplir le tonneau de temps en temps. (Ce 
second procédé a été ajouté par le traducteur.) 

37. Mille-pertuis. 

{Hyperiaim perforatum L,) 

Jadis le mille-pertuis portait, en vue de son effi- 
cacité, le nom « d'herbe des fées.» De nos jours cette 
plante et ses services sont entièrement oubliés. 

Le mille-pertuis exerce une influence toute spé- 
ciale sur le foie, pour lequel il fournit le meilleur 
médicament théiforme. Un peu de poudre d'aloès, 
ajouté au mille-pertuis, en renforce l'efficacité, qui 
se traduit principalement par Furine, laquelle en- 
traîne souvent des masses de substances corrompues. 

Le thé de mille-pertuis guérit les maux de tête, 
quand ceux-ci proviennent d'humeurs, de mucosités 
ou de gaz accumulés dans la tête ; il guérit l'oppres- 
sion de l'estomac, les petits engorgements de la 
poitrine et des poumons. 

Les mères de famille, à qui de petits pissenlits 
ont causé beaucoup d'ennuis, savent apprécier l'ac- 
tion corroborative de ce thé. 

A défaut de mille-pertuis on se sert, pour tous les 
cas mentionnés, de la mille-feuille (a,chillea mille- 
folium L.) 

38. Myrtille. 

[Vaccinium myrtillus L.) 

C'est vers la Saint-Jacques que les enfants vont 
si volontiers dans les bois! Les myrtilles, mûres 



LES REMÈDES. 203 

alors, offrent un met friand à la jeunesse étourdie. 
Mais les vieux enfants non plus ne manquent pas 
de manger avec délices ces petites baies. Sur 
les marchés des grandes villes on rencontre des 
paniers tout pleins de ces fruits noirs ; à leur vue 
plus d'un collégien songe au beau temps de sa jeu- 
nesse, où il allait avec sa petite soeur à la chasse 
aux myrtilles, et pour quelques centimes la fruitière 
lui remplit les poches de ces noirauds, qui lui rap- 
pellent son pays. 

Toute maison devrait faire sécher une quantité de 
myrtilles, afin de les conserver ensuite pour l'année 
entière ; elles sont si utiles ! 

L'on introduit 2-3 poignées de myrtilles dans un 
verre, qu'on remplit ensuite d'une bonne eau-de-vie. 
L'extrait de myrtilles, qu'on obtient ainsi, est une 
médecine d'autant plus forte et plus efficace que' 
vous aurez laissé plus longtemps (même des années 
entières) les fruits en macération. 

Souffrez -vous d'une petite diarrhée, prenez de 
temps à autre quelques myrtilles crues, mais des- 
séchées; mâchez et avalez-les. Bien souvent ce 
petit médicament vous suffira. J'ai vu, dans de 
grandes villes d'eaux, des baigneurs qui, pour pré- 
venir certaines surprises désagréables au milieu de 
leurs promenades, recevaient de leur hôtelière 
prudente et expérimentée de ces pilules antidiar- 
rhéiques, avant de se mettre en route. 

La diarrhée violente, opiniâtre, accompagnée de 
souffrances et parfois d'évacuations sanguines, peut 
être guérie par une cuillerée d'extrait de myrtilles, 
prise dans un* huitième de litre d'eau chaude. Au 
bout de 8-10 heures, on peut prendre encore une 
fois le même médicament. Une troisième répétition 



204 DEUXIÈME PARTIE. 



sera rarement nécessaire. Cherchez à la pharmacie 
un remède plus inoffensif et plus efficace ! 

Dans les dysenteries dangereuses l'extrait de 
myrtilles seconde puissamment l'action du traite- 
ment externe, qui consiste en compresses d'eau et 
de vinaigre sur l'abdomen. 

La teintm*e de myrtilles est la première et la plus 
indispensable de toutes les teintures de notre phar- 
macie. Elle rend service dans tous les cas que nous 
venons d'indiquer et se signale comme un des 
plus chauds amis du bas-ventre. On proportionne 
la dose à l'intensité du mal : la plus faible est de 
10-12 gouttes, versées sur un morceau de sucre ; la 
moyenne monte à 30 gouttes environ, et la plus 
forte à une petite cuillerée (cuillerée à café), prise 
dans l'eau chaude ou le vin. 

39. Ortie. 

{TJrtica dioica L.) 

L'ortie, à l'abord si peu attrayant, est la plus mé- 
prisée de toutes les plantes. Que d'âmes impression- 
nables se sentent piquées et brûlées au seul nom de 
cette herbe ! Est-ce raisonnable? Je viens d'apprendre 
qu'un professeur ambulant de Bohême a écrit une 
brochure sur les orties et leur utiUté. A la bonne 
heure ! Voilà qui est bien ! Pour un connaisseur, en 
effet, l'ortie a une grande valeur. Je parle surtout 
de la Grande-ortie ou ortie vivace. 

Les orties fraîches, prises sur place, desséchées 
et prises en forme de tisane, résolvent les engorge- 
ments de la poitrine et du poumon, et débarrassent 
l'estomac des matériaux qui y ont séjourné trop long- 
temps, en les faisant rejeter principalement par 
l'urine. 



LES REMÈDES. 205 



Les racines d'ortie sont plus efficaces encore que 
les feuilles, soit qu'on s'en serve en été, quand elles 
sont vertes, soiten hiver, quand elles sont desséchées. 
Une décoction de ce genre est à même de guérir 
un commencement d'hydropisie et, en général, de 
délivrer l'organisme des sucs morbides. 

Avez-vous du sang corrompu? Eh bien! faites 
cuire et mangez souvent, en été, des orties préparées 
à la façon des épinards. En Italie l'on aime beaucoup 
les soupes aux herbes. Or, les boulettes d'orties 
constituent un aliment non seulement nutritif, mais 
encore sanitaire. 

Si vous avez des rhumatismes rebelles à tout re- 
mède, frappez ouû^ottez chaque jour,pendant quelques 
minutes, avec des orties fraîches les parties souf- 
frantes. La peur, inspirée par cette verge inusitée, fera 
bientôt place à la Joie de sentir votre état s'améliorer. 

40. Plantain. 

{Flcmtago lanceolata L.) 

Quand, dans leurs travaux, les paysans se blessent 
quelque part, ils ont immédiatement recours au plan- 
tain, qu'ils ne cessent de presser et de froisser jus- 
qu'à ce que la feuille revêche ait rendu quelques 
gouttes de suc. Ils introduisent alors ce suc directe- 
ment dans la plaie encore fraîche, ou bien ils en 
imbibent un petit linge et le mettent sur la partie 
lésée. La feuille refuse-t-elle son suc médicinal et 
ne "devient-elle par le froissement que molle et 
humide, ils l'appliquent elle-même. Y a-t-il un dan- 
ger d'empoisonnement? Non, le plantain est inof- 
fensif. Un pansement de ce genre est le premier et, 
bien souvent, le meilleur, puisqu'il amène une 
prompte guérison. On dirait que le plantain referme 



206 DEUXIÈME PARTIE. 



la plaie béante par une couture de fils d'or ; car, de ' 
même que l'or n'accepte pas la rouille, ainsi le plan- 
tain n'admet point de pourriture ou de chair mortifiée. 

Le plantain n'est pas moins précieux pour l'usage 
interne. C'est en masse qu'on devrait, au printemps 
et en été, le récolter, pour en extraire le suc et en 
faire une boisson. On préviendrait, de cette façon, 
une foule d'indispositions intérieures, qui, semblables 
à des champignons vénéneux, surgissent du sang et 
des humeurs corrompues. Ce sont les plaies qui, 
sans doute, ne saignent pas, mais qui n'en sont pas 
moins dangereuses pour cela ; au contraire. 

Les feuilles desséchées du plantain fournissent 
également un thé excellent pour les engorgements 
internes. Les journaux publient souvent de longs 
articles élogieux sur les effets magnifiques du plan- 
tain, et de plus longs encore sur le suc de plantain, 
tel qu'il est préparé chez l'un ou l'autre droguiste. 
On achète ces choses-là bien cher. Mais, brave 
paysan, pourquoi ne pourrais-tu pas toi-même cueillir 
et préparer ces remèdes ! Tu aurais moins de soucis 
alors, puisque tu saurais que ta marchandise n'est 
pas falsifiée. 

Aux feuilles desséchées du plantain on peut mé- 
langer la pulmonaire, à parties égales, pour en faire 
une infusion. 



41. Potage de santé. 

Quand une fois le potage de santé, que nous ap- 
pelons aussi soupe hygiénique, sera connu et utilisé, 
on pourra — j'en suis convaincu — rendre heureux 
un grand nombre de malheureux. Ce potage n'est 
pas seulement si recommandable à cause de ses élé- 
ments excessivement nutritifs, mais aussi parce qu'on 



LES REMÈDES. 207 



peut l'obtenir si bon marché et le préparer avec 
tant de facilité. 

Un homme de qualité, qui avait appris à connaître 
le potage de santé, acheta chez un paysan deux 
grandes miches de pain bis. On sait que le pain bis 
est fait de farine de seigle et que, pour les gens de la 
campagne, le seigle est si bien moulu que toute sub- 
stance nutritive en est extraite et qu'il ne reste que 
peu de sons. Notre monsieur fit couper les deux 
miches de pain en petites tranches, qu'il mit sur un 
plateau en tôle; celui-ci fut alors placé sur un 
foyer chauffé, afin que le pain se desséchât autant 
que possible. Bien desséché et durci, il fut pilé dans 
un mortier et réduit en poudre grossière. Désirait-il 
alors un potage substantiel, il en infusait deux ou 
trois cuillerées dans un bouillon bien chaud, y ajouta 
un peu de sel et très peu (ou point du tout) d'épices. 
Le potage se prépare en deux minutes, est de bon 
goût, fournit une excellente nourriture et ne produit 
que peu ou point de gaz. 

En place du bouillon, le monsieur en question se 
servait souvent de lait bouillant, pour y détremper 
sa poudre de pain. Suivant cette méthode aussi tout 
est fini au bout de 2 minutes. Cette seconde sorte 
de potage a un avantage sur la première : c'est que 
le lait renferme plus de substances nutritives. 

N'avait-il justement ni lait ni bouillon, il faisait 
mettre de l'eau en ébullition et y délayait sa farine 
de pain. Mais dans ce cas il y ajoutait, avec un peu 
d'épices, de la graisse de bœuf. Ce potage aussi est 
très substantiel et mérite également le nom de potage 
de santé. 

Un jour — c'était dans la semaine de la fête du 
village — le même monsieur entra dans une maison, 



208 DEUXIÈME PARTIE. 



OÙ l'on venait de cuire du pain d'épeantre. L'épeautre 
est un blé rouge qui donne une farine très blanche ; 
les paysans la font moudre, comme le seigle, aussi 
exactement que possible. Il se procura deux miches 
de ce pain, et procéda comme pour le pain bis. Il 
mélangea la poudre obtenue du pain d'épeautre avec 
la poudre du pain de seigle, pour s'en faire apprêter 
des potages suivant les méthodes décrites ci-dessus. 
De cette manière il eut six sortes de soupes hygié- 
niques, toutes différentes dans leur substance et 
leur efficacité. On peut donc varier, afin de n'être 
pas exposé à éprouver de la répugnance. 

Ce potage de santé convient parfaitement aux 
enfants très faibles, parce qu'il est de facile diges- 
tion, qu'il nourrit bien et qu'il ne produit pas de 
gaz. Il est à recommander aussi à la jeunesse débile, 
pour obvier à l'anémie, qui fait tant souffrir le corps. 
Il est bon également pour les malades , puisqu'il 
procure beaucoup d'éléments nutritifs à la nature 
épuisée. C'est à la vieillesse enfin qu'il rend d'émi- 
nents services : quand les dents font défaut et que, 
par conséquent, les aliments soUdes ne peuvent 
plus être convenablement mâchés, on s'en tiendra à 
ce potage. 

Il ne devrait pas y avoir de famille qui ne fasse 
usage de notre soupe hygiénique. Je l'ai jadis re- 
commandée à un employé haut placé, qui, plus tard, 
me disait qu'il n'existe pas de potage plus sain et 
plus substantiel. 

42. Poudre de charbon. 

La poudre de charbon doit toujours provenir du 
charbon de bois. Le bois de tilleul en fournit la meil- 
leure et la plus fine. Les apothicaires la fabriquent 



LES REMÈDES. 209 



quelquefois eux-mêmes. A défaut du bois de tilleul, 
on se sert de n'importe quel autre bois. Plus le 
charbon est frais, plus l'efficacité de la poudre est 
.bonne. Le charbon le plus frais est celui qui vient 
de sortir du feu. Ecrasez-le finement, et vous aurez 
la poudre de charbon, dont nous parlons. 

Cette poudre aide à remettre en bon état les or- 
ganes digestifs affaiblis par la maladie. Cela semble 
singulier, mais c'est certain. Les convalescents 
prennent facilement cette poudre dans le lait un 
peu sucré. La quantité ne doit pas dépasser une 
cuillerée moyenne par jour, prise en une ou deux 
fois. 

Je permets aux phtisiques de prendre chaque 
jour (en plusieurs fois) deux chopines de lait, mélan- 
gées chacune d'une cuillerée de charbon pulvérisé. 

Cette même poudre a une efficacité particulière 
dans les maladies de foie. Ici encore on la prend 
dans le lait. 

Semé une ou deux fois par jour sur les plaies qui 
suppurent et suintent, le charbon en poudre opère 
la dessiccation et facilite la formation d'une peau 
nouvelle. 

43, Poudre de craie. 

Qui n'a déjà remarqué que les poules et d'autres 
animaux domestiques absorbent des grains.de sable, 
de la chaux et du mortier? Et qui n'a déjà entendu 
qu'il est parfois nécessaire de cacher aux enfants la 
craie de l'école, de peur qu'ils ne la dérobent pour 
la manger en guise de sucre ? 

La craie serait-elle, dans certains cas, réellement 
utile à l'organisme humain? La circonstance allé- 
guée invite à de sérieuses réflexions. J'ai employé 

14 



aïO DEUXIÈME PARTIE. 



pour moi-même la craie en grande quantité et je l'ai 
conseillée à beaucoup de gens. Les résultats ont été 
surprenants, c'est-à-dire favorables. 

La craie contient de la chaux, du soufre et d'autres 
matériaux, dont le corps humain a besoin, surtout 
pour la structure de la charpente osseuse, magni- 
-fique et merveilleuse construction du premier des 
architectes. 

Chez les personnes débiles cette structure pourrait 
ne pas réussir ou perdre de la solidité, puisqu'il leur 
manque en quelque sorte la bonne chaux, qui relie 
tout le reste, sable et pierres. Eh bien! je leur 
donne, une fois par jour, ainsi qu'aux enfants très 
faibles, une pincée de craie en poudre, dans l'eau ou 
dans la nourriture. Cette farine, étant dépourvue 
d'odeur et de saveur, se prend sans peine. 

Ceux qui ont une digestion laborieuse et ceux qui, 
malgré tous les soins, n'arrivent pas à grandir et à 
prospérer, n'ont qu'à essayer la poudre de craie à 
la dose indiquée plus haut. 

ce On y a mis du plâtre » , écrivait un jour Franklin, 
en grands caractères, sur un magnifique champ de 
trèfle, en se servant du plâtre même ou d'une 
poudre semblable pour tracer ces mots. Je pourrais 
dire, à mon tour, de beaucoup de malades, qui ont 
passé par mes mains : « On y a mis de la craie. » 

Avant tous les autres malades, c'est aux personnes 
qui ont les pâles couleurs (chlorose) que je recom- 
mande la craie en poudre, deux pincées par jour, 
l'une le matin, l'autre le soir. Sa blancheur conver- 
tira bientôt la blancheur du visage en une saine et 
fraîche rougeur. 

Ajoutons que la poudre d'os est plus efficace que 
la poudre de craie. Lisez le chapitre : Poudre d'os. 



LES REMÈDES. 211 



44. Poudre d'os. 

Je prépare toujours 3 sortes de poudres d'os : la 
poudre noire, la poudre blanche et la poudre grise. 
Un mot de chacune des trois : 

A. La poudre noire. 

Je prends des os sains d'une bête saine, que l'on 
vient d'abattre, et je les soumets à l'ignition jusqu'à 
ce qu'ils soient carbonisés. On pile alors finement 
ces noirs charbons d'os, et la poudre noire, si simple 
et si inoffensive, est apprêtée. 

B. La poudre blanche. 

Je calcine les os, c'est-à-dire je les brûle jusqu'à 
ce qu'ils aient l'apparence de la chaux fraîchement 
cuite. C'est, du reste, de la chaux que j'ai sous les 
yeux; car les sels et d'autres éléments étrangers 
n'y entrent qu'à une faible proportion. On pulvérise 
alors les os calcinés, c'est-à-dire on les réduit en 
poudre, et l'on obtient une poudre qui a l'apparence 
du groison : je l'appelle poudre blanche. 

C. Foudre grise. 

On prend en quantités égales de la poudre blanche, 
de la poudre noire et de l'encens blanc réduit en 
poudre ; le mélange donnera à peu près la couleur 
grise, d'où le nom de cette poudre. 

• * 

Si vous avez lu ce que j'ai dit sur la poudre ou 

farine de craie, vous comprendrez pourquoi la poudre 

d'os joue dans ma pharmacie un rôle si important. 

C'est principalement chez les convalescents qui 

: relèvent de maladies graves et chez les malades très 

; affaiblis que l'action de la poudre d'os est surpï^- 



212 DEUXIÈME PARTIE. 



nante. Bien des fois je n'ai pu retenir mon étonne- 
ment. 

Vous ne vous expliquez peut-être pas pourquoi 
des mêmes os je fabrique 3 sortes de poudres. C'est 
qu'elles correspondent à trois degrés d'affaiblisse- 
ment, dont peuvent souffrir les malades. — On donne 
la poudre noire (1-2 pincées par jour, dans l'eau ou 
dans la nourriture) aux convalescents qui ont besoin 
de se fortifier l'organisme tout entier ; de même aux 
enfants qui, semblables aux petits arbres rabougris 
de la forêt, mènent une existence misérable et n'ac- 
quièrent pas les forces proportionnées au nombre 
de leurs années (rachitisme). 

Je prescris la poudre blanche aux patients, chez 
qui la machine ne fonctionne que lentement et péni- 
blement, chez qui la digestion et l'élaboration du 
sang n'avancent pas, chez qui plusieurs parties du 
corps ne reçoivent qu'avec peine et sans régularité ce 
dont elles ont besoin pour leur développement et leur 
croissance, chez qui surtout la structure osseuse,, 
semblable à une charpente ruineuse, chancelle et 
menace de tomber. De même que les mères font 
prendre à leurs nourrissons de la bouillie, nourri- 
ture parfaitement accommodée à leur bouche encore 
dénuée de dents et à leur petit estomac, ainsi je 
nourris d'os pulvérisés les os affamés et débilités, 
pour leur donner de nouveau, à chacun en particuUer- 
et à tous en général, de la consistance. 

Enfin, comme vous l'indique le mélange d'encens,, 
la poudre grise profite surtout aux patients et aux. 
convalescents dont le système vasculaire est consi- 
dérablement affaibli. 

Voilà, ami lecteur, l'énigme de la poudre noire,, 
blanche, grise, dont racontent tant de personnes et 



LES REMÈDES 213 



à propos de laquelle on a tant conjecturé et discuté. 
Croyez-le bien, j'aurais pu m'enrichir rien qu'avec 
ces 3 espèces de poudres. Mais je déteste et condamne 
en principe la médecine occulte et je suis tout à fait 
de l'opinion de ceux qui la stigmatisent comme du 
ravaudage et du charlatanisme. Mes remèdes n'ont 
pas à craindre la lumière du jour la plus éclatante. 
Chacun veuille examiner et choisir ce qui lui con- 
vient. 

45. Prêle des champs. 

{Eguisetum arvense L.) 

Cette plante médicinale, je ne puis assez la recom- 
mander pour son efficacité multiple et supérieure. 
Non seulement elle épure la vaisselle, ce qui la 
fait rechercher par les ménagères ; elle enlève et 
guérit également les souillures du corps, à l'intérieur 
et à l'extérieur. 

La prêle des champs rend, à l'extérieur, des ser- 
vices extraordinaires pour les plaies anciennes, les 
ulcères fongueux, même les lésions cancéreuses, 
jusqu'à la carie des os. Elle a une action détersive, 
résolutive, caustique, sur les parties atteintes. On 
l'emploie ou bien sous forme de décoction pour les 
lotions, les emmaillottements et les compresses; ou 
bien sous forme de cataplasme, en tant qu'on l'enve- 
loppe dans des linges mouillés et qu'on l'applique 
ainsi sur les parties souffrantes ; ou bien enfin sous 
forme de bains de vapeur. Le mode d'emploi est 
indiqué dans les cas particuliers. 

Les services internes de la prêle sont plus mul- 
tiples encore. Une infusion théiforme, qui ne peut 
jamais faire de mal, purifie l'estomac : on en prend 
une tasse de temps en temps (mais pas tous les 



214 DEUXIÈME PARTIE. 



jours). Elle calme les douleurs de la gravelle et de 
la pierre, et remédie principalement aux embarras 
des voies urinaires. Sous ce rapport elle est unique, 
inappréciable. Je ne fais qu'indiquer ici les bains de 
vapeur de prêle, qui sont un médicament spécifique 
pour ces infirmités, si fréquentes et si douloureuses. 
Qu'on ne perde donc pas de vue cette herbe si bien- 
faisante, qu'on peut se procurer avec tant de facilité ! 
Ceux qui souffrent du mal dont nous parlons de- 
vraient boire journellement une tasse de thé de 
prêle, indépendamment du traitement externe, peut- 
être nécessaire. 

Dans les saignements et les vomissements san- 
guins la prêle compte parmi les meilleures tisanes. 
Celui qui crache du sang devra en prendre sans 
délai. Je connais des cas où une trêve parfaite est 
intervenue au bout d'un quart d'heure. 

Dans les grands saignements du nez on aspire, 
par le nez, la décoction de prêle, à plusieurs reprises. 
Elle a une action astringente et amène une prompte 
guérison. 

Aux personnes qui souffrent d'un flux de sang je 
recommande 1-2 tasses de prêle par jour. 

Veuillez avoir dans votre pharmacie domestique 
une quantité notable de prêle des champs, pour que 
vous en trouviez sous la main dans les cas de néces- 
sité, qui peuvent survenir quand on y pense le 
moins. 

46. Primevère. 

{Primula officinaïis L.) 

Il n'y a que la primevère d'un jaune foncé qui ait 
une valeur pharmaceutique. Déjà son parfum trahit 
la présence d'un suc médicinal. Si vous mâchez 2-^ 



LES REMÈDES. 215 

de ces corolles tabulées, vous vous rendrez compte 
du nectar salutaire qui y est caché. 

Si vous avez une prédisposition à l'arthrite (rhuma- 
tisme articulaire et goutte) ou que vous souffriez déjà 
de cette maladie, buvez pendant un certain temps de 
la tisane de primevère, chaque jour une tasse. Les 
douleurs seront atténuées et finiront par s'éteindre. 

47, Prunelle. 

{Prunus spinosa L.) 

Les fleurs de prunelle forment le laxatif le plus 
inoffensif et devraient se trouver, en première ligne, 
dans chaque pharmacie de famille. Que de fois ne 
sentez-vous pas l'utilité ou même le besoin d'une 
purge ! L'état de l'estomac ou du bas-ventre ou en- 
core l'état général de votre santé vous le dit. C'est 
alors qu'on va à la recherche d'un médicament léger; 
on cherche, et on pourrait si facilement l'avoir sous 
la main. 

Prenez donc ces fleurs de prunelle, faites les bouil- 
lir pendant une minute et buvez-en, 3-4 jours durant, 
une tasse par jour. Cette infusion agit tout douce- 
ment, sans aucune incommodité, aucun ennui; et 
pourtant elle purge à fond. 

Je recommande le même médicament comme sto- 
machique, épurant et fortifiant l'estomac. 

48. Résine ou grains d'encens. 

Comme le cierge laisse dégoutter la cire, ainsi 
l'écorce du sapin ou du pin fait tomber la résine par 
petites gouttes. Quiconque se promène dans la forêt, 
en été ou en automne, peut constater ce phénomène. 
Les perles de résine, semblables à des larmes res- 
tées suspendues dams leur chute, ont la blancheur 



216 DEUXIÈME PARTIE. 

de la cire, la clarté du miel et la fraîcheur de l'eau 
de source. 

La résine est comme le sang du sapin ou du pin, 
et arrive-t-il que vous blessiez un peu profondément 
l'un de ces arbres, il saignera abondamment. 

Cette résine, si foncièrement gluante et renfermant 
en apparence des éléments précieux et grenus, doit 
avoir une vertu tout à fait particulière. En effet, si, 
pendant un certain temps, vous prenez journelle- 
ment 5-6 petites boules ou larmes de résine, de la 
grosseur d'un pois, vous vous fortifierez la poitrine 
et le système vasculaire. 

J'ai connu un prêtre très affaibli, qui prenait 
chaque jour une bonne quantité de suc résineux : 
a Voilà, disait-il, le sirop de santé auquel je dois le 
bon état de ma poitrine. » 

A défaut des pilules de résine, quand la forêt est trop 
éloignée, on se sert de grains d'encens blanc ; l'encens 
n'est en somme que de la fine résine. Six ou huit grains 
d'encens pris journellement, pendant une certaine 
période , constituent une excellente cure pectorale. 
Ne craignez pas que la résine soit indigeste, quoi 
qu'en puisse dire une imagination exaltée. La nature 
élabore parfaitement les articles de cette espèce. 

49. Romarin. 

{Eosmarinus officindlis JD.) 

Aux jours de noces et aux grandes solennités tout 
invité est tenu de porter un petit bouquet de roma- 
rin. De même il serait malséant d'avoir une phar- 
macie domestique privée de cette plante aromatique. 

Le romarin est un excellent stomachique. Apprêté 
et bu sous forme de thé, il débarrasse l'estomac des 
obstructions, remet l'appétit et la digestion. 



LES REMÈDES. 217 



Aimez-vous voir parader sur votre table un verre 
à médecine, ce grand consolateur des souffrants? 
Remplissez-le de thé de romarin et prenez-en matin 
et soir 2-4 cuillerées. L'estomac entendra bientôt 
raison, c'est-à-dire sera rendu à la liberté. 

Le vin de romarin, pris en petites portions, a fait 
ses preuves dans les maladies du coeur. Il a une 
action calmante et provoque, dans l'hydropisie du 
cœur, une sécrétion abondante par les voies uri- 
naires. Il rend les mêmes services dans l'hydropisie 
en général. 

Dans chacune de ces deux maladies on prend 
matin et soir 3 ou 4 cuillerées ou un petit verre 
de cet agréable breuvage, auquel on sera bientôt 
habitué. 

La préparation du vin de romarin est fort simple : 
on coupe une poignée de romarin en petits morceaux, 
que l'on dépose alors dans une bouteille, et l'on 
remplit de bon vin vieux. (Le vin blanc est le meil- 
leur.) Au bout d'une demi-journée on peut utiliser 
le vin de romarin, après avoir décanté. 

On peut employer les mêmes feuilles pour une 
seconde opération. 

50. Rue. 

(Buta graveolens L.) 

La rue fétide ou puante est trop peu connue, c'est- 
à-dire qu'on ignore les vertus médicamenteuses de 
cette précieuse plante. Les plantes nous parlent par 
leur senteur. Or, la rue nous témoigne clairement, 
par son odeur pénétrante, la bonne volonté qu'elle a 
de soulager les hommes, pour qui elle a été créée, 
et de calmer leurs différentes douleurs , comme si 
chaque feuillette de cette plante était une petite 



218 DEUXIÈME PARTIE. 

langue. Si seulement nous comprenions toujours ce 
langage ! 

La rue est, dans toutes ses applications, un tonique 
analeptique, c'est-à-dire qu'elle ranime et fortifie. 
Mâchez rien qu'une feuille, et vous éprouverez 
sur-le-champ cette action sur votre langue, tandis 
que son parfum délecte la bouche et s'y maintient, 
comme l'odeur dq l'encens répandue dans une maison. 

L'infusion de rue manifeste ses vertus excellentes 
dans les congestions (affluences du sang vers la 
tête), les pesanteurs de tête, les étourdissements et 
les vertiges, comme aussi dans les difficultés de la 
respiration, dans les battements de cœur, dans les 
embarras du bas-ventre, dans toutes les indisposi- 
tions qui proviennent de la faiblesse de l'organisme 
général ou d'un organe particulier. Je recommande 
ce thé surtout aux personnes dont l'état trahit une 
prédisposition à ces sortes de maux, aux crampes, 
à l'hystérie, etc.. 

Si vous avez fait macérer de la rue dans l'alcool, 
vous pourrez, dans les cas indiqués, en place du thé, 
prendre chaque jour 2 fois (au plus) 10-12 gouttes 
d'extrait de rue sur un morceau de sucre. 

On prend de la même manière l'huile de rue, qui 
se prépare ainsi : on fait sécher des feuilles de rue, 
puis on les écrase, on les met dans un bocal, on les 
arrose d'une huile fine à salade et on expose le bocal 
à la chaleur pendant un temps assez considérable. 
Plus tard on décante le contenu et on en use par 
gouttes, comme il est dit ci-dessus. 

51. Santal. 

Le santal ou la santaline est une poudre rouge- 
qui sert, à proprement parler, à la teinturerie. On 



LES REMÈDES. 219 



peut l'acheter à la pharmacie. — Je mélange tou- 
jours cet inoffensif médicament avec le thé de gui, 
à la dose de 2 pincées sur une cuillerée de feuilles 
de gui; on renforce, de cette manière, l'efficacité 
du gui. 

52. Sauge. 

(Saïvia officinaUs L.) 

Aucun propriétaire de jardin n'oubliera, en le cul- 
tivant, d'y planter un pied de sauge : c'est une jolie 
plante d'agrément. Bien des fois j'ai remarqué que 
les passants en prenaient une feuille, pour s'en frot- 
ter les dents noircies. Cela indique que la sauge a 
une vertu détersive. 

Les plaies anciennes et suppurantes, lotionnées 
avec une décoction de sauge et pansées ensuite, 
guérissent certainement et rapidement. 

Le thé de sauge fait disparaître les engorgements 
du palais, de la gorge et de l'estomac. 

La sauge, infusée dans l'eau et le vin, purifie le 
foie et les reins. 

L'effet devient plus sensible, si on a soin d'ajouter 
à la sauge une égale portion d'absinthe et de pré- 
parer le mélange en forme de thé. 

La poudre de sauge, répandue sur les aliments, 
comme on fait avec le poivre, le sucre, la cannelle, 
rend les mêmes services que le thé dans les infirmi- 
tés susnommées. 

53. Son. 

A. — Le monde a souvent une conduite peu rai- 
sonnée. Pour n'en donner qu'un petit exemple, je 
citerai la manière dont on utilise le son. Chaque 
servante jette le son aux porcs, et cependant le son 



220 DEUXIÈME PARTIE. 



renferme plus de substance saine et nutritive que 
la farine elle-même. Bien autrement intelligente 
serait la mère de famille qui mettrait en réserve 
le son si substantiel et si thérapeutique, pour le faire 
consommer à ses enfants chétifs. 

Les personnes débiles, les convalescents et les 
enfants, n'aiment rien tant que les aliments faciles 
à digérer. Or, rien de plus digestif, même pour la 
nature la plus faible, qu'une décoction de son, qui 
est comme l'essence du grain lui-même.^ 

Prenez du son de froment ou de seigle et faites 
cuire dans l'eau pendant trois quarts d'heure. Alors 
exprimez le son, mélangez du miel dans la dé- 
coction et faites cuire encore pendant un quart 
d'heure. La boisson est alors prête, et le patient 
devra en prendre deux fois par jour, chaque fois un 
quart de litre. Le pain blanc trempé dans ce jus 
doux a très bon goût. Je ne connais pas de meilleure 
boisson pour les enfants et les vieillards, qui la 
salueront toujours avec reconnaissance. Cherchons 
tous à devenir plus simples, plus tempérants, plus 
naturels ! Dieu nous vienne en aide ! Nous en aurions 
de grands bénéfices. 

B. — En parlant du son, nous devons dire un mot 
aussi du pain de son. Comment prépare-t-on le pain 
de son et à quoi sert-il ? 

On fait moudre au moulin le froment avec le son. 
Il est vrai que les meuniers n'aiment pas faire cela 
pour les raisons que l'on devine ; on fera donc bien 

* Cela ne doit étonner personne. L'on sait ou Ton devrait 
savoir que la pelure des poires, des pommes, etc., renferme 
plus de substance que la chair des fruits. Le vinaigre, selon 
qu'il est fabriqué de la pelure ou de la partie charnue, fournit 
un argument en faveur de mon affirmation. 



LES REMÈDES. 221 



d'examiner chaque fois la marchandise que l'on 
reçoit. •• 

L'on prend un ou plusieurs kilos de farine de son 
(suivant le nombre de personnes pour lesquelles on 
veut cuire), on pétrit avec de l'eau bien chaude et 
on laisse reposer la pâte pendant la nuit dans un 
]ieu tempéré, sans y mettre jamais ni levain, ni sel, 
ni autre épice. Le lendemain on en fait de petites 
miches oblongues, qu'on enfourne au degré de 
chaleur requis pour la cuisson du pain ordinaire. 
Au bout d'une heure un quart ou d'une heure et 
demie on les retire du four, pour les déposer immé- 
diatement dans l'eau bouillante, où on les laisse 
jusqu'à complète saturation. Après cela on les remet 
de nouveau au four pour un peu de temps, afin de 
les sécher. Cette dernière manipulation m'a été 
enseignée par un prieur de trappistes, qui l'avait 
pratiquée longtemps et de différentes manières : il 
avait fini par constater que cette méthode est la 
meilleure, attendu que de cette façon on extrait du 
son toute sa substance nutritive, et surtout la sub- 
stance sucrée. 

Je connais beaucoup d'hommes qui ont mangé 
avec prédilection du pain de son et qui en mangent 

* Celui qui fait un grand emploi du pain de son pourrait 
se procurer une machine à égruger, pour ne plus être trompé 
par les meuniers. Je connaissais un professeur du Tyrol, qui 
souffrait énormément de l'estomac. Ne pouvant digérer que 
peu d'aliments, il avait fini par devenir extrêmement faible. 
On lui conseilla un jour le pain de son. Il acheta donc une 
petite machine à Vienne, et se mit à la faire fonctionner lui- 
même, tandis que sa brave femme lui pétrissait et cuisait le 
pain. Il se rétablit si bien, et son estomac avec lui, que dans 
la suite il digérait, sans aucune difficulté, tons les aliments. 



222 DEUXIÈME PARTIE. 



encore, parce qu'il leur rend d'insignes services 
dans les embarras gastriques, dans les digestions 
pénibles et contre les hémorroïdes. 

J'en ai connu d'autres qui, à la première bouchée, 
avaient trouvé ce pain fade et insipide et qui plus 
tard le recherchaient avec une certaine passion. 

Le pain de son, une fois cuit, se conserve dans 
un endroit frais. Si la croûte devient trop dure, on 
peut l'envelopper dans un linge humecté. 

54. Sureau. 

(Sanihucus nigra L.) 

Dans les bons vieux temps le pied de sureau se 
trouvait tout à côté de la maison. De nos jours on 
extirpe un peu partout cet arbrisseau, et cependant 
il mérite de redevenir et de rester le voisin le plus 
proche de chaque maison, attendu que tout en lui 
peut servir : les feuilles, les fleurs, les baies, l'écorce 
et les racines. 

Au printemps la nature en bon état, le corps 
cherche à se débarrasser de nombre d'éléments qui 
se sont accumulés pendant l'hiver. Qui ne connaît 
ces indispositions, ces maladies du printemps, 
comme les éruptions, les diarrhées, les coiïques, 
etc.? 

Eh bien ! voulez-vous, au printemps, purifier les 
humeurs et le sang, et évacuer d'une manière facile 
et naturelle les éléments morbides ? Prenez six ou 
huit feuilles de sureau, coupez-les en petits mor- 
ceaux, comme on le fait avec le tabac, et faites 
bouillir pendant environ dix minutes. Tous les ma- 
tins, une heure avant votre déjeuner, vous prendrez 
une tasse de ce thé pendant toute la durée de votre 
cure printanière. 



LES REMÈDES. 223 



Ce simple thé dépuratif nettoie la machine du 
corps humain d'une manière excellente, et remplace 
chez les pauvres gens les pilules et les herbes al- 
pestres qui ont cours, de nos jours, dans de jolies 
petites boîtes et qui souvent produisent des effets 
tout à fait singuliers. 

Ce n'est pas seulement au printemps, mais à toute 
autre saison qu'on peut faire cette cure. Les feuilles 
desséchées fournissent également un bon thé réso- 
lutif et dépuratif. 

Qui n'a déjà mangé du gâteau apprêté aux fleurs 
de sureau? Beaucoup de gens en font précisément 
à l'époque où le sureau en fleurs resplendit dans 
toute son éclatante blancheur, et ils prétendent que 
ces sortes de tartes préservent contre la fièvre. 

Je connais un endroit très visité par les accès de 
frissonnement fébrile. Là, au printemps, on voit de 
ces tartes de sureau, gâteaux fébrifuges, sur chaque 
table. Je n'ai jamais voulu examiner, d'une manière 
critique, cette manière de faire. Ces braves gens 
peuvent s'en tenir à leur croyance, car le mets est 
hygiénique. 

La fleur de sureau est également dépurative, per- 
sonne n'en doute, et il serait bon que chaque phar- 
macie domestique renfermât une boîte de ces fleurs 
à l'état sec. L'hiver est long, et il peut survenir des 
cas où ce petit remède résolutif et sudorifique ren- 
drait les meilleurs services. Au moins ce thé ne 
peut jamais faire du tort. 

Chez les sujets menacés de l'hydropisie, la racine 
de sureau, préparée sous forme de thé, évacue l'eau 
si efficacement, que ce médicament peut difficile- 
ment être dépassé par un autre, et avec cela son 
action est entièrement inoffensive. 



224 DEUXIÈME PARTIE. 

Les baies de sureau, que l'on cuit en automne et 
que l'on mange en forme de rob (marmelade ou com- 
pote), étaient très estimées par les anciens pour leur 
vertu hématocathartique (dépurative ou propre à pu- 
rifier le sang). ^ 

Feu ma mère faisait chaque année, pendant 2-3 
semaines, une cure de sureau. Voilà la raison prin- 
cipale pourquoi nos devanciers, il y a cinquante et 
soixante ans , plantaient toujours au moins quelques 
pieds de sureau devant leur maison. De nos jours 
les grandes familles s'en vont faire, au prix de l'or, 
une cure de raisins dans des contrées souvent éloi- 
gnées, tandis que nos parents et nos aïeux se con- 
tentaient de la cure du sureau, qui les servait chez 
eux à bien meilleur marché et souvent avec bien 
plus de résultat. Il y a quelques années, je passais 
dans une contrée alpestre de l'Autriche : là je vis, 
à ma grande joie, le sureau encore en honneur. 
« Certes, me dit un vieux paysan, nous ne laissons 
pas une baie de cet arbrisseau se perdre. » Comme 
c'est simple et raisonnable ! Les oiseaux eux-mêmes, 
sur le point d'entreprendre leur pérégrination d'au- 
tomne, recherchent encore de tous côtés le sureau, 
pour se purifier le sang et se fortifier la nature en 
vue de leur lointain voyage. N'est-il pas dommage 
que l'homme, à force de science et de progrès, ne 
ressente et n'écoute plus cet instinct naturel, le sens 
hygiénique ? 

Les baies de sureau confites au sucre ou (ce qui 
est mieux) au miel sont en hiver d'une grande utilité 
aux gens qui se donnent peu de mouvement et qui 
sont condamnés à la vie tranquille et sédentaire. 
Une cuillerée de cette confiture, délayée dans un 
verre d'eau, donne le meilleur breuvage réfrigératif, 



LES REMÈDES. 225 



purifie l'estomac, évacue l'urine et agit favorable- 
ment sur les reins. 

Beaucoup de gens de la campagne font sécher les 
baies, et celles-ci, soit comme marmelade, soit 
comme thé, rendent de bons services dans les diar- 
rhées violentes. Vous obtenez le même résultat en 
mangeant les baies à l'état sec. 

C'est parce qu'on ne se souvenait plus des excel- 
lents services de ce fidèle ami de la maison, autre- 
fois si estimé, qu'on l'a mis de côté. Puisse-t-il être 
remis en honneur ! 

55. Tilleul. 

{Tilia grandifdlia et parvifdlia JEhrTi.) 

Ce ne sont que les gens de la vieille école qui 
recueillent encore les fleurs du tilleul, autrefois si 
appréciées. Ils ont parfaitement raison; je désire 
qu'ils restent fidèles à cet usage. 

L'infusion des fleurs du tilleul est, à côté de celle 
des fleurs du sureau, la meilleure tisane diaphoré- 
tique (sudorifique). On me trouvera singulier, mais 
je ne puis approuver la manière dont on provoque 
trop souvent la transpiration : on l'extorque, pour 
ainsi dire, au corps que l'on torture. En place des 
bains de vapeur, qui excitent ou remplacent la 
transpiration, je fais volontiers usage des fleurs de 
tilleul, sous forme de tisane. Celle-ci aune efficacité 
remarquable contre la vieille toux, contre les en- 
gorgements des poumons et des bronches , contre 
les embarras du bas-ventre provenant d'un engor- 
gement des reins. 

Au lieu des fleurs de tilleul, j'emploie souvent le 
mille-pertuis avec ou sans mélange de mille-feuille. 
(Voir mille-pertuis.) 

15 



226 DEUXIÈME PARTIE. 



56. Trigonelle-fenugpec. 

{Trigonélla fœmim grœcum L.) 

Avec les graines de la trigonelle on obtient une 
poudre, qui n'est pas inconnue à ceux qui ont déjà 
profité de ma cure d'eau. Ils savent l'apprécier et 
l'utilisent beaucoup. Qu'on ne craigne rien, la poudre 
du fenugrec est tout à fait inoffensive. 

Apprêtée sous forme de thé, elle a une action ra- 
fraîchissante dans les fièvres aiguës. 

Dans les maladies de la gorge, accompagnées de 
grands échauffements dans la gorge, l'infusion de 
trigonelle sert de gargarisme. Une petite cuillerée 
de cette poudre suffît pour une tasse moyenne de 
tisane, que l'on prend par grandes cuillerées d'heure 
en heure ou que l'on utilise comme gargarisme. 

Quant à l'usage externe du fenugrec, je ne connais 
pas de meilleur remède pour la résolution des 
tumeurs et des abcès. Il agit lentement, sans dou- 
leur, mais jusqu'à entière disparition de la der- 
nière parcelle de pus. On en fait, comme avec les 
graines de lin, une bouillie huileuse, que l'on met 
dans de petits morceaux de linge, en guise de cata- 
plasme. 

Quand on a des ulcères aux pieds ou aux jambes, 
ces sortes de topiques font disparaître l'inflamma- 
tion aux bords des ulcères et empêchent la formation 
de la chair putride et même l'infection purulente du 
sang. J'attire sur cette dernière application du 
fenugrec l'attention particulière des personnes 
qui souffrent souvent et beaucoup des ulcères aux 
mem})res inférieurs. Le fenugrec s'achète à la phar- 
macie. 



LES REMÈDES. 227 



57. Tussilage. 

{Tussûago petasitis etfarfara.) 

Le Créateur a fait germer tant de plantes très 
peu estimées ou même méprisées au point qu'on 
éprouve un certain plaisir à pouvoir leur donner un 
coup de pied. C'est aussi le sort du tussilage, qui 
passe ordinairement pour une très mauvaise herbe ; 
mais quiconque le commit, l'estime et le traite en 
bo,n ami. Il y a deux sortes de tussilage : le tussilage 
pétasite (froid, hybride) et le tussilage farfara ou 
ordinaire, appelé aussi pas-d'âne. 

Le tussilage, pris en forme de thé, est un excel- 
lent remède béchique, purifiant la poitrine, déga- 
geant les poumons, calmant la toux, soulageant 
l'asthme, notamment quand il y a prédisposition à 
la phtisie. Les feuilles de tussilage peuvent être 
appliquées, à nu ou entre deux linges, sur la poi- 
trine : elles attirent au dehors la chaleur du corps, 
arrêtent l'asthénie (prostration des forces) et éloi- 
gnent les fièvres. Elles exercent aussi une très bonne 
influence sur les plaies suppurantes, dont elles en- 
lèvent l'inflammation et la rougeur, et elles éliminent 
les éléments morbides. 

Ces mêmes feuilles ont une efficacité toute parti- 
culière sur les ulcères des pieds, dont les bords sont 
d'un bleu noirâtre : elles dissipent la chaleur et la 
douleur, et, l'application étant répétée, elles amènent 
la guérison complète. Il faut dire la même chose 
pour le traitement de l'érysipèle et d'autres états de 
maladie semblables. 

Les feuilles de tussilage, séchées à l'ombre et 
pulvérisées ensuite, peuvent aussi être prises, à la 
dose d'une ou de deux pincées chaque fois, à 2-3 



228 DEUXIÈME PARTIE. 



reprises durant la journée. Cette poudre peut égale- 
ment être mélangée aux aliments. 

58. Valériane. 

{Vaïeriana officindlis L.) 

La valériane renferme quelque chose de parti- 
culier : ce sont les chats qui nous l'apprennent, car 
ils se roulent dans cette plante, dont ils sont tout 
étourdis . 

On n'utilise que la racine de la valériane : on la 
découpe pour en faire des décoctions, ou bien on la 
réduit en poudre. Sous les deux formes elle n'est 
prise qu'en petites portions. 

La racine de valériane soulage les maux de tête 
et fait disparaître les douleurs spasmodiques, tout 
comme la rue ; elle a cette efficacité sur ces deux 
infirmités par la raison qu'elle évacue les gaz, qui 
en sont la principale cause. 

59. Violette. 

{Viola odorataL.) 

Inutile de faire l'éloge de cette plante qui, dès le 
premier printemps, apparaît aussi agréable par son 
odeur douce et suave que par sa beauté modeste. 
Elle rampe à terre et se cache sous un feuillage 
épais, mais se fait chercher de tous et est appelée à 
remplir de son parfum notre pharmacie domestique. 

Au printemps les enfants ont souvent, à la suite 
des variations fréquentes de la température, une forte 
toux, la coqueluche. C'est alors que la mère, soi- 
gneuse de la santé des siens, fera cuire une poignée 
de feuilles vertes ou sèches de violettes dans un 
quart de litre d'eau et donnera, toutes les 2-3 heures, 
à l'enfant souffrant 2-3 cuillerées de cette décoction. 



LES REMÈDES. 229 



On peut aussi utiliser dans ce but les racines de la 
plante, si on se donne la peine de les piler avant la 
cuisson. Les adultes guérissent la coqueluche invé- 
térée en prenant 3 fois par jour une tasse de la 
même tisane. 

Les phtisiques s'en servent également pour adou- 
cir la toux et résoudre le flegme. C'est une véritable 
médecine, dont il faut prendre, toutes les 2-3 heures, 
3-5 cuillerées. 

Cette même tisane rend service pour les maux 
de tête et les grands échauffements de la tête. En 
même temps on y trempe un linge et on l'applique 
sur le front, ou bien on s'en lave la tête, surtout 
l'occiput. Je sais des cas où le soulagement et le 
sommeil ne tardèrent pas à se présenter. 

Dans les enflures du cou l'infusion de violettes est 
un gargarisme éprouvé ; on applique en même temps 
un maillot, consistant dans un linge imprégné de " 
cette infusion (non de l'eau ordinaire) et roulé autour 
du cou. 

Si la respiration est gênée par suite d'une accu- 
mulation de gaz et d'éléments morbides dans l'esto- 
mac et dans les intestins, on fera une petite cure 
de violettes, en buvant journellement, durant un 
certain temps, 2 grandes ou 3 petites tasses de notre 
tisane de violettes. 

Les feuilles de violettes, écrasées et appliquées 
en forme de cataplasme, rafraîchissent et dissolvent 
les tumeurs ardentes. Une décoction de ces feuilles, 
faite dans le vinaigre, sert, sous forme de compresse, 
à guérir la podagre (goutte aux pieds). 

Réjouissez-vous du parfum et du bleu ravissant 
de la violette ! Mais conservez aussi une petite pro- 
vision de cette plante médicinale dans votre phar- 



230 DEUXIÈME PARTIE. 

macie de famille, afin qu'elle délecte le malade, 
même au temps où la fleur printanière ne vit plus l 



APPENDICE. 

Contenu d'une petite pharmacie de famille. 

1. Teintures provenant de: absinthe, arnica^ 
chicorée, genièvre, gentiane, myrtille, romarin. 

2. Thés provenant de : absinthe, althée, angélique, 
ansérine, aspérule, bouillon-blanc, camomille, cen- 
taurée, chicorée, écorce de chêne, eufraise, fouille- 
régulateur, fraise, genièvre, gratte-cul, gui, hièble, 
mauve, ménianthe, menthe, mille-feuille, mille-per- 
tuis, ortie, plantain, prêle, primevère, prunelle, 
•pulmonaire, sauge, sureau, tilleul, tussilage, valé- 
riane, violette. 

3. Poudres provenant de : absinthe, aloès, alun^ 
angélique, charbon, craie, eufraise, fenouil, fenu- 
grec, graines de lin, hièble, menthe, os, santal, 
sauge, tussilage, valériane. 

4. Huiles provenant de: Amande, anis, camphre, 
fenouil, genièvre, girofle, lavande, olive, rue. 



^^^%<?^»p>^>^^ 



TROISIEME PARTIE. 



MALADIES. 






NOTIONS PRELIMINAIRES. 



I^^ES cas de maladie que je vais citer et énumérer 
^^ ne sont pas imaginaires ; ce sont des faits réels, 

^M observés dans la vie pratique, et je garantis 
l'exactitude du nom de toutes les personnes 
nommées ou alléguées, qui désirent non point faire 
du bruit, mais instruire et rendre service. 

Je sais fort bien que cette troisième partie de mon 
travail est très défectueuse, qu'elle est loin de trai- 
ter toutes les maladies. C'est, en partie, le temps 
qui m'a empêché d'aller plus loin, et, en somme, je 
n'ai pas voulu agir autrement. Je n'ai pas voulu faire 
une simple et sèche nomenclature des différentes 
infirmités et de leurs remèdes ; eu égard aux lecteurs 
que j'avais tout d'abord en vue, j'ai préféré décrire 
les cas cités dans le style de la conversation, de 
manière toutefois que chaque cas particulier four- 
nît un enseignement sur les symptômes de la ma- 
ladie à guérir et sur le bon choix des applications. 

Le jardinier, pour faire un bouquet, ne prend ni 
de toutes les fleurs ni de chaque sorte la même 
quantité; de même moi aussi je ne me suis arrêté, 
sur le terrain des maladies , qu'à celles qui nous 
visitent le plus fréquemment et, parmi elles, je me 



234 TROISIÈME PARTIE. 



suis contenté de traiter les cas qui me paraissaient 
les plus instructifs. Ai-je réussi? Je ne le sais ; l'in- 
tention, du moins, était bonne. Au reste, je suis 
persuadé que, si vous avez de la bonne volonté et 
que vous soyez libre de préjugés, vous trouverez 
dans le sable plus d'un grain d'or. 

Dans l'avant -propos j'ai parlé de ma manière 
d'écrire; ici je ne veux que faire remarquer qu'en 
raison de la clarté je me suis quelquefois répété 
dans les procédés d'application, pour lesquels il 
sera toujours bon de consulter la première partie. 

Ami lecteur, les maladies sont des croix î Chacun 
de nous aura, tôt ou tard, à porter au moins une de 
ces croix, et peut-être longtemps. Mais il nous est 
permis de chercher à alléger ces croix. Déjà le 
prophète EMsée, voulant guérir de la lèpre Naaman, 
général syrien, lui dit : « Allez-vous laver sept fois 
dans le Jourdain, et votre chair sera guérie et de- 
viendra pure. » 

Bénissez, Seigneur, ma bonne intention, ma 
volonté de donner un coup de main à beaucoup de 
porte-croix, dont le fardeau est quelquefois bien 
lourd I 






MALADIES. 



I. MALADIES DES OS. 



^ES affections morbides des os, dont nous allons 
parler, sont : la carie, Yexostose, la lésion 
de la colonne vertébrale et le rELchiiisme, 



I. Carie des os. 



i 



Un monsieur de la haute société eut un orteil 
malade. Pensant que l'ongle avait été endommagé, 
il n'y ajouta aucune importance. L'orteil cependant 
s'enflamma et rendit l'appel du médecin nécessaire. 
Celui-ci prescrivit, durant plusieurs semaines, dif- 
férents remèdes. L'orteil n'a rien, pensait-il, quoique 
l'inflammation eût augmenté et que tout le pied fût 
enflé au point qu'il ne pût servir ni à marcher ni à 
se tenir debout. Le patient ne soupçonnait pas ce 
qui était arrivé, jusqu'à ce qu'un beau jour deux 
morceaux d'os vinrent à se détacher. Là-dessus il 
se méfia de son pied et de toutes les personnes qui 



236 TROISIÈME PARTIE. 

l'avaient cru et déclaré en très bon état. Cet homme 
me connaissait et il vint me prier de pourvoir. La 
carie était survenue. Je préparai aussitôt une décoc- 
tion de prêle des champs, j'y trempai des linges 
et j'en entourai le pied malade sur toute l'étendue 
de l'enflure. En très peu de temps la tuméfaction et 
la carie encore récente avaient disparu ; la plaie du 
pied se referma et le membre guéri put servir comme 
auparavant. 

Au bout d'un an environ le terrible mal apparut 
derechef^ cette fois à l'autre pied et de nouveau au 
grand orteil. Le médecin opéra l'orteil et employa 
des remèdes caustiques pour refermer l'incision. 
Durant le temps de la guérison le patient ressentit 
à l'autre pied une douleur continue, analogue à celle 
qu'il avait soufferte avant l'apparition du premier 
mal. La guérison de l'orteil avança et finit par être 
déclarée complète et réussie, quoique l'orteil opéré 
et guéri restât de la moitié plus gros et toujours un 
peu plus rouge que l'autre. Le personnage, tout ar- 
dent à sa charge, put marcher et travailler, et que 
voulait-il de plus? Quant à moi, je fus évité comme 
un homme qui dit franchement la vérité, et je ne 
fus plus consulté. Je n'en étais pas fâché ; car, dans 
une consultation j'aurais été obligé de déclarer que 
la maladie était levée en partie, mais pas éloignée. 
Il en dut résulter, tôt ou tard, un développement de 
la carie. Je ne m'étais pas trompé, ma prévision 
s'accomplit. Comment fallait-il traiter le pied ? De 
toute nécessité les deux pieds devaient être traités 
en même temps, et le traitement ne pouvait cesser 
que lorsqu'il ne paraîtrait plus la moindre petite 
tache d'un rouge douteux et que toute trace de 
douleur aurait disparu. 



MALADIES. 237 



Le traitement consista en maillots de pieds, trem- 
pés dans une décoction de paille d'avoine : les pieds 
furent enveloppés plusieurs fois par jour, et les 
linges d'application dépassèrent un peu les parties 
malades et endolories. La guérison complète et 
réelle ne tarda pas trop longtemps à se présenter. 

D'où vient-il que dans notre cas la carie se soit 
mise justement dans les pieds et non point, p. ex., 
dans les mains ou les bras ? C'est que ce monsieur 
avait fait autrefois une longue et grave maladie, 
dont les suites consistaient dans une grande faiblesse, 
qui se manifestait surtout dans les pieds. Il est pos- 
sible qu'il y soit resté quelque matière morbifique et 
virulente. Toujours est-il que chez ce convalescent 
les pieds, à cause du lourd fardeau (ils ont constam- 
ment à porter le corps, et parfois quel corps!), n'a- 
vaient jamais pu se refaire convenablement et que, 
étant par conséquent la partie faible du corps, ils 
succombèrent facilement aux attaques des éléments 
délétères. 

Notre homme vit encore. Qu'il soit sur ses gardes, 
s'il ne veut plus être repris de la carie des os. Qu'il 
suive, aux moindres symptômes, mon bienveillant 
conseil et qu'il n'hésite pas à user des compresses 
trempées dans une décoction de prêle ou de paille 
d'avoine. Sera venientihus ossa ! Comme il est lati- 
niste, il sourit et me comprend. Si vous ne savez 
pas le latin, ne vous creusez pas la tête et ne vous 
faites pas des soucis, si cette fois, contre mon habi- 
tude, je ne traduis pas les mots étrangers. 

Je passe d'autres cas de carie des os, parce qu'ils 
concernent des personnes jeunes, chez lesquelles, 
dès le début du mal, la guérison s'opère facilement 
et promptement. 



238 TROISIÈME PARTIE. 



2. Exostose. 

Il se produit souvent des tuméfactions dures au- 
tour des os, surtout à la mâchoire inférieure, à la 
cheville, au genou, etc.. L'on dirait que l'os lui- 
même s'est développé. Cette affection n'est pas sans 
gravité : car, la plupart du temps, elle rend le corps 
fiévreux et ne se laisse guérir que lentement (2-3 se- 
maines). Le traitement de ces tuméfactions osseuses 
exige toujours beaucoup de circonspection, non 
moins que de promptitude énergique. Si l'on procède 
avec négligence, la carie peut s'y mettre, et alors 
la guérison n'est plus facile, souvent impossible. 

Les remèdes les plus efficaces consistent dans des 
compresses appliquées sur la partie enflée et chan- 
gées 2, 3 ou 4 fois. Ce qui m'a toujours donné les 
meilleurs résultats, ce sont les compresses trempées 
dans une décoction de fleurs de foin ou de paille 
d'avoine, puis les emplâtres de fenugrec cuit et de 
fromage à la pie. 

Pour l'exostose à la cheville, le maillot inférieur 
et le demi-maillot rendront de bons services et accé- 
léreront la guérison; pour l'exostose au genou, ce 
serait l'emmaillottement de la jambe entière. Une 
seule de ces applications suffit en une journée. 

3. Colonne vertébrale. 

Un officier supérieur du train s'était enfoncé une 
vertèbre du rachis et, au dire des médecins, telle- 
ment lésé la moelle épinière que, la plupart du 
temps, il avait à endurer les plus horribles douleurs 
et que son état n'était supportable que par mo- 
ments. Si cette infirmité lui causait des douleurs, 
elle exerçait une action plus funeste encore sur 



MALADIES. 239 



l'esprit et le moral. Il consulta les premiers méde- 
cins de la capitale, mais' aucun ne put le secourir. 
Le plus célèbre de la ville et du pays lui déclara 
même qu'il n'avait plus à espérer de guérison et que 
le temps amènerait la phtisie. 

Dans cet état l'officier malade chercha son salut 
dans l'eau, qui le rétablit en 6 semaines. A l'heure 
qu'il est, 20 ans plus tard, il jouit encore d'une bonne 
santé. La maladie de l'esprit a disparu complète- 
ment avec la maladie physique. 

Je ne sais plus exactement quelles applications 
d'eau ont été employées dans ce cas spécial. Mais 
si jamais vous deviez, ami lecteur, avoir le même 
mal, je vous conseillerais la cure suivante : Laissez- 
vous revêtir 3 fois par semaine du manteau espa- 
gnol, prenez 3 fois par semaine un demi-bain avec 
lotion du haut du corps et faites-vous, 2 fois par 
semaine, administrer une afïusion supérieure et in- 
férieure. Continuez ce traitement pendant plusieurs 
semaines, mais très ponctuellement. L'organisme 
entier se remettra, se fortifiera, les affections pro- 
venant de la partie lésée et malade partiront l'une 
après l'autre, la vertèbre effondrée restera tran- 
quille et s'ossifiera de la même manière que, dans 
le cas d'une fracture d'os, la partie blessée se cica- 
trise. Je répète : si un organe ou une partie du 
corps est sérieusement malade, tout le corps en 
souffre; l'organisme entier compatit en quelque 
sorte à la douleur du membre, grand ou petit. Jetez 
une pierre à l'eau, et vous verrez toute la surface 
de la rivière ou de l'étang se remuer et former des 
ondulations circulaires. La pierre, c'est la vertèbre 
défoncée; les ondulations douloureuses parcourent 
tout le corps. 



240 TROISIÈME PARTIE. 

Voilà d'excellents conseils pratiques à suivre dans 
les procédés opératoires. En conséquence, il faut 
toujours, dans l'œuvre de la guérison, agir sur tout 
le corps, afin qu'il se fortifie et afin que les parties 
valides soutiennent, servent et soignent en quelque 
sorte les parties malades et débilitées. Les organes 
n'ont-il pas des rapports intimes entre eux? Ce sont 
les membres les plus proches d'une famille, où le 
bonheur ne peut exister qu'à la condition que toutes 
les forces s'unissent et agissent de concert. 

4. Rachitisme. 

Un garçon de 16 ans souffrait du rachitisme, ma- 
ladie causée par le ramolhssement et la déformation 
des os de la colonne vertébrale : il avait le dos 
remarquablement courbé. Plusieurs médecins cé- 
lèbres y avait reconnu une affection de la moelle 
épinière et l'avait traitée sans succès. Finalement 
ils adressèrent le jeune homme à un établissement 
d'orthopédie, où on lui mit un corset et différents 
autres appareils. Le résultat en fut que, après s'être 
rendu péniblement à pied dans cet établissement, il 
en sortit au bout de 17 semaines, appuyé sur deux 
béquilles, et que les médecins déclarèrent qu'il n'y 
avait plus moyen de faire davantage. Un bon ami 
donna Ma cure d'eau au père de cet enfant malade : 
ils pratiquèrent les lotions avec de l'eau et du 
vinaigre, telles qu'elles sont indiquées dans ce livre, 
et parvinrent à rétablir le jeune patient au point 
qu'il put, à l'aide d'une canne, de nouveau marcher 
assez bien. Puis on me l'amena, pour le faire guérir 
complètement. 

Toute la cure fut terminée en 17 jours. Il marchait 
comme tout autre du même âge, sinon avec la même 



MALADIES. 241 



vigueur, du moins avec sûreté, sans canne et sans 
douleur. Voici en quoi a consisté le traitement : On 
lui fit un gilet ou corset d'une grossière toile de lin ; 
on trempait ce gilet dans une décoction de paille 
d'avoine et on en revêtait le patient. Par-dessus le 
,2^ilet mouillé on mettait un gilet sec et on entourait 
le tout d'une couverture de laine. L'appareil restait 
appliqué pendant toute la nuit. Cet emmaillottement 
fut pratiqué d'abord toutes les deux nuits, plus tard 
toutes les trois nuits. En outre, le malade reçut 
chaque jour 2 affusions supérieures et une affusion 
de genoux, remplacées parfois par des promenades 
dans l'eau et un demi-bain. Dans la suite il dut 
encore employer chaque semaine : 2 demi-bains, 
2 affusions supérieures et une fois le corset. 



II. MALADIES DES ARTICULATIONS. 

Les articulations, qui se composent de tissus très 
divers et remplissent des fonctions extrêmement im- 
portantes, sont exposées à de nombreuses et graves 
maladies. Nous ne parlerons que du rhumatisme 
articulaire, de la. goutte et de la tumeur blanche du 



I. Rhumatisme articulaire. 

Un monsieur se présente. Il a l'air malade. Des 
peines diverses et inconnues ont imprimé sur ses 
traits une profonde tristesse. Au premier abord je me 
dis que cet homme souffre ou a souffert beaucoup. 
Son teint maladif est d'un jaune de mauvais augure, 

16 



242 TROISIÈME PARTIE. 

sa tête n'a plus guère de cheveux (à peine la ving- 
tième partie d'autrefois). Lui-même n'a pas encore 
40 ans; c'est un modèle de l'homme sérieux et 
calme, mais aussi, comme je l'ai dit, un martyr. 

Voici ce qu'il me relate : «Jadis j'étais pris souvent 
de douleurs dans le bas-ventre avec de fortes co- 
liques et la diarrhée. Plus tard j'eus une maladie 
des reins, comme disaient les médecins. Quand les 
douleurs indicibles se faisaient sentir, je tournoyais 
comme un fuseau, comme une toupie. Au bout de 
plusieurs années je perdis cette infirmité, mais j'eus, 
par contre, un rhumatisme articulaire. On aurait 
dit que toutes mes anciennes douleurs ensemble 
s'étaient rejetées dans mes membres, et que chaque 
membre en particulier avait sa torture spéciale. J'ai 
employé beaucoup de médicaments; mais la fin de 
tout cela ne fut jamais le soulagement ; l'ancien mal 
persistait toujours. Grâce à de grands efforts et à 
de grands sacrifices, je pus vaquer à mes occupations 
ordinaires jusque dans ces derniers temps ; je ne me 
suis plaint à personne, puisque personne ne me com- 
prit, pas même le médecin. Un seul sait tout ce que 
j'ai enduré, c'est Celui qui a promis la couronne à ceux 
qui souffrent. J'aurais peut-être à ajouter un mot 
encore, c'est que j'avais une sueur sèche aux pieds; 
les remèdes, employés sur le conseil d'autrui, la 
firent disparaître, mais je ne m'en trouvai pas bien. 
J'ai également, sur le désir du médecin, pris des 
bains d'eau minérale ; mais ils firent empirer le mal. 
Ce qui m'était plus pénible que toutes ces souf- 
frances, c'est qu'aux yeux des autres — je le con- 
statais souvent — toute cette histoire n'était pas si 
terrible, que mon excessive sensibilité y jouait un 
grand rôle, et que je devais me surmonter et passer 



MALADIES. 243 



par- dessus ces bagatelles. Souffrir sans trouver de 
compassion nulle part, c'est souffrir doublement.» 

Ce récit, cher lecteur, a duré longtemps ; mais il 
est vrai et instructif. Ne soyons jamais durs et in- 
justes envers les malades ! Un caractère d'une bonne 
trempe ne va pas tout à coup et sans raison se 
lamenter comme un poltron. 

Qui pourrait bien nous indiquer la racine de tous 
ces maux, nous faire voir l'intérieur de ce corps si 
malade? Le secret n'est pas difficile à deviner. Le 
malade lui-même nous a donné les prémisses dans 
son exposé; nous n'avons qu'à en tirer la conclu- 
sion. Le teint jaune, les coliques fréquentes, la 
sueur des pieds refoulée, tout cela nous fait conclure 
à un élément morbifique qui, semblable à un ser- 
pent dans sa cachette, guettait dans les profondeurs 
du corps, dardait parfois sa langue et sifflait, mais 
qui maintenant, dans la dernière attaque, se jette 
sur sa proie, c'est-à-dire saisit tous les membres et 
les infecte de son venin jusque dans les articulations 
et la moelle des os. Ce n'est pas non plus sans rai- 
son que les cheveux tombent d'une tête bien condi- 
tionnée : un ouragan interne doit les secouer, comme 
le vent d'automne secoue des arbres les feuilles 
fanées et desséchées ; ou bien un virus quelconque 
ronge et tue leurs racines. 

Une guérison sérieuse ne sera possible que quand 
ce virus, qui a tout rongé, sera éliminé et que le 
corps sera si bien fortifié qu'il ne permette plus à des 
humeurs aussi funestes de prendre le dessus. C'est 
avec la mort-aux-rats que l'on détruit les rats. Dans 
quelle droguerie acheter le contre-poison que nous 
opposerons au poison de notre cas particulier? Plus 
d'un le paierait à beaux deniers. L'on paie bien cher 



244 TROISIÈME PARTIE. 

des médicaments chimiques, sm^tout quand ils sont 
nouveaux et inconnus ; mais à Celui qui nous pro- 
digue ses dons on donne pour les remèdes naturels, 
qui sont les meilleurs, à peine un froid « Deo gratias, 
Dieu merci ! » 

C'est dans le ruisseau limpide, dans la rivière, et 
à la fontaine que coule le remède si efficace, l'eau. 
Comment l'eau doit-elle guérir? Ecoutez! Quand 
la mère de famille veut blanchir sa toile, elle la 
trempe dans l'eau, l'arrose souvent et l'expose en- 
suite aux rayons du soleil. L'arrosement fréquent 
dissout les éléments bruts et le soleil les extrait 
tous. Quand la toile est blanchie d'un côté, le même 
procédé la blanchira de l'autre. Pour que le blan- 
chissage soit complet, il faut que l'eau et les rayons 
du soleil y pénètrent d'outre en outre, de manière 
qu'il ne reste plus une tache qui ternisse l'éblouis- 
sante blancheur de la toile, orgueil de la mère de fa- 
mille. C'est clair. Faisons-en l'application! Le corps 
de notre malade avec son épiderme jaune ressemble 
véritablement à une toile non blanchie. Une partie 
des applications d'eau devra faire pénétrer petit à 
petit jusqu'au plus profond du corps le liquide des- 
tiné à dissoudre les matières brutes, c'est-à-dire les 
substances morbifiques, tandis que l'autre partie 
devra développer le calorique, qui, semblable aux 
rayons ardents du soleil, éUminera ce qui a été dis- 
sous. Autre chose encore. La maîtresse de maison 
se sert parfois de lessive, qui exerce sur la toile une 
action plus vive et plus prompte que l'eau. Nous 
aussi, nous pouvons préparer de ces lessives pour 
servir de résolutifs plus énergiques : nous faisons 
cuire dans l'eau différents végétaux, des plantes, 
et voilà une excellente lessive pour le blanchis- 



MALADIES. 245 



sage du corps, c'est-à-dire pour la guérison des 
maladies. 

Revenons à notre cas. Le malade dut tout d'abord 
se revêtir du manteau espagnol ; puis vint un bain 
de vapeur de la tête avec forte lotion, ensuite un 
bain de vapeur des pieds. Les deux bains de vapeur 
remplacèrent (on peut m'en croire) la meilleure les- 
sive, mais ne purent se succéder qu'à des intervalles 
bien réglés. Car, plus le corps est traité avec ména- 
gement, plus la nature supportera et plus elle aidera 
à éliminer les éléments morbides. Après cela le ma- 
lade prit chaque jour, en alternant, soit un demi- 
maillot, soit, pour fortifier la nature, une afîusion 
supérieure et inférieure, et chaque nuit une lotion 
entière, en sortant du lit. Ce traitement fut continué 
pendant 3 semaines. Pendant la quatrième et la 
cinquième semaine, le patient reçut tour à tour 2 
demi-bains, un bain de vapeur de la tête et des 
pieds et le manteau espagnol ; pendant la sixième 
semaine enfin 2 bains chauds avec des bains froids 
alternatifs, un demi-bain et une affusion supérieure 
et inférieure. Pour l'avenir je lui recommandai 
quelques lotions entières et l'afîusion supérieure 
et inférieure une fois par semaine, ainsi que le bain 
chaud sans alternative une fois par mois. 

Même dans ce cas scabreux l'eau ne démentit pas 
la confiance. Cette maladie si grave, qui aurait 
amené sans aucun doute une mort prématurée, dis- 
parut. Le teint frais, les forces perdues revinrent, 
le découragement fit place à un nouvel entrain pour 
les occupations ordinaires . La voix reprit son ampleur 
d'autrefois et me répéta souvent ; « Que Dieu vous le 
rende ! » A Celui dont seul provient la santé et le suc- 
cès elle chanta un joyeux « Gloria,, Gloire à Dieu ! » 



246 TROISIÈME PARTIE. 

Un homme de quarante ans environ avait dans la 
jambe droite de telles douleurs rhumatismales qu'il 
était obhgé de s'appuyer sur une canne pour par- 
courir les plus petites distances. De temps à autre 
il avait aussi des douleurs dans les bras et dans les 
épaules. Il employa toutes sortes de remèdes, mais 
en vain. Il eut recours enfin à l'eau, et au bout de 
6 jours il se trouva passablement soulagé; il conti- 
nua les applications et se rétablit complètement. 
Voici ce qu'il employa : 1) Pendant 6 jours journel- 
lement 2 affusions supérieures et 2 affusions sur les 
cuisses, 2 marches dans l'eau jusqu'au-dessus des 
mollets pendant 1-3 minutes, 1 affusion dorsale et 
1 marche dans l'herbe; enfin un demi-maillot dans 
le courant de la semaine. — 2) Après ces 6 jours 
plus rien qu'une affusion supérieure avec affusion 
des genoux, alternant avec le demi-bain durant une 
minute. 

Un jeune homme de vingt-huit ans me raconta : 
«Depuis deux ans il ne se passe pas une journée 
sans que je souffre. Le mal a débuté dans le dos, 
où j'éprouvais une vive cuisson. La douleur diminua 
peu à peu et se retira davantage dans la jambe 
droite. Je passe souvent des nuits entières sans 
pouvoir dorpiir 2 heures : tantôt c'est la chaleur 
qui me tourmente, tantôt c'est un sentiment de 
froid qui me prend. Dans les commencements j'ai 
consulté plusieurs médecins, mais sans résultat. On 
me faisait aussi parfois des injections qui calmaient 
les douleurs pour quelque temps ; mais presque 
chaque fois celles-ci revinrent plus fortes. Comme 
4es médecins ne pouvaient me guérir, j'ai eu recours 
aux charlatans, qui me firent des frictions et des 



MALADIES. 247 



ablutions avec des spiritueux. Tout ce que j'ai fait 
a été inutile. Maintenant je désirerais faire un essai 
avec l'eau. » 

Je lui prescrivis le traitement suivant : 1) le ma- 
tin à 8 heures une affusion supérieure avec 2-4 arro- 
soirs d'eau froide; 2) à 10 heures une affusion des 
cuisses; 3) à 2 heures de l'après-midi encore une 
affusion des cuisses et 4) dans la soirée une marche 
dans l'eau. 

Voilà pour le premier jour. Second jour : le matin 
marche dans l'eau, à 10 heures affusion des cuisses, 
à 2 heures affusion dorsale et à 5 heures du soir 
bain de siège. 

Troisième jour : le matin demi-bain, à 10 heures 
affusion supérieure, à 2 heures affusion des cuisses, 
à 5 heures marche dans l'eau. 

Quatrième jour : le matin affusion des cuisses, à 
10 heures demi-bain, dans l'après-midi affusion dor- 
sale, le soir marche dans l'eau. 

On continua ainsi pendant 12 jours, et le malade 
se trouva guéri. Pour fortifier le corps, que les dou- 
leurs avaient débilité, notre jeune homme dut encore 
chaque semaine, pendant un espace de temps con- 
sidérable, prendre 1 ou 2 demi-bains et marcher 1 
ou 2 fois dans l'eau. 

Le comte de N. souffrait de rhumatisme depuis 
35 ans. En 1854 il prit les eaux à Aix-la-Chapelle 
et en éprouva du mieux. La campagne de 1870 
à 1871 lui attira de nouveau, par suite des nombreux 
bivouacs, de violentes douleurs rhumatismales sur 
tout le corps. Cette fois encore les eaux d'Aix-la- 
Chapelle lui firent beaucoup de bien. Mais voilà que 
survinrent des rechutes ; le patient fit une saison 



248 TROISIÈME PARTIE. 

à Aibling, puis retourna à Aix-la-Chapelle où, cette 
fois, les bains chauds de longue durée le débilitèrent 
énormément et le réduisirent à un état lamentable. 
Finalement, ne trouvant nulle part du soulagement, 
il prit le parti d'essayer la cure d'eau. 

Le malade vint chez moi le 20 juin 1887, après 
avoir gardé le lit pendant 2 mois : il était criblé de 
rhumatismes dans les articulations des pieds, des 
genoux, des mains, des épaules, partout. Le bras 
droit était très enflé depuis les doigts jusqu'au- 
dessus du coude, les articulations ne remuaient 
plus ; les genoux, également enflés, refusaient tout 
service. Le personnage, grand et beau, était passa- 
blement épuisé par les longues douleurs. 

Je lui prescrivis : 1) deux fois par semaine un 
maillot d'une heure et demie depuis les aisselles 
jusqu'aux pieds, maillot trempé dans une décoction 
de paille d'avoine, de fleurs de foin et de feuilles de 
pin, à la température de 30° R. ; 2) chaque matin et 
chaque soir enveloppement du bras enflé dans la 
même ou une semblable décoction pendant 1-2 
heures ; 3) dans la semaine deux bains entiers aux 
herbes avec 3 alternatives ; 4) trois fois par semaine 
le châle pendant une heure. 

Au bout de quinze jours le patient sentit un mieux 
très considérable. Il rentra chez lui et employa 
encore: 1) l'emmaillottement du bras comme ci- 
dessus ; 2) le bain entier aux herbes avec alterna- 
tive, une fois par semaine ; 3) chaque semaine 3-5 
bains de siège de la durée de'2 minutes. 

Ce traitement amena le dégonflement complet du 
bras et des genoux, et rétablit le mouvement. Pour 
rendre la santé parfaite, le mois de septembre 1887 
fut consacré aux applications suivantes: 1) bain 



i 



MALADIES. 249 



chaud de la main, enveloppement de la main dans 
des fleurs de foin renflées et immédiatement après 
ablution froide de la main ; 2) bain de siège, 3-4 fois 
par semaine ; 3) bain aux herbes avec 3 alternatives, 
une fois par semaine, et 4) afïusion supérieure, 4 fois 
par semaine. 

Le résultat de cette cure fut très favorable: le 
gonflement et la douleur quittèrent entièrement les 
articulations, la raideur et la gêne des mouvements 
disparurent, et l'état général de la santé devint 
excellent. M. le comte est si bien portant que, sans 
se fatiguer, il peut marcher des heures entières et 
prendre, part, au grand étonnement de tout le monde, 
à des chasses qui durent 9 jours de suite. Il est un 
chasseur passionné. 

Pour rester en bonne santé, il est obligé de faire 
tous les jours un exercice dans l'élément humide : 
un demi-bain, ou un bain entier, ou une promenade 
dans l'eau. 

2. Goutte. 

Si en automne vous allez à la campagne, vous 
verrez ça et là les gens répandre leur fumier. Dans 
ces derniers temps ils ont adopté une nouvelle mé- 
thode qui échauffe la bile et fait bouillonner le 
sang à tout vrai cultivateur : ils ne distribuent pas 
également, comme jadis, la nourriture au sol affamé ; 
mais, par suite d'une routine inouïe, ils jettent au 
hasard à une motte 2-3 portions, tandis qu'ils en 
font jeûner d'autres pour toute une année. Tout ce 
travail ressemble au vilain jeu de la taupe. Cela 
produira au printemps des bourbiers putrides en- 
gendrant une végétation luxuriante, à côté d'un 
voisinage triste et maigre, qui à la suite de ce trai- 
tement injuste ne rapportera rien aux greniers. 



250 TROISIÈME PARTIE. 



Cette image convient parfaitement pour la ma- 
ladie de la goutte. En effet, ce qu'est l'engrais 
au champ et à la prairie, la nourriture l'est à 
l'homme. Peut-on se demander un instant s'il y a 
inégalité entre les différentes conditions de la vie? 
L'un nage dans l'abondance journellement et à 
toute heure, pour l'autre c'est, bon an mal an, 
toujours le carême. De quel dîner parlez-vous? 
demandait quelqu'un : ce n'est pas un jeûiie de 40, 
mais de 365 jours. Si journellement et à toute heure 
vous accordez trop à votre champ , c'est-à-dire 
à votre corps, si vous lui en donnez tant que la 
nature ne peut plus le maîtriser et que les organes 
sont impuissants à l'élaborer, quelle doit en être 
la conséquence ? Les os, par exemple, ont besoin 
de soufre et de chaux pour leur structure. Or, par 
une nourriture substantielle et copieuse, oii assemble 
peut-être tant de matériaux qu'on pourrait en faire 
et construire 2 ou 3 corps. Qu'arrivera-t-il et que 
doit-il arriver? Il en naîtra ici des bourbiers (du 
sang épais), là des marais (mauvaises humeurs) , 
ainsi que des amas de sable, de décombres, de 
chaux et de pierres autour des os. 

Les articulations se gonflent, l'inflammation s'y 
déclare, et c'est un supplice long et horrible jusqu'à 
ce que ces nodosités cartilagineuses et osseuses de 
la goutte soient pour ainsi dire consumées par la 
douleur elle-même et écartées d'une autre façon. 
Autant le tourment est intense, autant le monde a 
généralement peu de pitié des podagres bien nourris. 
Ce n'est pas chrétien, mais parfois très naturel. 
Les gens disent : « Il a eu la jouissance, il en porte 
maintenant les suites fâcheuses ! » En attendant les 
pauvres aussi, même les plus misérables, peuvent i 



MALADIES. 251 



avoir la goutte. J'avais dans le temps un domes- 
tique pauvre et excessivement laborieux; il fut 
affecté de la goutte au plus haut degré. Chez lui la 
cause en était le manque de propreté: sa grande 
activité lui faisait négliger les soins hygiéniques. 
Un soufflet crevassé expulse l'air à travers les trous, 
au lieu de le chasser dans les tuyaux d'orgue. De 
même aussi les organes affaiblis et maladifs tra- 
vaillent à l'augmentation de la tumeur, au lieu de 
produire de la chair, font croître le tophus (dépôt 
crétacé dans les articulations, aux extrémités os- 
seuses), au lieu de nourrir les os. 

La goutte peut provenir aussi de l'action du froid 
et de l'humidité, d'un excès de fatigue et d'autres 
causes. La goutte à l'état aigu tourmente beaucoup 
de monde, tandis que la goutte bénigne afflige des 
personnes innombrables. Les uns souffrent aux 
orteils, les autres à la tête, ceux-ci à l'extérieur, 
ceux-là à l'intérieur du corps. 

Je guéris volontiers, et la plupart du temps c'est 
très facile, les gens simples et non encore trop 
amollis, qui sont dociles et ne se plaignent pas de 
chaque piqûre de puce. Mais chez les podagres des 
classes élevées je ne me fais jamais illusion. Ils sont 
pour moi un vrai supplice et ne se laissent presque 
jamais guérir par l'hydrothérapie ; car ils n'obéissent 
point, parce qu'ils subissent déjà le double joug de 
la mollesse et de 1' «hydrophobie»; autrement ils 
retrouveraient la santé comme les autres goutteux. 

Un monsieur d'un rang élevé souffrait depuis 4 
semaines de violentes douleurs aux pieds. Les amis 
le raillaient en le nommant membre de la frairie des 
podagres. Pour cette fois il fut guéri par la transpi- 



252 TROISIÈME PARTIE. 

ration. Mais un an plus tard le mal revint et le cloua 
au lit pour 12 semaines. Il éprouva une vive chaleur 
et il transpira ferme; mais cette eau seule ne le 
guérit pas pour la seconde fois. Il me fit consulter 
en déclarant qu'il ferait tout ce que je désirerais, 
pourvu que cette affreuse infirmité ne revint plus. 
La cure principale fut terminée en peu de semaines. 
De même que la chaux vive, arrosée d'eau, se tu- 
méfie et tombe en poussière, ainsi disparurent sous 
l'action des différentes applications les tumeurs 
goutteuses. Dans la suite le patient reprit de temps 
en temps l'un ou l'autre exercice à l'eau et, autant 
que je sache, le mal ne l'a plus incommodé dans les 
dernières années. Le traitement appliqué est le 
même que celui du cas suivant. 

Un prêtre me fit dire que ses pieds brûlaient 
comme du feu et que le mal était désespérant. Qu'y 
avait-il donc à faire ? Je lui conseillai de faire infu- 
ser dans l'eau chaude des fleurs de foin, puis de les 
comprimer, de les étendre sur un linge, de mettre 
dessus les pieds endoloris et de bien entourer ce 
cataplasme aux herbes. Après 2 heures il dut renou- 
veler le topique, c'est-à-dire tremper de nouveau les 
mêmes fleurs de foin dans la même décoction, les 
presser et les remettre. Il importe fort peu, la seconde 
fois, que les fleurs de foin soient appliquées à l'état 
tiède ou froid. Le malade suivit mon conseil pendant 
plusieurs jours. Dès la première demi-journée déjà les 
principales douleurs avaient disparu, et après 3 jours 
il n'en resta plus trace. 

A défaut de fleurs de foin, on se servira de paille 
d'avoine et on trempera dans la décoction obtenue 
les maillots à mettre autour des pieds. Cette herbe 



MALADIES. 253 



aussi est pour les cas de goutte d'un excellent effet. 
Remarquez bien que dans ces affections j'exerce de 
préférence une action chaude ou plutôt résolutive. 
Ici il faut prévenir contre une illusion. Le malade 
est disposé à croire qu'il est entièrement guéri, dès 
que les pieds ne le font plus souffrir. Ce serait une 
grande faute que de se relâcher en ce moment. 
Aux enveloppements des pieds doivent succéder 
au moins quelques applications sur tout le corps, 
afin d'en extraire le mieux possible tous les élé- 
ments morbides. Le manteau espagnol, employé 2-3 
fois par semaine , pendant 1 heure et demie ou 2 
heures chaque fois, rendra les meilleurs services 
dans les 3 premières semaines ; le mois suivant on 
aura recours à quelques bains chauds préparés avec 
une décoction de fleurs de foin ou de paille d'avoine 
et suivi de 3 alternatives . 

Un journalier s'était attiré une affection goutteuse 
très grave. Il prit 3 fois par semaine le sac trempé 
dans une décoction chaude de paille d'avoine ; puis 
on lui prépara chaque semaine 2 bains à branches 
de pin (33-35° R.) avec 3 alternatives. Toutes les 
2 nuits il se lava, en sortant du lit, avec de l'eau 
froide. C'est ainsi qu'il fut, en 3 semaines, passa- 
blement guéri; néanmoins il prit encore pour un 
certain temps, chaque semaine et en alternant d'une 
semaine à l'autre, soit 2 fois le sac soit une fois le 
bain chaud marqué ci-dessus. Régénéré, il jDut bien- 
tôt retourner à son travail, qu'il n'a plus quitté 
jusqu'à ce jour. 

Un fontainier me montra les renflements articu- 
laires de ses doigts et de ses orteils, qui parfois, 
comme il s'exprima, lui causaient une cuisson insup- 



254 TROISIÈME PARTIE. 



portable. — C'était la goiltte provenant du froid 
humide. Tous les 2 jours un bain chaud, comme 
je viens de le décrire, tous les 3 ou 4 jours l'appli- 
cation du sac, voilà ce qui, en peu de temps, a com- 
plètement délivré notre homme de son infirmité. 
Quant aux mains, il les enveloppait pendant la nuit 
dans des fleurs de foin renflées. 

Un pauvre père de famille ressentait des douleurs 
lancinantes dans les membres. Il ne sut si cela pro- 
venait de la goutte ou d'une autre affection, mais il 
en souffrait énormément au point qu'il ne put plus 
vaquer à ses occupations. 

C'était juste l'époque de la fenaison. Je lui con- 
seillai de monter à son fenil, de creuser là un trou 
dans le foin, qui se trouvait justement en fermen- 
tation, puis de se mettre dans cette tombe de foin 
et de se couvrir de foin chaud, de manière à n'avoir 
en liberté que la tête. Il le fit et, dans un quart 
d'heure, il transpira déjà tellement que son corps 
était tout en nage. Dans l'espace de 10 jours le pay- 
san prit 6 fois cette sorte *de bain de foin, qui le 
guérit totalement. 

Je ne voudrais pas conseiller ce procédé à un 
chacun. Il n'y a que celui qui en a fait lui-même 
l'expérience qui connaisse l'effet puissant et résolutif 
de la vapeur du foin. C'est par cette méthode inof- 
fensive qu'on peut souvent éliminer des affections 
anciennes et invétérées. Je suis d'avis qu'on obtien- 
drait le résultat le plus efficace de cette vapeur de 
foin si, immédiatement après le bain de vapeur, on 
prenait rapidement un demi-bain froid avec lotion 
du haut du corps. Cette dernière opération a une 
action extraordinairement confortante. 



MALADIES. 255 



Tout cela n'est pas aussi bizarre ni aussi extra- 
vagant, que plus d'un s'imagine. Pour le prouver je 
ne citerai, entre beaucoup d'autres, que deux prati- 
ciens haut placés. Ces deux messieurs, gens de qua- 
lité, se sont si bien rétablis par une quinzaine de ces 
bains de vapeurs de foin, qu'ils ne pouvaient conce- 
voir comment des moyens si ordinaires et des procédés 
si simples pussent produire un pareil changement, 
une telle régénération de l'organisme. Je n'hésite 
pas à affirmer que les rhumatismes légers, les 
crampes, qui sont ordinairement la suite de maladies 
graves, pourraient facilement être éloignés complète- 
ment par 2 ou 4 de ces bains de vapeur de foin. 

Vous voyez, cher agriculteur, quels trésors vous 
possédez dans votre maison. Faites un essai! En 
été, au moment de la fenaison, quand vous êtes bien 
fatigué, jetez quelques poignées de foin ou de fleurs 
de foin dans l'eau bouillante, que vous laisserez 
devenir tiède. Un pareil pédiluve de 15 minutes vous 
enlèvera la fatigue de tous les membres. 

Et si jamais vous éprouvez de la chaleur, une 
cuisson, des douleurs rhumatismales, alors soyez 
raisonnable. Vous accordez tous les jours cette 
herbe salutaire à vos ruminants ; laissez votre propre 
corps en goûter aussi une fois les salutaires effets ! 

Un aubergiste vint me raconter : « J'ai souvent 
des douleurs cuisantes dans la tête, surtout quand 
il y a un changement de temps, au point que je suis 
incapable de vaquer à mes affaires. Ces douleurs se 
transportent dans le dos, notamment dans le haut 
des cuisses; mais quand elles se logent dans les 
pieds je ne puis plus marcher. Dès que je bois un 
verre de bière, elles montent à la tête. Comme 



256 TROISIÈME PARTIE. 

j'en souffre tant depuis, des mois, tout travail ré- 
gulier m'est devenu impossible, et plus d'une fois 
déjà cela m'a dégoûté de la vie. » 

Traitement : 1) dans la semaine deux bains chauds 
à paille d'avoine, à 30° R., d'une demi-heure cha- 
cun ; immédiatement après une lotion énergique ou 
un bain froid très court. 2) tous les jours une affu- 
sion supérieure avec une affusion de genoux. 3) dans 
la semaine trois lotions entières, aussi rapides que 
possible, en pleine transpiration ou, nuitamment, au 
lit. 4) tous les matins et tous les soirs une tasse de 
thé préparé avec 5-6 feuilles fraîches de sureau, 
cuites pendant 5 minutes. 

Dans l'espace de 4 semaines le cabaretier fut en- 
tièrement guéri, si bien que ses amis le déclarèrent 
rajeuni de beaucoup. Pour prévenir le retour de sa 
maladie, il fut avisé de prendre tous les mois un bain 
pareil et de se laver en entier toutes les semaines 
1 ou 2 fois, en pleine transpiration ou, nuitamment, 
en sortant du lit. 

Un industriel me raconta un jour : « J'ai les deux 
pieds fortement enflés et raidis, et je ne suis jamais 
sans douleur ; je passe souvent des nuits sans 
dormir une heure. C'est surtout dans les membres 
que j'éprouve les plus violentes douleurs; mes bras 
sont très raides et me font bien mal. J'aurais de 
l'appétit ; mais dès que je mange, cela me bouffit 
tellement, que la respiration en est gênée. Je ne 
puis presque plus marcher et j'ai tant de vertiges, 
surtout à mon lever, que je sais à peine où je me 
trouve. J'ai eu beaucoup de médecins et j'ai avalé 
une masse de potions ; mais, autant que je puis en 
juger, mon état n'a fait qu'empirer, si bien que j'ai 
déjà souvent souhaité la mort. » 



MALADIES. 257 



Le patient était passablement fort et ressemblait 
plutôt à un brasseur bien nourri qu'à un industriel, 
quoiqu'il suivît un régime bien simple et qu'il ne 
bût, en somme, que peu de bière. Il avait à peu près 
cinquante ans. D'après le dire des médecins une 
hypertrophie du cœur devait être la première cause 
de toute cette misère. 

En 5 semaines ce mxalade fut délivré de toutes ses 
nombreuses infirmités et il fut heureux d'avoir re- 
couvré sa santé. Qu'est-ce qui l'a guéri? 1) Les pieds 
furent, d'abord chaque jour, puis tous les 2 jours, 
plus tard tous les 3 jours, enveloppés dans des fleurs 
de foin, c'est-à-dire les fleurs de foin furent appli- 
quées sur la peau à nu et entourées d'un linge chaud, 
pendant 2-3 heures. 2) Tous les 2 jours, plus tard 
tous les 4 jours, il dut se revêtir d'une chemise 
trempée dans l'infusion des fleurs de foin. Quand 
l'enflure des pieds eut disparu en grande partie, le 
malade reçut tous les jours une affusion supérieure, 
une affusion de genoux, ainsi que des demi-bains. 
Le traitement dura 5 semaines. 

3. Tumeur blanche du genou. 

Une personne d'une trentaine d'années eut une 
jambe fortement gonflée, depuis le dessus de la che- 
ville jusqu'au-dessus du genou. Par moments la 
tumeur était très douloureuse, dure et brûlante. 
Pendant six mois la malade eut recours au traite- 
ment du médecin : entre autres elle se fit appliquer 
un appareil de plâtre, qui fut maintenu 12 semaines, 
puis un autre pendant 8 semaines. Son état empira 
tellement qu'elle ne put même plus poser le pied 
à terre; c'est surtout l'articulation du genou qui 
la faisait souffrir. Comme tout cela n'eut aucun 

17 



258 TROISIÈME PARTIE. 



résultat, on essaya d'appliquer, en forme de cata- 
plasme, des fleurs de fenaison renflées, allant depuis 
le dessus de la cheville jusque vers le milieu de la 
cuisse. Les douleurs ainsi que le gonflement dimi- 
nuèrent bientôt, et, ce dernier une fois réduit de 
moitié, on se mit aussi à administrer, tous les 2 
jours, une affusion à la jambe souffrante. Au bout 
de 8 semaines le pied put de nouveau faire ses fonc- 
tions, et, peu de temps après, la fille fut à même de 
reprendre son très pénible travail. 



III. iALADIES DES iïlUSCLES. 

Eu égard à son siège spécial, comme à l'état 
symptomatique qui l'accompagne, on peut diviser 
l'affection rhumatismale en deux grands groupes, 
suivant qu'elle se trouve dans les articulations ou 
dans les muscles. De là le rhumatisme articulaire 
et le rhumatisme musculaire. Il a été question du 
premier dans le chapitre précédent. Parlons ici du 
rhumsitisme musculsiire. 

Qui tentera d'énumérer tous les états rhumatis- 
maux, dont on se plaint dans ce bas-monde? L'un 
a sa douleur rhumatismale à la tête, l'autre aux 
orteils, celui-ci au bras, celui-là dans les jambes, 
elle dans le dos, lui à la poitrine, etc.. Le rhuma- 
tisme est véritablement le juif-errant dans le nombre^ 
des maladies. 

Le cultivateur laborieux, le bûcheron, tous ceux^ 
qui font un travail pénible, ne savent rien ou peu de; 
cette maladie, et cela, à mon avis, parce que ces 



MALADIES. 259 



gens-là sont souvent pris d'un rhumatisme, qu'ils 
parviennent à expulser une heure après. Il s'en 
montre peut-être des indices dans la matinée, et 
dans Taprès-dîner le travail les chasse de nouveau. 
Cette observation nous indique clairement de 
quelle manière le rhumatisme peut et doit être 
guéri. 

Un vétérinaire se lamentait un jour chez moi, 
se disant incapable de remplir ses fonctions, puis- 
qu'un horrible rhumatisme s'était glissé et cram- 
ponné dans son omoplate droite. Il avait été en 
transpiration et s'était imprudemment laissé refroi- 
dir. Il savait par expérience que le vilain mal ne 
le quitterait pas avant 6 semaines. 

« Si vous voulez, monsieur le vétérinaire, vous en 
serez quitte après 24 heures «, lui dis-je. Il se mit à 
rire, et nous finîmes par faire un pari. En me don- 
nant la main, il s'engagea sur sa parole d'honneur à 
faire exactement ce que j'ordonnerais. Il rentra chez 
lui et se fit, par sa femme, énergiquement frotter le 
dos avec un linge sec, puis il se soumit à une afîu- 
sion supérieure froide. Environ 8 heures plus tard, 
il prit un bain de vapeur de la tête, suivi d'une affu- 
sion froide. Les 24 heures n'étaient pas passées, il 
s'en fallut de beaucoup, quand déjà la dernière 
trace rhumatismale avait disparu. Le pari était 
gagné. 

J'ai parlé cette fois de friction sèche, ce que je ne 
fais pas ailleurs ! Oui, et voici pourquoi : si le rhu- 
matisme est la suite d'un changement subit de tem- 
pérature, de la succession rapide du froid au chaud 
ou du chaud au froid, en ce cas les douleurs, qui ont 
leur siège tantôt à la surface de la peau, tantôt dans 



260 TROISIÈME PARTIE. 



les profondeurs intimes, voire même, comme on 
pourrait le supposer, dans la moelle des os, pro- 
viennent la plupart du temps de troubles dans la 
circulation du sang, soit que le cours du sang ait 
pris une marche plus lente ou plus rapide, soit que 
des obstructions de sang, de légères inflamma- 
tions etc., aient été produites à tel ou tel endroit. 
Les embarras, les compressions etc., qui en nais- 
sent, causent la douleur et doivent être éloignés par 
résolution, par élimination et par confortation des 
parties souffrantes. Quand le bâton ne suffit plus 
pour guider les chantres, le directeur se sert égale- 
ment de sa main gauche et de sa tête pour battre 
la mesure et redresser les voix rébarbatives. Quand 
dans la basse-cour l'oie ou le canard se mêle avec 
les poulets et que le « va-t-en ! » n'est pas écouté, la 
ménagère jette une pierre ou un objet quelconque 
après l'oie ou le canard. Ainsi quand le rhumatisme 
a une assiette plus profonde, se maintient plus long- 
temps, surtout quand il est étendu ou qu'il fait souf- 
frir extraordinairement, c'est alors que j'associe la 
friction à l'eau. Car la friction développe le calorique 
plus vite, produit une distribution plus rapide du 
sang, etc. Si la partie malade était plus ou moins 
froide et qu'elle reçut l'affusion, sans qu'on eût préa- 
lablement stimulé et échauffé la peau, le rhumatisme 
se retirerait davantage à l'intérieur du corps, au 
lieu d'en sortir. 

Un paysan avait de telles douleurs rhumatismales 
dans les deux pieds, qu'il ne pouvait plus marcher; 
les jambes lui faisaient horriblement mal. Il ne savait 
où il avait attrapé cette misère. 

Le patient s'enveloppa, 2 fois par jour, dans un 
linge montant jusqu'aux aisselles et trempé dans 



MALADIES 261 



une décoction chaude de fleurs de foin, et resta bien 
couvert dans son lit pendant 2 heures. Dix de ces 
maillots (inférieurs) en finirent parfaitement avec 
le rhumatisme. 

Un autre cultivateur souffrait tellement aux 
hanches, qu'il ne put pas même être emmaillotté. 
Il fut immergé dans un bain à paille d'avoine, à 
33-35** R. et avec 3 alternatives, pendant 25 minutes 
et 2 fois par jour. Après 72 heures il était guéri. 

Je pourrais citer des cas innombrables de rhuma- 
tismes de la tête. Je les ai guéris en traitant le 
moins possible la tête elle-même, mais en adminis- 
,trant aux pieds des bains chauds et des bains de 
vapeur. Si on vient à refroidir la tête, le mal empire ; 
si, au contraire, on vient à l'échauffer, le sang afflue 
davantage. La série des applications à employer est 
celle-ci : 1) bain chaud (avec sel et cendres), 2) châle, 
3) bain de vapeur des pieds, 4) bain de vapeur de la 
tête avec une afïusion froide, 5) de nouveau châle. 
Ces applications, une par jour, guérissent le plus 
fort rhumatisme à la tête, survenu par suite d'un 
courant d'air, d'un refroidissement, d'une transition 
rapide du chaud au froid. 

Aucun rhumatisme ne doit être négligé ; il pourrait 
être le commencement de graves et de nombreuses 
maladies des poumons, des yeux, des oreilles, etc.. 
ou donner occasion à des inflammations, à une in- 
toxication, à des abcès, etc.. 

Un étudiant, qui avait trop bu et s'était, dans cet 
état, exposé à l'air frais, eut subitement un rhuma- 
tisme à la poitrine. Il s'imagina que ce fâcheux 



262 TROISIÈME PARTIE. 

contretemps ne ferait pas de tort à sa bravoure et 
à sa jeunesse et qu'il disparaîtrait de soi-même. Mais 
le bobo se transforma en une grave maladie accom- 
pagnée d'une toux sèche, dont le caractère inspirait 
de l'inquiétude à toute la famille. Deux mois plus 
tard, cette vie si florissante et d'un si brillant avenir 
était éteinte. Ah! si le jeune homme s'était lavé 
chaque jour 4-5 fois la poitrine et le bas-ventre avec 
de l'eau froide, le malheureux aurait été hors de 
danger au bout de 2 jours. 

Anne-Marie, tenue à un travail assidu et pénible, 
eut une enflure tout autour du genou. Pendant plu- 
sieurs jours elle n'y fit point attention; plus tard, 
quand les douleurs devenaient vives, elle appliqua, 
dans son ignorance d'épaisses compresses froides. 
Elle ne s'en trouva pas mieux ; au contraire , le 
genou empira, et elle alla consulter un médecin. 
Celui-ci prescrivit un onguent, mais les frictions 
demeurèrent sans résultat. Pour comble de malheur, 
l'os de la jambe, au-dessous du genou, prit une 
courbure intérieure. Afin d'empêcher la raideur, le 
médecin ordonna de bien frictionner chaque jour 
la jambe avec du sain-doux, pendant 2 semaines, et 
plus tard de la laver avec de l'acide phénique ; mais 
le genou devint de plus en plus malade. Enfin il en- 
toura le membre d'un appareil de plâtre et promit, 
j'usqu'à l'enlèvement, une guérison certaine. Or, 
après 9 longues semaines l'appareil fut enlevé, mais 
la pauvre domestique ne put ni marcher ni même se 
tenir sur la jambe. Ce malheureux état persista jus- 
qu'à ces derniers temps. 

Ces tumeurs et indurations aux os et autour des 
os ne peuvent être guéries que par résolution au 



MALADIES. 263 



moyen de fomentations de flem^s de foin renflées (en 
forme de cataplasmes), appliquées toujours à l'état 
chaud et pendant un espace de temps assez long. Une 
fois la résolution opérée, le sang pénétrera de nou- 
veau dans ces parties, pour les nourrir et y ramener 
les forces . Notre malade, après avoit employé pendant 
huit jours la dite fomentation, fut à même de se tenir 
sur la jambe; et 8-10 semaines plus tard elle put 
marcher sans gêne. 

Un monsieur de qualité vint me dire : « Je suis, 
depuis la tête jusqu'aux pieds , rempli de rhuma- 
tismes et de crampes, et j'ai toujours un catarrhe, 
tantôt plus fort, tantôt plus faible, soit que je me 
trouve dans la chambre ou au dehors ; je ne sais 
plus comment faire. La plupart du temps le sommeil 
me fuit, ainsi que l'appétit ; si cela dure encore un 
peu de temps, je serai obligé de résigner mes fonc- 
tions. Il y a longtemps que je porte chemise et ca- 
leçon de laine (système Jaeger). Sur cette chemise 
j'en porte une autre de futaine de laine, la meilleure 
étoffe que j'aie pu obtenir. Je porte de même un 
second caleçon de laine de la plus solide qualité, 
puis un gilet de drap avec une épaisse doublure de 
laine, ensuite un pantalon de drap, enfin un habit 
et un pardessus. Mon corps tout entier est générale- 
ment froid et couvert d'une sueur fétide, odeur de 
goudron. Il n'y a peut-être pas une créature plus 
malheureuse au monde que moi. » 

Comment faut-il traiter par l'eau un malade de 
cette catégorie? Tout d'abord une affusion supé- 
rieure doit purifier la peau crasseuse, puis vient une 
affusion de genoux avec lotions. Ces applications 
furent répétées 6 fois en 3 jours, donc 2 fois par 



264 TROISIÈME PARTIE. 

jour. Au troisième jour on jeta la première chemise 
et le premier caleçon, puis le patient prit un demi-bain 
et, une heure après, une affusion supérieure. Au cin- 
quième jour le deuxième caleçon fut échangé contre 
un caleçon de toile. Au septième jour la seconde che- 
mise de laine fit place à une chemise de toile ; le gilet 
muni de manches évacua également le terrain, tandis 
que les demi-bains alternaient journellement avec 2 
affusions supérieures et inférieures. — Au bout de 
quinze jours l'organisme était quitte de tout rhuma- 
tisme et de toute crampe, la peau transpirait comme 
chez tout le monde, le sommeil et l'appétit se pré- 
sentèrent d'eux-mêmes, et le fonctionnaire fut heu- 
reux de pouvoir reprendre, en bonne santé, son 
service d'autrefois. Il répétait parfois : « Si moi 
j'avais empiré tellement ma petite infîrm^ité, je ne 
pourrais que me fâcher contre moi-même ; mais je 
n'ai rien fait sans l'avis des plus célèbres médecins. » 

« Toute la partie supérieure de mon corps, dit un 
autre malade, est pleine de rhumatismes : le côté 
droit n'est jamais exempt de vives douleurs, et si par- 
fois j'y éprouve un petit mieux, c'est que la douleur se 
transporte dans une des deux épaules ou même dans 
les deux à la fois. Je deviens alors tellement raide, 
que je ne puis plus remuer les épaules. Quand, au 
contraire, la douleur se loge dans l'estomac, c'est 
comme si tout se tordait en moi, et alors je ne puis 
rien manger du tout. La douleur se fait le plus vive- 
ment sentir au derrière de la tête, du côté gauche. 
Mes pieds ne parviennent plus à se réchauffer. C'est 
ainsi que ma vie devient de plus en plus misérable,; 
et je ne suis plus à même de remplir les devoirs de' 
ma charge. Les médicaments que j'ai déjà employés 



MALADIES. 265 



m'ont coûté beaucoup d'argent, sans me rendre le 
moindre service. Depuis au delà d'un an je porte, 
sur l'avis du médecin, des chemises de laine, ce qui 
n'a fait que me rendre plus sensible. 

Traitement : 1) Mettre 3 fois par semaine, pen- 
dant une heure et demie, une chemise de grosse 
toile, trempée dans une eau dans laquelle des fleurs 
de fenaison ont été en ébuUition; 2) appliquer 
2 fois par semaine un maillot, trempé également 
dans une décoction chaude de fleurs de fenaison 
et descendant depuis les aisselles jusqu'en bas; 3) se 
lever de nuit 2 fois par semaine, se laver entièrement 
avec de l'eau froide et se remettre au lit sans s'es- 
suyer. — Après 2 semaines de ce traitement je près- ' 
cri vis : 1) de prendre journellement une affusion 
supérieure et une affusion de genoux ; 2) de se pro- 
mener chaque jour dans l'eau pendant 2-4 minutes 
et de se donner ensuite du mouvement; et 3) de se 
laver entièrement 2 fois par semaine. 

Au bout de 4 semaines notre patient était délivré 
de son infirmité, mais continuait toujours à prendre 
2 demi-bains par semaine. 

Le directeur d'une maison d'éducation écrit : « Je 
souffre constamment de douleurs indicibles aux 
bras, aux épaules et aux pieds. Tantôt je suis comme 
enveloppé totalement de rhumatismes , tantôt ce ne 
sont que des parties individuelles qui souffrent. 
L'asthme se maintient presque toujours ; il est par- 
fois si fort que je crains d'étouffer. En outre j'ai des 
congestions. Rarement je jouis d'une heure de satis- 
faction. — J'ai été magnétisé et électrisé, et j'ai 
employé d'autres remèdes, tout en vain. C'est le 
traitement par l'eau qui, en 10 jours, m'a enlevé 



266 TROISIÈME PARTIE. 



toute douleur, et de mon infirmité je ne sens plus 
que des traces insignifiantes, que, j'en ai la ferme 
conviction, de légères applications finiront par em- 
porter complètement. » 

Le traitement avait été : 1) Chaque jour une affu- 
sion supérieure et deux affusions des cuisses ; 2) au 
second jour le manteau espagnol; 3) à partir du 
quatrième jour un demi-bain, au lieu de l'affusion 
supérieure, et 4) un bain de vapeur de la tête par 
semaine. 

Un homme de quarante-six ans raconte : « Je 
souffre toujours quelque part, soit au flanc droit, soit 
au haut de l'épaule. La douleur ne reste jamais long- 
temps à la même place : si elle se met dans la tête, 
je suis pris de vertiges et l'eau découle de l'œil droit 
en grande quantité; si elle se loge dans la jambe, 
celle-ci se raidit complètement ; si elle s'en prend à 
ma poitrine, je ne puis presque plus respirer. Je 
souffre ainsi depuis des années. J'ai parfois trouvé 
du soulagement, mais jamais la guérison. » 

Ce malade fut guéri en 5 semaines par le traite- 
ment qui suit : 1) demi-maillot d'une heure et demie, 
3 fois par semaine ; 2) lotion entière, en sortant du lit, 
4 fois par semaine; 3) deux fois affusion supérieure. 

Après quinze jours le traitement fut modifié. Le 
patient prit : 1) chaque jour une affusion supérieure 
et une affusion des genoux ; 2) un demi-maillot et 
deux lotions totales par semaine. 

Pour conserver sa santé, il s'habitua à prendre 
chaque semaine un demi-bain et deux affusions su- 
périeures avec affusions des genoux. 



MALADIES. 267 



IV. MALADIES DU TISSU CELLULAIRE. 

Le tissu cellulaire est le théâtre de nombreuses 
et très fréquentes maladies. Aucun tissu n'en offre 
de plus caractérisées. En passant en revue les divers 
états morbides du système cellulaire, nous par- 
lerons de V inflammation j des abcès, du panaris^ 
de Vhydropisie et du cancer. 

I. Inflammation en générai. 

Voici un bambin qui sait à peine marcher ; il voit 
sa mère faire de la lumière. Il se donne toutes les 
peines du monde pour attraper une allumette, il 
veut également faire du feu. Le petit malfaiteur y 
réussit et devient ainsi, avec une simple allumette, 
la cause d'un grand incendie. Toute la maison avec 
ce qui s'y trouve est réduite en cendres. 

Des milliers d'hommes reposent en paix au cime- 
tière. Il s'était allumé dans leurs corps un débris de 
matière morbide, et l'étincelle s'était convertie en 
flamme. Le sang affluait de toutes parts vers la 
partie échauffée et fournissait au feu de nouveaux 
aliments. C'était de l'huile. sur la braise, la flamme 
devint un grand incendie. On n'avait peut-être pas 
pris les bonnes dispositions pour éteindre le feu, 
et la pauvre demeure de l'âme humaine se consumait 
misérablement. Des milliers d'animaux périssent 
ainsi tous les ans, et un nombre d'hommes non moins 
considérable subit le même sort. Comme cela marche 
vite parfois ! Votre gorge a pris feu quelque part, 
elle est enflammée. Par hasard un petit vent frais 



268 TROISIÈME PARTIE. 

survient, joue le rôle du soufflet de forge et attise 
le feu ; les vaisseaux sanguins fournissent de nou- 
veaux aliments, et en peu d'heures toute la gorge 
est en flammes. N'est-ce-pas ainsi que les choses 
se passent? Que faire? Que font les hommes quand 
il y a un incendie ? Ils crient au feu, et cherchent 
tout d'abord à sauver ce qui est à sauver. Puis ils 
éloignent, s'il en est temps encore, du foyer de 
l'incendie tout ce qui pourrait alimenter le feu et ils 
font marcher la pompe jusqu'à extinction du feu et 
de l'eau. Comprenons-le et profitons-en. 

S'il se déclare en quelque endroit une inflam- 
mation, tâchez de refouler au plus tôt l'afflux du 
sang et de préserver de l'inflammation le sang qui 
n'est pas encore échauffé. Agissez en même temps 
sur la partie enflammée, pour diviser et détourner, 
autant que possible, le sang accumulé dans la four- 
naise. 

Il n'y a pas longtemps; au moment où j'allais 
m'endormir dans mon lit, le bois se mit à prendre 
feu dans mon poêle. «Quelle fatalité! me dis-je; 
c'est la moitié de la nuit qui sera perdue pour mon 
sommeil, jusqu'à ce que toute cette masse de bois 
ait fini de craqueter et de pétiller. » Mon voisin fut 
plus avisé. «Ce n'est pas cette crépitation que je 
veux; c'est le repos qu'il me faut», murmura-t-il. 
Et que fit-il? 11 sortit le bois du fourneau, morceau 
par morceau, et c'en était fait du feu. Voilà qui est 
clair ! 

Revenons maintenant à l'inflammation de la gorge. 
Tâtez vous les pieds, peut-être ils sont froids 
comme la glace. C'est souvent le cas. Le sang 
abonde davantage là où la chaleur est grande. Il a, 
par conséquent, déserté en quelque sorte les pieds et 



MALADIES. 269 



s'est précipité vers le foyer de l'incendie, à la gorge. 
Enveloppez vos pieds dans des linges que vous aurez 
trempés dans Feau mêlée d'un peu de vinaigre, et 
vous ne tarderez pas à ressentir une grande chaleur. 
Le maillot des pieds attire le sang vers les extré- 
mités inférieures , et voilà une partie du com- 
bustible enlevée au feu. Continuez ensuite de dé- 
tourner toujours le sang de la partie supérieure du 
corps, et cela au moyen d'un grand linge que vous 
tremperez comme le maillot des pieds et que vous 
appliquerez sur le ventre. Ce linge vient-il à s'échauf- 
fer beaucoup , il faut le tremper de nouveau dans de 
Teau froide, et cela aussi souvent qu'il devient chaud 
et que la chaleur est forte. Cette seconde application 
enlève à la gorge menacée plus de combustible que 
la première ; à présent vous pourrez vous attaquer 
à la gorge même, qui est le véritable foyer. Plongez 
un linge dans l'eau la plus froide possible et entourez- 
en le cou, mais ne laissez pas votre linge devenir trop 
chaud ^ retrempez-le chaque fois qu'il s'est échauffé 
considérablement. 

Si vous le laissez devenir bien chaud, il se for- 
mera par le fait même plus de chaleur à la gorge, 
et le sang, qui a été éloigné ou qui reste encore à 
éloigner, affluera de nouveau vers le cou et menace 
de raviver le feu. Si vous partagez ma manière de 
voir en ce point, qui a déjà été beaucoup discuté, 

< Mon expérience de 30 ans m'autorise à dire cela. Celui 
qui laisse les compresses toute la nuit peut constater le len- 
demain que le mal a empiré, au lieu de diminuer. On aime 
alors à alléguer la vaine excuse que la compresse avait été 
mal entourée. Non, la plupart du temps la raison est toute 
autre. Lisez, pour plus de détails, le chapitre Maillots de cou. 



270 TROISIÈME PARTIE. 



VOUS serez bientôt, après une courte pratique, votre 
propre et meilleur médecin. Vous sentirez, mieux 
que n'importe qui, d'où le calorique a été chassé et à 
quel moment il faut renouveler la compresse ou le 
maillot. C'est sur votre propre sensation que vous 
réglerez et répéterez les applications d'eau. Le degré 
de chaleur vous guidera : le thermomètre marque- 
t-il zéro, c'est-à-dire, le feu est il éteint, vous 
resterez tranquille ; si, au contraire, il monte, c'est- 
à-dire si le feu augmente, vous aurez hâte de recou- 
rir de nouveau à l'eau pour éteindre. 

2. Abcès. 

Les inflammations peuvent se produire non seu- 
lement à l'intérieur du corps, mais aussi à la surface 
extérieure. Elles forment, en particulier, la suite 
presque inséparable des différents abcès. Quand il 
y a un incendie quelque part, le voisinage accourt. 
Quand le feu est sur un point du corps, ne serait-ce 
que le plus petit, les parties voisines ne restent pas 
indifférentes. Un globule de sang se hâte d'avertir 
l'autre ; et les curieux, qui affluent, se brûlent les 
doigts et autre chose encore. Surgit-il sur un membre 
quelconque, p. ex. sur un orteil, un petit abcès, ne 
fût-il pas plus gros qu'une lentille, immédiatement 
on a mal non seulement à l'orteil, mais encore à une 
partie plus ou moins considérable du pied ; parfois 
la dcwleur s'étend même jusque dans le haut du 
corps. Cela me fait l'effet de quelqu'un qui, pendant 
la nuit, met une allumette en feu : le petit brin de 
bois projette sa lumière bien loin dans la cour. 

Anna a horriblement mal au pouce. On n'y voit pas 
grand' chose : il est légèrement enflé et un peu plus 



MALADIES. 271 



rouge que les autres doigts. Ce n'est pas seulement 
au pouce, mais encore sous l'épaule qu'elle éprouve 
une vive douleur. « Fais attention, après un peu de 
temps, ton corps tout entier ne se trouvera plus 
bien ! Il doit y avoir quelque chose là dessous. » 
Ainsi lui dit son père. Mais oui, il doit y avoir 
quelque chose là dessous et là dedans. Naturelle- 
ment la fille enveloppe soigneusement son pouce^ 
et observe pendant 3-6 jours ce qui pourra bien en 
résulter. Il devient gros, la main aussi se tuméfie, 
un gros abcès se forme, et elle en éprouve un mou- 
vement spasmodique dans le doigt, dans le bras, 
dans le corps. Il se passe beaucoup de temps jus- 
qu'à ce que toute la matière puriforme en soit sortie 
et que le pouce de la main malade soit guéri. 

Comment la jeune fille aurait-elle dû soigner son 
pouce d'après ma méthode ? Dès qu'elle remarque que 
le doigt non lésé lui fait mal, elle doit faire comme 
sa mère qui, ne voulant pas qu'un tout petit fea de 
l'âtre prenne de grandes proportions, souffle dessus 
ou l'éteint à l'aide d'un peu d'eau. Peut-être arri- 
vera-t-elle ainsi à son but. 

Quand ce n'est pas seulement le doigt, mais aussi 
la main qui fait mal, alors le feu est plus grand, îl 
a envahi et le doigt et la main. Est-il permis, dans 
ce cas, de tenir la main sous le tuyau de la fontaine 
pour calmer et pour éteindre le feu ? Pas le moins 
du monde ! Car le mal ne consiste pas seulement 
dans le feu, dans la chaleur, qu'il s'agit d'éloigner, 
mais plutôt dans les humeurs morbifiques qu'il faut 

1 L'enveloppement tient chaud et chauffe encore davantage. 
Par là l'affluence du sang vers l'endroit enflammé est aug- 
mentée et il se passe du temps jusqu'à ce que tout le sang 
arrêté au foyer de l'incendie soit converti en pus. 



272 TROISIÈME PARTIE. 



dissoudre et éliminer. Il faut donc envelopper le 
doigt et la main dans un linge mouillé d'eau froide, 
et renouveler ce maillot aussi souvent qu'il devient 
chaud. Sans doute le doigt sera malade, c'est-à-dire 
que le pus se fera jour au dehors ; mais tout ce que 
l'emmaillottement aura extrait, n'aura pas besoin de 
se convertir en pus, et il y a certes une grande dif- 
férence entre un abcès de la grosseur d'une noisette 
et un abcès qui a les dimensions d'une noix ou da- 
vantage encore. 

Si la sensation du malaise s'étend à tout le corps, 
en ce cas nous prescrivons tous les jours, pendant 
un certain temps, le manteau espagnol. L'état gé- 
néral ne tardera pas à s'améliorer. 

3. Panaris. 

Les gens de la campagne connaissent tout parti- 
culièrement une espèce d'abcès sous le nom de 
panaris, qui est une inflammation phlegmoneuse 
des doigts. Le traitement d'un doigt malade de cette 
façon nous montre une fois de plus combien les 
hommes sont aveugles et agissent sottement. Ils s'y 
prennent avec si peu de bon sens qu'ils paraissent, 
pour un moment, avoir perdu la raison. Les remèdes 
qu'on emploie contre le panaris sont les uns plus 
insensés que les autres ; chacun veut connaître un 
onguent spécifique, et quand les onguents sont épui- 
sés, on a recours à toutes sortes d'autres moyens 
cabalistiques. Il y a des gens superstitieux qui, 
avant toute médication, cherchent à attraper une 
taupe : car s'ils parviennent à la tenir vivante et à la 
laisser mourir dans la main, mais seulement entre 
le pouce et les autres doigts, c'en est fait du pana- 
ris. Quand enfin on a assez graissé et frictionné. 



MALADIES. 273 



assez jasé et hâblé, employé tous les remèdes bi- 
zarres des commères et des charlatans; quand, 
après de longues semaines de douleurs inénarrables, 
le panaris est devenu mûr et crève, et que le pus 
s'en échappe épais et dur, alors on s'imagine avoir 
fait merveille. Est-il possible de pousser plus loin 
la bêtise humaine ? 

Qu'est-ce donc qu'un panaris ? Rien autre chose 
qu'un grand abcès, qui est à traiter suivant la mé- 
thode marquée plus haut. La plupart du temps le 
panaris se manifeste chez les gens dont le corps 
renferme beaucoup de matières puriformes. Voilà 
pourquoi il faut agir non seulement sur le doigt et 
la main, mais aussi sur l'organisme tout entier. 
Pour la main et le doigt on emploie le maillot, c'est- 
à-dire on emmaillotte le doigt, à 2, 3 ou 4 tours, 
d'un linge trempé dans une décoction de prêle des 
champs, pour empêcher la carie du petit os, tandis 
que la main et le bras sont enveloppés, à 2 tours, 
dans un linge mouillé avec une décoction de fleurs 
de foin ou de choux, (ce qui vaut mieux que l'eau 
pure). Le maillot doit être renouvelé toutes les fois 
que la chaleur ou les douleurs augmentent. Une 
action favorable sur le corps tout entier sera exer- 
cée, chaque jour, par 1 ou 2 demi-maillots et le man- 
teau espagnol de la durée d'une heure. Quand la 
première semaine sera passée, les maillots ne seront 
plus appliqués que tous les 2 ou 3 jours. Quant aux 
affusions supérieures et inférieures, il faut y aller 
avec précaution et ne les employer que plus tard 
comme confortants, quand on aura assez résous et 
éliminé. Sitôt que le doigt sera mûr, c'est-à-dire 
quand il devient bleuâtre et mou d'un côté, il ne 
faudra pas hésiter à l'ouvrir et à le comprimer, et 

18 



274 TROISIÈME PARTIE. 



ne pas s'effrayer du sang qui s'écoule avec le pus. 
Ce sang devrait tout de même se convertir en pus, 
et ainsi il n'y a pas de mal que cette élaboration 
lui soit épargnée et que le doigt soit allégé pour 
autant. La peur d'ouvrir trop tôt un abcès est pas- 
sablement superflue dans le traitement par l'eau 
(grande propreté) ; elle est fondée , au contraire, 
quand on traite par le moyen des onguents. 

La guérison du panaris peut être effectuée aussi 
de la manière suivante, que, pour gagner du temps, 
j'ai employée souvent : on immerge, 2-3 fois par 
jour, le doigt et l'avant-bras dans un bain chaud 
(pas trop chaud) de fleurs de foin pendant une demi- 
heure, tandis que l'emmaillottement du doigt, du 
bras et du corps est le même que pour le procédé 
antérieur. 

Le jardinier André avait le pouce de la main droite 
dans un état horrible. Enormément tuméfié, le doigt 
tout entier avait perdu le derme, il était comme une 
masse de chair mortifiée et recouverte de pus, et 
l'os apparaissait en plusieurs endroits. Le médecin 
avait déjà déclaré que, pour sauver la viwe du patient, 
il faudrait lui amputer la main. Je regardai cette 
main et je me dis: «Grand Dieu! pussé-je sauver 
la main à ce malheureux ! » J'examinai davantage 
le cas et je réfléchis : l'os mis à nu (la principale 
chose pour moi) a une très bonne apparence, il n'est 
donc pas encore entamé; le pouce, si affreusement 
enflé et dégoûtant, est comme un cloaque dans le- 
quel le corps déverse ses humeurs corrompues ; ces 
matières acres augmentent l'enflure, rongent la 
chair et empoisonnent tout ce qu'elles touchent. II 
faut donc que sur le pouce à moitié pourri j'exerce 



MALADIES. 275 



une action plus énergique que sur le corps, afin 
qu'il cesse de s'empoisonner et de se gangrener soi- 
même. Après avoir réfléchi, je me mis à agir. 

Le pouce et toute la main reçurent des maillots 
trempés dans une décoction de fleurs de foin et de 
prêle (les 2 herbes étant infusées ensemble) ; je 
renouvelai ces maillots 4-5 fois par jour. Le corps 
malade fut gratifié tous les jours d'un demi-maillot 
et chaque semaine 3 fois du manteau espagnol. Je 
fis arroser chaque jour le doigt ulcéré avec de l'eau 
d'alun très étendue, qui enleva toute cette ordure 
superflue. Il ne s'était pas passé 4 semaines que déjà 
le doigt et la main se trouvaient hors de danger : il 
se forma autour de l'os, qui en réalité n'avait pas la 
gangrène, une nouvelle masse charnue, en tout sem- 
blable au pouce des plus beaux jours de la vie, hor- 
mis l'ongle. Le brave homme put de nouveau, comme 
par le passé, vaquer à ses travaux de jardinier. Il 
vécut encore de longues années. 

4. Cancer. 

Une maladie bien fréquente de nos jours, c'est le 
cancer, qui présente plusieurs formes et plusieurs 
variétés. Il n'y a presque pas une partie du corps 
qui ne puisse être rongée par le cancer ou les tu- 
meurs cancéreuses. Quand ce mal a pris de l'exten- 
sion, je n'ose plus rien faire avec l'eau : le sang et 
les humeurs sont alors déjà trop altérés. 

Le cancer est contagieux, surtout quand dans le 
sang et les humeurs d'un individu il existe déjà une 
prédisposition congéniale ou acquise. 

Je connais des époux qui ont fait visite à une 
tante atteinte du cancer à la langue. N'ayant eu le 
moindre soupçon de cette terrible maladie , ils 



276 TROISIÈME PARTIE. 



furent épouvantés tous deux à la vue des hor- 
ribles ravages causés par ce mal. Chez la femme, 
la moitié de la langue prit une enflure morbide 
dans l'espace de 3 jours; chez l'homme, la lèvre in- 
férieure s'enflamma et devint ulcérée. «Nous avons 
gagné le mab), gémirent-ils en venant chez moi : 
ils avaient la mort dans l'âme. Je cherchai à les en- 
courager et à les dissuader de leur manière de voir. 
Puis je leur conseillai de bien laver, un jour, à 4 
reprises différentes toute la bouche, surtout les 
parties atteintes, avec de l'eau d'alun; de répéter 
la lotion, au second jour, avec de l'eau d'aloès, et 
de continuer ainsi un certain temps ; en outre, de 
prendre, tous les 2 jours, un bain de vapeur de la 
tête et de mettre, alternativement avec le bain de 
vapeur, un maillot au cou. 

Les deux personnes furent débarrassées de leur 
infirmité. Je n'aurais moi-même pas cru qu'une 
grande terreur pût provoquer, par l'effet de la con- 
tagion, cette épouvantable maladie. J'appris plus 
tard qu'un médecin avait réellement déclaré que les 
deux malheureux avaient gagné le cancer. 

J'ai eu plusieurs cas de maladies cancéreuses, 
soit au début seulement, soit déjà un peu avancées. 
Tout mon traitement consistait exclusivement à 
purifier le sang et les humeurs, et je suis arrivé, 
sans peine, à guérir tous ces cas. 

Les régions d'élection du cancer sont principale- 
ment la poitrine, les lèvres, les joues, la langue, 
l'estomac, etc. 

Parlons dès maintenant du cancer de l'estomac, 
qu'on rencontre souvent. Mais disons de suite que 
les vomissements fréquents, la cuisson dans l'esto- 



MALADIES. 277 



mac, etc., ne sont pas des symptômes certains du 
cancer stomacal. 

Les personnes atteintes de cette infirmité ne 
doivent absolument rien manger d'aigre ; elles 
doivent saler, poivrer et épicer peu leurs aliments. 
Une nourriture très ordinaire et une boisson plus 
ordinaire encore, surtout le régime lacté, voilà leur 
meilleur remède. 

Au reste, le traitement des petits ulcères exté- 
rieurs nous indique la manière de guérir les ulcères 
dans l'intérieur du corps. Je puis très bien guérir un 
ulcère, une tumeur, un abcès au doigt, en l'entou- 
rant assidûment d'un morceau de linge trempé dans 
l'eau : cela déterge et guérit. Pourquoi des plaies 
internes ne devraient-elles pas guérir aussi, si, pen- 
dant un certain temps, on absorbe chaque demi- 
heure une cuillerée d'eau, ou si, l'on se fait préparer 
une infusion de plantes médicinales pour en prendre 
une cuillerée par heure ou par demi-heure, au lieu 
de vider la tasse d'un seul coup ? Faites-en l'essai 
avec l'infusion d'absinthe et de sauge, séparément 
ou mélangées à parties égales. Ou bien encore prenez 
une petite pincée de poudre d'aloès, faites dissoudre 
dans un quart de litre d'eau et goûtez cette méde- 
cine, une cuillerée par heure. Mais, remarquez-le 
bien, il ne faut se servir de cette dernière médecine 
que pendant une demi-journée chaque fois et avec 
des interruptions de 2-3 jours. 

Un excellent remède domestique, dont le plus 
pauvre n'est pas privé, c'est l'eau de choucroute, 
que vous trouverez dans chaque tinette remplie de 
choux en tout ou en partie. On mélange une cuillerée 
de cette eau de choucroute avec 6-8 cuillerées d'eau 
ordinaire, et de ce mélange on prendra une cuillerée 



278 TROISIÈME PARTIE. 

par heure. En règle générale cette potion a de l'effet, 
et, lors même qu'une fois elle n'aurait pas de succès, 
elle ne sera jamais préjudiciable. Une pareille mé- 
decine est toujours plus utile est plus sûre que toutes 
les drogues plus ou moins empoisonnées. Une in- 
fusion de plantain ne serait pas à dédaigner non 
plus. 

Comme moyens externes je recommande aux ma- 
lades de cette catégorie d'appliquer sur le bas-ventre, 
pendant une heure et demie ou deux heures, une 
compresse pliée en 2 ou en 4 et trempée dans une 
décoction de fleurs de foin, de prêle, de branches 
de pin, plutôt que dans l'eau ordinaire. 

Si, au contraire, les tumeurs cancéreuses ont pris 
racine et se sont développées dans l'estomac, il ne 
faut plus songer à une guérison. L'œuvre de des- 
truction fera alors son chemin et ne se laissera plus 
arrêter que par la mort. 

5. Hydropisie. 

Quand la pluie continue de tomber longtemps et 
que le soleil se montre peu, l'eau finit par ne plus 
s'infiltrer dans certains terrains et n'est pas absorbée 
par les rayons solaires. Il se forme alors des flaques 
et des mares, où l'eau stagnante s'altère, pourrit et 
exerce finalement une influence peu favorable à la 
végétation, qui doit prospérer à l'entour. 

Il en est à peu près ainsi dans le corps humain au 
moment où l'hydropisie va prendre. Cette maladie 
se développe principalement dans l'organisme 
dont le sang et les humeurs sont trop aqueux et 
n'ont plus de forces vitales. Or, c'est le sang qui 
nourrit tous les organes; il est la source de vie, où 
toutes les parties constitutives du corps puisent ce 



MALADIES. 279 



dont ils ont besoin, Mais un sang malade, semblable 
à l'eau croupissante du margouillis, ne peut pas 
fournir les substances qui donnent de la vie et des 
forces. De là la chair mollasse, les vaisseaux flasques 
et les obstructions, signes précurseurs de l'hydro- 
pisie. 

Les dehors décèlent clairement l'état patholo- 
gique : les personnes jeunes paraissent subitement 
âgées ; un tel, une telle a vite vieilHe, comme on dit; 
le teint est flétri ; les muscles et les nerfs pendent 
aux os, comme les cordes rompues à l'instrument ; 
en différents endroits, notamment autour des yeux, 
il se forme des kystes séreux (poches d'eau). On n'a 
qu'à toucher la peau du malade, et on sentira les 
globules d'eau céder et se retirer sous le doigt. Le 
corps tout entier porte une quantité de ces sacs, 
comme s'il mendiait du sang, tandis qu'il ne reçoit 
que de l'eau. . 

Il y a plusieurs sortes d'hydropisies. Se produit-il 
des obstructions entre la peau et la chair, nous 
sommes en présence de l'hydropisie sous-cutanée ou 
anasarque. Si c'est l'abdomen qui est inondé dans 
un ou plusieurs endroits, c'est l'hydropisie du ventre 
ou ascite. L'épanchement séreux envahit-il le cœur, 
on a affaire à V hydropéricarde] tandis que l'hydro- 
pisie de la poitrine ou hydrothorax est l'accumulation 
de sérosité dans une ou dans les deux plèvres (mem- 
branes qui tapissent l'intérieur de la poitrine); etc.. 

L'hydropisie se déclare volontiers à la suite d'un 
grand nombre de maladies ; dans ces cas le malade 
ne fait généralement pas long feu. Pour beaucuup 
de personnes l'hydropisie est la messagère de la 
mort et du tombeau ; elle est quasiment la dernière 
lame qui fait chavirer la barque déjà brisée de la 



280 TROISIÈME. PARTIE. 

vie. C'est surtout aux convalescents de la scarlatine 
que l'hydropisie s'en prend, si la guérison n'a pas été 
complète, s'il est resté des principes virulents dans 
le corps, qui n'a pas eu assez de forces pour s'en 
débarrasser parfaitement. Le corps entier se met 
alors à se tuméfier. 

Si l'hydropisie a déjà fait de grands progrès et 
atteint un haut degré, il est rare qu'on puisse espé- 
rer la guérison, parce que le sang est beaucoup 
trop appauvri. Au début, tant que la décomposition 
n'est pas encore avancée, on arrive souvent à gué- 
rir promptement, en cherchant à évacuer l'eau par 
des moyens internes et externes. Des exemples 
feront connaître la méthode d'opérer cette guérison. 

Une femme de la campagne, âgée d'environ qua- 
rante-huit ans, voit enfler tout son corps; elle ne 
peut plus marcher qu'avec peine ; l'affaiblissement 
est déjà considérable, la respiration pénible. — Je 
lui conseille de faire macérer du romarin dans le 
vin et de boire chaque jour 2 verres (un quart de 
litre en tout) de ce liquide. Ce vin aromatisé récon- 
forta extraordinairement, comme elle disait, la ma- 
lade et fit partir beaucoup d'eau. Extérieurement 
elle employait journellement, plusieurs jours de 
suite, le demi-maillot, chaque fois pendant 1 heure 
et demie, et pendant 4 semaines chaque jour 2 demi- 
bains, d'une minute chacun, avec lotion du haut du 
corps. — La paysanne guérit et put de nouveau, 
sans aucune gêne, vaquer à toutes ses occupations. 

Un garçon de douze ans avait eu la scarlatine et, 
de l'avis de tout le monde, en était guéri. Six se- 
maines après il eut l'hydropisie, tout son corps 



MALADIES. 281 



s'enflait. — Une chemise trempée dans l'eau salée 
et portée, 3 jours de suite, chaque fois pendant 1 
heure et demie, lui rendit la santé parfaite." 

Une femme de cinquante-quatre ans fut prise de 
l'hydropisie du ventre. Les pieds, les jambes et le 
corps étaient, comme on me rapportait, extrême- 
ment enflés. — J'ordonnai à la fille de la malade de 
faire bouillir chaque jour, pendant 3 minutes, 2 pin- 
cées de racines d'hièble réduites en poudre et mé- 
langées avec un demi-litre d'eau, et de lui donner 
cette décoction , en 2 ou 3 portions , à différents 
intervalles de la journée. En outre je fis appliquer, 
pendant 1 semaine, chaque jour un maillot inférieur 
delà durée d'une heure. Pendant les 10 jours sui- 
vants le maillot ne fut employé que tous les 2 jours, 
et tous les 3 jours seulement pendant les 2 semaines 
qui suivirent. — La' malade évacua de grandes 
quantités d'urine et se trouva en parfaite santé après 
3 semaines. 

J'ai reconnu que dans l'ascite^ les racines d'hièble 
fournissent le meilleur remède interne. Dans l'hy- 
dropéricarde et l'hydrothorax, je préfère le romarin. 
— Comme applications d'eau dans l'hydropéricarde 
je recommande les compresses supérieures et infé- 
rieures 1 fois par jour, pour l'usage interne le vin 
de romarin, comme il est dit plus haut, à la dose 
d'un quart de litre par jour. 

George, un homme de trente-six ans, vit tout son 
corps prendre, dans l'espace de 8 jours, une disten- 

^ Les graines de genièvre, infusées et bues sous forme de 
thé, passent pour un excellent remède domestique. Cette in- 
fusion exerce une action bonne, mais toujours faible. L'effet 
des racines d'hièble est beaucoup plus fort et plus durable. 



282 TROISIÈME PARTIE. 



sion remarquable. Les pieds, les jambes, les mains, 
le cou et la tête étaient tuméfiés, et sous la peau se 
trouvait' accumulée une masse d'eau. — Il se revêtit 
du manteau espagnol pendant 8 jours, 2 fois par 
jour ; pendant les 9 jours suivants 1 fois par jour, 
et pendant les 10 derniers jours 1 fois seulement 
tous les 3 jours. « Je suis devenu tout espagnol, 
disait-il en riant. Le climat n'était pas tout à fait 
espagnol, mais il m'a fait du bien. Je me sens très 
bien rétabli. » 

Un cabaretier m'écrivit : « Tout mon corps est 
passablement enflé. Le médecin prétend que j'aurai 
l'hydropisie. J'ai déjà pris beaucoup de médecines; 
mais le mal empire de jour en jour. Ma jambe gauche, 
surtout la cuisse, a pris une très forte distension. 
La jambe droite commence aussi à grossir. La soif me 
tourmente beaucoup ; mais la bière l'augmente davan- 
tage, et l'eau ne l'étanche pas non plus. Faut-il queje 
meure, ou existe-t-il encore un remède pour moi?» 

Je lui répondis d'employer le traitement qui suit : 
« 1) Chaque jour 1 affusion supérieure et 1 afîusion 
de genoux; 2) pendant la semaine 3 demi-maillots, 
durant 1 heure et demie et le linge plié en 4 ou en 6 ; 

3) chaque nuit une lotion totale, en sortant du lit et en 
se recouchant sans s'essuyer. — Continuez ce traite- 
ment pendant 3 semaines, puis écrivez de nouveau. » 

Les nouvelles furent très favorables et, pour la 
suite, je lui ordonnai les applications suivantes : 
1) chaque semaine 3 demi-bains, d'une minute cha- 
cun ; 2) chaque semaine 3 affusions dorsales ; 3) le 
manteau espagnol 2 fois, pendant 1 heure et demie; 

4) tous les jours 1 tasse de thé, à prendre en 3 por- 
tions et préparée avec des grains de genièvre piles 
et un peu de prêle, le tout cuit pendant 10 minutes. 



MALADIES. 283 



Six semaines plus tard le malade était complète- 
ment remis. Trois mois après la cure, le cabaretier, 
qui comptait cinquante ans, m'écrivit qu'il se portait 
à merveille, que le sommeil et le meilleur appétit 
étaient revenus. 

N'oublions pas de placer ici une observation im- 
portante, puisque c'est précisément à propos de cette 
maladie que les débutants dans l'hydrothérapie 
pourraient se tromper et tromper les autres. Dans 
rhydropisie il ne faut jamais employer Veau à 
Vétat chaud, ni sous forme de bains de vapeur ni 
sous forme de bains chauds. La maladie aurait par 
là une avance extraordinaire, puisque l'eau chaude 
rend mou et flasque, et que la mollesse et l'indolence 
des organes offrent le plus de danger dans l'hydro- 
pisie. Les applications d'eau les plus froides sont 
les meilleures dans ce cas ; seulement il ne faut pas 
trop les prolonger et ne jamais aller à l'encontre 
des prescriptions ; car, quand le sang est appauvri, 
la chaleur naturelle est faible. 



V. MALADIES DE LA PEAU. 

Comme membrane d'une texture bien compliquée, 
la peau jouit de propriétés vitales très actives et est 
exposée à des maladies aussi nombreuses que variées 
et complexes. Parlons dans ce chapitre de la sueur^ 
des éruptions, de la scarlatine, de Vérysipèle, des 
dartres, de Veczéma, de la variole, de la vaccine, de 
la gale, de la diphtérie, des brûlures^ des ulcères 
aux pieds et aux jambes. 



284 TROISIÈME PARTIE. 



I. Sueur. 

A. Sueur fétide des pieds. — «Ah! quelle fa- 
talité que cette sueur des pieds, qui depuis si long- 
temps s'attache à mes pas et me poursuit partout ! » 
Ainsi s'exclament beaucoup de personnes, bien beau- 
coup. « Qu'est-ce donc? demande-t-on, — si souvent 
les pieds tout froids, puis un picotement, une cuis- 
son, et cette odeur ! » 

Oui, c'est fatal, mais plus fatales encore sont les 
suites qu'on provoque parfois, ou mêm.e la plupart 
du temps, en faisant cesser la sueur des pieds. Je 
connais un monsieur à qui, pour chasser cette sueur, 
on a conseillé de laver les pieds avec de l'eau froide 
plusieurs fois par jour. Le résultat en fut que la 
sueur diminua et finit par disparaître complètement. 
Mais les suites? Une maladie gênante et dange- 
reuse vengea la disparition de la sueur des pieds. 
Je demande à tout homme raisonnable : Est-ce pos- 
sible autrement? Quiconque veut faire sortir le 
renard de son repaire, ne bouchera pas la tanière. 
Les passereaux siffleraient un pareil chasseur, et 
les lièvres lui feraient un pied-de-nez ! 

La sueur des pieds consiste simplement dans les 
humeurs putrides, qui empestent et putréfient à 
moitié les vaisseaux où elles sont renfermées. C'est 
là la raison de cette terrible odeur que fuient les 
hommes et même les animaux, et qui isole les mal- 
heureux qui en sont atteints. 

Que faire ? Si un vêtement est tombé dans le gou- 
dron et répand au loin une mauvaise odeur, on ne 
s'avisera pas, pour le purifier, de le nettoyer de 
temps en temps avec une éponge. On fera, au con- 



MALADIES. 285 



traire, une bonne lessive, qui le pénétrera d'outre 
en outre et en extraira la gluante substance. De 
même aussi, on ne se rendra maître de la sueur des 
pieds qu'en expulsant, par une action résolutive et 
éliminatrice, toutes les humeurs pourries et pour- 
rissantes, à quelque profondeur qu'elles se soient 
infiltrées. En outre, il faut guérir et fortifier la peau 
et les vaisseaux, en tant qu'ils ont été altérés. 

Le meilleur et le plus sûr traitement consiste à 
envelopper les deux pieds de linges trempés dans 
une décoction de fleurs de foin ou de branches de pin. 
Ces deux plantes ont une action sanitaire et confor- 
tante, et ces fomentations attirent et absorbent les 
éléments putrides. Prenez 5-6 de ces fomentations 
en 10 jours ; après cela chaque jour, pendant 2 se- 
maines, un bain de pieds chaud (montant jusqu'aux 
mollets et durant 10 minutes) avec 3 alternatives, 
suivies chacune d'une ablution froide qui ne dure 
pas plus d'une minute. Dans la suite il suffira d'un 
maillot de pieds ou d'un bain de pieds (opérations 
qui viennent d'être mentionnées), une fois par se- 
maine. Quand la sueur aura cessé, on ne saurait 
mieux faire que de se promener, de temps à autre, 
pieds nus dans l'herbe mouillée pendant un quart 
d'heure. Si vous ne le pouvez, alors le soir, avant 
d'aller vous coucher, arpentez votre chambre nu- 
pieds pendant quelques minutes. Vous ne pouvez 
croire combien l'air rafraîchit, réconforte et endur- 
cit les pieds ainsi dénudés, dégagés des bas de laine 
et jouissant de quelques instants de liberté. Pro5a- 
tum est ! l'exercice fait le maître ! 

B. Sueur malsaine. — Il n'y a pas seulement la 
sueur des pieds qui sente mauvais; on rencontre 



286 TROISIÈME PARTIE. 



parfois aussi une sueur fétide du corps. Un monsieur 
de rang élevé transpirait tellement chaque nuit, 
qu'au réveil son matelas était trempé, que l'oreiller 
et la couverture dégouttaient : une croix bien lourde, 
dont il se lamentait tous les soirs, à l'heure du cou- 
cher. 

A cette affliction s'associait un autre inconvénient, 
non moins gênant : malgré tous les soins avec les- 
quels il s'emmitouflait, notre patient ne pouvait, 
dans la saison de l'hiver, se défaire du sempiternel 
catarrhe. Avec cela la transpiration continuelle; 
l'odeur des habits se faisait sentir au loin. Certes, 
une infirmité bien incommode ! Et puis, que de re- 
cettes de la pharmacie ! 

Dans un cas pareil il ne faut pas songer à une 
prompte guérison ; il ne peut être question que d'un 
rétablissement progressif, d'une confortation lente 
du corps épuisé par tant de sueur, d'une élimination 
continue des humeurs morbides. Le malade ne doit 
pas s'impatienter. Le nôtre a prouvé ce dont l'em- 
ploi permanent et exact de l'eau est capable. La ré- 
compense de sa persévérance fut la santé parfaite. 
Cela ne me suffit pas, dira un de mes lecteurs ; car, 
si je me trouvais dans le cas, que devrais-je faire? 
Mettez 3 fois par semaine, lui répondrai-je, le man- 
teau espagnol. Si vos occupations ne le permettent 
pas pendant la journée, mettez-le en guise de che- 
mise de nuit, pendant une heure et demie ou deux 
heures. Lavez-vous 2-3 fois par semaine ou, si vous 
avez des insomnies, comme notre patient, faites-le 
2-3 fois dans la même nuit, en sortant du lit. Si vous 
étiez en transpiration, lavez- vous d'autant plus éner- 
giquement, mais en toute hâte, recouchez-vous aus- 
sitôt sans vous essuyer et couvrez- vous bien. Il se* 



MALADIES. 287 



rait préférable, si faire se peut, de ne pas dormir 
dans une chambre entièrement froide. Remarquez- 
le bien : c'est par le manteau espagnol que vous de- 
vez commencer les applications. Quand vous aurez 
éprouvé ses bienfaisants effets , la reconnaissance 
vous obligera — pour votre plus grand avantage — à 
le porter au moins une fois par semaine, chaque fois 
pendant une heure et demie ou deux heures. Si vous 
ajoutiez une lotion totale par semaine, vous en ti- 
reriez également du profit. Je pourrais nommer un 
grand nombre de personnes qui, ayant déposé le 
préjugé d'après lequel «de pareilles applications ne 
peuvent faire que du mal», sont devenues les amis de 
l'eau, après en avoir été les ennemis. Comme le bi- 
chon résiste, se met à gémir et à haleter, quand je 
vais le jeter à l'eau ! J'ai vu beaucoup de ces héros. 
Eux qui jadis pataugeaient et claquaient des dents, 
sont néanmoins devenus peu à peu d'excellents na- 
geurs. 

G. Sueur abondante. — Il y a des natures qui 
transpirent facilement et beaucoup, qui sont tout 
mouillées au moindre effort et qui par conséquent, 
abstraction faite de la faiblesse et de la fatigue, sont 
très exposées aux catarrhes, aux refroidissements, 
aux inflammations 

Un employé vint me trouver un jour et dit en gé- 
missant qu'il ne se portait pas bien, qu'il souffrait 
d'une respiration très pénible et que les médecins 
supposaient qu'il avait le foie et les reins malades. 
«Pour comble de malheur, ajouta-t-il, je ne supporte 
aucune médecine, et je vomis chaque cuillerée que 
j'ai absorbée.» — «Pour comble de bonheur, voulez- 
vous dire, répondis-je à ce patient, dont les habits 



288 TROISIÈME' PARTIE. 



sentaient le bouquin de très loin. Vous êtes en moi- 
teur, n'est-ce pas ? le matin à votre réveil, et vous 
transpirez beaucoup en marchant.» — «Mais oui, 
d'où savez-vous cela?» répliqua-t-il tout étonné. Au 
lieu de satisfaire sa curiosité, je lui donnai le con- 
seil de faire remplir une baignoire, afin que, rentré 
chez lui tout couvert de sueur, il pût se déshabiller 
rapidement et s'asseoir dans le bain jusqu'au niveau 
de l'épigastre, en se lavant vite et ferme le haut du 
corps. Toute l'opération ne doit pas durer une mi- 
nute. «Puis, dis-je, sortez de l'eau, habillez-vous 
promptement, sans vous essuyer d'abord, et pro- 
menez-vous en chambre pendant un quart d'heure.» 
— «Quoi ! s'écria le fonctionnaire, vous vous moquez 
de moi, Monsieur le curé ! Dieu m'en garde ! Cela 
provoquerait certainement un coup d'apoplexie à 
l'heure même ! Combien de fois n'ai-je pas été pré- 
venu contre la moindre humidité et le moindre re- 
froidissement, et voilà que vous voulez me faire en- 
trer dans une baignoire pleine d'eau froide î N'est-ce 
pas une amère dérision ?» 

Je restai calme ; mais il fallut toute mon éloquence 
pour le persuader de l'innocuité de mon procédé. 
Je lui dis entre autres choses : « Quand vous rentrez 
chez vous tout en nage, tellement que l'eau salée 
vous découle du front et du visage et que vos doigts 
restent collés les uns aux autres, craignez-vous de 
vous laver les mains et la figure ? » 

— « Oh ! non : je le fais chaque fois. » 

— «Y avez-vous jamais trouvé le moindre incon- 
vénient ? » 

Il réfléchit un moment, craignant sans doute ma 
conclusion, et proféra alors un non bien catégorique. 

— « Eh bien ! continuai-je, accordez une fois ce 



MALADIES. 289 



bienfait à tout votre corps en transpiration; pro- 
mettez-moi de le faire, atout le moins une fois. » 

Après un moment de silence, il me le promit. 
Quinze jours plus tard je le rencontrai de nouveau. 

— « Ah ! ça, vivez-vous encore ? Comment est-ce 
allé?)) 

— « Je vous suis bien reconnaissant, Monsieur le 
curé. Toute peur est partie. Comme cette opération 
me fait du bien ! Pourrai-je la répéter souvent? )> 

Oui, elle lui a fait du bien : toutes ces misères 
corporelles lui furent peu à peu enlevées. Il vit 
encore, approche des quatre-vingts. Si toutes les per- 
sonnes, à qui j'ai donné le même conseil si bien- 
veillant, avaient été aussi dociles — bien souvent 
hélas! on se moque de moi, on me rit au nez — 
elles auraient échappé à beaucoup d'amères souf- 
frances, elles auraient reculé le terme de leur exis- 
tence et vivraient peut-être encore aujourd'hui. La 
conservation d'un bâtiment n'est pas difficile, pourvu 
que chaque année on l'examine d'un bout à l'autre 
et qu'on répare tous les défauts du toit et des murs. 
Les caprices de tous les jours, les travers d'esprit, 
la mauvaise humeur, ce sont des défauts de struc- 
ture pour votre pauvre corps, et combien de fois par 
semaine, par mois, par an l'homme ne se trouve- 
t-il pas dans ces sombres et méchantes dispositions ? 

La plupart du temps toutes ces bizarreries, ces 
états extraordinaires ont leur source dans de petits 
malaises, dans des embarras intérieurs du corps. 
Ce sont des lézardes aux murs ou de la mousse sur 
le toit de la fragile tente de votre âme : cela n'est 
pas dangereux, mais incommode, et la bonne hu- 
meur, la gaîté, le contentement intérieur se perdent 
bien souvent pour cette raison. D'autres fois ces 

19 



290 TROISIÈME PARTIE. J 

inconvénients finissent par être préjudiciables au 
corps et à l'esprit, ils dégoûtent de la vie. La seule 
et unique application, telle que le susdit fonction- 
naire la pratiquait, suffit pour modifier les disposi- 
tions de bien des hommes et pour leur rendre la bonne 
humeur. Plus d'un se moquera de cette observation: 
mais peu m'importe, cela ne détruira pas la vérité. 

Voici une autre observation, que je vais placer 
ici. Il n'y a peut-être rien au monde que beaucoup 
d'hommes, même des hommes intelHgents, redoutent 
tant que l'emploi de l'eau froide en pleine transpi- 
ration. Ce préjugé provient sans doute de ce que 
telle ou telle personne qui, se trouvant en nage, 
s'est rendue dans une atmosphère froide ou s'est 
exposée à un courant d'air ou s'est mouillée d'une 
façon quelconque, a ruiné sa santé pour toujours. 
Je l'accorde volontiers ; car, en ce point comme en 
tant d'autres, ce n'est pas la chose même qui importe 
seule et en première ligne, mais c'est le comment 
qui est de conséquence, c'est-à-dire la manière dont 
l'application de l'eau est faite. Voici à ce sujet mes 
principes basés sur une bien longue expérience : 

aj Si on est mouillé soit par la sueur soit par la 
pluie, il ne faut pas s'exposer au froid ou au courant 
d'air. On en pâtirait. 

hj Si on sent du froid, il ne faut rien entreprendre 
avec Feau. 

c) Si on est trempé par la pluie, il faut changer 
de vêtements le plus vite possible. 

d) Si, au contraire, on transpire, soit à cause 
d'un état maladif, soit par suite d'une marche ou 
d'un effort de travail, il est permis de prendre un 
bain froid ou de se laver entièrement à l'eau froide, 
mais en y employant aussi peu de temps que pos- 



MALADIES. 291 



sible, et, sans s'essuyer, il faut mettre des habits secs 
et se donner du mouvement jusqu'à entière dessi- 
cation de la surface cutanée. Puissent les esprits 
les plus rétifs se calmer enfin et comprendre ! 

2. Eruptions de la peau. 

Sous cette dénomination nous entendons tout cet 
ensemble de boutons, de pustules, détaches, de rou- 
geurs qui se forment à la peau et qu'on ne saurait bien 
définir, mais qui souvent viennent et disparaissent 
dans l'espace d'une nuit ou d'une journée. On n'y fait 
point ou peu attention. Parfois cependant ces érup- 
tions peuvent devenir incommodes, c'estqu'alors elles 
tourmentent la poitrine, le dos, les bras, les jambes 
ou d'autres parties du corps. On peut avoir à les 
endurer de longues années, sans que pour cela on 
devienne malade, ou que l'on soit gêné sensiblement 
dans ses occupations. Je connais des personnes dont 
l'esprit se troublait toutes les fois que les éruptions 
disparaissaient. J'ai même connaissance de 2 cas de 
folie furieuse, arrivés à la suite de la cessation 
subite des éruptions. L'emploi d'un traitement, tel 
qu'il est marqué pour les abcès et les dartres, pro- 
voqua de nouveau l'éruption et fit cesser les troubles 
cérébraux. Ainsi ces riens ne sont tout de même pas 
à, négliger ; ils peuvent avoir, si l'on n'y prend garde, 
surtout au point de vue de la propreté, de grosses 
et graves conséquences. Outre les troubles de l'es- 
prit, il y a la consomption, la phtisie, les maladies 
du foie et des reins et d'autres encore qui peuvent 
en naître. Là où le principe morbide et son virus se 
logent, ils gâtent, rongent, détruisent tout. 

Si vous êtes molesté de la sorte, je vous conseille- 
rais de faire, en temps opportun, alors que vous ne 



292 TROISIÈME PARTIE» 

ressentez encore aucun des susdits effets, chaque se- 
maine (1 fois tous les 3 jours) quelques légères appli- 
cations d'eau. Ce sont d'après l'ordre d'emploi : les 
lotions froides entières, le manteau espagnol et le 
demi-maillot. Ne vous effrayez pas, si après l'une ou 
l'autre de ces applications les éruptions deviennent 
plus fortes. C'est une bonne preuve de l'efficacité 
du remède. Gardez-vous Lien de suspendre les ap- 
plications; continuez, au contraire, avec d'autant 
plus de courage. 

Si vous suivez ce conseil, vous éprouverez la vérité 
de l'adage : la fin couronne l'œuvre, c'est-à-dire la 
fin du traitement bien appliqué sera la cessation de 
l'éruption. Que chacun juge, en toute impartialité, 
s'il vaut mieux employer pour ces sortes de dépura- 
tions et d'abstersions les horribles et abominables 
onguents, appelés lait de beauté, baume merveilleux 
ou autrement, plutôt que l'eau pure et cristalline. 
Quelle utilité peut -il donc y avoir à toutes ces 
drogues prônées et annoncées dans presque tous les 
journaux? Plus d'un et plus d'une rougiraient de 
honte, si ses collègues, ses amis ou sa parenté sa- 
vaient que lui aussi, qu'elle aussi a eu recours au 
charlatan. Et cependant, je le sais, tout cela ne sert 
à rien. Le monde a frictionné et le monde friction- 
nera. Mundus vult decipï^ ce qui veut dire que le 
monde continuera à graisser et à frictionner. Haheat 
sihi ! 

Un cultivateur raconte : « Depuis plus de deux 
ans j'ai une éruption à la figure et à tout le corps. 
Parfois l'on voit peu de chose ; mais ensuite cela 
devient très fort à tel ou tel endroit. Au reste, je me 
porte bien ; mais si cette éruption devait s'étendre 



MALADIES. 293 



davantage, comme elle en a l'air, je ne sais ce qui 
m'adviendra. J'ai usé déjà d'un grand nombre et 
d'une grande variété de remèdes, tout en vain. » 

Je lui prescrivis le traitement suivant : 1) deux 
bains chauds à paille d'avoine par semaine, pendant 
15 minutes, suivis chacun d'un bain froid d'une mi- 
nute ou d'une lotion énergique. 2) trois fois par se- 
maine une lotion froide entière, pendant la nuit ou 
au lever. 3) tous les jours une pincée de poudre 
blanche, qui est décrite dans la pharmacie. Conti- 
nuer ainsi pendant 3 ou 4 semaines, puis se laver 1 
ou 2 fois par semaine tout le corps ou prendre un 
demi-bain., 

3. Scarlatine. 

La fièvre scarlatine fait, chaque année, une ou deux 
apparitions et de nombreuses victimes. Ordinaire- 
ment elle s'attaque aux enfants, mais ne ménage pas 
non plus les adultes. Les prodromes sont : mal de 
tête, pression exercée sur l'estomac et la poitrine, 
courbature, alternative de froid et de chaud. Quel- 
que grand que soit le nombre des enfants que 
cette maladie enlève, le remède cependant n'est pas 
difficile. La plupart du temps les enfants sont mis 
hors de danger dans l'espace de 2 jours ; pour 
les adultes il faut un peu plus de temps. La fièvre 
scarlatine peut être guérie facilement de deux ma- 
nières différentes. 

Si un enfant, soit qu'on le porte encore sur les 
bras ou qu'il aille déjà à l'école, présente tous les 
symptômes de cette maladie, alors plongez une che- 
mise dans l'eau chaude mêlée d'un peu de sel, tordez- 
la un peu, pour que l'eau n'en dégoutte plus, et 
mettez-la à l'enfant, qui se trouve au lit. Enveloppez 



294 TROISIÈME PARTIE. 



le patient dans une couverture de laine, pour que 
l'air n'ait aucun accès, et laissez-le tranquillement 
couché pendant une heure. Puis ôtez la chemise à 
l'enfant, dont le corps sera semé de rougeurs exanthé- 
matiques. Si la chaleur devenait trop forte, lavez 
l'enfant tout entier, mais promptement, et remettez- 
le au lit. Dans les cas difficiles, où la chaleur aug- 
mente et où le malade devient anxieux, la chemise 
mouillée peut être mise 2-3 fois en un seul jour, voire 
même 4 fois. Cela dépend uniquement de la chaleur 
et de l'intensité de la fièvre. La chaleur et la fièvre 
diminuent-elles, on peut prolonger les intervalles 
qui séparent les renouvellements de la chemise 
trempée. Observez que "pour ces applications ulté- 
rieures, on emploie toujours l'eau froide mêlée de 
vinaigre, et qu'il faut soigneusement — mais ja- 
mais trop — envelopper et couvrir le malade. La 
chemise mouillée étant éloignée, on lui met une 
chemise propre. Par ce traitement on guérit com- 
plètement la scarlatine dans l'espace de 4 ou, tout 
au plus, de 6 jours. 

Intercalons ici une remarque. L'enfant a rarement 
de l'appétit ; ne lui imposez pas de manger. (Comme 
l'éruption perce à l'extérieur, de même aussi elle 
existe à l'intérieur.) La soif est ordinairement forte. 
L'eau est toujours le meilleur moyen de l'étâncher. 
On peut mélanger avec elle un peu de sucre ou un 
peu de vin (blanc ou rouge). Les enfants de la cam- 
pagne préfèrent le lait. Songez au principe : boire 
peu, mais souvent. Je ne crois pas qu'un enfant, 
traité de cette manière, aille mourir. 

Louis, un garçon de 10 ans, ne peut plus parler, 
tant la fièvre est intense. La figure est rougie, il se 
plaint d'avoir mal partout. Comme la chaleur est 



MALADIES. 295 



forte et l'anxiété grande, on lave Louis une fois par 
heure, et cela pendant 2 jours. Au troisième jour, le 
jpetit se remet déjà à manger. La lotion n'a plus lieu 
que 2 fois par jour. Le cinquième jour, Louis se sen- 
tit à son aise ; le lendemain il se promena dans la 
chambre et bientôt après il fréquenta de nouveau 
les autres enfants. 

Marie, âgée de vingt ans, ne peut plus marcher, 
souffre d'un violent mal de tête, se sent fatiguée, 
les membres brisés. Elle a une toux sèche et une 
pression terrible sur la poitrine. Elle est saisie 
d'anxiété, ne sait que faire, ne peut quitter le lit un 
instant. Elle a un dégoût de toute nourriture, mais 
elle ne saurait boire assez. 

Marie aura la scarlatine à un degré très élevé. 
Que faire ? A chaque heure il faut lui laver énergi- 
quement le dos avec de l'eau froide, dans laquelle 
on a jeté un peu de sel; de même aussi la poitrine 
et le ventre. Quand elle est ainsi lotionnée — en 
toute hâte — il faut la couvrir convenablement, 
mais pas trop lourdement. 

Ces lotions furent continuées pendant 2 jours, tan- 
dis qu'elle n'a rien mangé du tout, mais bu d'autant 
plus : la gorge brûlait toujours. La scarlatine dis- 
parut en laissant des écailles, des croûtes. La soif 
diminua. La malade doit, pendant 2-4 jours encore, 
être lavée 2 fois ou, si la chaleur persiste, 3 fois par 
jour. Marie était quitte de la scarlatine 3 jours plus 
tard. 

Jean, un garçon de treize ans, n'a plus de vie depuis 
quelques jours et plus d'ardeur au travail ; la gaîté 
d'autrefois a disparu. Voilà que tout d'un coup le 
corps entier se met à enfler, la tête et les pieds gros- 



296 > TROISIÈME PARTIE. 



sissent, le ventre se gonfle d'une façon inquié- 
tante. L'enfant aura l'hydropisie. Que faire? Il s'est 
relevé de la scarlatine il y a 6 semaines, mais celle-ci 
n'était pas arrivée à son développement régulier. 

Le malade a mis, en 8 jours, 6 fois une chemise 
trempée dans l'eau chaude salée et s'est fait enve- 
lopper chaque fois dans une couverture de laine. 
Au bout de 10 jours il fut de nouveau gai et bien 
portant. Disons à cette occasion que, si la fièvre 
scarlatine n'est pas foncièrement guérie et qu'il reste 
des éléments morbides dans le corps, l'hydropisie 
en naît volontiers; mais elle se laisse traiter et extir- 
per par les susdits procédés. 

Crescence, une femme de soixante-cinq ans, est 
alitée depuis 2 jours : elle se plaint d'un violent élan- 
cement dans le dos, d'une cuisson et d'un picote- 
ment à la poitrine. Parce qu'elle a eu affreusement 
froid, dit-elle, elle s'est couchée et se sent mainte- 
nant toute réchauffée. Elle ne peut pas manger, 
mais souffre de la soif. Voici ma recette pour cette 
malade : « Lavez-lui le dos avec de l'eau froide une 
fois par heure pendant le premier jour, tandis 
qu'elle-même peut se laver la poitrine et le ventre. 
Le lendemain la même opération n'est plus néces- 
saire que 4 fois, et au troisième jour 2 lotions suf- 
firont. » On se conforma à ma prescription, et la 
malade sentit, le quatrième jour, un mieux consi- 
dérable. Les mêmes opérations furent encore ré- 
pétées plusieurs fois pendant 3 jours, et la santé 
était revenue. La malade a mangé peu, elle a bu de 
l'eau et du lait caillé. 

Une fille d'environ vingt-quatre ans, très bien por- 
tante jusqu'ici et passablement forte, fut atteinte 



MALADIES. 297 



de la scarlatine. L'éruption augmenta dans l'espace 
de huit jours à tel point qu'on a vu peu de cas sem- 
blables. La malade demanda immédiatement à être 
traitée par l'eau, qui lui inspirait beaucoup de con- 
fiance, d'autant plus que sa sœur avait été guérie 
d'une grave maladie par les procédés hydrothéra- 
piques. On lui conseilla de se laver ou de se faire 
laver, à chaque heure, le dos, la poitrine, le ventre, 
puis les bras et les jambes. L'intervalle d'une heure 
lui parut trop long. La fièvre devint si intense que, 
plus de 5 jours durant, il fallut réitérer la lotion 
chaque demi-heure. La personne n'a presque rien 
mangé, elle buvait peu et à petites doses. La fièvre 
ne fut, malgré l'emploi très exact de l'eau, vaincue 
qu'au bout de 10 jours ; l'éruption disparut en diffé- 
rents endroits, mais eut besoin de deux semaines 
pour s'effacer complètement, et la santé fut refaite 
entièrement. 

Quel eût été le sort, je le demande, de cette mal- 
heureuse, si dans une fièvre aussi ardente, dans un 
feu pareil qui consumait le corps, on n'eût admi- 
nistré, pour l'usage interne, que des potions par 
cuillerées ? Quel rafraîchissement cela aurait-il pro- 
duit ? Que chacun réponde soi-même et n'oublie pas 
que dans ces fièvres l'organisme intérieur est tout 
à fait inactif. De cette guérison de la fièvre scarla- 
tine à un si haut degré on peut conclure à la gué- 
rison de cette même maladie à des degrés moins 
élevés. L'eau, exactement employée, en délivre sûre- 
ment et facilement. 

4. Erysipèle. 

L'érysipèle est un virus qui s'amasse entre la 
peau et la chair et cherche une issue quelque part. 



298 TROISIÈME PARTIE. 



Il peut se manifester à la jambe, au bras, à la tête, 
ou à toute autre partie du corps. Il est toujours 
accompagné d'une grande tension, comme si la peau 
était trop étroite et devait éclater. Parfois il tarde 
longtemps à se présenter à la surface, et souvent il 
fait souffrir beaucoup. Quand il se montre, on voit 
d'abord se former de petites vésicules renfermant 
un liquide violacé; ces vésicules se multiplient à 
l'infini, grandes et petites, dont le poison ronge des 
parties entières de la peau. L'érysipèle peut devenir 
dangereux et amener la mort, s'il n'arrive pas à se 
développer à l'extérieur, s'il produit à l'intérieur une 
intoxication du sang, qui s'étend rapidement, puisque 
le sang afflue à la partie enflammée. Bien souvent 
on remarque que l'érysipèle, s'il se développe à l'ex- 
térieur, s'éloigne de l'endroit primitif et se loge 
intérieurement à une autre place. Ces sortes de cas 
conduisent ordinairement à la mort. 

J'ai connu un domestique qui eut un érysipèle au 
bras. Il n'ajouta pas d'importance à son «petit 
bobo», comme il disait. L'érysipèle disparut, mais 
prit place, un peu plus tard, dans le cerveau et 
le malade ne tarda pas à succomber. 

Je connais de même un ecclésiastique qui eut un 
érysipèle à une jambe. Je ne sais comment il Ta 
soigné. Mais l'érysipèle disparut, et le patient s'en 
crut délivré. Or, le parasite reparut bientôt, cette 
fois à l'arrière-bras. Il disparut de nouveeu, mais 
pour se transporter dans la tête. Après 4 jours 
l'ecclésiastique était mort. 

Tous ceux qui ont observé attentivement cette 
maladie, auront certainement vu un certain nombre 
de cas de mort arrivés par suite du manque de soins, 
parce qu'on a négligé l'érysipèle. 



MALADIES. 299 



Dans le traitement il faut avant tout bien faire 
attention, pour que l'érysipèle n'aille pas voyager. 
C'est à la partie où il se montre d'abord qu'on doit 
au plus tôt l'attaquer, pour l'affaiblir et pour extraire 
les éléments morbifiques. Il faut aussi, autant que 
possible, empêcher ou diminuer l'afflux du sang. 

Si vous avez un érysipèle au pied ou à la jambe, 
prenez un demi-maillot, qui coupera les vivres à 
la partie atteinte. Après le demi-maillot vous enve- 
lopperez la jambe, au haut de l'érysipèle, vers le 
corps, d'un autre maillot. On peut aussi attaquer 
l'érysipèle directement, en trempant un linge usé et 
très souple dans l'eau chaude, en couvrant la partie 
enflammée et en enveloppant le tout d'un linge 
sec ou d'un molleton. Cette fomentation résoud et 
élimine. 

Quelqu'un a-t-il un érysipèle au bras, c'est encore 
le cas de chercher à détourner le sang par un demi- 
maillot ; puis il prendra un châle et le renouvellera 
plusieurs fois, suivant l'intensité de l'inflammation. 
Si, au contraire, il s'en prend directement à la par- 
tie malade, comme il est dit pour l'érysipèle de la 
•ambe, personne ne pourra le blâmer. 

L'érysipèle apparaît-il à la tête, la compresse su- 
périeure fera une énergique révulsion vers le bas et 
un maillot de cou diminuera promptement les élé- 
ments érysipélateux. Quand ces applications auront 
été pratiquées plusieurs fois, on pourra agir direc- 
tement sur la partie atteinte, d'abord au moyen de 
l'eau chaude et, sitôt qu'une grande portion des élé- 
ments morbifiques aura été détournée (ce que la 
diminution de la rougeur et de l'enflure indiquera), 
au moyen de l'eau froide. Les applications de l'eau 



300 TROISIÈME PARTIE. 



se feront toujours sous forme de compresses de toile 
ou de maillots (de tête). 

« Mon mari va avoir un érysipèle à la face : il a 
une forte fièvre ; toute la figure est enflée et rouge 
comme du feu, et sur tous les points de sa surface 
apparaissent de petites vésicules. Cela fait pitié de 
l'entendre gémir». Ainsi se plaignit un jour une 
femme. — « Allez vite lui appliquer un châle trempé 
dans l'eau chaude, lui répondis-je ; après trois quarts 
d'heure enlevez ce topique, retrempez-le et appli- 
quez-le de nouveau. Répétez cette opération 3 fois, 
ce qui prendra à peu près 3 heures. Trois ou quatre 
heures plus tard, vous tremperez dans l'eau fraîche 
un linge plié en quatre, vous le tordrez convenable- 
ment et vous le lui appliquerez sur le bas-ventre 
pour une durée de 3 heures; mais après chaque 
heure il faut enlever le linge, le replonger dans l'eau 
fraîche et le remettre en place. Au bout des 3 heures, 
quand la fomentation sera enlevée, vous ferez cou- 
cher le malade, pendant 1 heure, sur un drap plu- 
sieurs fois plié, plongé dans l'eau froide et bien 
tordu. Ces 3 applications peuvent être ainsi prati- 
quées tour à tour, jusqu'à ce que toute la chaleur 
soit calmée et que la matière morbide soit éliminée. 
Quant aux plaques érysipélateuses de la figure, on 
se contentera, quand la tension de la peau devient 
trop gênante, de lotions à l'eau tiède. Si la soif est 
bien grande, l'eau pure ou sucrée sera la meilleure 
boisson, mais seulement à petites doses. » 

Autre manière de guérir l'érysipèle : On applique 
au malade 2 fois par jour le châle, pendant 3 heures 
chaque fois, mais en renouvelant après chaque 
heure; pendant le reste de la journée on lave, 



MALADIES. 301 



chaque fois après trois quarts d'heure, le dos, la 
poitrine et le ventre, ou hien (ce qui vaudrait mieux) 
le corps tout entier du malade avec de l'eau mêlée 
d'un peu de vinaigre, opération qui ne doit jamais 
durer au delà d'une minute. Si la fièvre baisse con- 
sidérablement, il suffit d'administrer la lotion toutes 
les 2-3 heures, plus tard 1 fois seulement par jour. 
Si l'on s'est servi d'eau chaude avec vinaigre dans 
les commencements, on pourra prendre plus tard de 
l'eau froide. Pour les vésicules ou bulles de la face, 
on ne peut les laver de temps en temps qu'avec de 
l'eau tiède. 

C'est suivant ces deux méthodes que déjà plusieurs 
malades ont été guéris de l'érysipèle, sans qu'il en 
résultât un préjudice quelconque. 

Joséphine, âgée de vingt-deux ans, très bien por- 
tante et vigoureuse, est prise d'une violente fièvre 
à la suite d'une lassitude subite. A la surface exté- 
rieure elle est toute brûlante, à l'intérieur elle éprouve 
des frissons, souffre de la soif et manque absolument 
d'appétit. Au début, toutes les fois que la chaleur 
augmentait, on la lavait avec de l'eau chaude, 
puis avec de l'eau froide, sur le corps tout entier, 
cela pendant 3 jours. Les frissons cédèrent alors, 
toute la tête se gonfla et l'érysipèle apparut d'une 
façon excessive : la figure se couvrit de grandes 
vésicules et la bouche surtout enfla fortement. — 
Pendant 4 jours on pratiqua les lotions 6-10 fois par 
jour et l'on appliqua également le châle 2 fois par 
jour, les 2 premières fois à l'état chaud, puis à l'état 
froid. Au bout de 3 jours survint une grande sueur, 
qui dura 2 jours, et alors Joséphine était guérie ; pen- 
dant la période de transpiration on entreprit la lotion 



302 TROISIÈME PARTIE. 

2 fois par jour. La sueur arriva d'elle-même et les 
lotions la favorisèrent beaucoup. Le traitement dura 
8 jours. La malade n'a pris aucune potion. Quant à 
la tête, elle n'a fait, pendant les 3 derniers jours, que 
se laver la figure 2 fois par jour avec de l'eau tiède. 

Un ecclésiastique de M. m'écrit : «J'étais pris 
d'un érysipèle très considérable à la face, sans doute 
à la suite d'un refroidissement. La chaleur du corps 
était grande, la sueur abondante, la figure considé- 
rablement enflée. Dans cet état je me faisais laver 
4 ou 5 fois par jour, en pleine transpiration et avec 
de l'eau froide, la poitrine, le ventre, le dos et les 
bras, parfois aussi les jambes, mais jamais la figure. 
Plus tard les lotions furent moins nombreuses. Le 
résultat de ce traitement fut très heureux : je m'en 
trouvais bien, et la santé fut rétablie. La fièvre était 
déjà passée au bout de 4 jours, et dès le 9^ jour je pus 
de nouveau quitter la chambre. Comme je continuais 
encore, pendant quelque temps, à transpirer durant 
la nuit, je me levais, me lavais tout le corps avec 
de l'eau froide, mettais une chemise fraîche et me 
recouchais aussitôt. J'avais eu dans le temps la 
même maladie ; mais cette fois-là je ne fus guéri 
qu'après 4 semaines de traitement, tandis que cette 
fois-ci l'eau me remit sur pieds dans l'espace de 
9 jours. » 

5. Dartres. 

Il y a des miniers de personnes qui sont affligées 
d'affections dartreuses, qu'elles l'avouent ou qu'elles 
ne l'avouent pas. Les dartres, ces parasites extrê- 
mement incommodes, se ghssent volontiers sous les 
cheveux, sur le dos, la poitrine, etc.. Elles ne re- 



i 



MALADIES. 303 



doutent pas non plus le grand jour et s'attachent 
comme des sangsues aux bras, aux pieds, surtout 
dans l'intervalle des doigts. Les affections dartreuses 
peuvent être un héritage, mais aussi l'effet d'une vie 
déréglée, d'une mauvaise nourriture et d'une mau- 
vaise boisson, qui gâtent les humeurs. 

Il est très grave et très dangereux d'attaquer cet 
hôte malpropre par des moyens caustiques, servant 
soit aux lotions ou frictionnements (savon vert, etc.), 
soit à l'usage interne (mercure, arsenic, etc.). Il 
est facile de faire rentrer les dartres, mais alors les 
suites peuvent devenir très fâcheuses, abstraction 
faite des ravages que causent à la surface et à l'in- 
térieur de la peau les remèdes caustiques. 

Voici ma méthode de guérir les dartres : A l'exté- 
rieur je n^emploie que Veau tiède à l'effet d'enlever 
la crasse. Tout le reste est mauvais et nuisible. 
Pour l'usage interne je demande des aliments faciles 
à digérer, simples, non recherchés, mais de nature 
à fournir des humeurs saines et à améliorer les hu- 
meurs existantes. Il faut s'abstenir, autant que pos- 
sible, de tout ce qui est aigre, bien salé et épicé, et 
de toute boisson alcoolique. Il y a dans le sang assez 
de matières acres. Quant au traitement hydrothé- 
rapique, voici : administrez à la tête du malade, au 
premier jour, un bain de vapeur de la tête, et faites- 
lui prendre le manteau espagnol; au second jour 
vient le bain de vapeur des pieds et le maillot infé- 
rieur ; au troisième jour, de bon matin, encore le 
manteau espagnol et, dans l'après-midi, le demi- 
maillot. Le quatrième jour sera un jour de repos. 
Au cinquième, le malade se tiendra au lit et se lavera 
en toute hâte, toutes les deux heures, le corps à 
l'eau froide. S'il était empêché d'agir ainsi, il pourra 



804; TROISIÈME PARTIE. 



se lever, mais devra alors prendre la lotion 3 fois 
par jour, le matin, à midi et le soir, pour se donner 
ensuite du mouvement ou se mettre à un travail 
manuel. Les applications d'eau diminueront de force 
et de fréquence au fur et à mesure que la formation 
des dartres, c'est-à-dire la transsudation et l'exha- 
laison des humeurs morbides, cessera et qu'une nou- 
velle peau se formera. 

Ajoutons ici une observation : la différence entre 
les dartres humides et les dartres sèches n'a pas 
d'importance pour le mode du traitement. Je pré- 
sume que les deux dénominations désignent une 
seule et même chose. Les dartres sèches sont celles 
qui sont accompagnées d'un écoulement moins sen- 
sible, de sorte que le liquide écoulé se réduit aussitôt 
en croûte sur la surface cutanée. Les dartres hu- 
mides sont celles qui coulent davantage : elles sont 
pour ce motif d'autant plus désagréables, dangereuses 
et difficiles à guérir. 

Les suites de dartres refoulées et rentrées (en 
général des humeurs morbides et morbifiques) sont 
incalculables. Les suites les plus immédiates sont 
de graves maladies, qui amènent la langueur et plus 
tard la mort; parfois aussi, ce qui est pire, cette 
langueur conduit à l'aliénation mentale, comme 
l'expérience le prouve. 

Un théologien avait à la joue gauche une plaque 
ronde, comme tracée au compas. La plaque consis- 
tait dans une croûte qui couvrait la chair vive et 
s'ouvrait plusieurs fois à l'heure pour laisser écouler 
2 ou 3 gouttes de pus. La figure du patient était 
pleine; à la tête on remarquait plusieurs petites 
pustules. Il avait consulté plusieurs médecins et 



1 



MALADIES. 305 



employé différents remèdes, mais sans résultat. Je 
lui demandai s'il s'était blessé quelque part, et sa 
réponse négative, à laquelle il ajouta que l'affection 
était venue d'elle-même, me fit tout comprendre. 
Le teint pâle et maladif de la figure, plus encore 
que l'écoulement d'une masse de pus , acheva de 
m'enlever tout doute. La matière virulente prove- 
nait du corps. 

Il y a quinze et vingt ans, nombre de personnes 
établissaient et entretenaient artificiellement des 
exutoires, appelés communément cautères ou fonti- 
cilles^ aux bras ou aux jambes. C'était comme des 
cloaques dans lesquels le corps déversait le superflu, 
toutes les humeurs morbides ; c'est pourquoi l'ulcère 
suppurait toujours. Dans notre cas particulier la na- 
ture vigoureuse s'était elle-même creusé une ouver- 
ture et l'avait pourvue d'un couvercle correspondant. 

Pendant 2 semaines le malade dut prendre, tous 
les 2 jours, un bain de vapeur de la tête et autant de 
fois un bain de vapeur des pieds; puis vint le tour 
du demi-maillot et du manteau espagnol, de façon 
qu'il y eut 2 ou même 3 applications d'eau par jour. 
A l'intérieur ce fut le thé de sauge, d'absinthe et de 
menthe qui contribua à amener un prompt succès. 
Bientôt il se forma sous la croûte une peau nouvelle 
et tendre, preuve bien certaine de la guérison, c'est- 
à-dire de la complète résolution et élimination de 
tous les éléments morbides. Au bout de 3 semaines, 
on pouvait à peine distinguer sur laquelle des deux 
joues s'était trouvée la plaque. 

Une fille de vingt -cinq ans raconte : «J'ai de 
fortes éruptions à toute la tête, un grand nombre de 
petites pustules sous les cheveux ; mes oreilles sont 

20 



306 TROISIÈME PARTIE. 

remplies de grosses écailles et, quand de temps à 
autre elles tombent, mes oreilles n'ont plus de peau. 
J'ai par -ci par-là très mal à la tête, tandis que 
d^autres fois je ne sens rien du tout. Mes yeux 
brûlent comme du feu, et il s'en échappe la plupart 
du temps un liquide chassieux. Depuis longtemps 
je ne puis plus respirer par le nez. J'éprouve sur tout 
le corps une démangeaison et une brûlure si fortes 
qu'elles me réveillent souvent pendant la nuit. « 

Traitement : 1) Dans la semaine deux bains chauds 
préparés avec une décoction de paille d'avoine, à 
30 degrés, avec deux alternatives : d'abord 15 mi- 
nutes dans le bain chaud, puis une minute dans 
l'eau froide ou une lotion froide entière ; 2) deux 
bains de vapeur de la tête par semaine, pendant 
20-25 minutes; 3) deux lotions entières par semaine; 
4) prendre 2 fois par jour 25 gouttes d'absinthe dans 
8 à 10 cuillerées d'eau. 

Au bout de 4 semaines, les dartres et ce qu'il y 
avait d'éléments morbides dans tout le corps étaient 
passablement éloignés ; mais, pour achever l'élimi- 
nation et pour fortifier la nature, on employa encore 
2 autres semaines, pendant lesquelles furent faites 
la moitié des susdites applications. 

Un négociant assez obèse, âgé d'environ quarante 
ans, me raconta ce qui suit : 

«Depuis deux ans j'ai de grandes dartres aux 
avant-bras et aux mains (les doigts exceptés), ainsi 
qu'aux jambes; j'ai également des taches au dos et 
à la poitrine. Cela fait que maintes fois je ne puis 
dormir la nuit qu'une ou deux heures. Au reste, j'ai 
bon appétit et je suis fort. » 

Je lui prescrivis les applications suivantes : 1) Une 
lotion entière chaque nuit ; 2) chaque semaine deux 



MALADIES. 307 



bains chauds (28^ R.) à paille d'avoine, pendant une 
demi-heure, avec lotion entière après chaque durée 
de 14 minutes et à la fin du bain ; 3) chaque jour une 
affusion supérieure, suivie immédiatement d'une affu- 
sion des genoux; 4) chaque jour deux pincées de 
poudre blanche. 

Au bout de 4 semaines notre homme revint par- 
faitement guéri; mais, pour prévenir le mal dans la 
suite, il dut se laver entièrement, dans la nuit, 2 fois 
par semaine, et prendre par mois un bain comme 
ci-dessus. Il me répondit : « Quand même ces appli- 
cations ne seraient pas nécessaires, je les pratiquerai 
quand même pour conserver la force et la fraîcheur 
qu'elles m'ont procurées. » 

6. Eczéma-dartre du cuir chevelu. 

Une jeune paysanne raconta : Depuis environ 
deux ans déjà j'avais sans cesse des éruptions à la 
tête, même sur toute la figure, tantôt plus, tantôt 
moins ; sous les cheveux se formaient beaucoup d'ab- 
cès , grands et petits, d'où découlait un liquide acre. 
J'éprouvais fréquemment de fortes démangeaisons à 
tout le corps; à l'intérieur je constatais une chaleur 
continue. 

Après avoir pris beaucoup de remèdes, surtout 
des purgatifs, sans être guérie, j'ai eu recours au 
traitement par l'eau, qui m'a complètement rétablie 
dans l'espace de 6 semaines, au moyen des appli- 
cations suivantes : 1) je dus 3 fois par semaine me 
lever nuitamment, me laver le corps tout entier 
et me recoucher immédiatement après; 2) revêtir 
2 fois par semaine une chemise trempée dans l'eau 
salée; 3) administrer chaque semaine un bain de 
vapeur à la tête, pour la guérir radicalement et la 



308 TROISIÈME PARTIE. 



fortifier ; 4) mettre une fois par semaine la chemise 
mouillée et me laver entièrement 1-2 fois par se- 
maine ; 5) pour l'usage interne je pris 2 fois par jour 
20 gouttes d'extrait de genêt dans un verre d'eau. 

7. Variole. 

La variole est en grand ce que la scarlatine est 
en petit. La première est plus infectieuse que la 
seconde; vulgairement appelée petite vérole, elle 
est bénigne chez les uns, maligne chez les autres. 
Le traitement est le même pour les deux variétés. 
L'on dit communément que si la vérole ne sort pas, 
le malade en meurt. Il faut par conséquent mettre 
tous ses soins à attirer le virus à la surface de la 
peau le plus vite possible, afin de prévenir ainsi le 
pire des empoisonnements à l'intérieur et d'effec- 
tuer une prompte élimination. 

Six personnes malades de la petite vérole bénigne 
furent guéries par des lotions répétées aussi souvent 
que la chaleur devenait très forte et l'angoisse pres- 
que insupportable. Au commencement il fallait 
opérer toutes les heures, plus tard toutes les 2 heures, 
plus tard encore seulement 2-3 fois par jour. Au 
septième jour les six malades était totalement guéris. 
Ils n'ont à proprement parler rien mangé, ce qui 
vaut mieux ; et ils ont bu passablement, ce qui ne 
peut nuire, à condition que l'on ne boive que par 
. petites portions. Remarque importante pour tous les 
malades : boire beaucoup à la fois n'éteint guère la 
soif, mais augmente l'angoisse. 

Moi-même je m'étonnais souvent combien les- 
simples lotions attirent toujours la petite vérole à la- 
surface cutanée. Elle est caractérisée par de petites 
élevures pointues, surgissant au-dessus de la peau, à 



MALADIES. 309 



la façon des grenouilles qui sortent la tête de l'eau. 
Qu'on lave sans la moindre appréhension ! Plus on 
procède vite et exactement, plus les pustules se dé- 
veloppent rapidement et plus l'humeur purulente 
est expulsée promptement. Avant de pouvoir former 
des ulcères, le virus est, pour ainsi dire, enlevé et 
éloigné par le lavage. 

Encore une chose. Procurez au malade le hon air 
frais, qu'on lui refusait et qu'on craignait tant jadis : 
qu'il y ait toujours une ouverture, quelque petite 
qu'elle soit, pour le laisser pénétrer. 

La lotion doit se faire en toute hâte, ne jamais du- 
rer au delà d'une minute. De cette façon la petite 
vérole peut être guérie chez les adultes aussi facile- 
ment que la scarlatine chez les enfants. Remarquez 
encore que l'application la plus douce est la meil- 
leure. 

Quatre personnes souffraient de la petite vérole. 
Elles en furent guéries en se servant, à la place des 
lotions, de la chemise mouillée 2-3 fois par jour. Le 
manteau espagnol aurait fait le même service. Au 
bout d'une heure la chemise était enlevée, pour 
n'être reprise que lorsque la chaleur et l'angoisse 
devenaient de nouveau considérables, ce qui, dans les 
derniers jours, n'arrivait qu'une ou deux fois. Au 
bout de huit jours tout le traitement était terminé, 
et des terribles cicatrices couturées, qui défigurent 
maint visage pour la vie, on ne vit la moindre trace. 

Frédéric ne peut plus marcher ; ses membres sont 
fatigués et brisés. Sa mine fait peur. Un fort mal de 
tête et des envies de vomir s'emparent de lui; la 
poitrine est extrêmement oppressée. — Qn appelle 



310 TROISIÈME PARTIE. 



le médecin. Il déclare qu'il y a là les symptômes 
certains de la petite vérole, qui a besoin de .3 jours 
encore pour se développer; en attendant une purge 
ne peut pas nuire ; quand au reste, il n'y a rien à 
faire. Frédéric ne fut pas satisfait de cette ordon- 
nance. Comme il avait entendu parler de l'hydro- 
thérapie, il se fit apporter dans la chambre une 
baignoire, tout près de son lit, et on y mit de l'eau. 
Après chaque heure il se lève, se met dans le bain 
et se lave à l'aide d'une grosse serviette ; le travail se 
termine chaque fois en peu de temps, une minute à 
peine. Dans l'espace de 18 heures le malade s'est 
baigné 18 fois, n'a rien mangé, s'est contenté de 
boire de l'eau. Frédéric fut donc rétabli et radicale- 
ment guéri de sa petite vérole avant que le médecin 
revint. 

Je viens d'apprendre qu'un de mes amis, fidèle à 
mes conseils, a guéri en peu de jours, de la même 
façon, 4 ou 5 personnes qui avaient été prises subi- 
tement de la fièvre et qui avaient été en danger 
d'être atteintes de la petite vérole. 
. Si la petite vérole, la scarlatine, des maladies 
éruptives régnent quelque part et qu'il s'en montre 
quelques symptômes, il ne faut pas tarder à appH- 
q'uer le traitement. La méthode d'expectation, pour 
savoir ce qui va en résulter, est toujours périlleuse. 
Le feu se répand et consume rapidement les forces. 
Si on éteint sans retard, on éteint aisément. 
Attendre quelques jours, c'est s'exposer à venir trop 
tard. 

Sitôt qu'un enfant ou un adulte se plaint de céphal- 
algie, d'oppression, de gêne dans la respiration, de 
toux, et qu'il affirme que son courage et ses forces 
sont brisés, ce sont autant d'indices que le moment 



MALADIES. 311 



des applications est arrivé. Même dans les cas où 
Ton se tromperait, ces applications ne pourront 
jamais porter préjudice. 

Je vais répéter ici les règles générales qui se rap- 
portent au traitement des maladies éruptives : 

Les lotions doivent être aussi courtes que pos- 
sible et s'étendre à tout le corps du patient. 

Après l'application, il faut se couvrir avec soin, 
se garantir de l'air extérieur, sans rien exagérer 
pourtant. On doit veiller à ce que l'air soit toujours 
renouvelé (bonne aération), mais éviter de faire 
arriver l'air directement au visage du malade. 

Réitérez exactement les lotions toutes les fois que 
la chaleur et l'angoisse augmentent. 

Ne pressez jamais un malade, surtout pas un ma- 
lade gravement atteint, de manger. L'estomac indi- 
quera par le sentiment de la faim quand il est de 
nouveau disposé au travail. Il laisse intacte la nour- 
riture qui lui a été imposée; celle-ci gêne et est 
parfois un obstacle principal à la guérison, parfois 
la seule cause d'une rechute. 

Quelles sottises ne fait-on point, à cet égard, bien 
souvent par ignorance, surtout à la campagne ! Un 
chacun s'approche du malade et, dans un zèle mal 
éclairé, quoiqu'avec la meilleure intention, force 
le malade à manger et à boire. L'on apporte au 
malade toutes sortes de douceurs qui, dans l'état 
du moment, font l'effet du poison. L'on fait des 
bévues incroyables et l'on commet, sans le savoir, 
des crimes contre la santé. 

Si l'appétit s'annonce, si le malade demande du 
solide ou du liquide, donnez-lui très peu de nourri- 
ture, des aliments simples (peu salés et peu épicés), 
adoucissants et faciles à digérer, et jamais jusqu'à 



312 TROISIÈME PARTIE. 

entière satiété. Comme accessoires je recommande 
notamment des fruits bien cuits. De l'eau, un peu 
de vin dans l'eau, du lait, voilà ce qu'il y a de plus 
bienfaisant. Gardez-vous, pour approvisionner le ma- 
lade, d'aller chez le confiseur ou le pâtissier. 

Dans bien des endroits on a commencé à employer 
l'eau comme remède contre l'épidémie de la variole, 
malheureusement d'une façon beaucoup trop rude 
et trop saisissante dans bien des cas. Il serait à 
désirer que l'emploi de l'eau se répande davantage 
et que son application devienne plus douce, pleine 
d'égards; l'on pourrait sauver ainsi la vie à bon 
nombre d'hommes.'' Fondé sur l'expérience que j'ai 
acquise, j'ose avancer qu'aucun malade atteint de 
la variole, qui n'a pas en outre une autre maladie 
encore, n'en mourrait (à peu d'exceptions près). 
Quand je lis combien de centaines et de miUiers 
d'hommes sont enlevés dans le courant d'une année 
par cette maladie ou plutôt par les fièvres qui la 
précédent et l'accompagnent, je suis saisi chaque 
fois d'une grande tristesse. Le moyen d'éteindre est 
là, mais bien souvent on n'emploie pas une seule 
goutte à calmer et à étouffer le feu. Comprenez- 
vous? Puisse la vertu curative de l'eau être enfin 
reconnue et utilisée ! 

La guérison de la petite vérole au moyen de l'eau 
a encore l'avantage particulier que le virus ne pé- 
nètre jamais profondément; voilà pourquoi, après 

1 L'on brise la force du taureau le plus furieux par un 
petit anneau qu'on lui met aux narines. On peut le mener 
où l'on veut. L'application d'eau la plus modérée ressemble 
à l'anneau que l'on insère, pour ainsi dire, dans les narines de 
la maladie la plus dangereuse. 



MALADIES. 313 



ce traitement, les cicatrices caractéristiques de la 
vilaine maladie ne défigurent jamais le visage pour 
toute la vie. 

Les lotions, que nous avons prescrites dans les 
cas ci-dessus, peuvent être remplacées par le man- 
teau espagnol, que l'on met 2 fois par jour, 3 fois 
dans les grandes fièvres, chaque fois pendant une 
heure ou une heure et demie. Il ne faut jamais ou- 
blier, après chaque application, de laver soigneuse- 
ment le manteau, parce qu'il contient chaque fois 
une quantité de matières infectes. 

Une autre application, qu'on peut employer aussi, 
consiste, après que le patient s'est mis au lit, à 
tremper dans l'eau un gros linge plié en double, à 
l'appliquer sur la poitrine et le bas-ventre en forme 
de compresse supérieure, et à faire suivre ensuite, 
de la même manière, la compresse inférieure. En cas 
de forte chaleur, on peut répéter cette application 
2-3 fois dans l'espace d'une demi-journée. 

8. Vaccine (accidents de la). 

Un paysan bavarois vint me raconter : «J'ai à la 
maison un enfant dont le corps est tout enflé. Les 
pieds sont très gros, le ventre a le double de la cir- 
conférence qu'il devrait avoir, la tête, comme le haut 
du corps, tout est enflé. Voilà 9 mois que le petit 
n'est plus bien portant, et le mal empire de jour en 
jour. Il lui arrive par-ci par-là de petits abcès qui 
s'ouvrent promptement et se referment tout aussi- 
tôt; puis je vois en venir d'autres en des endroits 
différents. J'ai consulté trois médecins à Munich et 
d'autres ailleurs, et j'ai cherché du secours partout 
où je pensais en trouver, toujours en vain. » 

J'ai donné à ce paysan les conseils suivants : 



314 TROISIÈME PARTIE. 

Faites bouillir des fleurs de foin pendant une demi- 
heure, trempez dans la décoction une chemise en 
toile, tordez-la, revêtez-en votre enfant, enveloppez- 
le dans une couverture de laine et laissez-le dans 
ce maillot pendant une heure et demie, Renouvelez 
cette opération 2 fois par jour. Tous les 3 jours vous 
laisserez dans le liquide du bain une grande quan- 
tité de fleurs de fenaison. Les bains doivent avoir 
une température assez élevée pour que l'enfant y 
aille avec plaisir et y reste volontiers pendant 25-30 
minutes. 

Après quinze jours de ce traitement l'enfant se 
trouva passablement rétabli, fut gai et prit de l'ap- 
pétit. Les applications ultérieures furent : tous les 
3 jours un maillot, comme ci-dessus, pendant une 
heure; le 4^ jour un bain chaud, au sortir duquel 
une légère et rapide lotion. — L'on procéda ainsi 
10-14 jours, puis l'enfant était complètement guéri. 

Un monsieur raconte : « Je n'ai jamais été malade 
de ma vie. Il y a dix ans, la petite vérole sévissant 
dans mon entourage, je me fis vacciner comme bien 
d'autres. Le vaccin ne fit pas d'effet, mais la place 
de l'inoculation au bras droit resta toujours un peu 
rougie, et à 1' entour.se produisit un petit exanthème. 
Pendant huit ans je remarquais seulement que l'en- 
droit enflammé s'aggrandissait, et maintenant, après 
dix ans, ce herpès humide m'incommode tellement 
que je ne trouve aucun repos pendant des nuits en- 
tières. Ces dartres se développent tantôt à un bras, 
tantôt à l'autre, et la même alternative a lieu aussi 
aux pieds. J'ai employé beaucoup de remèdes, les 
onguents du plus fort poison sur la surface cutanée, 
et pris une quantité de médecines, tout sans résultat. » 



MALADIES. 315 



Traitement : Il est sûr que, dans ce cas, le sang et 
les humeurs sont viciés, et les éruptions ne sont en 
somme que ces humeurs viciées, qui se font ainsi 
jour. Il faut donc agir sur le corps tout entier, ré- 
soudre et éhminer tout ce qu'il y a de morbide dans 
le sang et les humeurs. Donc : 1) 3 fois par semaine 
se lever dans la nuit, se laver tout le corps et se 
recoucher sans s'essuyer. — 2) bien laver chaque 
jour 2 ou 3 fois les parties affectées avec une décoc- 
tion de fenugrec. En place du fenugrec, on peut se 
servir avec avantage d'aloès dissous dans l'eau 
chaude, sur 1 litre d'eau 1 cuillerée à café d'aloès. 
— 3) mettre 2 fois par semaine le manteau espagnol. 

Quand ce traitement aura duré 2-3 semaines, on 
se contentera, à l'avenir, d'un bain chaud suivi d'un 
bain froid, à prendre tous les huit ou tous les 
quinze jours. Il serait bon, pendant cette cure, de 
prendre tous les jours 2 fois une infusion d'absinthe, 
à la dose de 3-4 cuillerées. 

9. Gale. 

La gale, cette infirmité abhorrée, peut exercer 
beaucoup de ravages à l'extérieur et à l'intérieur du 
corps. Il est surtout déplorable que, pour se débar- 
rasser de cet hôte malfaisant, on ait souvent recours 
à des moyens qui, au lieu de guérir, font beaucoup 
de tort et réduisent le corps maltraité à l'état le 
plus pitoyable. Qui pourrait nommer tous ces on- 
guents graisseux, préparés avec du soufre, de Feau- 
de-vie et je ne sais quoi encore? Ces dégoûtantes 
pommades réussissent tout au plus à fermer radica- 
lement les pores, à empêcher par la crasse la trans- 
piration, si nécessaire au bien-être du corps, à 
refouler la sueur et l'évaporation dans le corps, à 



316 TROISIÈME PARTIE. 

empoisonner ainsi le sang et les humeurs et à amener 
de graves maladies, parfois la mort. Cela n'est pas 
exagéré ; c'est désolant, quand on sait avec quelle 
facilité et promptitude on pourrait, sans aucun dan- 
ger, guérir la gale. 

Un homme de vingt-huit ans, bien constitué, vint 
un jour chercher assistance chez moi. Son aspect 
me fit aussitôt songer à une planche vermoulue 
d'outre en outre. Il n'avait trouvé du secours nulle 
part. On ne savait au juste ce qui lui manquait. Je 
lui demandai, s'il n'avait jamais eu la gale. Il répon- 
dit affirmativement et ajouta : «Mais elle fut guérie 
en 3 jours. » Ce n'est pas ainsi que je veux guérir, 
moi ; Dieu m'en garde ! 

C'est justement dans ces maladies dégoûtantes 
qui, plus que toutes les autres, permettent de con- 
clure à une intoxication qu'il faut appliquer le prin- 
cipe suivant : Ce qu'il y a de superflu dans le corps 
doit en être expulsé. Pratiquer le contraire, ce serait 
à peu près comme si on cultivait la vermine dans 
les habits et les cheveux, l'escarbot dans les par- 
terres, les souris dans le champ. C'est d'après le 
susdit principe que se règlent les applications propres 
à attirer et à éliminer ce qu'il y a de morbide dans le 
corps, en même temps qu'elles fortifient l'organisme 
pour s'en faire un aide puissant. 

Notre malade prit tout d'abord, à 3 jours consé- 
cutifs, un bain chaud (33° R.) fait d'une décoction 
de branches de pin^, avec 3 alternatives. L'usage 
du savon lui rendit d'excellents services, pour 



^ L'extrait de feuilles de pin serait bon. Moi, comme tout 
paysan et les pauvres gens, je me contente des branches de 
pin, qu'on a facilement à sa disposition. 



MALADIES. 317 



ouvrir les pores de toutes parts et en éloigner la 
crasse. Il faut une bonne fois nommer les choses 
par leurs noms, quand même — je n'en puis rien — 
certains nerfs en sont désagréablement affectés. 
Aux bains s'ajoutaient encore, dans la première 
semaine, des lotions totales de nuit, en dehors 
du lit, et un quatrième bain chaud avec ablution 
froide, afin de fortifier ; dans la seconde semaine, un 
bain chaud avec ablution froide, et un demi-bain 
froid avec lotion de la partie supérieure du corps ; 
dans la troisième semaine un bain froid entier; dans 
la suite quelques bains chauds par mois. Si le réta- 
blissement devait tarder, on pourrait continuer à 
pratiquer les deux dernières applications. Même un 
bain chaud par semaine ne pourrait que produire de 
bons résultats. 

Au bout de 6 semaines, notre misérable patient 
était guéri et put enfin choisir un état. La forte 
santé se maintient, il n'a plus senti la moindre at- 
teinte du mal qui l'avait tourmenté jadis. Voilà com- 
ment on traite la gale rentrée. 

Si l'on se trouve extérieurement atteint de la gale, 
il faut prendre aussi un bain chaud à 33-34° R. et se 
frotter vigoureusement avec du savon, de préférence 
avec du savon vert, qu'on peut se procurer dans 
toute pharmacie. Après 15 minutes de bain, il est 
temps de se laver avec de l'eau pure (froide ou 
chaude) et avec du savon de toilette ordinaire. Si le 
malade pouvait s'immerger sur-le-champ dans un 
second bain chaud, mais dont l'eau a été ren uvelée, 
et faire succéder de nouveau la lotion chaude ou 
froide, il en ressentirait d'excellents effets. 

Comme la gale est excessivem.ent contagieuse et 
se communique par le linge, les vêtements, etc., 



318 TROISIÈME PARTIE. 



il est important, après les bains, de changer le linge 
du corps, les vêtements et les draps de lit. Autre- 
ment toutes les applications seraient inutiles. 

De cette manière on peut guérir la gale en 3-4 
jours. 

10. Brûlures, 

L'incendie se déclara dans la demeure d'un pay- 
san. Le propriétaire, occupé à sauver ses effets, 
tomba dans le feu et se brûla tellement les mains et 
le visage, qu'il en était tout à fait défiguré. Le mé- 
decin lui appliqua des emplâtres sur les endroits 
endommagés, notamment sur le cuir chevelu totale- 
ment dévasté. La peau et la chair se détachèrent des 
doigts et de l'avant-bras. Désespéré et souffrant 
horriblement, le malheureux appelait la mort, tandis 
que le médecin déclarait la guérison impossible. 

Le hasard voulut que le curé de la paroisse fût 
justement absent. Je le remplaçai pendant 3 jours, 
ce qui m'amena auprès du malheureux. Il me fit pitié 
et je cherchai le moyen de le soulager au moins un 
peu, afin qu'il pût mourir tranquillement. Je fis donc 
éloigner tous ces petits et raides emplâtres, je pré- 
parai à la hâte, en agitant avec une plume, une 
marmelade composée de blanc d'œufs, d'huile de lin 
et de crème aigre, et j'appliquai, pour couper l'accès 
à l'air extérieur, une épaisse couche de cet onguent 
sur les parties endolories. Puis je mis dessus de 
vieux morceaux de toile, usés, bien mous et trempés 
dans l'eau froide ; enfin je couvris le tout d'un linge 
sec, en l'adaptant d'une façon bien unie. Après 
chaque intervalle de deux heures, le linge sec fut 
soulevé avec précaution et le linge humide, au 
moyen d'une éponge, de nouveau humecté douce- 



MALADIES. 319 



ment, mais abondamment, pour l'empêcher de sécher 
et de s'attacher à la peau. Matin et soir on enlevait 
tout l'appareil, pour ajouter en toute hâte de la 
nouvelle bouillie à la vieille. On a de la peine à 
croire combien il fallut peu de temps pour le réta- 
blissement du jeune père de famille. Dès la première 
application je conçus de l'espoir, sans rien dire toute- 
fois : car dès le premier quart d'heure les affreuses 
douleurs baissèrent un peu, et les convulsions si 
dangereuses, dont l'imminence s'annonçait déjà par 
les palpitations inquiétantes de tout le corps, ne se 
déclarèrent pas. — Pour l'usage interne, je fis donner 
deux fois par jour une cuillerée d'huile d'olive, qui 
rafraîchit. L'huile de salade aurait fait le même ser- 
vice. Sous la couche de l'onguent se forma bientôt 
une peau nouvelle. L'extrême propreté — après les 
premières journées de souffrance on lavait journelle- 
ment plusieurs fois les plaies avec de l'eau tiède, 
pour les déterger et en éloigner toutes les matières 
puriformes — contribua pour sa part à la guérison. 
Après quinze jours le paysan se trouva presque 
remis. Le médecin lui-même déclara qu'il regardait 
ce retour à la santé presque comme un miracle : il 
n'aurait jamais cru à la possibilité de guérir de si 
énormes brûlures. 

Un domestique se brûla horriblement le haut du 
corps par une flamme d'alcool, si bien que l'un des 
bras, la moitié de la poitrine et un côté de la tête 
étaient tout couverts de plaques noires, jaunes et 
rouges, et que la peau se laissait enlever partout. 
L'aspect était affreux, et le malheureux souffrait des 
douleurs désespérantes. Le même traitement, in- 
diqué dans le cas précédent, le sauva: au bout de 
4 semaines il put retourner à son travail. 



320 TROISIÈME PARTIE. 

Soustraire les parties brûlées à l'air extérieur, 
maintenir les compresses à l'état humide, renouveler 
l'onguent réfrigératif, observer une grande propreté, 
voilà les conditions essentielles de la guérison sûre 
et rapide des brûlures. 

Comme remède domestique contre les brûlures 
superficielles — c'est spécialement important pour 
les cuisiniers et les cuisinières — on a en première 
ligne la choucroute et le liquide contenu dans la 
tinette. La choucroute est appliquée toute fraîche 
sur la partie brûlée, tandis que l'eau de la tinette 
sert à mouiller la compresse. Si le liquide de la 
tinette à choucroute est trop acre et mordicant, on 
pourra l'étendre avec de l'eau ordinaire. îl y a des 
personnes qui donnent la préférence aux pommes 
de terre, qu'elles râpent et appliquent sous forme 
de cataplasme ; d'autres aiment mieux l'huile de lin, 
ou d'autres huiles, qu'on applique une fois et qu'on 
recouvre d'un plumasseau d'ouate. Tous ces petits 
moyens sont bons, i 

Une personne occupée à la cuisine eut le malheur 
de se brûler, avec de l'eau bouillante et au feu qui 
s'élevait en flammes, une main et un bras jusqu'au 
coude. Le médecin accourut immédiatement; mais, 
malgré tous ses soins, il ne put guérir la plaie. 
Après bon nombre de semaines, la personne en 
question eut recours aux moyens que je viens d'in- 
diquer ci-dessus : ils calmèrent les douleurs dès le 
premier jour et amenèrent peu à peu la guérison. 

Traitement : 1) toute la partie brûlée fut recou- 
verte d'une couche épaisse de l'onguent composé 
d'huile et de glaire, puis bandée avec un linge hu- 
mide ; dans les premiers temps l'appareil fut renou- 



MALADIES. 321 



velé deux fois par jour. 2) Ce qu'il y avait de mortiiîé, 
de gangrené et de puriforme fut résous et éliminé 
par une application de fleurs de foin renflées. Il se 
forma, pendant la guérison, plusieurs abcès, qui 
furent traités par une décoction de fenugrec. Ce 
sont ces moyens, employés alternativement, qui 
sauvèrent une main qu'on avait regardée comme 
perdue. 

11. Ulcères aux pieds et aux jambes. 

Un pauvre journalier avait durant des mois une 
jambe ulcérée, l'ulcère mesurant la longueur d'un 
doigt et une largeur de 2-3 pouces. Il se trouvait 
encore à la fleur de l'âge, mais souffrait presque 
toujours de grandes douleurs et ne pouvait que 
rarement dormir quelques heures. Il avait le teint 
très malade, et tout courage lui était tombé. Je lui 
conseillai d'appliquer sur les parties lésées du fenu- 
grec cuit et étendu sur un morceau de linge, en 
forme de cataplasme, de couvrir celui-ci, depuis 
le haut de la cheville jusqu'au-dessus des mollets, 
par des feuilles fraîches de tussilage et mettre les bas 
par-dessus. Tous les matins et tous les soirs il dut 
renouveler le cataplasme et les feuilles et prendre 
en outre, toutes les deux heures, 2 cuillerées d'une 
infusion de fenugrec. Avec cela il put, sans inter- 
ruption, vaquer à ses occupations. Au bout de deux 
semaines les deux tiers de la plaie étaient guéris, 
et notre homme avait le teint sain et frais, ne res- 
sentait plus de douleurs, et pouvait bien dormir. 
Trois semaines plus tard la jambe était totalement 
guérie. Pour prendre le fenugrec en infusion, on en 
met une petite cuillerée dans une chopine d'eau, on 
fait cuire une minute, on décante et on en fait usage 

21 



322 TROISIÈME PARTIE. 

par cuillerées. Cette potion enlève la chaleur inté- 
rieure et exerce son action curative ab intus. 

Un fonctionnaire se plaint d'une jambe ouverte 
depuis longtemps, qui le gêne extrêmement dans 
ses occupations. «La plaie au-dessous du mollet, 
dit-il, est considérable et il s'en écoule journelle- 
ment beaucoup de pus ; ce qui me paraît encore plus 
effrayant que la plaie et l'inflammation, c'est la 
couleur de la jambe, qui est tout à fait livide. J'ai 
consulté plusieurs médecins, qui, entre autres choses, 
me firent boire beaucoup d'eau minérale. Tout fut 
inutile. » 

Cet homme, âgé d'environ 45 ans, a une forte 
constitution, une prédisposition à l'obésité, le teint 
assez cramoisi ; je reconnus immédiatement le bu- 
veur de bière. Les coins des yeux étaient troubles, 
les yeux eux-mêmes un peu jaunes, les oreilles très 
foncées. Je lui demande si, pour le reste, il se porte 
bien. Il répondit: «Il ne me manque absolument 
rien, j'ai le meilleur appétit possible, je ne suis pas 
un buveur, mais volontiers je bois mes 2-4 verres 
de bière par jour. Mon mal est localisé, c'est un de 
de ces ulcères cutanés qu'on rencontre si souvent. » 

Tous les malades de cette catégorie (l'exception 
est aussi rare qu'un corbeau blanc) ne se plaignent 
jamais que de douleur à la partie suppurante et 
trouvent qu'il faudrait la faire cicatriser pour guérir. 
C'est le procédé contraire qui est le meilleur. Gué- 
rissez d'abord le corps, éliminez-en toutes les hu- 
meurs morbides, et l'embouchure du cloaque, la 
plaie de la jambe, se fermera d'elle-même. En effet, 
il li'y a pas, à mon sens, d'aveuglement plus funeste 
et de sottise plus nuisible que de vouloir guérir un 



MALADIES. 323 



ulcère, de fermer une porte par laquelle seule l'or- 
ganisme malade peut encore trouver son salut. Dans 
les montagnes les eaux se ramassent, puis font une 
brèche et donnent naissance à une source limpide. 
Il en est de même dans plus d'un corps : les humeurs 
morbides affluent vers un point, s'y accumulent et 
s'y pressent jusqu'à ce qu'il en résulte une rupture 
à la peau. La nature elle-même indique comment 
elle peut et veut pourvoir. Nous lui lions, pour ainsi 
dire, mains et pieds ; nous lui fermons, par nos on- 
guents , les chemins par lesquels le secours doit 
venir. Étonnez-vous alors si tout cela aboutit à la 
catastrophe! 

Je conseillai au fonctionnaire de prendre tous les 
jours, durant une quinzaine, un maillot inférieur 
pendant une heure et demie, de se laver énergique- 
ment le haut du corps 2 fois par jour, et d'adminis- 
trer à sa tête un bain de vapeur de la durée de 20 
minutes, 1 fois par semaine. Ces applications de- 
vaient purifier le corps et le rendre en même temps 
assez fort pour éliminer les humeurs mauvaises. Au 
bout de quinze jours le malade revint ; ses premières 
paroles furent : « J'ai dit dernièrement que je n'étais 
pas malade ; à présent je sais que j'étais très malade. 
Je ne pouvais plus monter les escaliers qu'avec 
peine, tellement la respiration était pénible. J'étais 
sans cesse boursoufflé d'une façon extraordinaire. 
Lorsque, plein d'anxiété, j'en parlai au médecin, il 
me fit remarquer que j'avançais peu à peu en âge. 
A présent je me trouve tout autre, comme régénéré. 
La respiration est facile et je me sens à l'aise. La 
morosité m'abîmait jadis, à présent je suis de nou- 
veau gai et j'ai plus d'appétit que jamais. Qu'on ne 
m'ait pas dit cela plus tôt! Dans ces quinze jours 



324 TROISIÈME PARTIE. 



j'ai évacué une quantité énorme d'urine, et mon 
corps, surtout l'abdomen, est extrêmement allégé ; 
déjà les douleurs de la jambe diminuent et l'ulcère 
semble également se cicatriser. Que dois-je faire 
pour guérir la jambe complètement! » 

L'employé prit dans la suite 2 maillots inférieurs 
par semaine, de la durée d'une demi-heure chacun, 
et une puissante afîusion supérieure par jour. Quant 
au pied, il y appliqua 3-4 fois par jour un morceau 
de linge mouillé dans l'eau tiède ; en dehors de cela il 
ne dut absolument rien faire pour la jambe. Une fois 
que la source n'est plus alimentée, elle tarira et 
l'écoulement cessera de soi-même. Deux semaines 
après, le fonctionnaire revint tout joyeux : le corps 
sain avait de nouveau une jambe saine. Depuis lors 
il n'a jamais cessé de louer la vertu curative de 
l'eau. Une personne guérie d'une pareille infirmité 
doit — cela est très important — pour empêcher 
l'accumulation de nouveaux éléments morbides, con- 
tinuer un certain temps encore de prendre l'une ou 
l'autre des applications bienfaisantes. Elle n'a qu'à 
choisir parmi celles dont elle s'est trouvée le mieux. 

Agathe avait mal depuis des années à une jambe, 
qui s'ouvrait de temps en temps, pour se refermer 
ensuite d'elle-même. Je ne dirai plus rien des iné- 
vitables onguents, cela ne ferait que me fâcher. 
Un médecin promit la guérison à la malade, pourvu 
qu'elle voulût se soumettre fidèlement à ses pres- 
criptions. La jambe fut placée de telle manière 
qu'elle se trouva dans une position plus élevée que 
le bas-ventre. Les douleurs cessèrent presque ins- 
tantanément. On appliqua sur la plaie, je ne sais 
quoi, et on pansa. La malade sentit un mieux consi- 
dérable, plus de douleur au membre malade, la gué- 



MALADffiS. 325 



rison faisait de grands progrès. La plaie se ferma. 
Tout à coup Agathe sentit une lourdeur dans la tête, 
un peu de vertige ; toutefois elle n'y attacha guère 
d'importance. Dans la nuit cependant elle fut prise 
d'une telle prostration que le médecin, appelé en 
toute hâte, déclara qu'un marasme foudroyant avait 
envahi la malade, qui s'en allait rapidement. A 
minuit elle dut encore être administrée. Elle resta 
pendant 5 jours sans mouvement, sans connaissance, 
respirant péniblement. Au 6^ jour la présence d'esprit 
se rétablit, elle put articuler quelques mots. Sponta- 
nément elle entoura elle-même de maillots humides 
son corps et sa jambe malade. Le lendemain la jambe 
se mit à enfler considérablement et commença à 
faire mal. Mais la tête s'en trouva d'autant mieux. 
Agathe remit courageusement les maillots sur le 
ventre et sur la jambe. Celle-ci s'enflamma vivement 
et au bout de 5 jours la plaie se rouvrit. Agathe fut 
traitée par l'eau, comme je l'ai décrit plus haut, et 
revint à sa santé d'autrefois. 

Mais que signifiait donc la crise par laquelle elle 
a dû passer? Ce n'était pas du tout un marasme. 
Le gamin qui se met sur sa tête y fait afîiuer le 
sang. Les humeurs, détournées du pied (par la posi- 
tion élevée) et poussées vers le haut, montèrent à la 
poitrine et à la tête et occasionnèrent le fatal accès. 
Les maillots les ramenèrent dans les régions infé- 
rieures, l'eau rouvrit la plaie, et les éléments mor- 
bides, en retrouvant leur ancienne issue, laissèrent 
la poitrine respirer librement et la tête jouir de ses 
facultés. 

Prenez garde à tout cela, si vous êtes affligé de 
pareilles infirmités! Je le sais bien, beaucoup de 
médecins de la nouvelle école jugent différemment. 



326 TROISIÈME PARTIE. 



Ils tiennent à leurs idées ; quant à moi, je ferai de 
même, je tiendrai aux miennes. Toute solution de 
continuité à la peau, que la nature s'est creusée 
elle-même pour expulser ce qui est superflu et mal- 
sain, je l'appelle, aussi longtemps qu'elle suppure, 
une assurance sur la santé et la vie. Qui ne connaît 
nombre de cas où les gens sont morts rapidement 
après que des plaies aux jambes s'étaient fermées? 
Qui ne sait que, si un ulcère pareil vient à se cica- 
triser dans la vieillesse, la mort n'est plus bien loin? 
Dans une lettre, que j'ai sous les yeux, je lis tex- 
tuellement: «Mon mal de jambes reprend. Depuis 
qu'il est revenu, je suis quitte des douleurs rhuma- 
tismales à la tête et aux dents, dont je souffrais 
horriblement ily a quinze jours. J'ai toujours l'une ou 
l'autre partie de mon corps en souffrance. Chez moi 
domine un double mal : j'éprouve de violentes dou- 
leurs ou dans le corps, surtout aux dents, ou bien 
aux jambes, si bien que je ne saurais dire lequel des 
deux est le plus atroce. De plus, si l'un de ces deux 
maux ne se développe pas avec une force et une in- 
tensité considérables, je ne me trouve pas bien dans 
tout le corps. » Voilà cette communication. 

De même que le mercure dans le baromètre monte 
et descend, ainsi il y a des maladies qui changent 
de siège, qui se déplacent d'un endroit du corps à 
l'autre. La goutte et l'érysipèle sont de ces parasites 
ambulants, auxquels s'associe l'infirmité en question. 
Celle-ci toutefois ne se trahit pas au dehors, comme 
la goutte et l'érysipèle, mais voyage à l'intérieur 
par des chemins secrets. 

C'est par une triple attaque qu'il faut procéder 
contre ces ennemis perfides. 

Dans notre c^s particulier le demi-maillot attaque 



MALADIES. 327 



les tirailleurs, c'est-à-dire il emporte tous les ma- 
tériaux qui voyagent de la tête aux pieds ou des 
pieds à la tête. Employé fréquemment, il les élimine 
et leur enlève ainsi la possibilité de circuler dans le 
corps. En seconde ligne, il agit également sur la 
partie souffrante, parce qu'il saisit au passage les élé- 
ments qui en viennent et qu'il les empêche d'y retour- 
ner. Le bain de vapeur des pieds, suivi de l'affusion 
inférieure, se prend à l'une des ailes de l'ennemi, à 
l'ulcère même, sur lequel il exerce une action réso- 
lutive et éliminatrice. Les lotions froides, ou, à leur 
défaut, le manteau espagnol, dressent les batteries 
contre le centre, contre le corps tout entier ; mais 
c'est pour lui rendre des services d'ami. Les lotions 
fortifient le corps pour qu'il puisse contribuer à une 
rapide guéris on. 

Les applications d'eau seraient donc à pratiquer 
dans l'ordre suivant : le demi-maillot, deux lotions 
entières dans la même nuit, puis encore le demi- 
maillot, le bain de vapeur des pieds et enfin le man- 
teau espagnol. Comme armée auxiliaire à l'intérieur, 
on prendra la tisane de centaurée, de sauge et de 
menthe. Les deux premières herbes sont des dépu- 
ratifs, la menthe avec son principe amer vient en 
aide au suc gastrique. 

Je vais citer encore deux autres méthodes de 
guérir les ulcères aux jambes et aux pieds : la pre- 
mière pourra peut-être rendre service à plus d'un 
paysan, à l'homme du peuple, qui n'est pas organisé 
pour les bains; la seconde conviendra même au 
monde distingué. 

Un petit paysan bien nourri, d'un air malin et 
clignant des yeux, vint me dire : « Monsieur le curé, 



328 TROISIÈME PARTIE. 



j'ai aussi un ulcère à la jambe; n'avez-vous pas 
également pour moi une petite eau? » — « Mais oui, 
mon cher ami, lui répondis-je. Faites ce que je vais 
vous dire : rentrez chez vous et étendez sur votre 
lit un tapis de laine ou un très gros drap. Puis cher- 
chez parmi vos sacs à blé le plus vieux, le plus usé 
et partant le moins raide. Plongez-le hardiment 
dans l'eau froide, tordez-le un peu et entrez-y dans 
le costume d'Adam, ou, si vous préférez, revêtez- 
vous du sac comme d'un élégant pantalon. Après 
cela sautez vite sur votre couche et couvrez-vous 
chaudement de la couverture de laine ou du drap 
grossier et du lit de plumes. » Les yeux clignotants 
devinrent grands comme des roues de charrue et se 
mouillèrent déjà, rien que par horreur de l'eau : le 
brave homme eut de la chair de poule. « Et cela, 
continua la sévère sentence, pour le premier essai, 
1 fois par jour pendant une semaine ; le séjour dans 
le sac durera chaque fois 2 heures. » 

L'homme des champs partit en suant; néanmoins 
il fit ce que je lui avais dit. Dans l'espace de 50 jours 
il pratiqua 25 fois l'opération singuUère du sac, 
et sa jambe fut rétabUe. Il tressaillait de joie, 
moins d'avoir sa jambe guérie, que d'avoir retrouvé 
dans le sac son humeur si enjouée. Il revint me 
remercier, et je lui conseillai de répéter à l'avenir 
son exercice l'une ou l'autre fois. Je n'eus pas besoin 
de le lui dire deux fois. « C'est par un sentiment de 
joie et de reconnaissance, s'écria-t-il, que je vais 
continuer l'histoire du sac toute une année. » Et il a 
tenu parole. 

Autant ce traitement-là inspire de l'effroi aux 
nerfs faibles (ce n'est cependant pas si terrible), au- 
tant celui-ci est court et noble. Ecoutez : on prend 



MALADIES. 329 



a) 2 fois par semaine un bain chaud avec une triple 
alternative — le meilleur serait le bain à paille 
d'avoine ; b) de même 2 fois par semaine le maillot 
inférieur d'une heure et demie, ou bien le manteau 
espagnol de la même durée. 

Pour votre gouverne je signale le cas suivant : 
Un monsieur assez gros et très bien portant, qui 
n'avait guère son semblable, eut une bien gênante 
ulcération à une jambe. Il fit appel au traitement 
par l'eau et en usa pendant 12 jours. Il ne put assez 
s'étonner combien il s'en trouvait bien. « Mais 
cette ennuyeuse plaie à la jambe, dit-il, ne voulez- 
vous pas me la guérir?» Je lui répondis : «Qui- 
conque vous la guérira, vous abrégera la vie ; pour 
moi je ne le ferai jamais, au grand jamais.» Cela 
le peina, et il partit. C'était en automne. Au prin- 
temps suivant il se rendit, comme je l'ai appris plus 
tard, à une station d'eaux minérales et, rentré chez 
lui, il usa de différents remèdes pour boucher la 
plaie. Il réussit et, durant 6-8 semaines, il s'en féli- 
citait. Mais voici qu'il se forma un énorme abcès à 
la partie supérieure de la colonne vertébrale, au 
milieu du dos. Les médecins le prirent pour un 
anthrax et firent une incision. Au lieu de trouver 
du pus, ils heurtèrent contre une forte et grosse 
plaque. En 12 jours une infection purulente du sang 
mit fin à cette vie si florissante. Les exemples de ce 
genre abondent. 

J'arrivai dans une maison. Le jeune propriétaire 
était, sur la prescription du médecin, en train de 
tenir son pied jusqu'au genou dans l'eau à la 
plus haute température possible. Les douleurs déjà 



330 TROISIÈME PARTIE. 



fortes furent considérablement augmentées par l'eau 
chaude. Le pied se trouva enflé du double depuis la 
cheville jusqu'au mollet, et l'enflure au-dessus de la 
cheville se colora et s'enflamma au point que la peau 
menaçait de crever. Je ne comprends pas ce que 
Feau chaude, qui serait capable d'échauder à moitié 
une personne bien portante, doit faire dans une in- 
flammation déjà si vive d'un membre , surtout si 
elle est appliquée, non pas seulement une fois et 
pour un moment, mais souvent et pendant un temps 
relativement long. Le patient exaspéré déclara qu'il 
n'en pouvait plus et qu'on devait emporter l'eau. Je 
fis tranquillement exécuter ses ordres; après cela je 
lui conseillai de prendre, en place du liquide bouil- 
lant, de l'eau de choucroute, d'y plonger un morceau 
de linge bien mou et de l'appUquer directement sur 
l'endroit le plus enflammé; puis de prendre un se- 
cond linge, plus grand, très mou aussi, de le tremper 
dans l'eau froide, de l'enrouler autour de la jambe, 
depuis la cheville jusqu'au mollet (par-dessus natu- 
rellement une couverture sèche), et de renouveler 
les deux fomentations froides aussi souvent que la 
jambe recommencerait à brûler et à faire mal. Le 
jeune patient fit selon mon conseil, et au bout de 
2 jours il put de nouveau marcher. La tumeur éclata. 
Pour résoudre plus vite et attirer au dehors les ma- 
tières puriformes, il enveloppa l'endroit blessé dans 
une pochette de toile remplie de fleurs de foin ren- 
flées par la cuisson. Au bout de 8-10 jours la jambe 
était guérie et fit de nouveau ses fonctions avec une 
fidélité et une vigueur rajeunies. 

Un monsieur de condition me raconta : « J'éprouve 
chaque année un mal de pieds qui dure 2-3 semaines, 



MALADIES, 331 



puis je me porte de nouveau très bien pour toute 
l'année. Mes pieds sont toujours un peu sensibles. 
Avant que le mal me prenne, ils sont brûlants, et 
quelquefois je sens un violent picotement. Puis pieds 
et jambes se gonflent assez fortement jusqu'aux 
genoux. Dès que la tuméfaction commence, la dou- 
leur diminue un peu, je demeure néanmoins incapable 
de travailler n'importe quoi. Ne peut-on pas remédier 
à cette infirmité ? » 

Ma réponse fut : « Oui, au moyen des applications 
suivantes : 1) Tremper 1-2 fois par semaine des bas 
de toile dans une infusion de paille d'avoine, les 
mettre à l'état d'une température agréable, les en- 
velopper d'un linge sec et garder ce maillot pendant 
2 heures ; cela peut se faire le soir. 2) Appliquer 

1 fois uar semaine un demi-maillot trempé dans l'eau 
froide et le garder pendant une heure et demie. Ce 
traitement, suivi pendant 5-6 semaines, obviera cer- 
tainement à votre infirmité. » 

Un campagnard arrive et montre ses pieds enflés, 
qui, depuis le bas jusqu'aux genoux, sont durs au 
toucher et couverts de grandes taches livides. Ces 
jambes gonflées lui font très mal et l'empêchent, des 
nuits entières, de fermer l'œil. En outre, depuis que 
cette enflure existe, il est morose, mélancolique, 
au point que souvent déjà il a souhaité la mort. De 
plus, mauvais appétit, mine très malade. 

Traitement : Dans la première semaine prendre 
deux bains de vapeur des pieds, un seul dans chaque 
semaine qui suivra. 2) Mettre chaque semaine, pen- 
dant une heure et demie, une chemise trempée dans 
une infusion de paille d'avoine. 3) S'emmaillotter 

2 fois par semaine tout entier, depuis le dessous des 
bras, pendant une heure et demie. 4) Entourer 



332 TROISIÈME PARTIE. 

chaque nuit les jambes jusqu'aux genoux de linges 
trempés dans l'eau où l'on a fait bouillir 2 cuillerées 
de fenugrec. — C'est justement cet emmaillotte- 
ment qui, par son action résolutive, a le plus con- 
tribué à atténuer les douleurs et à les faire disparaître. 
Pour l'usage interne, il prit une décoction de fenu- 
grec, 2 pincées par chopine d'eau, à boire en 3-4 
portions dans le courant de la journée. 

Une femme avait depuis des années mal aux 
jambes, dont l'une s'ouvrait de temps en temps et 
laissait écouler une grande quantité de pus; plu- 
sieurs semaines après, la plaie se cicatrisait de nou- 
veau. Comme un tout chacun désire avoir la santé, 
de même cette femme voulut être délivrée de son 
mal. Elle employa les moyens suivants : 1) Lotion 
entière 3 fois par semaine, en se levant de nuit et 
en se recouchant immédiatement après. 2) Man- 
teau espagnol, une fois par semaine. 3) Enveloppe- 
ment des jambes, depuis le matin jusqu'à midi ou 
jusqu'au soir, dans un linge mouillé d'une décoction 
de fleurs de foin et fortement tordu, par-dessus une 
couverture de laine ou un molleton. 4) Sur la partie 
endolorie, longue et large de 3 doigts environ et 
dépourvue de peau, elle mit du fenugrec cuit et 
étendu sur des morceaux de linge, ce qui attire les 
éléments malsains, enlève la chaleur et la douleur 
et, les substances morbides étant évacuées, opère 
la guérison. Tous les 2 ou 3 jours elle appliqua à nu 
sur la jambe malade des fleurs de foin (renflées, puis 
séchées un peu) à l'état chaud, mais pas brûlant, 
durant 2 heures. 5) Pour l'usage interne, elle prit 
tous les jours une pincée de poudre grise et une 
tasse de thé fait de 4 ou 5 feuilles vertes de sureau. 



MALADIES. 333 



VI. MALADIES DU SAFIG. 

Ce chapitre serait sans contredit le plus étendu, 
si nous devions décrire ici toutes les altérations que 
subit le sang, soit dans sa nature, soit dans sa cir- 
culation. Mais nous ne rattacherons directement à 
l'état du sang que les affections bien caractérisées, 
comme Vanémie et la chlorose^ VhémorrEigie, Vin- 
fection purulente, le scorbut et la pyémie, la con- 
somption et Vadynamie ou prostration des forces. 

I. Anémie et chlorose. 

Comme le corps entier est formé par le sang et 
qu'il tient du sang sa taille, sa force et sa consis- 
tance, il faut que l'homme, qui veut rester bien por- 
tant et vivre longtemps, ait du sang en bon état et 
en quantité suffisante. La nature apprête le sang 
nécessaire moyennant les aliments et la boisson, et 
l'on peut dire à bon droit :- Qui a du bon sang, est 
bien portant; qui a beaucoup de sang, est résistant; 
là où s'élabore peu de sang ou un mauvais sang, 
peuvent se produire toutes les maladies possibles. 

Pour une bonne sanguification il faut avant tout 
un air bien conditionné, beaucoup de lumière, une 
nourriture capable de donner du bon sang, le mouve- 
ment nécessaire, l'activité du corps. Si ces conditions 
indispensables font défaut, le sang viendra à diminuer 
et, si les aliments ne sont pas bons, il se formera en 
outre un sang malade. 

Il peut encore y avoir anémie quand on a perdu 
du sang à la suite de blessures, de saignées ou 



334 TROISIÈME PARTIE. 

d'une autre manière. Si on est pauvre de sang, 
on est faible ou malade. La chlorose est une 
image de l'anémie. Le visage du chlorotique est 
blême, pâle,, souvent jaunâtre, brunâtre; les lèvres 
surtout et les gencives sont altérées ; les paupières 
sont ternes, et ainsi prédominent partout la faiblesse, 
la maigreur, le manque de chaleur, le corps penché, — 
image de la maladie. Les autres conséquences sont : 
battements de cœur, respiration pénible (siA^tout 
en montant un escalier), mal de tête, douleurs lom- 
baires, syncope, spasmes, crampe d'estomac, mau- 
vaise digestion. Les personnes chlorotiques ont 
souvent du goût pour des aliments qui ne peuvent 
ni profiter à la nature ni donner du bon sang. 

Le seul remède connu contre l'anémie consiste à 
se tenir autant que possible à l'air frais, à séjourner 
peu dans la chambre, et celle-ci ne doit jamais 
être trop chauffée ; l'habillement de l'anémique ne 
doit être que modérément chaud, mais assez ample, 
pour que l'air puisse s'infiltrer partout. Le malade 
évitera le plus possible un air épais (comme celui de 
la cave), un local fermé, les chambres enfumées. 
Il ne prendra qu'une nourriture bonne et facile à 
digérer : du lait, du bon pain, de la panade et des 
aliments farineux. Il ne mangera que peu à la 
fois : 2-4 cuillerées de lait, et cela souvent, voilà ce 
qui lui convient le mieux. Puisqu'il y a peu de suc 
gastrique, la nourriture se digère lentement et 
devient par conséquent préjudiciable à l'estomac. 
Le mouvement et le travail à l'air libre (mais pas 
trop se fatiguer) contribuent à augmenter la masse 
du sang, et partant ramènent la santé. 

Les applications d'eau sont les suivantes : se lever 
de nuit 3-4 fois par semaine, se laver tout entier et 



MALADIES. 335 



se remettre aussitôt au lit ; se tenir dans l'eau jus- 
qu'au-dessus des mollets durant 1 minute ; et immé- 
diatement après, plonger également les bras dans 
l'eau 2-3 fois par semaine. 

Si la personne chlorotique est très faible et a peu 
de chaleur naturelle, il ne faut employer au début 
que de l'eau chaude, tant pour les lotions que pour 
les bains; l'eau peut être animée de sel ou de 
vinaigre. Pour favoriser l'appétit, il est très bon de 
prendre 3 fois par jour 2-3 cuillerées de thé d'ab- 
sinthe. Un autre excellent remède contre la chlorose 
consiste à prendre 2 fois par jour une pincée de craie 
en poudre dans 4-6 cuillerées d'eau. 

Si l'état général s'est amélioré par les appli- 
cations indiquées, alors on pourra prendre, au lieu 
de lotions et de bains de pieds, 2-3 demi-bains par 
semaine; l'affusion supérieure et l'affusion des genoux, 
pas trop souvent employées , rendent service éga- 
lement. 

Une pauvre fille de service n'aura pas facilement 
les pâles couleurs (chlorose). 

Anémie chez un enfant. Une mère m'amène un 
petit garçon de 5 ans. Il a de l'embonpoint et une 
très bonne tenue ; il est par conséquent bien mem- 
bre, mais si pâle de figure, que son teint est plutôt 
celui d'un mort que celui d'un vivant. L'enfant ne 
montre ni vie ni entrain, et, privé d'appétit, n'a pas 
non plus de forces ; bref, il est si pauvre de sang, 
et tout son organisme est si paresseux, qu'il a plu- 
tôt l'air d'un vieillard. Plusieurs médecins l'ont 
traité, mais sans résultat. Deux médecins ont pres- 
crit du vin tant et plus; cependant l'état est resté 
le même, et le petit a pour le vin, comme pour toute 



336 TROISIÈME PARTIE. 

nourriture, la plus grande répugnance. Qu'y a-t-il 
à faire ? 

1) Mettre tous les jours à l'enfant une chemise 
mouillée d'une eau chaude dans laquelle on a fait 
bouillir des fleurs de foin. 2) Laver tous les jours 
l'enfant tout entier avec de l'eau et du vinaigre. 
3) Autant que possible le faire marcher nu-pieds 
dans la chambre ; l'envoyer aussi au grand air ; lui 
donner une nourriture simple et ordinaire, de l'eau, 
du lait (toujours en petites portions, 2-3 cuillerées). 

Continuer ainsi pendant quinze jours. Au bout de 
ce temps : 1) le faire marcher chaque jour pendant 
3-5 minutes dans l'eau jusqu'au-dessus des mollets, 
mais pas trop froide; 2) le laver 1 fois par jour tout 
entier avec de l'eau et du vinaigre ; 3) lui mettre 1 
ou 2 fois par semaine une chemise trempée dans 
l'eau salée ou dans une décoction de fleurs de foin. 

Continuer ces applications aussi pendant quinze 
jours, puis les réduire de moitié. 

2. Hémorragie. 

Le mot hémorragie s'apphque généralement à tout 
écoulement de sang hors de ses vaisseaux. La gas- 
trorragie est l'hémorragie de l'estomac, tandis que 
l'hémsitémèse désigne plus spécialement le rejet du 
sang par le vomissement. 

A. — Crachement et vomissement. — Se pré- 
sente-t-il une hémorragie, la question est de savoir 
si le sang provient de l'estomac ou des poumons. 
L'on peut conclure à une hémorragie pulmonaire 
(crachement de sang, hémoptysie), lorsque le sang 
est rendu au milieu d'un accès de toux et qu'il est 
d'un rouge vermeil et écumeux ; c'est, au contraire, 
une gastrorragie (vomissement), si le sang est rejeté 



MALADIES. 337 



par un effort de vomissement, qu'il ait un teint 
rouge-brun foncé, une couleur marc de café, et 
qu'il soit grumelé et caillé. Les hémorragies sont 
toujours effrayantes et demandent des précautions, 
parce qu'elles impliquent des dangers plus ou moins 
grands. 

Si le sang vient de l'estomac, qui sait quelle petite 
artère est en souffrance, si et quand le vomissement 
va se renouveler. La négligence en ce point pourrait 
amener l'anémie ou une%utre maladie grave. Il faut 
donc chercher à guérir aussitôt la partie blessée, et le 
vomissement du sang stomacal n'a pas d'importance. 

Le crachement du sang des poumons est plus 
dangereux, souvent très dangereux. Il faut, par 
conséquent, porter remède le plus vite possible. 

Dans les deux variétés d'hémorragies, la tisane 
de prêle des champs est toujours le premier remède, 
à cause de sa vertu astringente. Si le sang s'échappe 
par les fosses nasales, il faut aspirer souvent, autant 
que faire se peut, de cette infusion à travers le nez. 
Si le sang sort par la bouche, prenez toutes les 2-3 
minutes quelques cuillerées de cette même infusion. 
En règle générale, elle calme très rapidement. Même 
après que l'hémorragie a cessé entièrement, il faut 
encore, pendant un certain temps, prendre du thé de 
prêle. Je ne connais personnellement aucun cas où 
la prêle n'ait promptement porté secours. 

Si l'hémorragie vous prend quelquefois, il faut en 
rechercher les causes. Ou bien le poumon est ma- 
lade, et alors le patient est à ranger dans la caté- 
gorie des phtisiques ; ou bien il y a un trop grand 
afflux de sang à la tête, et alors il doit être supprimé 
(cf. Congestions) ; ou encore il provient d'abcès exis- 
tants dans l'estomac. 



338 TROISIÈME PARTIE. 

L'hémorragie qui a pour cause la lésion de quelque 
vaisseau ou organe primordial du sang, nous ne la 
traitons pas ici, puisque, dans ces cas, tout secours 
est ordinairement inutile. La plupart du temps c'est 
la mort subite. 

B. — Saignement du nez. — Un mot, à présent, 
sur le saignement du nez (epistaxisj . Beaucoup de 
personnes saignent très fréquemment du nez, mais 
n'y attachent aucune importance, parce qu'elles s'en 
trouvent bien. Malgré tout, cet état est et demeure 
un état maladif, auquel succédera infailliblement, 
tôt ou tard, une grave maladie. Sans parler du 
reste, il en résulte, petit à petit, l'anémie, l'appau- 
vrissement ou l'affaiblissement du sang, etc. . ., et avec 
cela l'état que l'on connaît : Peur, crainte, frayeur, 
inquiétude, scrupules de toutes sortes. Pour l'hémor- 
ragie nasale on recommande souvent, comme moyen 
sédatif, d'effrayer à l'improviste la personne atteinte, 
de lui verser de l'eau dans la nuque et de faire 
prendre à sa tête des positions variées. 

Je suis opposé à toutes ces manœuvres, qui sou- 
vent produisent l'effet contraire. La seule chose qui 
me paraisse être juste, c'est de chercher à donner à 
la circulation du sang une marche régulière, de dé- 
tourner l'abondance du sang de la tête vers l'ab- 
domen et les pieds ; ces derniers sont, dans de pareils 
cas, ordinairement p^-uvres de sang, d'où résultent 
dans la suite toutes sortes de faiblesses et d'infir- 
mités. 

Voici ce qui aide à attirer le sang vers les régions 
inférieures : d'abord, 2-3 fois par semaine, un bain 
de pieds chaud, animé de cendres et de sel, 15 mi- 
nutes durant ; une marche sur les dalles mouillées, 
également 2-3 fois par semaine, et 2-3 demi-mail- 



MALADIES. 339 



lots. Une fois la nature fortifiée, l'afïusion supérieure, 
l'affusion inférieure et les demi-bains avec lotion du 
haut du corps (une seule application par semaine) 
rendront d'éminents services. 

Il y a un saignement de nez qui n'est pas seule- 
ment grave, mais qui amène facilement la mort. 
Une fille de quinze ans, à la période de développe- 
ment, perdit, en l'espace de 2 heures, tout son sang, 
qui s'échappait du nez à grands flots ; l'écoulement 
se termina par la mort. 

Il m'est arrivé à moi-même de voir une fille de 
seize ans perdre par le nez, dans l'espace d'une 
heure et demie, à peu près trois cuvettes pleines d'un 
sang pur. Il survint une pâleur mortelle et un assou- 
pissement, qui inspirèrent les plus vives inquiétudes. 
Je fus appelé en toute hâte, à 2 heures de la nuit, 
pour préparer la jeune fille à la mort. Tous les re- 
mèdes domestiques étaient épuisés, et le médecin 
faisait défaut. Sans perdre de temps, je lui fis couler 
la moitié d'un sceau d'eau sur la tête, l'autre moitié 
sur la partie supérieure de l'échiné. Presque instan- 
tanément le flux du sang s'arrêta. La fille resta 
couchée, pendant plusieurs heures, tranquille, mais 
plus ou moins sans connaissance, par suite de sa 
faiblesse. A peine fut-elle remise un peu, que le 
saignement du nez recommença. L'affusion fut ré- 
pétée et eut le même effet. Pour enlever la faiblesse 
(l'appétit et la soif faisant totalement défaut), la ma- 
lade prit, toutes les demi-heures, 2-3 cuillerées de 
lait. Au bout de 2 jours l'on put recourir aux soupes 
de santé, qui, alternant avec le lait et prises par 
portions minimes, vinrent peu à peu en aide à ce 
corps excessivement débilité. L'affusion supérieure 
fut appliquée régulièrement tous les jours. Les 



340 TROISIÈME PARTIE. 



saignements ne revinrent plus, et bientôt se déclara 
un très bon appétit. Dans l'espace de 4 à 6 semaines 
l'état de la malade s'améliora visiblement ; 6 mois 
plus tard elle éprouvait bien encore quelque faiblesse 
à l'intérieur, mais à l'extérieur elle paraissait floris- 
sante comme jadis. — Le commencement du dé- 
veloppement peut bien, comme dans le premier 
exemple, avoir été la cause des saignements. 

C. Hémorragie utérine. — Un père de famille 
vint me raconter : Ma femme souffre depuis long- 
temps d'un flux de sang et va mourir ; à mon retour 
elle sera peut-être déjà morte. Les médecins n'y 
peuvent plus rien. N'y a-t-il donc aucun remède? 

Je lui donnai le conseil suivant : 1) Donnez à votre 
femme du thé de prêle, tous les quarts d'heure une 
cuillerée pour commencer, plus tard deux cuillerées 
par jour; 2) qu'elle mette sur le bas-ventre, pendant 
2 heures, un linge trempé dans un liquide moitié 
eau et moitié vinaigre, en le renouvelant toutes les 
20 minutes. 

Le flux de sang s'arrêta presque aussitôt, et la 
femme n'eut plus à employer la fomentation qu'à 2 
reprises, pendant une demi-heure chaque fois. Pour 
refaire son sang, elle a, avec le meilleur succès, 
ajouté à sa nourriture ordinaire 2 cuillerées de lait 
par heure. Au bout de 4 semaines elle put reprendre 
ses occupations de ménage. 

Il est à remarquer que ces applications ne sont à 
employer que dans les cas urgents, en attendant 
l'arrivée du médecin. 

3. Infection purulente* 

Une mère de famille s'était égratignée, d'une 
façon tout à fait iusignifîante, à un doigt; elle ne 



MALADIES. 341 



savait si c'était avec un clou ou un éclat de bois. 
Elle se coucha, le soir, sans regarder de près à son 
petit mal, qui lui semblait si peu de chose. Dès la 
première nuit elle se réveilla, éprouva au doigt une 
crampe douloureuse, un grand malaise, un besoin 
de vomir. Sa lésion se trouvait à la main gauche, 
tandis que la jambe droite était déjà prise aussi de 
douleur et de crampes. La main enfla fortement 
jusqu'au coude et devint rouge comme du feu, et 
dans l'espace de 10 heures se développa dans le 
bras entier une douleur presque insupportable. Les 
veines, d'un rouge tout foncé, ressortaient démesuré- 
ment jusqu'au coude. Il n'y avait pas de médecin dans 
l'endroit; il y avait péril en demeure, l'intoxication 
allait prendre le dessus. Déjà la rougeur dépassait le 
coude et s'étendait à la moitié de l'arrière-bras. 

L'on infusa des fleurs de foin dans l'eau bouillante, 
et toute la main fut enveloppée dans ces fleurs de 
foin aussi chaudes que possible. Tout le bras, avec 
son maillot, fut plongé dans l'infusion chaude des 
fleurs de foin et y resta durant 8 heures. Le topique 
exerça une action attractive, à la façon d'un em- 
plâtre épispastique, et réussit ainsi à tirer du sang 
les matières purulentes. Voilà donc de nouveau une 
preuve qu'il faut agir au plus vite quand les signes 
d'une infection du sang se déclarent. Peut-être 
qu'au bout d'une ou de deux heures la mère de fa- 
mille eût été victime de la mort. Il est à remarquer 
que même la langue commençait déjà à prendre une 
couleur livide. Au bout de 36 heures la peau de la 
surface de la paume s'était tellement détachée de 
la chair qu'on aurait pu la peler. Une fois que les 
crampes du doigt eurent disparu, tout mal cessa 
naturellement par le fait même. 



342 TROISIÈME PARTIE. 



Joseph tua une vache et se fit, avec le couteau 
ensanglanté, une profonde blessure dans le pouce. 
Il n'y prit point garde, jusqu'à ce qu'il éprouva de 
vives douleurs et que la main enfla tellement, qu'il 
ne pût plus qu'avec peine remuer les doigts. La 
chaleur augmenta, et bientôt se déclarèrent des 
taches jaunes et bleuâtres aux doigts et à la main. 
Le médecin lui prescrivit des lotions et des liga- 
tures. Mais les douleurs, atteignant déjà le coude, 
devinrent de plus en plus insupportables, et le m?J- 
heureux sentit très bien qu'une inflammation spas- 
modique se développait à l'intérieur, comme du feu. 

On m'appela. Je conseillai d'administrer, 4 fois 
par jour, des bains de vapeur à la main et au bras, 
de la durée d'une demi-heure chacun. Dans l'inter- 
valle de ces bains de vapeur, le patient enveloppait 
la main et Tavant-bras dans des fleurs de foin 
renflées. * 

Au bout d'une heure et demie ou de deux heures, 
c'est-à-dire toutes les fois que la douleur augmentait 
d'une manière sensible, les fleurs de foin furent 
renouvelées, c'est-à-dire renflées et appliquées dere- 
chef. Ce procédé n'eut pas seulement un effet sédatif, 
il amena la guérison complète. Dès le soir de la 
première journée la propagation de l'horrible phleg- 
masie gangreneuse s'arrêta, et, au bout de 4 jours, 
toute inflammation avait disparu. 

Un monsieur se coupa un cor au pied, qui était 
enflammé. Il ne se souciait de rien ; mais, peu de 

1 Les fleurs de foin, renflées dans l'eau bouillante, sont 
comprimées et étendues sur un linge ; puis le malade pose 
dessus la main et l'avant-bras, qui alors sont entourés comme 
d'un cataplasme et enveloppés chaudement. 



MALADIES. 343 



jours après, l'inflammation devint telle, qu'on y re- 
marqua tous les symptômes de rempoisonnenicnt 
du sang. Beaucoup de personnes, qui avaient déjà 
vu des choses semblables, crurent le malheureux 
perdu. 

Mais voilà qu'il se mit à prendre chaque jour 2 
bains de pieds dans une décoction de fleurs de foin 
(ces dernières doivent rester dans le liquide) et à en- 
tourer les pieds de linges trempés dans une décoction 
de prêle et renouvelés après la première heure. 
Cette seconde application fut répétée plusieurs fois 
par jour, durant chaque fois 2 heures. Comme le 
corps portait déjà des indices de l'intoxication (inap- 
pétence, mauvais teint), on ajouta journellement 
aux susdites applications partielles une lotion du 
haut du corps et un maillot inférieur d'une heure et 
demie. En peu de jours le patient fut mis hors de 
danger, et il fut guéri en 10 jours. En dehors des 
moyens externes, il prit chaque jour 2 tasses d'une 
tisane faite d'un mélange d'absinthe et de sauge. 

Ces petites infirmités des pieds exigent beaucoup 
de prudence. Je ne connais pas de meilleur préser- 
vatif que la fréquente promenade à pieds nus (ne 
serait-ce, au besoin, que dans la chambre, p. ex. 
15-30 minutes avant le coucher) et les pédiluves, 
réitérés souvent, à eau froide pour les personnes 
fortes, à eau tiède pour le monde plus faible. Les 
soins de propreté à donner aux pieds forment un 
chapitre important dans l'hygiène générale du corps. 

Un ecclésiastique, qui croyait être trop corpulent, 
voulut, au moyen d'un onguent iodé, que le médecin 
lui avait prescrit, réduire son cou aux dimensions 
ordinaires. Pour arriver plus vite à son but, il fit un 



344 TROISIÈME PARTIE. 

usage immodéré de sa pommade. En peu de temps 
son corps vigoureux maigrit tellement que le poids 
diminua de moitié. Le médecin le déclara perdu, 
parce que l'iode avait empoisonné le sang. 

Dans ces cas désespérés on ne manque pas de 
recourir au curc-hydropathe ! Je le dis sans pointe 
et sans amertume ; c'est pour plaisanter. Je prescrivis 
au malade des bains chauds à décoction de branches 
de pin, 28-30° R., suivis d'une ablution froide ; des 
compresses supérieures et inférieures; l'affusion 
supérieure et inférieure; le demi-maillot, trempé 
dans une décoction de branches de pin : chaque jour 
2 applications dans l'ordre indiqué. En outre, le 
patient dut se promener nu-pieds dans l'herbe 
mouillée par la rosée. Pour l'usage interne il prit 
journellement une pincée de craie réduite en poudre 
ou de chaux éteinte, délayée dans un demi-litre 
d'eau et partagée en 2-4 portions ; de même chaque 
jour 1 ou 2 cuillerées d'huile de Provence, et à côté 
de tout cela une nourriture simple et substantielle. 

Cette fois encore l'eau a fait son office admirable- 
ment. 

4. Scorbut et pyémie. 

Le scorbut désigne une affection caractérisée par 
des ecchymoses livides sur la peau et des tuméfac- 
tions fongueuses. La pyémie est l'infection du sang 
avec abcès, le mélange du pus avec le sang, d'où 
résulte une décomposition de ce dernier. 

En revenant d'un sermon de carême je visitai un 
confrère. J'avais par hasard appris en route qu'on 
s'attendait à sa fin prochaine. J'entrai. L'ecclésias- 
tique me raconta : « J'ai 25 trous et plaies sur mon 
corps. Vous voyez ici au visage 5 petits emplâtres ; 



MALADIES. 345 



j'en ai 20 autres sur le reste du corps. Il se produit 
très rapidement de petits abcès contenant un liquide 
brunâtre. Si j'applique un petit emplâtre, il tient un 
jour; à l'enlèvement, il y adhère ordinairement un 
peu de chair morte. Je souffre de la sorte depuis des 
mois et je n'obtiens plus de soulagement. Ce qui 
m'est encore plus intolérable que les ulcères du 
corps, c'est l'horrible dégoût que je sens dans la 
bouche et que je ne saurais décrire à personne. 
Cher confrère dans le sacerdoce, avez-vous un bon 
conseil pour un malheureux ? Alors hâtez-vous de le 
lui donner, il me semble qu'il n'y a pas de temps à 
perdre. » 

Je conseillai au malheureux de prendre, toutes 
les 2 heures, 4 à 6 cuillerées de thé de sauge et 
d'absinthe, afin de lui enlever le dégoût du palais. 
Puis je le quittai, en n'espérant le revoir que dans 
l'éternité. 

Au bout de 5 jours, je vis arriver un messager, 
qui apporta non point la nouvelle de la mort, 
mais la bonne nouvelle que le dégoût du palais 
avait disparu et que le malade avait déjà des envies 
de manger. Comme le premier conseil avait si par 
faitement réussi, on me priait d'en donner un second. 
Je lui prescrivis de s'administrer ou de se faire ad- 
ministrer journellement, pendant quinze jours, des 
lotions entières à eau froide, en employant pour 
chaque lotion aussi peu de temps que possible. Je 
fus de nouveau informé que l'état du malade s'amé- 
liorait, que l'appétit allait en augmentant. J'ordon- 
nai alors de prendre chaque jour, pendant quelques 
semaines; une des deux applications : un jour, le 
manteau espagnol; le lendemain, la lotion entière. 
Au bout de quinze jours le curé recommença à dire 



346 TROISIÈME PARTIE. 



sa sainte messe. A partir de ce moment il prit toutes 
les semaines un bain de fleurs de foin à la tempéra- 
ture de 28° R., suivi immédiatement d'une lotion 
froide, et chaque jour soit un demi-bain froid (avec 
lotion du haut du corps), soit un bain entier (alter- 
nant jour par jour). Mon confrère se rétablit com- 
plètement et vécut encore vingt-quatre ans, en 
remplissant avec joie et entrain ses fonctions de 
curé jusqu'à la fin de sa vie. 

Un homme vient me dire : «Je suis malade depuis 
deux ans et demi, et personne ne peut me soulager. 
Il y a deux ans, mes pieds se sont enflés fortement 
et sont devenus tout bleus jusqu'aux genoux. A 
chaque jambe il se forma 2 trous, d'où s'échappa 
beaucoup de sang et de pus. Quand les pieds allèrent 
mieux, le bras droit enfla fortement, devint égale- 
ment tout bleu, et il s'y forma de même des trous. 
Le bras est à présent rétabli; mais j'ai une tumeur 
et des douleurs dans le dos, au haut des reins. Par- 
fois le ventre est très gonflé et j'y éprouve de 
grandes douleurs. Cependant mes souffrances mo- 
rales sont plus grandes encore que les souffrances 
physiques dont je vous parle. Il paraît que souvent 
déjà j'ai déliré. Si cela était permis, j'aurais maintes 
fois déjà mis fin à mes jours. On a dit souvent que 
je suis ensorcelé. Quoiqu'il en soit, je ne puis plus 
devenir plus misérable. » 

Je prescrivis : Faites une décoction de paille d'a- 
voine, trempez-y un sac à blé et entrez dans celui-ci 
comme dans un pantalon, jusqu'aux épaules. Faites- 
vous envelopper ensuite dans une couverture de 
laine, restez ainsi pendant 2 heures et, après cela, 
allez à vos affaires aussi bien que vous le pourrez. 



MALADIES 347 

Le second jour vous tremperez dans un liquide pa- 
reil, chaud comme la veille, une grosse chemise; 
vous la tordrez, vous la mettrez et vous vous ferez 
envelopper dans une couverture de laine. Le troi- 
sième jour vous prendrez un demi-maillot trempé de 
même dans une décoction chaude de paille d'avoine, 
et vous le garderez pendant une heure et demie. 
Continuez ainsi pendant quinze jours. 

Au bout de ce temps, toutes les tumeurs avaient 
disparu, une jambe était guérie, l'autre avait encore 
une petite ouverture ; l'appétit revint et le paysan 
dut employer alternativement les 3 applications, 
chaque jour une autre. En 3 semaines tout était 
rentré dans l'ordre, corps et esprit. 

5. Consomption. 

Nous connaissons beaucoup de gens qui prennent 
de l'embonpoint dans un espace de temps extraordi- 
nairement court. On a peur en général de cet état, 
parce que l'opinion commune, qui souvent a son 
fondement, est que la plupart de ces personnes ne 
vivent pas longtemps. J'en connais, au contraire, 
beaucoup d'autres, hommes, femmes et enfants, 
chez qui l'opposé a lieu, à savoir que leur forces 
diminuent à vue d'œil. Ils ressemblent à l'herbe 
des champs, qui aujourd'hui verdit et demain se 
fane, et ce qu'il y a de plus étrange, c'est que ces 
malades bien souvent n'éprouvent aucune douleur. 
Ils ne se plaignent, en général, que de lassitude, 
du manque de bonne humeur, d'un très grand appé- 
tit, ou de l'absence d'appétit. Si, dans ce cas, l'on 
ne remédie pas sans retard, ces plantes, déjà à 
moitié fanées, se dessécheront peu à peu complète- 
ment et s'éteindront comme la faible lumière d'une 



348 TROISIÈME PARTIE. 



veilleuse épuisée. Peut-être s'y ajoutera-t-il encore 
une maladie aiguë, qui se hâtera de mettre fin à la 
mèche fumante. Des malades de ce genre, pour 
emprunter une image à la vie ordinaire, me font 
Teifet d'une maison qui a été bâtie avec de la mau- 
vaise chaux et du mauvais mortier et qui ne tardera 
pas à se déjoindre et à tomber en ruines. Un tel 
est mort de la maladie de Bright, dit-on souvent. 
C'était l'affaissement d'un corps fragile et ruineux. 
Plusieurs appellations pour une seule et même 
chose. Dans ces cas c'est peine perdue de bien man- 
ger et de bien boire. Allez donc crépir une maison 
délabrée et menaçant ruine! tout homme raison- 
nable en rira. La consomption se distingue de la 
phtisie en ce que celle-ci procède d'un organe, soit 
du poumon, soit de la poitrine ou du larynx, etc.. 
et marche en s'étendant de plus en plus, tandis que 
celle-là est plutôt un affaissement général, un dépé- 
rissement, une ruine du corps entier. Souvent on 
cherche le siège ou le point de départ de la con- 
somption dans les reins, dans le bas-ventre; avant 
la section il est bien souvent impossible de déter- 
miner quelque chose ; l'on est fréquemment trompé 
par les symptômes apparemment les plus clairs et 
les plus certains. 

Un monsieur assez obèse jouissait constamment 
de la meilleure et de la plus vigoureuse santé. Son 
genre de vie et sa diète étaient bien réglés. Tout à 
coup il s'aperçut que ses forces et sa corpulence 
s'en allaient. Il éprouva des vertiges dans la tête 
et n'osa plus, sans appui, se tenir debout. Ce qui 
lui était pénible avant tout, c'était la pensée de 
devoir faire un pas, de devoir marcher, parce que 



MALADIES. 349 



ses pieds lui refusaient leur service. Six semaines 
à peine s'étaient passées, que le patient avait 
déjà diminué de 36 kilos. Le grand et bel homme 
d'autrefois chancelait et branlait comme un roseau 
brisé ; il était sans vie, comme un arbre desséché 
de la forêt. Tous les remèdes de la médecine restèrent 
sans effet ; le malade vit, d'un œil sûr, mais inquiet, 
avancer sa fin prochaine. 

C'est dans cet état et dans ces dispositions qu'il 
vint à moi; je ne le reconnus plus, quoiqu'il fût, au 
reste, de ma connaissance. Moi-même je doutai fort 
de la possibilité d'un rétablissement. Toutefois je 
conseillai de faire une dernière tentative, le traite- 
ment par l'eau. 

La nature, qui était à s'anéantir elle-même, dut 
être fortifiée et être arrêtée dans son travail meur- 
trier. Le malade se promena 2-3 fois par jour, pieds 
nus, dans l'herbe humide ou sur des dalles mouillées. 
Les autres jours il prit une compresse supérieure et 
une conrpresse inférieure, une fois par semaine le 
manteau espagnol. A ces applications succédèrent 
par semaine 2 demi-bains, un demi-maillot, une 
compresse supérieure avec une compresse inférieure. 
Les demi-bains furent ensuite remplacés par des 
bains entiers froids d'une minute et des bains chauds 
avec deux alternatives, chacune de ces deux sortes 
de bains une fois par semaine ; de même aussi une 
lotion entière par semaine. Pour assurer la guérison 
complète et garantir contre la rechute, je prescrivis 
pour chaque semaine un bain froid entier, une affu- 
sion supérieure avec affusion des genoux et de fois 
à autres le manteau espagnol. Au lieu de 4-5 verres 
de bière, je n'en permis que 2, et la nourriture dut 
être simple et substantielle. 



350 TROISIÈME PARTIE. 



Déjà à la fin des huit premiers jours un mieux se 
fit sentir : le dépérissement s'arrêta et les forces 
revinrent. Au bout de 8 semaines, la guérison était 
opérée et les occupations ordinaires purent être 
reprises. L'homme heureux grandit en forces comme 
en corpulence, et aujourd'hui encore il est bien por- 
tant, superbe et vert. 

Une mère, florissante de santé, perdit en peu de 
semaines la fraîcheur de la figure et ses forces. 
Tout le monde l'avait déjà condamnée, d'autant plus 
que les recettes du médecin étaient restées impuis- 
santes. Dans sa détresse elle eut recours à l'eau. 

Elle mit 2 fois par semaine une chemise trempée 
et s'enveloppa dans la couverture de laine pendant 
une heure. Elle prit également 2 demi-bains par 
semaine, et continua ces deux applications durant 
quinze jours. Son état s'améliora. A partir de là, elle 
prit, toutes les semaines, un demi-maillot et une 
lotion froide entière en descendant du lit. La santé 
parfaite fut rendue à la mère, et la mère à ses en- 
fants heureux. 

Pour ces sortes de malades on peut faire la re- 
marque (comme il a déjà été dit plus haut au sujet 
des symptômes) qu'ils prennent trop de nourriture, 
de façon que la nature affaiblie ne peut pas la 
convertir régulièrement en humeurs, sang, os, 
muscles, etc.. Il en résulte nécessairement des 
conséquences fâcheuses, comme la formation ano- 
male de muscles, des obstructions du sang et des 
humeurs, etc.. Les applications d'eau bien distri- 
buées ont une action résolutive et révulsive, élimi- 
nent le superflu, règlent la circulation du sang et 
fortifient l'organisme. 



I 



MALADIES. 351 



Un autre cas encore est possible. La nourriture 
absorbée s'en va sans avoir été utilisée suffisam- 
ment. Les organes sont faibles, fatigués, paresseux, 
incapables de remplir leurs fonctions. Aussi de 
grands troubles dans le corps naissent-ils forcément 
de cet état de choses, la santé est minée. Coupez à 
n'importe quelle plante les racines nourricières, il 
faut qu'elle périsse. Nos organes sont comme ces 
racines nourricières. L'eau les fortifie, les rafraîchit. 
L'on connaît la roue garnie d'auges et tournant par 
le moyen de l'eau. Sous la chute du flot les palettes 
se meuvent, la machine se met en marche et. tra- 
vaille. C'est ainsi que l'eau, en touchant d'une façon 
bien ordonnée le corps paresseux, réveille tous 
les organes de leur torpeur et de leur assoupisse- 
ment. Ils reprennent leur travail et une nouvelle 
vie vient animer le corps. 

Que de jeunes gens traînent ainsi avec eux des 
corps languissants, à vrai dire, des demi-cadavres I 
Je leur souhaite à tous de bon cœur qu'ils découvrent 
à temps la vraie source de santé ! 

6. Adynamie ou prostration des forces. 

Nous voulons parler ici d'un état de débilité, de 
faiblesse musculaire, qui n'est pas une suite de 
maladie. 

Un maître -forgeron, âgé de quarante-six ans, 
vient se plaindre : « Mes mains ont tellement perdu 
leur vigueur, depuis deux ans environ, que je ne 
puis plus manier convenablement mon marteau. 
Non seulement mes bras n'ont plus qu'un tiers de 
leur puissance d'autrefois, ils sont devenus de moitié 
plus minces ; pour le reste je suis assez bien portant. 
Seulement je sens depuis 6 mois que mes pieds de- 



352 TROISIÈME PARTIE. 



viennent également beaucoup plus faibles et qu'ils 
me font mal, particulièrement vers le soir. L'appétit 
est assez bon, pourtant pas comme jadis. En outre, 
j'éprouve souvent une violente tension dans la partie 
supérieure du dos. » 

Aux mains amaigries je reconnus à peine où se 
trouvaient les veines; j'en conclus aisément que 
les bras n'étaient pas alimentés : d'où la faiblesse, 
la raideur et le manque de calorique. Les obstruc- 
tions du sang dans la nuque et les régions voisines 
pouvaient avoir empêché le sang de se porter dans 
toutes les directions. 

Le forgeron dut, pendant 2 semaines, tenir une 
fois par jour les bras tout entiers dans un bain à 
fleurs de foin durant une demi-heure, et une fois 
par jour, à un autre moment, pendant 2 minutes 
dans l'eau froide ; à cela s'ajouta 3 fois par semaine 
le châle. Pendant ce traitement déjà les bras de- 
vinrent plus fermes, les veines se gonflèrent, les 
obstructions disparurent. Au bout des 2 semaines 
on lui administra tous les jours une affusion supé- 
rieure et une affusion inférieure, il prit 2 fois par 
semaine un bain chaud à fleurs de foin et 2 fois un 
bain froid des bras. Il continua ainsi et redevint 
apte à vaquer à sa profession. Pour l'usage interne 
il prit, pendant la durée de la cure, tous les jours 
20 gouttes d'absinthe dans l'eau chaude. 



MALADIES. 353 



VII. MALADIES DU CERVEAU 

ET DE SES ENVELOPPES. 

Le cerveau et ses enveloppes sont le siège de 
maladies de toutes sortes. Elles consistent soit dans 
des lésions plus ou moins appréciables, soit dans 
des troubles indépendants de toute altération de 
tissu. Les principales affections qui s'offrent à 
notre observation, dans ce chapitre, sont : l'in- 
flcLmmation du cerveau, la congestion^ le coup 
de sang, Vapojolexie, le mal de tête, la céphalalgie 
nerveuse, la migraine, le vertige, Vépilepsie, la 
danse de Saint-Guy, le delirium tremens et l'alié- 
nation mentale. 

I. Inflammation du cerveau. 

Partout où se produit une inflammation, là aussi 
afflue le sang à travers tous les vaisseaux. Le sang 
se précipite vers le foyer de la chaleur, tandis qu'il 
diminue de plus en plus dans les parties du corps 
les plus éloignées de l'inflammation. Y a-t-il une 
inflammation de cerveau, il faut avant tout amener 
le sang dans les extrémités, et détourner en même 
temps le calorique de la partie enflammée, et cela 
par les applications suivantes : 

Envelopper les pieds jusqu'aux genoux de linges 
plongés dans l'eau mêlée de vinaigre. Si les pieds 
sont bien froids, il faut pour la première fois trem- 
per le linge dans l'eau chaude. Si ce maillot des pieds 
devient très chaud au bout d'une demi-heure ou 

23 



354 TROISIÈME PARTIE. 

d'une heure, il faut alors le plonger dans l'eau froide 
et l'appliquer de nouveau. De même que les pieds, 
les mains aussi doivent être enveloppées, au moins 
jusqu'aux coudes, suivant le procédé employé pour 
les pieds ; puis l'on peut avoir recours à une 
compresse inférieure. Après trois quarts d'heure il 
faut retremper le linge dans l'eau froide. Si la cha- 
leur continue à être intense, l'on pourra prolonger 
le traitement. Pour détourner beaucoup de calorique, 
l'on peut appliquer sur le ventre un gros linge plié 
en deux et imprégné d'eau, ce qui attire plus de 
sang dans l'abdomen. Quant à la tête, on n'appli- 
quera sur le front qu'un simple bandeau trempé 
dans l'eau froide et renouvelé après chaque demi- 
heure. On obtiendra peut-être plus d'effet, en en- 
tourant le cou d'un linge mouillé ou en mettant un 
châle; mais remarquez que le topique ne doit jamais 
rester appliqué au delà de trois quarts d'heure, à 
moins d'être retrempé dans l'eau froide. Ces appli- 
cations, faites alternativement, empêcheront l'in- 
flammation de monter à un degré bien élevé et la 
feront disparaître dans un espace de temps relative- 
ment court. Pour l'usage interne la meilleure potion 
est l'eau fraîche, prise en petites quantités, à la 
dose de 1-2 cuillerées tout au plus, mais fréquem- 
ment. En place de l'eau pure, l'on pourrait prendre 
une décoction de fenugrec. 

2. Congestions. 

Jn fonctionnaire se plaint en ces termes : Je 
souffre d'une respiration pénible, de crampes dans 
la gorge et d'un très grand mal de tête. Il m'arrive 
souvent, des nuits entières, de ne pouvoir dormir 
du tout, à cause des congestions et des douleurs 



MALADIES. 355 



dans la tête. Je ne puis, depuis des années, aller à 
la garde-robe qu'après emploi de médecine. En 
outre, je sens beaucoup de crampes à la poitrine et, 
lorsqu'elles descendent dans le ventre, j'y éprouve de 
très fortes douleurs. Je ne sais plus comment me 
garantir contre le froid, mes mains et mes pieds sont 
habituellement froids. Ma position serait agréable, 
si je n'étais sans cesse souffrant. J'ai déjà visité 
plusieurs stations balnéaires sans aucun résultat. 
A ma corpulence d'autrefois a succédé maintenant 
la maigreur. Si l'eau ne vient pas non plus à mon 
secours, ajouta-t-il d'un ton mélancolique, je suis 
perdu. 

Je lui prescrivis le traitement suivant : 1) tous les 
jours, matin et soir, marcher nu-pieds assez long- 
temps dans l'herbe et dans des sentiers, — ce qui 
lui procura un bien-être indescriptible et détourna 
le mal de tête ; 2) deux demi-maillots par semaine 
et 3) une fois par semaine le manteau espagnol. 

Pour favoriser l'évacuation alvine, absorber pen- 
dant plusieurs jours, à chaque demi-heure, une cuil- 
lerée d'eau. Si parfois les douleurs sont considérables, 
il y a lieu de recourir à l'aloès, dont on fait fondre 
un morceau, gros comme un pois, dans l'eau chaude 
mélangée avec une demi-cuillerée de sucre, pour 
en prendre une cuillerée par heure. 

Un maître-brasseur, d'environ trente-trois ans, est 
gravement malade depuis onze années. En mai 1877, 
s'étant levé du lit, il tomba subitement par terre et 
resta ainsi couché, presque sans connaissance, pen- 
dant deux heures. C'était le début d'un typhus qui 
dura 6 mois. Dès lors il avait chaque jour de forts 
vertiges, accompagnés de vomissements et de syn- 



356 TROISIÈME PARTIE. 

cope. Les vertiges s'annonçaient par des battements 
dans le cerveau ; puis le patient tombait souvent de 
tout son long. Cet état durait le plus souvent de 
5 à 10 minutes et se renouvelait 5 ou 8 ou même 10 
fois par jour. Au bout de ces 6 mois, il put reprendre 
son travail, mais seulementpour 2 mois. Les attaques 
furent alors si fréquentes et si fortes qu'il fut obligé 
de garder le lit, pendant 8 autres mois. Dans le 
courant de ces onze années il était alité annuelle- 
ment pendant 6, 7 ou 8 mois. Le mal gagna tellement 
en intensité que, même dans l'intervalle, les crises 
de vertiges et de syncope se répétaient tous les 2 
ou 3 jours, surtout à la suite d'un effort d'esprit ou 
d'un mouvement brusque, et quand il fallait tourner 
la tête. Les attaques s'annonçaient toujours par des 
battements dans la tête, et, si lé patient se cram- 
ponnait à une table ou à un arbre, elles le secouaient 
et le ballottaient jusqu'à ce qu'il fût à terre. Il ne 
perdait pas le sentiment, mais la vue. Pendant neuf 
ans les attaques étaient accompagnées constamment 
de vomissements, lesquels ne cessèrent que l'année 
dernière. Depuis tout le temps de sa maladie le mal- 
heureux éprouvait une pression incessante au haut 
de la tête, comme si une lourde pierre lui pesait 
dessus. Depuis cinq ans il éprouvait, presque sans 
interruption, des bourdonnements à l'oreille droite 
et une dureté de l'ouïe. Dans la nuit, depuis neuf 
ans, le sommeil ne lui venait presque jamais avant 
1 ou 2 heures du matin, à cause d'un sentiment de 
lourdeur et du trop-plein dans la tête. Le patient 
était, à une très petite interruption près, alité de 
mai 1886 à octobre 1887. Les 14 médecins, qui l'ont 
traité dans le cours de sa longue maladie et dont 
plusieurs l'ont déclaré incurable, lui prescrivirent 



MALADIES. 357 



une masse de médicaments. La plupart d'entre eux 
opinèrent que, par suite d'une blessure antérieure 
(un tonneau était tombé jadis sur la tête du brasseur), 
le crâne était fendu et que depuis lors une esquille 
exerçait une pression sur le cerveau, ce qui occasion- 
nait le mal. Quelques-uns diagnostiquèrent un épais- 
sissement chronique de la dure-mère. 

A mon avis, il y avait de très fortes congestions à la 
tête, et j'ordonnai les applications suivantes : af- 
fusion supérieure, marche dans l'eau, affusion dor- 
sale, affusion des cuisses et des genoux, bain de 
vapeur des pieds et le manteau espagnol. Le succès 
de ce traitement de la durée de 5 semaines (du 28 
juillet au 2 septembre) fut extraordinaire. Dès le 
cinquième jour le patient déclara ne plus éprouver 
la pression sur le cerveau. Au second jour il y eut 
encore une attaque à la suite d'un long effort d'esprit 
(le patient écrivait des lettres), ce fut la dernière. 
De jour en jour le mieux s'accentuait davantage, 
à la grande joie de notre brasseur. Pendant les 4 
semaines suivantes il se sentait comme régénéré, 
la tête absolument libre et dégagée; l'organe visuel 
était également soulagé. Durant 5 semaines il dor- 
mait chaque nuit, d'un bout à l'autre. Il est heureux 
maintenant et recommence à vivre. Rentré chez lui, 
il continue d'employer journellement une des appli- 
cations d'eau marquées ci-dessus. 

3. Coup de sang. 

Agathe vint me dire : « Cette nuit mon mari a été 
pris, je ne sais comment, de douleurs effrayantes 
dans le dos, entre les omoplates; elles s'étendent 
jusqu'à Tépaule droite. Il pousse des cris quand il 
veut se remuer. Il lui est absolument impossible de 



358 TROISIÈME PARTIE. 



s'asseoir. Il a eu cette attaque déjà plusieurs fois, 
mais jamais à un degré aussi violent. Que doit-il 
donc faire?» 

Réponse : Si, à chaque heure, on lui lave le dos 
entier avec de l'eau chaude et du vinaigre et qu'on 
le couvre convenablement, les douleurs disparaî- 
tront bientôt. On pourrait aussi lui appliquer des 
compresses chaudes et les renouveler après chaque 
heure. Ordinairement le mal est à peu près enlevé 
dans 3 ou 4 heures. On peut alors, 2 fois encore, 
laver le dos avec de l'eau chaude et du vinaigre. 

Le coup de sang se rencontre fréquemment dans 
le croupion, où il occasionne de grandes douleurs. 
Le remède le plus efficace consiste à se coucher sur 
un linge chaud imbibé d'eau et de vinaigre. Il suffit 
de renouveler le linge à 2 ou 3 reprises, chaque fois 
après une heure de temps. 

4. Apoplexie. 

Paul a eu une attaque d'apoplexie. La moitié du 
côté droit est paralysée, la bouche affreusement dis- 
tordue, l'œil droit enfoncé, l'aponévrose de l'œii 
paralysée, la langue embarrassée, le courage brisé. 
Le médecin, appelé en toute hâte, déclare qu'il n'y 
a rien à faire pour le moment, qu'il faut attendre 
pour voir s'il survient une seconde attaque; mais 
qu'en attendant le malade pourrait boire chaque jour 
un peu d'eau minérale amère. 

Le patient ne se contenta pas de cette recette. Il 
fit immédiatement un essai hydrothérapique, et fut 
rétabh en 12 jours. Il y a treize ans depuis lors, et 
notre professeur, âgé mais robuste, enseigna encore 
de nombreuses années. 

Comment s'est-il guéri ? Si le rouage d'une hor- 



MALADIES. 359 



loge est troublé dans sa marche régulière par une 
cause quelconque, une chute ou un heurt, il s'arrête 
ou fonctionne mal. Il se peut que toutes les roues, 
jusqu'aux plus petites, soient restées intactes; mais 
il s'y est introduit quelque chose, ou il existe une 
tension et une pression réciproque entre elles, et de 
cette manière l'accord n'est plus possible. Il faut 
réparer l'horloge, remettre tout en ordre, éloigner 
ce qui est superflu, et alors toutes les parties, dans 
leur subordination accoutumée, agiront de nouveau 
de concert pour faire marcher le tout. Il peut en 
être de même du rouage vivant de notre corps. Un 
trouble-fête intérieur, p. ex. un de ces engorgements 
si fréquents dans la vieillesse, où les organes se 
déboîtent facilement, n'a pas lésé la bouche, la 
langue, l'œil, etc., mais il les a fait sortir de leur 
place naturelle. Eloignez le brouillon, aussitôt l'ordre 
et la paix reviendront. Je vais vous aider. 

Un bain de vapeur de la tête, suivi d'une afïusion, 
exercera dans les parties supérieures du corps une 
action résolutive, tandis qu'un bain de vapeur des 
pieds fera ce même office dans les extrémités infé- 
rieures du corps. Le malade prendra ensuite un bain 
chaud suivi d'un bain froid ou d'une lotion froide, 
ce qui détermine également une résolution et dimi- 
nue en même temps l'afflux du sang au cerveau. 
Quand ainsi on aura enlevé les obstructions et 
rendu au cours du sang sa marche régulière, il sera 
temps d'huiler toute la machine moyennant une 
nourriture substantielle, en évitant le trop-plein et 
tous les stimulants, comme vins forts, spiritueux, 
épices, etc.. Il faut aussi se garder soigneusement 
de toutes les excitations morales , comme efforts , 
émotions... 



360 TROISIÈME PARTIE. 

Un curé fut frappé d'un coup d'apoplexie. Une 
main, un pied, un côté se trouvèrent totalement 
paralysés, la parole et le sentiment perdus. Plu- 
sieurs jours durant on employa des médicaments — 
en vain. Le médecin déclara finalement que l'un des 
côtés était et resterait paralysé, que l'autre côté le 
serait aussi à la suite d'une seconde attaque, et que 
cette dernière mettrait fin à la vie. Un essai hydro- 
thérapique, me dis-je alors, ne saurait porter préju- 
dice dans de pareilles conditions. Aussitôt dit, 
aussitôt fait : le pied et le bras refroidis furent 
vigoureusement lavés avec de l'eau froide. Au 
second jour on administra 2 pédiluves chauds, pen- 
dant qu'on lava vigoureusement les pieds, et 4 lotions 
du haut du corps. Le troisième jour on remarquait 
déjà que dans les deux membres il y avait encore 
du sentiment et de la vie. Le courage vint : au 
quatrième jour nous mîmes, avec beaucoup de peine, 
à ce corps immobilisé un maillot inférieur d'une 
heure et nous posâmes 2 fois ces pieds à moitié 
morts dans un pédiluve chaud animé de sel et de 
cendres. — On continua ainsi pendant quinze jours. 
Après ces 2 semaines le patient put déjà un peu 
s'aider lui-même, en nous présentant la main et le 
pied, et il essayait avec bonheur de soulever le bras. 
— A partir de ce moment on eut recours, pendant 
3 semaines, à la lotion des extrémités inférieures et 
du haut du corps, une fois par jour, et à des lotions 
totales alternant avec des bains de vapeur de la tête 
et des pieds, une fois par semaine. Deî5 forces nou- 
velles pénétrèrent dans cet arbre abattu, et l'appétit 
augmenta. — Les 3 semaines suivantes furent occu- 
pées par des bains chauds avec alternative de bains 
froids, une fois par semaine; un bain de, vapeur de 



MALADIES. 361 



la tête, un bain de vapeur des pieds et trois demi- 
bains avec lotion du haut du corps (une minute 
durant) par semaine. Pour finir, on administra des 
affusions supérieures et inférieures alternant avec 
le manteau espagnol. 

Cette cure fut sans doute longue, difficile et pé- 
nible. Mais le patient se rétablit assez pour pouvoir 
dire chaque jour sa sainte messe, visiter les malades, 
chanter des grand'messes, soigner toutes ses écri- 
tures. La seule chose qu'il ne put plus entreprendre, 
c'est la prédication : la langue avait trop souffert et 
éprouvait beaucoup d'embarras dans la prononcia- 
tion de certains mots. Sa santé est restée bonne 
jusqu'à cette heare, et voilà dix ans que l'attaque 
d'apoplexie, décrite ci-dessus, a eu lieu. 

Un homme de quarante-cinq ans fut subitement 
frappé d'apoplexie. La main droite et le pied droit 
furent paralysés : sans mouvement et sans senti- 
ment. L'appétit fut également enlevé A ce malade 
on lava chaque jour le haut du corps et les pieds 
avec un liquide tout chaud, moitié eau, moitié vi- 
naigre. Il prit 3 fois par jour 30 gouttes d'absinthe, 
de sauge et de ménianthe. Au bout de quinze jours 
la main et le pied avaient de nouveau le calorique 
et le sentiment voulus, et le patient pouvait se pro- 
mener dans la chambre. L'appétit grandit, le côté 
paralisé reprit peu à peu des forces et, peu de jours 
après, le corps fut de nouveau en ordre. Remarquons 
ici que ce malade avait bu beaucoup d'alcool, origine 
de son infirmité. Pour parfaire sa santé, il dut prendre 
8-10 bains dans une décoction de paille d'avoine ou 
de branches de pin, à la température de 30-32° R. 
et 20 minutes durant. A ces bains succédait chaque 



)62 TROISIÈME PARTIE. 



fois une ablution froide ou un demi-bain froid avec 
lotion du haut du corps. 

Un homme a été frappé d'apoplexie : un côté et 
la langue étaient paralysés, et le malade sans con- 
naissance. Il resta dans cet état pendant 10 jours, 
tandis qu'un médecin le traitait. Ce dernier finit par 
déclarer qu'il n'y avait rien à faire et qu'une nou- 
velle attaque ne se ferait plus attendre longtemps. 

On me pria instamment d'intervenir. Je résolus 
d'administrer tout d'abord un bain de vapeur à la 
tête. Le malade était couché. Sur un escabeau placé 
devant le lit je fis mettre un baquet à moitié rempli 
d'eau bouillante (avec quelques poignées de fleurs 
de foin) ; la partie supérieure du corps fut rapprochée 
du bord du lit et recouverte d'une couverture de 
laine de telle sorte que, sous la couverture, les va- 
peurs pussent monter et envahir la tête et le haut 
du corps. Au bout de 10 minutes, la transpiration 
parut et continua pendant 15-20 minutes, à tel point 
que l'eau lui ruisselait sur le corps. Aussitôt après, 
le haut du corps et la tête furent énergiquement 
lavés avec de l'eau fraîche mêlée de vinaigre; puis 
le malade fut remis dans son lit, pour se reposer. 
Le même jour on réitéra la lotion, mais sans bain 
de vapeur. Le lendemain on administra un bain de 
vapeur (de 25 minutes) aux pieds du patient, qui 
restait toujours sans connaissance. Le corps entra 
dans la plus abondante sueur et fut de nouveau 
lavé, aussitôt après. Le troisième jour suivit un 
bain de vapeur de la tête, le quatrième un bain de 
vapeur des pieds. Au cinquième jour le malade reprit 
connaissance, la vie rentra dans le côté ; le bras et 
le pied paralysés purent se remuer. Dans les 3 jours 



MALADIES. 363 



suivants il fut, chaque jour 2 fois, lavé entièrement 
avec de l'eau et du vinaigre. Maintenant la parole 
revint aussi en partie ; mais la guérison ne fut com- 
plète qu'au bout de 3 semaines. A partir de ce 
moment on employa 3 applications différentes ; 
a) lotion totale, hj compresse supérieure et cj com- 
presse inférieure, alternant matin et soir. En peu 
de jours le malade se remit si bien qu'on put lui 
appliquer chaque matin une affusion des genoux et 
chaque après-midi une affusion supérieure. Ces 
opérations étaient parfois remplacées par une lotion 
entière. Quand il fut en état de marcher, il prit des 
demi-bains et des affusions supérieures avec affusion 
des genoux, alternativement matin et soir. 

La guérison fut si heureuse que cet homme est 
encore, à l'heure présente, après douze ans, très 
robuste et qu'il peut sans peine remplir ses fonc- 
tions. 

Une observation générale pourrait rendre service 
à l'un ou à l'autre de mes lecteurs. Survient-il un 
coup d'apoplexie avec paralysie partielle, il faut 
immédiatement pratiquer de fortes lotions froides 
au dos, à la poitrine et au bas-ventre, 2-4 fois par 
jour. On peut mélanger l'eau avec un peu de sel ou 
de vinaigre. — De même aussi lavez les pieds, les 
jambes et les bras, pour distribuer partout le sang 
d'une manière uniforme et pour généraliser le calo- 
rique du corps. Toutes les lotions — je ne puis le 
répéter assez — doivent se faire avec la plus grande 
hâte, ne jamais prendre au delà d'une minute. 

Si la paralysie n'est que partielle et que le malade 
puisse s'asseoir, il faut commencer par administrer 
à la tête un bain de vapeur de 20 minutes et faire 
suivre une vigoureuse ablution du haut du corps : 



364 TROISIÈME PARTIE. 



le résultat en sera excellent. Après un intervalle de 
de 4-6 heures, répéter le bain de vapeur et l'ablu- 
tion; à la place de cette dernière, on pourrait donner 
une affusion inférieure. A ces opérations peuvent 
succéder les lotions mentionnées ci-dessus. 

Dans le début il faut se garder surtout des mail- 
lots entiers, puisque la chaleur naturelle est trop 
faible et ne peut être remplacée. Je connais un cas 
où le médecin voulut sauver et guérir le malade au 
moyen des enveloppements. La première application 
fit du bien ; mais à la deuxième le malade resta froid 
et tout le corps devint livide. On ne put le réchauffer 
qu'en lui amenant beaucoup de calorique du dehors. 

5. Mal de tête. 

«Voilà six ou sept ans, me raconte un employé, 
que je souffre d'un mal de tête qui me rend les tra- 
vaux de mon état très pénibles, souvent même 
impossibles. Je perdais parfois déjà le courage et 
l'envie de vivre. Je sens une pression dans la tête, 
c'est comme si quelque chosey flottait dans un liquide . 
Chaque pas ferme que je fais m'occasionne de nou- 
velles douleurs. Si je m'échauffe en marchant ou en 
travaillant, il m'arrive àpeu près ce qui doit arriver 
à un homme bien ivre. Déjà huit fois j'ai eu des 
coliques néphrétiques. Douze médecins, que j'ai con- 
sultés à des époques différentes, au sujet de mon 
mal de dos, n'ont pas reconnu mon infirmité. Un 
seul a su me procurer un peu de soulagement. 
J'éprouve des douleurs de reins quand je mange 
quelque chose d'aigre ou quand il se concentre trop 
de gaz; quand je .marche longtemps et que je m'é- 
chauffe un peu, quand je reste assis ou debout pen- 
dant quelque temps, immédiatement je m'en ressens. 



MALADIES. 365 



Tantôt j'ai une chaleur ardente dans tout le corps 
et tantôt, un instant après, le frisson m'envahit 
d'outre en outre. L'été me pèse toujours plus que 
l'hiver. Jadis je souffrais beaucoup de somnolence. 
J'étais bien portant, vigoureux, gros et bien bâti. 
Je ne crois pas que l'on puisse être plus misérable 
que je l'ai été pendant vingt ans. J'ai fait aussi un 
séjour aux eaux de Kœnigstein , j'en éprouvai du 
mieux, c'est vrai, mais voilà tout. » 

Je prescrivis à ce malade le traitement suivant : 
1) 2 fois par jour affusion supérieure; 2) chaque jour 
marche dans l'eau et affusion des genoux; 3) chaque 
semaine 3-5 affusions dorsales, souvent bain de siège ; 
4) surtout les moyens d'endurcissement (marcher 
dans l'herbe et sur les dalles) ; 5) enfin tisane de 
genièvre, de gratte-cul, de prêle, journellement 2 
tasses, mais seulement par intervalles. — Dans l'es- 
pace de 4 semaines il fut guéri, et maintenant, après 
6 mois, on peut dire qu'il jouit d'une santé floris- 
sante et qu'il est plein de force, au moral et au 
physique. 

Un homme vient me dire : « J'ai trente-cinq ans, 
je souffre continuellement d'un mal de tête et 
souvent d'une telle faiblesse que je n'en puis pres- 
que plus. La plupart du temps j'ai des douleurs à la 
poitrine; il en est de même du dos. Ce qui me fait 
le plus souffrir, c'est la nuque, où je sens de con- 
tinuelles contractions spasmodiques. C'est étrange 
comme les cheveux me tombent; si cela continue 
ainsi encore 6 mois, je n'aurai plus un seul cheveu 
sur la tête. Les pieds et les mains sont presque tou- 
jours entièrement froids. L'appétit est nul. » 

Traitement : 1) Mettre une chemise trempée dans 
l'eau salée, 3 fois par semaine ; 2) se laver le corps 



366 TROISIÈME PARTIE. 



pendant la nuit, 3 fois par semaine ; 3) prendre jour- 
nellement une pincée de poudre blanche. 

Après 2 mois notre homme revint et me déclara 
qu'il se trouvait complètement remis, et qu'il ne 
ressentait plus de douleurs là où il en avait eu les 
plus violentes, tandis que le poids de son corps avait 
augmenté de 10 livres. 

Deux musiciens de profession racontèrent ce qui 
suit : «Nous avons tous les deux le même mal : 
céphalalgie continuelle, parfois insupportable, som- 
meil très court et très agité. Les congestions et les 
vertiges nous tourmentent d'une manière désespé- 
rante. Les mains et les pieds sont tout froids. Nous 
ne sommes presque plus capables de remplir notre 
office. » Les deux avaient dépassé cinquante ans. 

Les deux compagnons d'infortune employèrent 
pendant 12 jours les remèdes suivants : chaque jour 
2 fois affusion supérieure et afïusion des genoux; un 
jour demi-bain, l'autre jour affusion dorsale. De 
plus, une fois par semaine bain de vapeur de la tête. 

Au bout des 12 jours les deux étaient rétablis et 
purent reprendre leurs fonctions. Pour conserver 
la santé et pour gagner en forces, il ne leur restait 
qu'une application à faire chaque jour, et qu'à prendre 
2 fois par semaine un demi-bain. D'après les der- 
nières nouvelles le mieux se maintient parfaitement. 

Un Hongrois vint me faire les déclarations sui- 
vantes : « Depuis plus d'un an je ne suis plus capable 
de rien, par suite de violents maux de tête et de 
vertiges ; sur tout mon corps j'ai des démangeaisons 
et une cuisson intense, qui me dérobent souvent le 
sommeil. Par suite je suis devenu parfois mélan- 
colique et très inquiet. » 



MALADIES. 367 



Après quelques semaines de traitement hydrothé- 
rapique, la guérison fut complète : 1) chaque jour 
affusion supérieure, aussitôt après marche dans 
l'eau; 2) chaque jour demi-?jain. — Pendant la 
seconde et la troisième semaine 3 fois demi-bain, 
journellement affusion supérieure et affusion des ge- 
noux. Plus tard, bains entiers et affusion supérieure 
avec marche dans l'eau. 

Un homme de haut rang avait un mal de tète d'un 
genre tout particulier : la douleur reprenait régu- 
lièrement le matin à 7 heures, durait jusqu'au coucher 
du soleil et faisait tant souffrir, que le patient, loin 
de soigner ses écritures ordinaires, ne pouvait pas 
même faire de petites lectures. Dans la nuit il ne 
sentait aucune trace de son mal, pourvu toutefois 
qu'il n'eût pas astreint son esprit. La partie souf- 
frante se trouvait au coté gauche du front, sur une 
surface grande comme une pièce de 5 francs. La 
douleur ne s'en prenait pas seulement à la tête, mais 
aussi au corps tout entier, au point que le malade 
maigrissait à vue d'œil; avec la bonne mine s'en 
allaient aussi les forces. 

Les médecins les plus renommés furent consultés, 
un établissement hydrothérapique fut visité, — mais 
sans résultat sensible. Les médecins finirent par 
envoyer leur client aux eaux de Méran, pour y faire 
un dernier essai. Il en revint heureux et apparemment 
bien guéri. Sa famille le salua avec enthousiasme et 
se réjouit sincèrement de son rétablissement. Mais 
voici que le lendemain matin, à 7 heures, le vieux 
parasite se présenta de nouveau et occupa son an- 
cienne position. Toute la maison en gémit, on ne 
savait à quel saint se vouer. Des amis parlèrent 



368 TROISIÈME PARTIE. 



derechef de l'eau, et finalement on se décida à faire 
un essai chez moi. Le patient avait la figure bien 
malade, et il était très amaigri. Après qu'il m'eut 
dépeint son infirmité, il ajouta qu'il n'était presque 
jamais sans catarrhe et qu'il avait fort peu de cha- 
leur naturelle, ce qui provenait sans doute d'un 
accident qui lui était arrivé jadis. 

Connaissant ainsi son état pathologique, je dus 
chercher à le guérir. La mauvaise mine, le manque 
de chaleur animale , l'excessive sensibilité à tout 
changement de température, l'amaigrissement, — 
tous ces symptômes étaient pour moi autant de 
témoins autorisés , qui n'accusaient point la partie 
souffrante du front, mais bien toute la nature ma- 
lade, tout le corps affaibli. C'est là-dessus que je 
réglai mes prescriptions : il fallut agir sur l'orga- 
nisme entier, sans faire attention à la souffrance 
localisée de la tête. Ce furent donc simplement les 
moyens d'endurcissement avec quelques lotions , 
procédés décrits dans la première partie de ce livre, 
qui rétablirent la santé délabrée : à savoir la trans- 
piration égale sur la surface cutanée, la circulation 
régulière du sang, la bonne digestion et partant 
l'augmentation du calorique naturel, une meilleure 
mine, la guérison complète. C'est toujours la même 
vieille histoire, on ne saurait assez la raconter à 
nouveau ! 

Le résultat prouva combien mon jugement sur ce 
mal de tête était juste. Dans l'espace de 6 semaines 
environ tout l'organisme fut remis à merveille. La 
septième heure du matin ne ramenait plus du tout le 
mal de tête tant redouté. C'est l'eau qui, en guéris- 
sant l'ensemble du corps, a guéri aussi cette partie, 
?ans pourtant y toucher directement. 



MALADIES. 369 



6. Céphalalgie nerveuse. 

Deux élèves furent obligés de quitter le collège 
avant la fin de l'année. Ils souffraient d'un tel afflux 
de sang à la tête et d'une telle céphalalgie, qu'ils 
ne pouvaient plus étudier; à peine étaient -ils à 
même de lire un peu. Tous les deux ont, pour guérir, 
employé tous les moyens sans obtenir de résultat. 
Je leur donnai le simple conseil de passer la plus 
grande partie de la journée à se promener nu-pieds, 
surtout dans la rosée, à se tenir après chaque heure, 
si possible, dans un ruisseau pendant quelques mi- 
nutes, et à se faire administrer 2 ou, par un temps 
chaud, 3 affusions supérieures. 

Les jeunes gens suivirent mon conseil, firent 
même plus. Ils éprouvèrent du mieux et s'encoura- 
gèrent; à la fin des vacances ils retournèrent bien 
portants et heureux à leur établissement. 

Comme il serait bon dans les maisons d'éduca- 
tion, où l'on fait tant de gymnastique, de faire 
aussi de pareils exercices qui, au lieu d'échauffer et 
d'exciter la nature, la calmeraient au contraire I 
On ne peut croire quelle heureuse action exerce 
la promenade nu-pieds dans un pré humide ou dans 
la rosée ! 

Un homme de quarante-cinq ans vint se lamenter : 
c( Les médecins déclarent, dit-il, que je suis atteint 
d'une céphalalgie nerveuse. J'ai toujours un bandeau 
autour de la tête, parce que j'éprouve souvent une 
pression insupportable à l'occiput, tantôt à droite, 
tantôt à gauche. Le mal se loge-t-il dans ledos, alors 
j'ai de violents battements de cœur, qui durent par- 
fois des heures entières. Quelquefois l'appétit s'en va 

24 



370 TROISIÈME PARTIE, 

complètement. J'ai un tel vertige que je ne puis plus 
marcher seul; c'est pour cela que ma femme est 
obligée de m'accompagner. Mais ce qui dépasse 
toutes ces douleurs physiques, c'est la souffrance 
morale : je me trouve dans un état de tristesse 
désespérante, au point que maintes fois déjà j'ai sou- 
haité la mort. » 

Ce patient avait passablement d'embonpoint, son 
teint était jaunâtre et flétri, son corps fortement 
bouffi. Une cure de 13 jours remit tout en ordre, 
fit diminuer de beaucoup le poids du corps, enleva 
le mal de tête et le vertige. En même temps re- 
vinrent la bonne humeur, le sommeil tranquille et 
l'appétit. 

Traitement. Premier jour : affusion supérieure et 
afîusion des genoux dans la matinée ; affusion dorsale 
et marche dans l'eau après-midi. Second jour : affu- 
sion dorsale dans la matinée, plus tard piétinement 
dans l'eau; après-midi de nouveau affusion dorsale, 
plus tard affusion des genoux. Troisième jour : dans 
la matinée affusion supérieure et affusion des genoux ; 
après-midi affusion totale; plus tard demi-bain. 

Ainsi de suite. Le patient, étant fort et bien mem- 
bre, reçut journellement 4 applications. 

Deux étudiants vinrent me raconter pendant les 
vacances de Pâques : « Nous avons de la céphalal- 
gie, un afflux de sang à la tête, mauvais sommeil, 
grande fatigue, appétit défectueux, de sorte que 
nous sommes incapables de continuer. Ne pourrions- 
nous pas employer ces vacances pour rétablir notre 
santé par l'hydrothérapie?» 

Comme nous étions au printemps, qu'il faisait 
encore passablement froid et que le sol était humide, 



MALADIES. 371 



je leur conseillai de passer ces jours de vacances, 
autant que possible, à l'air libre, dans la forêt, sur 
les prés, d'y marcher nu-pieds et, sitôt qu'ils sen- 
tiraient du froid, de se donner beaucoup de mouve- 
ment; de se tenir aussi, de temps en temps, dans 
un fossé plein d'eau pendant 2-3 minutes, en y pié- 
tinant. Ils durent également, 2-3 fois par jour, 
plonger leurs bras tout entiers dans l'eau. 

Ces exercices plurent beaucoup aux deux jeunes 
gens : le courage et la joie revinrent. Contents et 
réconfortés, ils retournèrent aux études, purent très 
bien travailler et se réjouirent à l'avance de pouvoir 
de nouveau endurcir et fortifier leur corps pendant 
les grandes vacances d'automne. 

Il faut remarquer cependant que, si on se pro- 
mène dans un pré humide et froid et qu'on piétine 
dans l'eau, il faut toujours faire assez de mouve- 
ment, pour rétablir promptement la chaleur natu- 
relle, ce qu'une promenade forcée opère sans retard 
chez les jeunes gens. 

Le même cas se présenta chez un séminariste, 
qui vint se plaindre en ces termes : « J'ai une telle 
tension dans la tête, que parfois je ne sais plus où 
je suis, ni ce que je fais, et je souffre souvent de 
grands vertiges, de sorte que je suis incapable d'ap- 
pliquer mon esprit. Je dus quitter le séminaire 3 
mois avant la fin de mes études, au moment où j'étais 
près d'atteindre mon but. » 

C'était au mois d'août, et notre candidat passa 
10 jours dans les jardins et les forêts, depuis le ma- 
tin jusqu'au soir, en se promenant beaucoup nu- 
pieds. En outre, il reçut chaque jour 2-4 affusions 
supérieures. Dans l'espace de 12 jours il perdit tous 



372 TROISIÈME PARTIE. 



les symptômes de maladie, se sentit gai et fortifié 
et n'eut plus besoin, pour rendre la santé parfaite, 
que de passer de la même façon ses vacances d'au- 
tomne. 

7. Migraine. 

La migraine, qu'on nomme aussi hemicrânie, 
parce qu'elle n'existe ordinairement que d'un côté 
de la tête, est éminemment une maladie de femme; 
mais les hommes doués d'une intelligence hors ligne 
en sont souvent affectés aussi, surtout ceux qui ap- 
pliquent beaucoup et longtemps leur esprit. On en- 
tend parfois le médecin consoler les malades : «Soyez 
tranquille, un bêta n'a pas la migraine! » 

Cette affection provient fréquemment d'un trouble 
dans la circulation du sang, mais plus fréquemment 
encore des influences perturbatrices de l'estomac 
et du bas-ventre. (Complète inappétence et aversion 
pour toute nourriture.) Si le bas-ventre est plus ou 
moins affaibli dans son ensemble, si les gaz s'accu- 
mulent et que les selles ne sont pas régulières, le 
contre-coup de cet état de choses se fait sentir bien 
souvent dans la tête et y produit des douleurs à 
telle ou telle partie. Ou bien il peut arriver que le 
sang, dans son cours irrégulier, afflue particulière- 
ment à un endroit déterminé. Parfois la funeste 
maladie fait son apparition sous la forme d'un 
brouillard qui couvre les yeux comme d'un crêpe. 
Chez d'autres elle se manifeste dans le coin des 
yeux, tandis que chez plusieurs l'organe visuel se 
dérange, au point qu'ils croient voir danser devant 
eux toutes sortes de figures fantastiques. 

La migraine surgit volontiers à la suite de mala- 
die, quand la nature n'est pas complètement remise 



INIALADIES. 37S 



et que les organes n'ont pas encore repris leur acti- 
vité normale. Elle peut être aussi un héritage des 
parents : bien des fois j'entendais des personnes 
affectées de la migraine raconter que leur père ou 
leur mère en avaient souffert également. 

Cette affection douloureuse n'est pas difficile à 
guérir. La migraine provient-elle des gaz — que, du 
reste, je regarde comme sa cause principale — il 
suffira de bien laver l'abdomen avec de l'eau froide, 
pendant 2-3 jours consécutifs, 2-4 fois par jour. 
Cette simple opération n'élimine pas seulement les 
gaz, elle agit aussi sur la selle et maintes fois elle 
remet, à elle seule, tout en ordre. L'effet est plus 
sensible, si avec l'eau servant aux lotions on mé- 
lange un peu de sel et de vinaigre. 

Dans le cas que ces applications ne suffisent pas, 
on pourra, dans l'espace d'une semaine, prendre 2-3 
demi-bains, ce qui devrait avoir l'effet voulu chez 
tout le monde. A côté de cela le patient peut recou- 
rir au cumin ou au fenouil qui, préparé et bu sous 
forme de thé, exerce une action excellente. De 
petits remèdes domestiques ne sont pas à dédaigner 
non plus, comme par exemple l'huile de lavande, 
prise matin et soir à la dose de 5 gouttes, ou encore 
6-8 grains de genièvre mâchés dans le courant de 
la journée. 

Beaucoup d'hommes regardent la poudre effer- 
vescente comme moyen radical contre la migraine. 
Elle chasse le gaz , soit ; mais n'exagérez point : 
elle n'est pas un moyen radical. Une pareille réclame 
me rappelle l'histoire amusante, d'après laquelle 
quelqu'un aurait tué un lièvre avec une fusée. Le 
nec plus ultra, pour la migraine est aujourd'hui le 
crayon à migraine, une petite tige de bois finement 



374 TROISIÈME PARTIE. 



travaillée et renfermant le gland merveilleux, qui 
dégage une forte odeur de camphre. Il n'y a plus 
d'homme du monde, plus de dame huppée, qui sorte 
sans ce petit vade-mecum. La cause de la migraine 
réside, comme nous avons vu, la plupart du temps 
et principalement dans l'abdomen. Et voilà qu'il 
doit suffire de toucher le front un certain nombre 
de fois avec ce crayon magique, pour que la mi- 
graine s'en aille! Croira qui voudra! Je n'en veux 
pas dire davantage; mais je serais bien obligé de 
sourir, si un patient, à qui le médecin a ordonné un 
clystère, se faisait seringuer l'oreille, au lieu de 
prendre le lavement. 

8. Vertige. 

Un prêtre, dans la force de l'âge, sentait ses forces 
diminuer sans cesse, surtout dans les jambes. Ce 
n'est qu'avec une peine excessive qu'il pouvait faire 
encore un kilomètre, et il lui semblait que ses jambes 
allaient lui refuser tout service. En outre, il avait 
beaucoup de vertiges, au point qu'il ne pouvait res- 
ter longtemps debout, sans s'appuyer sur un objet 
solide et, en se tournant pendant la messe, il était 
obligé de se tenir à l'autel. Quand le vertige s'en 
allait un peu, il éprouvait une violente oppression à 
la poitrine et le pressentiment de l'imminence d'un 
coup d'apoplexie. 

Quand ce patient vint ici, il avait déjà absorbé 
beaucoup de médecines et d'eaux minérales, tout 
sans résultat. Il avait très bonne mine, au dire de 
tout le monde, et un appétit en règle ; mais le som- 
meil laissait à désirer. 

■ Traitement. Eloigné de sa paroisse pendant 3 se- 
maines, il se promena chaque jour nu-pieds (dans 



MALADIES. 375 



l'herbe, sur les dalles mouillées, dans l'eau à hauteur 
des genoux), reçut au début 2 affusions supérieures 
et une affusion de genoux par jour, plus tard des 
demi -bains et des bains en pleine transpiration. 
Vers la fin de sa cure il essaya de faire 4 lieues en 
un jour, ce qui lui réussit sans fatigue. Il se sentit 
donc parfaitement guéri et s'en retourna chez lui 
gai et content. 

Voici un vieillard de soixante-quatorze ans, qui 
raconte son cas comme suit : « Je suis souvent pris 
d'un affreux vertige et parfois d'une violente pres- 
sion sur la tête ; par intervalles les pieds sont com- 
plètement froids. Quand la tête est dégagée, j'éprouve 
chaque fois de grands embarras dans le bas-ventre. 
Je n'ai jamais de selles sans avoir pris médecine. 
Le livre ma cure d'eau m'a fait réfléchir. Je vous 
pose donc la question, si à mon âge avancé l'hydro- 
thérapie peut avoir encore de l'effet; sinon, je 
m'abandonnerai tranquillement à mon sort. Si, au 
contraire, je puis en espérer du succès, j'entrerai 
dans l'eau comme un jeune homme. 

En 3 semaines le brave vieillard fut si bien rétabli, 
qu'il regrettait d'avoir déjà transmis ses fonctions à 
un autre. 

Traitement. 1^'' jour : le matin lotion du haut du 
corps avec de l'eau et du vinaigre, puis affusion de 
genoux; le soir pédiluve chaud avec sel et cendres, 
pendant 14 minutes. 2° jour: le matin affusion supé- 
rieure (un seul arrosoir plein), immédiatement après 
promenade de 5 minutes sur les dalles mouillées; 
le soir bain de siège froid d'une minute. 3° jour : 
matin promenade dans l'eau pendant 2 minutes, 
après quoi tenir les bras entiers dans l'eau ; après- 



376 TROISIÈME PARTIE. 

midi affusion supérieure, vers le soir bain de siège. 
4^ jour : matin promenade de 3 minutes dans l'eau 
jusqu'à hauteur des genoux, puis immersion des 
bras pendant 2 minutes; après-midi affusion dor- 
sale. Séjour : matin affusion dorsale, soir demi-bain 
d'une minute. Ces dernières applications, d'une 
force considérable, furent ainsi continuées. — Le 
vertige se perdit totalement, les selles devinrent 
régulières, les mauvais gaz furent chassés, le calo- 
rique général de la nature rétabli et toute la ma- 
chine remontée. Le vieillard eut le teint pour ainsi 
dire juvénile, ainsi que le meilleur appétit. 

L'on demandera peut-être pourquoi, chez cet 
homme d'un âge si avancé, on n'a employé qu'une 
seule application d'eau chaude dans tout le cours 
du traitement. 

La raison en est tout simplement qu'il possédait 
encore passablement de forces et de chaleur natu- 
relle ; autrement il eût été nécessaire de lui amenei 
plus de calorique au moyen de lotions faites (au 
moment où le malade sort pour un instant du lit) 
soit avec de l'eau chaude salée, soit avec de l'eau 
mêlée de vinaigre. Si chez les vieillards la chaleur 
naturelle se développe à la suite de lotions chaudes 
et qu'à titre d'essai on fasse alors une lotion froide, 
ils ne tarderont pas à dédaigner l'eau chaude et à 
préférer l'eau froide, parce qu'ils sentent que cette 
dernière a de meilleurs effets et qu'elle augmente 
davantage la chaleur naturelle. 

Un prêtre âgé de soixante-dix-huit ans souffrait 
d'un tel vertige qu'il ne pouvait plus lever les yeux 
ni marcher sur la route d'un pas assuré. Il avait 
assez d'embonpoint; mais tout son extérieur sem- 
blait dire que le pauvre vieillard n'avait plus de 



MALADIES. 377 



chaleur physique. Malgré toutes ces infirmités, sur 
lesquelles le monde n'attribue à l'eau aucune in- 
fluence, son visage rajeunit d'une façon surprenante. 
Le vertige et toute incertitude dans la marche dis- 
parurent ; bref, ce fut comme une lampe qui, après 
avoir été alimentée, continue de brûler avec un 
nouvel éclat. 

Si un vieillard lit ces lignes, il demandera com- 
ment on s'y est pris. Voici la réponse : l^'' jour : 
dans la matinée enveloppement, depuis le dessous 
des bras, dans un linge trempé dans une décoction 
chaude de fleurs de foin, pendant une heure et 
demie ; dans la soirée, une lotion bien chaude avec 
un mélange d'eau et de vinaigre. 2^ jour : le matin, 
un bain de vapeur des pieds pendant 20 minutes, 
suivi d'un rapide arrosement d'eau fraîche. 3^ jour : 
bain de vapeur de la tête pendant 20 minutes, suivi 
d'une affusion supérieure. 4^ jour: le matin, afîusion 
supérieure froide, puis une affusion des genoux; le 
soir, chemise mouillée, pendant une heure et demie. 
5^ jour : matin, un pédiluve chaud animé de sel et 
de cendres ; soir, une affusion supérieure et une affu- 
sion des genoux. A partir de ce temps rien que des 
applications froides : alternativement affusion supé- 
rieure et affusion des genoux dans la matinée, deux 
heures plus tard marche dans l'eau et immersion 
des bras ; dans l'après-midi une affusion supérieure. 
Continuer ainsi pendant 6 jours environ, en ajoutant 
cependant une ou deux lotions totales de nuit (sor- 
tant du lit). De retour à la maison, il suffit, pendant 
la semaine, de marcher 2 fois dans l'eau et d'im- 
merger les bras, et de prendre un bain de siège 
chaud ou froid. Pour l'usage interne une infusion 
de fenouil, de mille-feuille et de sauge. 



378 TROISIÈME PARTIE 



9. Epilepsie — mal caduc. 

Je ne m'informe jamais auprès des épileptiques 
sur leur état de santé. Je leur demande simplement 
depuis combien de temps ils sont affligés de la ma- 
ladie, quel âge ils ont, s'ils ont chaque fois conscience 
des phénomènes avant-coureurs de l'attaque, si leurs 
facultés intellectuelles sont encore en bon état ou 
si elles sont déjà altérées. 

J'ai la conviction que le haut mal aussi a son 
siège principal dans le sang, que ce soit un manque 
de sang, ou un sang corrompu, ou encore une cir- 
culation irrégulière du sang. Mon opinion est étayée 
de faits nombreux, qui montrent que des éruptions 
provoquées à la peau — c'est comme l'exhalaison 
et l'évaporation du sang — ont toujours, d'une ma- 
nière sûre et durable, porté secours aux personnes 
atteintes d'épilepsie, et que ces personnes soi- 
disant incurables, se distinguent toujours par la 
turgescence et la couleur violacée de la figure, ce 
qui n'est autre chose que l'effet des obstructions d'un 
sang morbide. 

Si la réponse à toutes mes questions est favorable, 
ce qui est le cas ordinaire chez les sujets de huit à 
vingt ans, je considère le mal caduc comme un état 
de convulsions guérissable, voisin de la chorée ou 
danse de Saint-Guy. J'ai pu secourir nombre de 
personnes, même celles qui avaient hérité cette 
maladie de leurs parents. — Si, au contraire, le 
malade répond négativement à mes questions sur 
les signes avant-coureurs et sur l'intégrité des fa- 
cultés intellectuelles, surtout quand je constate que 
le mal est déjà ancien et qu'il a produit plus ou 
moins d'idiotisme, alors le malheureux, qui, pour son 



MALADIES. 379 



bonheur, n'a guère conscience de son état lamen- 
table, n'a jdIus rien à attendre de ma part. 

Voilà les principes sur lesquels j'ai réglé ma 
conduite, ayant toujours pour but d'améliorer le 
sang des épileptiques et de régulariser sa circula- 
tion. J'ai cherché avant tout à endurcir les malades, 
les engageant particulièrement à marcher beaucoup 
nu-pieds. Dans la saison d'été je leur faisais prendre 
de temps en temps un bain froid, mais jamais au 
delà de la durée d'une minute; en hiver ce bain, 
durant 1 ou 2 minutes, était un peu chauffé. J'y 
ajoutais une fois par semaine la chemise trempée 
dans l'eau salée. 

Les éruptions provoquées fréquemment par ces 
applications d'eau sont traitées d'après les règles 
données en leur lieu (cf. éruptions). Je recommande 
toujours aux jeunes gens de s'habituer à un habille- 
ment simple et rationnel, qui n'amollit pas ; et aux 
jeunes filles je conseille sans cesse de renoncer à la 
manie déraisonnable , malsaine et malfaisante de 
porter corset. Il faut se contenter d'une nourriture 
simple et éviter de faire des ouvrages d'art et des 
tours de force : le travail doit toujours être approprié 
aux capacités et aux moyens de chacun. 

10. Danse de Saint-Guy. 

Un père de famille vint me raconter : « J'ai une 
fille qui compte maintenant dix ans et qui n'était 
jamais tout à fait bien portante. Sa dentition fut si 
laborieuse, que nous craignions pour ses jours. Puis 
une de ses jambes devint plus grêle que l'autre. 
Maintenant elle a la danse de Saint-Guy. Elle ne 
peut ni^mangerni dormir; et les convulsions, quand 
elles viennent la saisir, la mettent dans une situation 



380 TROISIÈME PARTIE. 



effroyable. J'ai consulté plusieurs médecins; mais 
l'état de la petite empire toujours. » 

Brave homme, lui répondis-je, faites bouillir du 
regain dans l'eau pendant une demi-heure, mais 
prenez-en beaucoup, afin que la décoction devienne 
épaisse, et ajoutez-y un peu de sel. Puis prenez une 
chemise de grosse toile, trempez-la dans ce liquide, 
tordez-la et revêtez-en la pauvrette, que vous enve- 
lopperez ensuite dans une couverture de laine. 
Laissez la malade dans ce maillot durant une heure 
et demie ou même deux heures ; si elle s'endort, ne 
la réveillez pas, lors même que le temps marqué 
serait écoulé. Faites cela chaque jour pendant une 
semaine, et revenez alors chez moi. 

Huit jours plus tard il revint et me dit : « Monsieur 
le curé, la fillette a une horrible éruption sur tout son 
corps, surtout au dos et à la poitrine; mais elle 
devient alerte, ne sent plus de douleur, et les 
crampes sont éloignées ; elle dort bien et commence 
à avoir de l'appétit. Qu'y a-t-il à faire désormais ? » 

A partir de maintenant, lui dis-je, mettez à l'en- 
fant la chemise mouillée tous les 3 jours seulement. 
Quand vous aurez continué pendant quinze jours, 
votre fille sera rétablie. Donnez-lui, en outre, chaque 
jour une vingtaine des gouttes que voici, en les mé- 
langeant avec de l'eau. — Je lui remis de l'essence 
d'absinthe, dont il est parlé dans la 2^ partie de ce 
livre. 

II. Deilrium tremens — folie alcoolique. 

Un homme de trente-six ans avait bu beaucoup 
de bière et mangé peu, se nourrissant ainsi plus ou 
moins de la bière. Avait-il de la bière dans le corps, 
il se sentait fort ; mais sitôt que les vapeurs alcoo- 



MALADIES. 381 



liques étaient évanouies, il se lamentait sur sa débi- 
litation. 

Le delirium tremens s'était déjà dessiné si nette- 
ment chez ce malheureux, que même les jeunes gens 
remarquaient qu'il n'était plus dans son assiette. 
Avec cela il se plaignait beaucoup de douleurs rhu- 
matismales, de crampes, de fréquente céphalalgie. 
Quelque difficile qu'il soit de guérir un ivrogne, 
notre homme avait de la bonne volonté, et était 
résolu, coûte que coûte, à se défaire de sa passion. 

Le traitement suivant, employé pendant 3 se- 
maines, l'a complètement rétabli. Il reçut chaque 
jour 2-3 applications d'eau, et cela dans l'ordre que 
voici : l^"" jour : aj affusion supérieure et affusion des 
genoux, bj marche dans l'eau et immersion des 
bras, cj affusion dorsale; — 2^ jour : aj demi-bain, 
h) affusion supérieure avec affusion des genoux ; — 
3^ jour : aj) bain de siège, bJ affusion supérieure ; — 
4^ jour : aj demi-bain, b) bain entier... On continua 
ainsi jusqu'à guérison. Tout état maladif cessa, l'as- 
pect s'améliora complètement, l'appétit se présenta, 
et l'envie passionnée de boire disparut entièrement. 
Nous devons remarquer tout spécialement que, pen- 
dant la cure, des exanthèmes à différents endroits 
de la peau donnèrent issue aux éléments morbi- 
fiques. 

12. Aliénation mentale. 

Cela doit être une situation terrible, quand cette 
nuit intellectuelle se présente à quelqu'un, quand 
l'homme n'est plus homme, quand il devient en quel- 
que sorte un être dépourvu de raison. Il y a cinquante, 
quarante et trente ans, les maladies mentales comp- 
taient parmi les phénomènes rares. De nos jours leur 



382 TROISIÈME PARTIE. 

nombre (tout le monde le reconnaît) s'accroît dans 
une mesure effrayante. Les maisons d'aliénés, quel- 
que nombreuses qu'elles soient, sont combles, ne 
suffisent plus. On construit à présent en beaucoup 
d'endroits, en dehors des grands centres, des quar- 
tiers de ville pour les fous. Quelle étrange impres- 
sion vous saisit en traversant ces champs de morts 
habités par des vivants ! C'est donc là l'homme, qui 
peut faire si grand! Dieu nous. préserve d'une pa- 
reille épreuve ! Ces pensées occupent l'âme sérieuse 
dans ces sombres corridors. Voilà pour la folie en- 
tière, la démence. 

Mais combien y a-t-il d'hommes, des centaines et 
des milliers, qui sont à moitié fous, qui souffrent 
horriblement et qui sont si rarement guéris ! Je puis 
dire en toute vérité qu'un très grand nombre de ces 
malheureux ont cherché auprès de moi soulagement 
et guérison, et, de mon côté, c'est surtout pour cette 
catégorie d'hommes si abandonnés et si désespérés 
que je me sentais toujours le plus d'amour et de 
solUcitude. Ils n'étaient pas assez malades pour 
entrer à l'asile des aliénés, et cependant ils ne pou- 
vaient se livrer à une occupation régulière. Les 
angoisses de ces malades sont indicibles, indescrip- 
tibles, innombrables, variées à l'infini. De même 
qu'en été, au soleil ardent, les mouches piqueuses 
bourdonnent le plus, ainsi, dans la tête échauffée de 
ces pauvres êtres, les idées les plus extravagantes 
se donnent, hélas ! libre cours. Les uns détestent 
leur profession qu'ils ont aimée jusqu'ici, les autres 
ne veulent plus prier. La misanthropie et l'anthro- 
pophobie ont envahi les uns, d'autres sont pris 
de colère contre eux-mêmes et cherchent à se 
donner la mort, etc., etc.. Les idées de ces 



MALADIES. 383 



pauvres créatures sont aussi variées que les têtes 
elles-mêmes. 

Chez tous ces malades qui sont venus à moi depuis 
trente ans, j'ai toujours trouvé la cause de leur infir- 
mité. Ou bien la maladie était congénitale et partant 
existait en germe dès l'enfance ; ou bien elle provenait 
de vices constitutionnels, d'infirmités, * ainsi que du 
genre de vie. 

Un point surtout est à observer, puisqu'à cet 
égard il se produit facilement des illusions. Il faut 
rester bien froid dans l'appréciation d'un cas de ce 
genre, ne pas se laisser circonvenir l'esprit. Je ne 
saurais assez prévenir contre la tendance insensée 
qui veut y voir aussi des influences surnaturelles, 
surtout des influences diaboliques. Même alors que 
chacun ne pouvait presque faire autrement que de 
croire à la présence d'un démon dans tel ou tel ma- 
lade, l'eau froide a suffi pour le chasser. 

Dans ma longue pratique il ne m'est pas arrivé 
un seul cas où les remèdes naturels , bien adminis- 
trés, n'aient produit un résultat. Je me cramponne 
fermement à la foi et au surnaturel comme à une 
barque de salut et j e ne voudrais— Dieu m'en garde ! — 
abandonner la moindre partie, pas un iota, de mes 
convictions religieuses ; niciis jamais non plus je ne 
voudrais prêter à rire aux ennemis de la rehgion, 
ni leur fournir une occasion d'attaquer notre foi. 



1 Mens scina in corpore scmo, disaient les anciens. Un esprit 
sain ne peut habiter que dans un corps sain. N'oubliez pas 
que le pays, le palais ou l'humide masure exercent une grande 
influence sur les hommes qui y demeurent. En serait-il autre- 
ment de l'âme et du corps, qui sont si intimement unis et ne 
forment ensemble qu'un seul et même tout? 



384 TROISIÈME PARTIE. 

A bon entendeur salut! Un exemple : Un frère 
amène sa sœur; celle-ci prétend que le mauvais 
esprit demeure au milieu de sa poitrine; qu'elle 
sait beaucoup du diable, mais que le diable sait tout 
d'elle-même, voire les pensées les plus secrètes ; 
qu'il la gouverne, dirige et domine; que son frère 
est fou, que le curé est encore plus fou, mais que le 
plus fou de tous est le médecin. Pourquoi? «C'est 
qu'ils disent toujours que je devrais mettre une autre 
tête, laisser là mes sottises et leur obéir. Une fois 
que le diable a pris possession de quelqu'un, la tête 
de cette personne n'a plus rien à commander. » 

Je ne saurais vous dire avec quelle frénésie sau- 
vage la pauvrette pestait contre les 3 personnages 
cités. S'ils s'étaient tus — car ils savaient à qui ils 
avaient affaire — ils n'auraient pas poussé la ma- 
lade à un tel état de surexcitation, et j'aurais eu 
plus beau jeu. Car, pour ces personnes, tout dépend 
de la manière de les prendre. Je ne la contredis en 
rien et je me contentai de lui répondre : « Oui, 
certes, cela ne va pas bien dans votre intérieur.» 
Elle en fut satisfaite, et je l'avais gagnée. Elle eut 
confiance, ce que manifesta sa réplique : « Si quel- 
qu'un ne croit pas que j'aie le diable en moi, il ne 
pourra pas le chasser. » Cette confiance pour moi 
signifie : la malade est guérie à moitié, et mon tra- 
vail est fait à demi. Elle prit ce que je lui prescri- 
vis, et elle employa exactement les applications 
d'eau, telles que je les lui indiquai. En 6 semaines 
elle fut totalement guérie. 

Cela intéresse beaucoup de lecteurs de savoir ce 
qui avait bien manqué à cette personne. Ses traits 
étaient tirés, les mains froides, les pieds plus froids 
encore ; elle éprouvait à la poitrine une forte oppres- 



MALADIES. 385 



sion et dans l'estomac un dégoût pour toute nourri- 
ture. Tout le sang, semblait-il, affluait à la poitrine. 
La première besogne fut donc de régler la circula- 
tion du sang, afin de rétablir partout la chaleur 
normale et le fonctionnement régulier de l'orga- 
nisme. A cette fin la malade dut se tenir 2 fois par 
jour dans l'eau froide jusqu'au-dessus des mollets 
pendant 2 minutes, puis marcher et se donner beau- 
coup de mouvement, afin de réchauffer ainsi les pieds 
le plus vite possible ; ensuite elle dut plonger, égale- 
ment 2 fois par jour, les bras entiers dans l'eau 
durant 2 minutes et les mettre ensuite en mouve- 
ment d'une façon quelconque, pour les réchauffer 
aussi en toute hâte. Couchée au lit, elle se fit, 2 fois 
par jour, laver hardiment le dos, la poitrine et le 
bas- ventre avec de l'eau mêlée de vinaigre. Ces 
applications relativement faibles durent être exacte- 
ment continuées pendant 2 semaines. La surexcita- 
tion perdit de son intensité excessive, quand même 
le diable hantait toujours encore la tête égarée; les 
traits tirés s'animèrent de nouveau. 

Au bout de ces 2 semaines je fis traiter plus éner- 
giquement. La malade reçut les maillots inférieurs 
alternant avec les demi-bains (d'une demi-minute 
seulement et suivis chaque fois de l'ablution du haut 
du corps) et le manteau espagnol, 3 applications 
pratiquées pendant 3 semaines. Après cet espace de 
temps, il n'y eut plus qu'une lotion entière et un 
demi-maillot d'une heure à prendre chaque semaine, 
pour achever la guérison. C'est ainsi que le diable 
fut exorcisé, et à la surexcitation firent place un 
grand calme et une paix inaltérable. 

De pauvres parents m'amenèrent leur garçon de 

dix ans et me racontèrent : « Chaque fois que l'on 

25 



386 TROISIÈME PARTIE. 



sonne l'office, le petit gars se met à rager et à pro- 
férer les plus horribles jurons et blasphèmes, tels 
que nous n'en avons jamais entendus. Il peste aussi 
longtemps qu'il voit quelqu'un aller à l'église . Ensuite 
il cesse ; mais dès que le premier fidèle, à l'issue de 
l'office, quitte l'église, il recommence ses impréca- 
tions et continue jusqu'à ce qu'il ne voie plus per- 
sonne. Quand nous prions, il jure, et jure aussi 
longtemps que nous prions. Monsieur le curé, c'est 
effrayant. L'on peut faire tout ce qu'on veut, cela 
ne sert absolument de rien ; les remontrances surtout 
n'ont aucun résultat, elles le rendent même plus 
furieux encore. Il saisit un jour sa mère des deux 
bras comme entre deux serres et la secoua avec une 
force qui n'est pas de son âge. Plusieurs médecins 
ont été consultés; tout est peine perdue. Il a été 
aussi exorcisé, mais à cette occasion il a juré plus 
fort que jamais, etc.. » 

Le petit garçon avait des dehors tout à fait extra- 
ordinaires : un teint flétri, des traits d'une apparence 
extrêmement sauvage, les cheveux dressés comme 
les piquants d'un hérisson. Je me permis de toucher 
sa main ; il allait me sauter à la figure. Deux prêtres, 
qui avaient vu ce terrible état, ont dit : « Quiconque 
croit à la possession, est forcé de la reconnaître 
ici. » 

Dès le premier abord je ne vis en tout cela qu'un 
mal naturel, et je ne me suis pas trompé : en 6 se- 
maines le pauvre enfant fut complètement guéri. Je 
fis revêtir le petit garçon tous les jours, pour une 
heure ou une heure et demie, d'une chemise trempée 
dans l'eau un peu salée; je le fis de même, une fois 
par jour, laver en entier avec de l'eau mêlée d'un 
peu de vinaigre. Cette double opération fut conti- 



1 



MALADIES. 387 



nuée pendant 2 semaines. A partir de la troisième 
semaine il reçut, le premier jour, la chemise mouil- 
lée; le second jour, un bain chaud à 28° R., durant 
une demi-heure et alternant avec un bain froid d'une 
demi-minute; le troisième jour, une lotion entière. 
Ce traitement fut appliqué pendant la troisième et 
la quatrième semaine. Dans la cinquième semaine 
il suffisait d'une chemise mouillée ; dans la sixième 
et dernière, d'un bain chaud suivi d'une lotion rapide 
à l'eau froide. 

Il se produisit un prompt changement, une amé- 
lioration. De froid qu'il était, le garçon redevint 
chaud, l'appétit reparut, et la nourriture, composée 
de laitage et de farineux, fut savourée avec délices. 
Le dérangement du cerveau avait disparu comme 
par enchantement. 

L'un ou l'autre lecteur demandera peut-être : 
Pourquoi le curé n'emploie -t -il pas les affusions 
dans de pareilles maladies, puisque dans nos mai- 
sons d'aliénés les fous furieux reçoivent préférable- 
ment des douches? Je suppose, sauf meilleur avis, 
que le chasseur, qui veut faire sortir le renard de 
sa tanière, ne s'avisera pas de tirer des coups de 
fusil dans l'entrée du repaire. Il fera mieux d'invi- 
ter, par l'appât d'une poule ou d'un cochon de lait, 
le rusé compère à bien vouloir sortir. Eh bien! 
écoutez, cher lecteur : où il y a maladie, là il y a 
aussi des éléments morbides. Résoudre et éhminer 
ces derniers, c'est allécher et prendre le renard. Or, 
une douche ne résoud rien, n'élimine rien. Une fois 
que la résolution et l'élimination ont eu lieu, alors 
une douche légère a un sens, et je l'approuve. 

Il y a quatre ans, je reçus la visite d'une fille, qui 
me raconta ce qui suit : « Mon frère est depuis plus 



388 TROISIÈME PARTIE. 

d'un an dans une maison d'aliénés. Il a été déclaré 
incurable. Voici que j'éprouve moi-même les symp- 
tômes que ressentait mon frère à l'approche de sa 
maladie. J'étais jusqu'ici en condition, mais, ne 
pouvant plus travailler, j'ai dû quitter mon service. 
Si personne ne vient à mon aide, j'irai prochaine- 
ment rejoindre mon frère. » 

Par diverses questions j'appris que l'appétit va- 
riait beaucoup, était parfois bon, manquait parfois 
totalement; que, les tiraillements violents dans les 
membres venant à cesser, des douleurs non moins 
violentes naissaient dans la poitrine ; que ses che- 
veux, autrefois drus et longs, étaient déjà tombés 
à moitié et au delà. Je compris immédiatement que 
des humeurs putrides jouaient un rôle désastreux et 
que le signe le plus certain de leur complète évacua- 
tion serait de voir, sur cette tête à moitié chauve, 
les cheveux pousser et se développer dans leur an- 
cienne force et consistance. 

La malade employa successivement les applica- 
tions suivantes : d'abord journellement la chemise 
mouillée dans l'eau mêlée de sel ou de vinaigre, et, 
journellement aussi, des demi -bains tièdes avec 
lotion froide et énergique du haut du corps (pendant 
une minute au plus). Comme c'était en été, elle 
marcha souvent nu-pieds, surtout dans la rosée du 
matin. Ce traitement fut suivi pendant 3 semaines 
et obtint du succès. Suivirent maintenant des bains 
chauds alternant avec des bains froids, puis le mail- 
lot inférieur (la malade fit usage du sac) trempé 
dans une décoction de fleurs de foin. Toute la cure 
jusqu'au rétablissement complet de la santé dura 
3 mois. La forte et solide croissance des cheveux 
fut l'indice d'une guérison radicale. La personne en 



MALADIES. 389 



question s'est mariée plus tard et se porte très bien 
jusqu'à ce jour. 

Un curé, très estimé et aimé dans sa paroisse, 
vint ici tout abattu : il n'était plus à même de rem- 
plir ses fonctions. Cet état, qui se manifestait par 
une grande tristesse, par le découragement et le 
dégoût de l'étude, avait déjà une fois porté les con- 
frères du voisinage à mettre le malheureux dans 
un établissement. Il y était resté quelques semaines 
et l'avait quitté plus tranquille, mais non guéri. Il 
me consulta sur ce qu'il y avait à faire, s'il devait 
abandonner sa paroisse ou prendre un autre parti, et 
lequel? Il avait un extérieur sain, frais et fort, ce 
qui trompe si facilement chez de pareils malades et 
occasionne tant de jugements durs, peu charitables, 
injustes.^ En regardant de plus près, on pouvait 
voir que l'œil était trouble, le teint fané, les cheveux 
morts. 

Le traitement consista en 3 sortes d'apphcations : 
le bain de vapeur de la tête et des pieds, les afîu- 
sions supérieures et inférieures à l'eau froide, et la 
promenade fréquente sur les dalles mouillées ou 
l'immersion des pieds dans l'eau pendant 3-4 mi- 
nutes. Au bout de quelques jours ce fut le tour des 
bains chauds, suivis chacun d'une affusion supé- 
rieure et inférieure à eau froide. Au sixième jour du 
traitement par l'eau une éruption bleuâtre apparut 
sur tout le dos. Plus celle-ci s'accentua, plus le 

■•On se trompe de même si de la corpulence on conclue 
toujours à un bon appétit et à une soif ardente (les ventrus 
sont ordinairement des hommes sobres), comme si sur l'appa- 
rence des aliénés on voulait juger du bon état de leur esprit, 
pour n'admettre chez eux que des scrupules de santé. 



390 TROISIÈME PARTIE. 

malade se sentit à l'aise. Sitôt que l'élément mor- 
bide fut totalement expulsé, le corps se trouva 
guéri. Tout le traitement dura quinze jours. C'est 
avec un nouveau courage que le zélé pasteur re- 
tourna dans sa paroisse. 



VIII. MALADIES DES NERFS 

CÉRÉBRAUX -SPINAUX. 

Nous avons à parler ici de la névralgie^ qui con- 
siste dans une affection du tissu nerveux sensitif, 
particulièrement des nerfs, caractérisée par une 
exagération de la sensibilité, une douleur vive, 
exacerbante, souvent intermittente, qui en est le 
symptôme essentiel. Il en résulte quelquefois une 
diminution ou l'abolition de la sensibilité et de la 
motilité des parties qui reçoivent les épanouisse- 
ments de ces nerfs : de làl'anesthésie et la paralysie 
de ces mêmes parties. 

I. Irritation des nerfs. 

Lisons d'abord le rapport d'un prêtre : « A la suite 
d'une violente émotion et d'inquiétudes je fus, fin 
juillet 1884, atteint d'un mal qui, au début, se mani- 
festa par de fréquents battements de cœur et une 
difficulté constante de respiration, accompagnés 
d'un affaiblissement général. Cet état m'inspirait 
des transes. Les battements de coeur cessèrent 
après quelques mois. Mais alors apparurent d'autres 
symptômes : des accès d'asthme parfois très violents 
et inquiétants, un fréquent serrement et une tension 



MALADIES. 391 



douloureuse descendant jusque dans l'abdomen. Je 
sentais cette pression principalement dans la région 
costale, parfois aussi dans la moelle épinière. Bien des 
fois j'étais pris d'une très grande fatigue et d'abatte- 
ment dans les membres avec douleurs aux articula- 
tions. A côté de cela les constipations et flatuosités me 
torturaient le ventre. La voix était tout affaiblie, si 
bien que souvent je ne pouvais même parler sans 
m'attirer des douleurs, de l'oppression et de l'asthme. 
Depuis tout ce temps je souffre aussi de la tête : 
vertige, lourdeur, douleurs parfois violentes, au point 
que de fois à autre je suis incapable de penser et 
d'appliquer mon esprit à quoi que ce soit. Chaque 
bagatelle m'excite énormément et porte au pa- 
roxysme les embarras de la poitrine et de la tête. 
Avec cela une mélancolie indéfinissable s'est empa- 
rée de mon esprit, elle me met quelquefois au dés- 
espoir. Les médecins prirent ma maladie pour une 
névralgie. Deux d'entre eux, un allopathe et un 
homéopathe, deux hommes célèbres, me prescri- 
virent des remèdes (douches , diète , bromure de 
potassium, Zincum oxydât., Natr. phosph., etc..) 
qui n'eurent aucun résultat ou qui même, l'une ou 
l'autre fois, me rendirent plus malade. Je crus voir, 
un instant, du succès dans ce que m'a ordonné un 
troisième médecin : bains froids entiers et mouve- 
ment assidu à l'air. Voilà 6 mois que je souffre ainsi, 
et maintenant je finis par chercher mon salut uni- 
quement dans l'eau. » 

Le malade s'est prononcé ; regardons-le mainte- 
nant lui-même. Son aspect est extraordinairement 
rougi, les bords des yeux un peu jaunes, les oreilles 
et les lèvres cramoisis avec taches livides. Il n'a 
plus que peu de cheveux, quoiqu'il ne compte qu'une 



392 TROISIÈME PARTIE. 

trentaine d'années. Que conclure de tous ces symp- 
tômes? Certes, à un afflux trop vif du sang à la tête 
et à la poitrine. La douleur au front montre la vio- 
lence, avec laquelle le sang se porte vers les extré- 
mités supérieures, où l'abondance du sang produit 
une dilatation des veines. 

Peut-on espérer la guérison dans ce cas, et com- 
ment la produire? Attaquons l'ennemi d'abord en 
deux endroits principaux, tête et poitrine. Les 
deux sont en quelque sorte oppressés par le trop- 
plein du sang, qu'il faut, avant tout, détourner vers 
les parties éloignées. Alors seulement je pourrai 
songer à la résolution des anomalies (engorgements, 
dilatation des veines, échancrures à l'intérieur, etc.) 
à la tête et à la poitrine, pour exercer finalement 
une action générale sur le corps tout entier. 

Voici donc la série des applications qui seront 
pratiquées : Bain de vapeur des pieds, bain de va- 
peur de la tête, demi-maillot, manteau espagnol, 
marche sur les dalles, afîusions supérieures et infé- 
rieures, manteau espagnol, promenade nu -pieds 
(dans la neige fraîchement tombée, s'il y en a). 

Dans l'espace de 3 semaines l'état de maladie s'est 
considérablement amélioré ; mais jusqu'à parfait ré- 
tablissement — le mal étant si avancé et si invétéré 
— il fallut des mois entiers. 

L'expérience apprend au patient à juger l'effet des 
diverses applications, il saura par lui-même quelles 
applications exercent l'action la plus favorable, et 
celles-là, il les réitérera le plus souvent. Mais il se 
gardera soigneusement de ne faire attention qu'à 
telle ou telle application particulière ; car, aux ap- 
plications particulières il faut toujours, pour ne pas 
troubler l'harmonie et le progrès rationnel dans 



MALADIES. 393 



l'œuvre de la guérison, joindre exactement les ap- 
plications générales, c'est-à-dire celles qui agissent 
sur tout l'organisme. 

Un prêtre de Bohême fait l'exposé suivant : « Par 
suite d'excès de travail j'eus, il y a 8 mois, de vio- 
lents battements de cœur et de l'insomnie, plus tard 
des éructations, un gonflement de l'abdomen et des 
gênes dans la respiration. De temps à autre j'éprou- 
vais des sensations insolites, douleurs dans les mains 
et dans les pieds, agitation, plus tard tremblement, 
et avec cela une fatigue, un affaissement extrême. 
L'appétit finit par faire défaut aussi, ainsi que la 
selle.» 

A son arrivée le patient semblait très épuisé, son 
visage était d'un jaune pâle. Après un traitement de 
7 semaines il était gai et bien portant, il avait l'air 
frais, et le sommeil aussi revint peu à peu. Le traite- 
ment avait consisté : 1) pendant les 3 premières 
semaines en un demi-bain chaque nuit, en sortant 
du lit, puis une affusion supérieure et une marche à 
l'eau dans la matinée, ensuite affusion dorsale et 
demi-bain dans l'après-midi, enfin promenade 
assidue dans l'herbe mouillée (chaque jour); — ■ 
2) Plus tard, affusion supérieure avec affusion des 
genoux , et des demi-bains , 2 fois bain de vapeur 
des pieds. Pour l'usage interne, chaque jour 8-10 
grains de genièvre, ainsi qu'une tisane d'absinthe et 
de sauge. 

2. Asthénie — affaissement des nerfs. 

Un curé vint m'annoncer un j our qu'il avait de temps 
en temps un mal de tête intolérable et , s'il durait, 
de tels embarras dans la gorge, que de fatigue et de 
douleur il n'était plus guère capable de prononcer 



394 TROISIÈME PARTIE. 

un mot. Dans le dos aussi il existait souvent un 
serrement douloureux et une grande lassitude. Il 
me remit alors le certificat de son médecin déclarant 
qu'il souffrait d'une asthénie des nerfs, d'un abatte- 
ment bien prononcé des nerfs, et que le cerveau 
avec la moelle épinière allait être affecté aussi. En 
outre, le malade était d'une excessive sensibilité et 
éprouvait des sentiments d'anxiété. 

Traitement. — Tous les jours une légère affusion 
supérieure, le matin et dans la soirée ; une prome- 
nade journalière dans l'herbe humide et sur les 
dalles mouillées, pendant 4 minutes. Continuer ainsi 
5 jours. Alors une plus forte affusion supérieure par 
jour, ainsi qu'une affusion des genoux et 2 prome- 
nades dans l'eau. Entre-temps des bains de siège. 
Au bout de 5 autres jours il suffira de prendre chaque 
jour une affusion dorsale, un demi-bain et une prome- 
nade dans l'eau. 

Ces applications enlevèrent toutes les douleurs 
et rétablirent le patient, qui, guéri et heureux, re- 
tourna à son saint ministère. 

Un candidat âgé de trente-quatre ans fait le rap- 
port suivant : « Il y a onze ans, à la suite d'une vie 
contemplative exagérée, de longues mortifications 
et d'austérités, ainsi que de terribles scrupules, ma 
tête commençait à souffrir de congestions, de vio- 
lentes douleurs, de lourdeurs. Comme je continuais à 
travailler pour deux, physiquement et intellectuelle- 
ment, les nerfs s'irritèrent totalement et la tête finit, 
il y a deux ans, par devenir incapable de tout effort 
intellectuel; je ne pouvais plus même dire le cha- 
pelet tout d'un trait. A Woerishofen, malgré l'emploi 
de l'affusion des cuisses, de l'affusion supérieure et 



MALADIES. 395 



de l'affusion dorsale, mon état resta le même pendant 
les huit premiers jours. Ensuite je reçus de l'huile 
excrétive et dus continuer pendant 3 jours encore 
les applications d'eau ; mais le mal ne fit qu'empirer. 
Alors je fus obligé d'interrompre les applications 
d'eau pendant 3-4 jours; l'huile excrétive opéra, la 
tête se dégagea subitement, devint lucide et forte, 
ce qu'elle est restée jusqu'à ce jour. » 

Il faut que j'ajoute à ce rapport que le patient 
avait déjà depuis quelque temps, par un heureux 
choix des applications voulues et par la stricte 
observation des règles prescrites dans mon livre, 
préparé les voies au traitement qu'il est venu alors 
suivre chez moi. Quand il arriva ici, il se trouvait 
dans un état bien misérable et désespéré, d'autant 
plus digne de pitié que, à cause de son extérieur 
favorable, seul un bon praticien pouvait diagnosti- 
quer sa maladie. Dieu merci! il a pu se remettre 
à ses études avec courage et bonheur. 

Un homme de qualité s'était ruiné la santé par un 
excès de travail et de fatigue : le délabrement était 
complet, le corps et l'esprit dans un état pitoyable. 
Il y avait lieu de craindre que l'affaissement de l'âme 
ne conduisît, avec les suites les plus tristes, à une fin 
lamentable. Pendant des mois entiers ni repos ni 
sommeil, souffrances et douleurs dans tout le corps; 
tous les remèdes restèrent sans effet. C'est l'eau qui, 
dans ce cas aussi, devint la planche de salut : dans 
l'espace de 13 semaines le malheureux fut si bien réta- 
bli, qu'il put, avec la meilleure santé, reprendre ses 
occupations ordinaires. 

Un pareil état de maladie ne peut être traité que 
par les applications les plus simples. 1^'jour : laver 2 
fois le haut du corps avec de l'eau et du vinaigre ; 



396 TROISIÈME PARTIE. 



la lotion est suivie d'une afîusion de genoux (durant 
une minute). La seconde opération a lieu dans 
l'après-midi, la même que le matin. — 2^ jour : une 
affusion sur le haut du corps avec un arrosoir à 
moitié rempli ; immédiatement après, mouvement 
sur les dalles mouillées et, dans l'intervalle, un ar- 
rosoir d'eau sur les genoux ; après-midi, répétition. 
-— 3^ jour : lotion du haut du corps et une affusion 
supérieure (un arrosoir). Après-midi: affusion supé- 
rieure (un arrosoir), puis se tenir dans l'eau (pendant 
3 minutes). Cette opération fut si douloureuse, que 
le patient en eut les yeux remplis de larmes. 

On continua ainsi pendant environ une semaine. 
Pour la seconde semaine ce sont chaque jour des 
affusions supérieures avec une affusion de genoux 
renforcée ou alternativement, en tant que les pieds 
sensibles le permettent, l'immersion de ceux-ci dans 
l'eau. Ces affusions allèrent, pendant la semaine 5 
d'un jusqu'à trois arrosoirs d'eau ; l'immersion des 
pieds aussi fut renforcée au point que le patient 
se tînt dans l'eau jusqu'aux genoux, mais seulement 
pendant 2-3 minutes. 

Pendant la troisième semaine on renforça de plus 
en plus les affusions supérieures avec affusions de 
genoux ou immersions des pieds; on ajouta un 
bain de siège tous les deux jours, ordinairement dans 
le courant de l'après-midi. 

Durant la quatrième semaine : affusion supérieure 
avec immersion des pieds, chaque matinée ; dans 
l'après-dîner un demi-bain. 

Dans la cinquième semaine, chaque matin une 
affusion dorsale — avec immersion des pieds ou 
affusions des genoux ; après-midi affusion supérieure. 

De cette manière on continua jusqu'à entière gué- 



MALADIES. 397 



rison, chaque demi-Journée une application : a) affu- 
sion supérieure avec affusion de genoux, bj demi-bain, 
cj affusion dorsale. 

Pour l'usage interne le patient prit : a) de la 
poudre blanche, une pincée par jour, alternativement 
avec des grains de genièvre, 6-8 par jour, et bj de 
la tisane d'absinthe et de sauge. 

3. Sciatique. 

La sciatique ou névralgie fémoro-poplitée est la 
névralgie du nerf qui porte le même nom. Le nerf 
sciatique est un des plus gros troncs nerveux du 
corps. La névralgie sciatique consiste dans une dou- 
leur fort vive, fixée principalement à la hanche et 
descendant le long de la partie postérieure de la 
cuisse et de la jambe, jusqu'à la plante même du 
pied. 

Un employé souffrait depuis plus de 3 mois de 
grandes douleurs dans la jambe gauche jusque vers 
la cheville. Il avait usé de tous les remèdes pos- 
sibles ; finalement on lui avait conseillé de se tenir 
chaud et tranquille, unique moyen de recouvrer 
la santé. Il chercha donc à réchauffer les parties 
souffrantes par des linges chauds et des carreaux 
chauds ; enfin il prit aussi des bains chauds, si chauds 
que possible. Cependant les douleurs s'exaspérèrent, 
les forces diminuèrent à vue d'œil, le poids du corps 
s'amoindrit de plus de 25 kilos, et rarement il put 
dormir une heure. Il finit par prendre courage et se 
mit aux moyens qu'il avait redoutés le plus, à l'eau 
froide. 

Traitement. Le malade reçut chaque jour 2 ou 3 
applications : un jour affusion dorsale dans la mati- 
née, affusion supérieure après-midi; le jour suivant 



398 TROISIÈME PARTIE. 



affusion supérieure dans la matinée, affusion dor- 
sale après-midi; tous les 2 ou 3 jours demi-bain; 
de temps en temps un exercice nu-pieds pour en- 
durcir. 

Dès la première affusion le patient put dormir 
4 heures durant la nuit. Il recouvra le sommeil, un 
meilleur teint et plus d'appétit. Après 4 semaines 
la maladie n'avait plus guère de signification, et 
au bout de 6 semaines elle était guérie complète- 
ment. 

Un professeur de Hongrie souffrait depuis sept 
ans de douleurs ischialgiques et visitait pour cela 
différents établissements de bains à Ofen, Teplitz, 
Héviz, etc.. Il essayait aussi les bains de vapeur. Le 
tout resta sans résultat. Depuis les deux dernières 
années il ne pouvait guère dormir; l'appétit était 
bon, la constipation habituelle, les ventosités 
gênantes, la tête lourde, surtout le matin de bonne 
heure. Le patient était principalement sensible aux 
changements de tenipérature et éprouvait conti- 
nuellement une sensation de froid dans tout le 
corps, quoique depuis trois ans il fût habillé de 
laine suivant le système Jseger. De plus, sa peau 
était couverte d'une sueur sébacée et ses mains 
d'une humidité désagréable. 

Voici ce que je viens de lui conseiller : Toutes 
les nuits, lotion entière; dans la matinée, affusion su- 
périeure; après-midi, affusiondorsale;tousles2 jours, 
demi-bain; puis des affusions de genoux; enfin des 
bains de siège contre la constipation. 

Les effets de cette cure furent excellents dans les 
24 premiers jours. Dès après la quatrième journée le 
sommeil revint paisible, dura toute la nuit et se 



MALADIES. 399 



maintient depuis. La longue ischialgie a disparu 
entièrement. La peau aussi a retrouvé son état 
normal. 

Notre professeur est on ne peut plus heureux. A 
présent il porte, même par les temps frais et plu- 
vieux, des vêtements aussi légers qu'on peut en 
avoir en plein été : chemise de toile et chaussettes 
légères. Malgré cela, il a assez chaud, n'est plus 
du tout sensible aux changements de température, 
et tout cela lui semble être un miracle. 

4. Insomnie. 

Un curé souffrait d'insomnie depuis 9 semaines. 
Ses forces diminuaient chaque jour, et l'esprit deve- 
nait de plus en plus incapable de penser et de réflé- 
chir. L'abattement, la fatigue, le manque de courage, 
prirent la place du zèle actif et content d'autrefois. 
Une grande application d'esprit, les travaux et des 
chagrins avaient provoqué une violente surexcita- 
tion et rempli son âme d'amertume. Ces choses se 
vengent toujours. L'infortuné se trouvait sans cesse 
comme dans une fièvre ardente. Le sang agité cir- 
culait et fuyait comme un cerf pourchassé. 

On le calma complètement par le bain de vapeur 
de la tête, le manteau espagnol, l'affusion supérieure 
avec affusion des genoux, le bain de vapeur des 
pieds, le demi-maillot, la compresse supérieure et 
inférieure. Ces applications furent pratiquées du- 
rant 12 jours, 2 ou 3 journellement. Dès la troisième 
journée le patient put dormir 3 heures, il vit encore 
et se porte mieux que personne. 

L'insomnie, qui s'en prend à beaucoup de per- 
sonnes, peut avoir de nombreuses causes : trouble 
dans la circulation du sang, transpiration arrêtée 



400 TROISIÈME PARTIE. 

OU défectueuse, gaz qui torturent l'estomac et le 
ventre, etc.. Elle incommode de préférence les 
hommes qui souvent passent leurs journées entières 
à un travail de tête assidu et excèdent ainsi leurs 
forces. 

Les causes citées en premier lieu ont été suffisam- 
ment traitées ailleurs. Y a-t-il aussi, pour les hommes 
de cabinet, une herbe ou une eau susceptible de 
leur amener le sommeil ? 

Je connais un monsieur très distingué, dont le 
corps travaillait peu, mais dont l'intelligence était 
surmenée. Il aurait aîmé n'avoir ni estomac, ni 
corps, ni pieds. Il n'est pas facile de mettre de pa- 
reilles gens à la raison. Dans notre cas cependant 
c'était passable : le savant accordait au pauvre 
corps, au compagnon rabougri de l'âme, du moins 
quelques miettes. Il prit l'habitude de mettre le 
manteau espagnol une ou deux fois par semaine. 
L'insomnie le quitta bientôt, et avec elle disparurent 
tous ces petits malaises et désordres, qui l'avaient 
engendrée. 

Un autre monsieur se faisait apporter, chaque 
soir, une cuvette d'eau fraîche dans sa chambre à 
coucher, et la plaçait sur une chaise à côté de son 
lit. Le sommeil ne s'annonçait-il pas après une 
demi-heure ou une heure, il se levait, se lavait tout le 
corps et se recouchait, sans rien essuyer. Là-dessus 
il s'endormait. Se réveillait-il une heure plus tard, 
il appelait de nouveau l'eau à son secours; il le 
faisait même une troisième fois, quand il se réveil- 
lait trop tôt. Dans la suite je n'ai jamais entendu ce 
monsieur gémir sur l'insomnie. 



MALADIES. 401 



Quant aux enfants, on a souvent beaucoup de 
peine à les endormir, et parfois ils se réveillent de 
nouveau. C'est qu'on leur a donné trop de nourriture, 
le petit corps souffre sous le fardeau, et la flatulence 
ne permet ni au corps ni à la tête de se reposer. 
Prenez donc une serviette, mouillez-la et entourez- 
en le petit être, sous forme de maillot. L'enfant 
dormira bientôt. 

Les gens de la campagne disent souvent : Un bain 
de pieds chaud ferme les yeux, quand le travail et 
la lassitude chassent le sommeil. Mais ce moyen ne 
suffit pas toujours dans la fatigue intellectuelle. 
Dans ce cas je conseille des bains de siège froids, 
un ou deux dans la nuit, pendant une ou deux mi- 
nutes chacun. Je recommande le même moyen, 
quand les hémorroïdes, les gaz retenus et d'autres 
embarras abdominaux ne permettent pas de dormir. 

Une dernière cause d'insomnie peut être le calo- 
rique inégal du corps, provenant de n'importe quoi. 
Il arrive, en effet, qu'il y ait un afflux de sang à la 
tête et à la poitrine, et partant trop de chaleur, 
tandis que le sang fait défaut dans les extrémités, 
d'où anémie, froideur des pieds et des mains... J'ai 
dit en différents endroits comment il faut remédier 
à cet état de choses. 

Je ne conseille à personne d'user de narcotiques, 
de soporatifs artificiels, pour se procurer un sommeil 
calme et réparateur, Ces moyens ne sont pas na- 
turels, et ce qui n'est pas naturel, n'est jamais pro- 
fitable à l'économie. 



26 



402 TROISIÈME PARTIE. 



[X. MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 

GANGLIONNAIRE 
OU DU GRAND SYMPATHIQUE. 

Situé profondémeat au sein de l'organisme, le 
grand sympathique est peu accessible aux influences 
morbifiques directes , aux causes extérieures des 
maladies; mais il est, par contre, très sujet aux 
névroses. Or, les névroses ganglionnaires sont l'effet 
indirect d'une altération du sang, surtout d'un em- 
poisonnement miasmatique. Nous allons passer en 
revue, la fièvre^ le choléra, et la cholérine. 

I. Fièvre. 

Antoine entre dans ma chambre et raconte : « Ce 
n'est qu'avec peine que j'ai grimpé au haut de l'es- 
calier pour venir chez vous. Mes forces sont brisées ; 
je suis tombé à la renverse déjà 2 fois. J'ai un mal 
de tête épouvantable; tantôt je deviens froid comme 
la glace, pour éprouver bientôt après une grande 
chaleur ; tantôt je sens un picotement qui, rapide 
comme l'éclair, voyage dans mon corps. C'est depuis 
un certain temps déjà que je le constate, mais depuis 
5-6 jours cela augmente au point que je ne puis plus 
rien faire. » 

Traitement. Rentrez chez vous, cher Antoine, et 
couchez-vous immédiatement. Quand vous serez 
bien réchauffé, lavez-vous à l'eau froide tout le 
corps et, sans vous essuyer, remettez-vous au lit. 
Lavez-vous ainsi toutes les 2 heures et, si vous 
venez à transpirer fortement et que la transpiration 



MALADIES. 403 



ait duré une demi-heure, alors lavez-vous de nou- 
veau. 

Antoine revient le Séjour et dit : «Je me trouve 
déjà passablement à mon aise, j'ai bien transpiré 
plusieurs fois. Le froid et le chaud ont disparu, le 
mal de tête a cessé. L'appétit va revenir. Je suis 
mieux, mais fatigué. » Antoine se lava encore 10 fois 
dans l'espace de deux semaines et se rejouit à partir 
de ce moment d'une santé parfaite. Il a environ qua- 
rante ans. 

2. Choléra. 

Comme on craint le choléra ! Il y a peu d'années, 
il fit une terrible apparition dans plusieurs pays et 
y livra de nombreuses victimes à la mort. Pour se 
garantir des inondations, on construit des digues, 
on régularise le cours des fleuves. Quand un incen- 
die se déclare dans une forêt, on creuse des fossés, 
pour que l'élément dévastateur n'étende pas ses 
ravages plus loin. La digue, le fossé que j'oppose 
au choléra, à cet épouvantable ennemi de la vie 
humaine, c'est l'eau : elle délivre du danger et en- 
toure comme d'une digue ou d'un fossé ceux qui en 
font l'usage voulu. 

Il est un principe généralement admis pour le cho- 
léra : Qui entre bientôt en sueur, est sauvé; qui 
n'arrive pas à une sueur abondante, est perdu. 

Une fois je fus appelé, à 11 heures du soir, auprès 
d'une pauvre servante, qui déjà 20 fois avait été 
prise de vomissements et avait eu 20 fois une selle 
abondante. Le médecin demeurait à 2 lieues de là. 
La pauvrette voulait être préparée à la mort, puis- 
qu'elle croyait sentir très bien qu'elle allait succom- 



404 TROISIÈME PARTIE. 

ber à la terrible maladie. Les mains et les pieds 
étaient froids comme la glace, le visage pâle, les 
traits tirés ; les symptômes de la mort apparaissaient. 
J'essayai incontinent de provoquer la transpiration 
chez la malade : de là dépendait tout, la vie ou la 
mort. La maîtresse de la maison apporta deux grands 
draps de toile grossière. Je les fis tremper dans l'eau 
bien chaude, plier plusieurs fois, tordre et appliquer 
sur la poitrine et le ventre, après avoir fait mettre 
en-dessous, sur la peau, un simple linge trempé dans 
du vinaigre fortement chauffé. Cette fomentation 
humide et chaude fut recouverte d'un lit de plumes 
aussi chaud et lourd que la malade put le supporter. 
Une chaleur pénétrante envahit le corps infecté du 
choléra : en 15 minutes il était tout entier réchauffé, 
et 20 minutes plus tard des gouttes de sueur per- 
laient déjà sur la figure. Je fis tremper de nouveau 
le topique dans Feau chaude, et en peu de temps les 
crampes cessèrent, les vomissements et les nausées 
disparurent. Pour aider à l'intérieur l'action du 
calorique extérieur, la malade dut prendre une tasse 
de lait au fenouil (une cuillerée de fenouil^ moulu 
est infusée dans le lait pendant 3 minutes) aussi 
chaud que possible. Il se produisit une transpiration 
abondante, et la malade était hors de danger. La 
convalescence en pareil cas ne doit pas être négli- 
gée : il est facile, mais en même temps très impor- 
tant d'achever la guérison. Le convalescent prendra 
chaque jour une compresse inférieure (consistant 

* Le fenouil infusé dans le lait a des effets extraordinaires 
pour les coliques et les accès cholériformes : il réchauffe, 
débarrasse des gaz et est en même temps un élément nutritif 
et confortant. 



MALADIES. 405 



en un linge plié plusieurs fois, mouillé et étendu 
sous le corps, le long de l'épine dorsale) pendant 
une heure, et de même tous les jours, pendant une 
heure également, une compresse supérieure (le 
même linge appliqué sur la poitrine et le ventre). 
Il ne faut pas oublier de bien couvrir chaque fois. 
Notre servante atteinte du choléra employa ce 
moyen, et au bout de 10 à 12 jours elle était remise. 
Un deuxième cas fut traité de la même façon et avec 
le même succès. 

Je ne saurais m'empêcher de faire ici deux re- 
marques. 

1° Lorsque les symptômes de la maladie, indiqués ci- 
dessus (forte diarrhée, vomissements, crampes, etc.), 
viennent à se déclarer, il ne faut pas tarder à mettre 
le cholérique au lit. Les gens de la campagne sont, 
à cet égard, trop durs pour eux-mêmes et par suite 
imprudents. Administrez au malade, à l'intérieur, 
une boisson chaude. Est-il menacé de crampes, ou 
ses pieds vont-ils devenir froids, il doit appliquer 
aussitôt sur le corps une compresse supérieure 
chaude pendant 3 quarts d'heure, puis s'étendre, 
pendant le même espace de temps, sur une com- 
presse inférieure, également chaude. Si les crampes 
reviennent à la charge, les compresses, supérieure 
et inférieure, seront renouvelées. Quand la chaleur 
et la sueur se manifestent, l'affaire est gagnée. 

2° Soyez prudent dans le boire et le manger jus- 
qu'à ce que tout soit de nouveau en ordre. Ne choi- 
sissez du régime ordinaire et simple que ce qu'il y 
a de plus léger. Comme boisson préférez le lait 
chaud, puisqu'il est en même temps curatif et 
nutritif. 



406 TROISIÈME PARTIE. 



Lorsque le choléra sévit dans un endroit, ayez 
confiance en Dieu et ne perdez pas courage! Par 
précaution lavez - vous , chaque matin et chaque 
soir, énergiquement la poitrine et le ventre, et mâ- 
chez tous les jours 10 ou 12 baies de genièvre. A 
leur défaut achetez-vous des boulettes de poivre, 
qui isont très bon marché , et prenez-en 5 à deux 
reprises par jour : elles vous réchaufferont l'estomac, 
soutiendront la digestion et évacueront les gaz. 

3. Cholérine. 

Presque dans chaque endroit on compte, tous les 
ans, quelques cas de cholérine; il m'en a passé à 
moi-même annuellement beaucoup entre les mains. 
La cholérine est le choléra en petit, un hôte très 
désagréable, quand même il est peu redouté. Elle 
est accompagnée d'une excessive diarrhée, de vio- 
lents vomissements , parfois de crampes plus ou 
moins fortes. 

Mes applications d'eau pour la cholérine sont 
exactement les mêmes que pour le choléra, leur 
force et leur fréquence sont, avec prudence et cir- 
conspection, proportionnées au degré d'intensité de 
la maladie. D'un seul coup j'ai traité, avec le même 
succès, 40 personnes atteintes de cholérine. 



X. MALADIES DES YEUX. 

Parmi les maladies qui atteignent l'organe visuel, 
il ne sera question ici que de Yophialmie catarrhale 
et de la cataracte. 



MALADIES. 407 



I. Ophtalmie catarrhale. 

Un célèbre médecin militaire me dit il y a environ 
trente ans : « Le catarrhe est un mal dont peuvent 
naître toutes les maladies possibles, comme la fièvre 
muqueuse, la fièvre nerveuse, le typhus, la dysen- 
terie, la consomption, la phtisie, etc.» — Voilà 
pourquoi il faut bien endurcir le corps, afin d'être 
toujours en état d'affronter les nombreuses occasions 
qui sont de nature à vous gratifier d'un catarrhe. 
Ce dernier s'est-il infiltré chez vous, il ne faut avoir 
de cesse qu'il ne soit totalement guéri. 

Si c'est être malheureux que d'avoir perdu com- 
plètement la vue, il faut dire que les différentes 
infirmités des yeux amènent ce malheur. Les yeux 
sont comme des perles précieuses dans la cavité du 
crâne. Mais il n'y en a que deux. Perdre un seul œil 
est déjà une perte irréparable. Prenons garde, par 
conséquent, et veillons bien sur les deux! Des ma- 
ladies d'yeux se rencontrent souvent déjà chez les 
enfants qui n'ont que quelques semaines, plus sou- 
vent encore chez les enfants d'école. Nous pouvons 
affirmer que l'on trouve des infirmités de ce genre 
chez beaucoup de personnes de tout âge et de tout 
sexe. 

Généralement la maladie des yeux a sa source 
dans le corps. Chez l'homme bien portant toutes les 
humeurs superflues sont éliminées de l'organisme 
par la transpiration, la respiration, etc.. Admirable 
est le travail de la plus admirable de toutes les ma- 
chines. Il n'en est pas de même quand l'homme est 
malade. Les humeurs, que le corps affaibli ne peut 
plus expulser, s'accumulent dans l'économie, dans 
la tête, dans une partie quelconque. Ce qui s'accu- 



408 TROISIÈME PARTIE. 



mule dans la tête cherche volontiers son issue par 
les yeux. Les humeurs qui doivent être rejetées sont 
fortes et caustiques, tandis que l'œil et ses tissus 
sont extrêmement délicats. C'est ce qui explique 
la cuisson que l'écoulement des humeurs produit 
régulièrement. Cette cuisson est en même temps un 
signe que l'œil et ses parties composantes sont atta- 
qués par le liquide sanieux qui s'écoule. Si l'écou- 
lement est empêché, les yeux s'enflamment, se 
rubéfient très fortement et, endoloris et affaiblis, ils 
ne peuvent plus supporter ni clarté ni lumière. La 
guérison n'est possible que si les matières morbides 
sont attirées au dehors le plus vite possible. L'œil 
en lui-même et ses parties constituantes sont sains, 
il n'y a que le liquide sanieux et ses éléments corro- 
sifs qui le rendent malade. 

Parmi ceux qui souffrent des yeux, les uns ne 
voient presque plus du tout, ou voient seulement 
comme à travers un voile ou un nuage; d'autres 
croient voir voltiger devant eux des mouches et des 
moucherons ou des faisceaux de feu ; d'autres enfin 
autre chose. Toutes ces infirmités naissent de la 
même source empoisonnée, sont des fleurs de la 
même plante vénéneuse, proviennent du même élé- 
ment infecté. Supprimez cet élément, fortifiez l'œil 
blessé, et la guérison sera opérée. Un exemple jet- 
tera de la lumière sur ce que nous venons de dire. 

La petite Antoinette, âgée de cinq ans, est très 
pâle. La figure est boursoufîiée, l'ensemble de la 
mine maladif. L'enfant a les yeux brûlants et ne 
peut plus supporter la clarté. L'appétit également 
laisse à désirer; dans la nuit elle ne dort pas et 
pleure beaucoup. Que faire? 



MALADIES. 409 



L'enfant doit être enveloppée tous les jours dans 
une serviette depuis le dessous des bras, après qu'on 
a plongé le linge dans l'eau tiède, avec laquelle on 
a fait bouillir de la paille d'avoine. Le linge mouillé 
doit être bien entouré d'un linge sec. Si l'opération 
se fait à un temps où l'enfant a l'habitude de dormir, 
elle ne tardera pas à s'assoupir. Vient-elle à s'en- 
dormir, qu'on la laisse tranquille dans son maillot 
humide jusqu'à ce qu'elle s'éveille d'elle-même. Si 
elle ne dort pas ou qu'elle se réveille bientôt, elle doit 
rester enveloppée pendant une heure. 

Ce traitement sera pratiqué pendant une se- 
maine. Dans la seconde semaine il faut préparer 
à l'enfant un bain chaud (24-26°) avec une décoction 
de paille d'avoine, et on l'y laisse 15-20 minutes. 
A la dernière minute on verse rapidement sur elle, 
moyennant un petit arrosoir, de l'eau ordinaire, pas 
trop froide, et on l'habille aussitôt. Même chez les 
enfants cette afïusion rafraîchissante, après un bain 
chaud, est d'une haute importance. Les éléments mor- 
bides sont dissous et éliminés par le bain chaud ; l'af- 
fusion froide a une action corroborative et ferme les 
pores. La première fois l'enfant pleure et se lamente, 
comme font les enfants; mais lorsqu'elle aura 
répété plusieurs fois le même exercice, elle entrera 
facilement dans la baignoire sur les encouragements 
de sa mère. Il faut réitérer le bain tous les deux ou 
trois jours. Bientôt l'enfant se sentira plus fraîche, 
plus forte, mieux portante; l'oeil aussi ne tardera 
pas à devenir plus net. Si, en outre, la mère désire 
un remède spécial pour l'œil, qu'elle prenne de 
l'alun, gros comme 4 grains d'orge, qu'elle le fasse 
dissoudre dans une demi-chopine d'eau et qu'elle en 
lave 3 ou 4 fois par jour les yeux de la petite. Le 



410 TROISIÈME PARTIE. 



mal une fois écarté, la mère ne négligera pas de 
laver l'enfant convalescente au moins une fois pen- 
dant la première semaine, comme il est dit ci-dessus ; 
la seconde semaine elle lui fera prendre un bain tel 
que nous venons de le décrire; ainsi de suite à 
l'avenir. 

Si au lieu de 5 ans le patient n'a que 5 semaines, 
sa mère ne doit pas s'effrayer si je recommande le 
même emmaillottement et le même bain. 

Le petit Antoine, âgé de quatre ans, est scrofu- 
leux, il a des éruptions à la tête, sur le cuir chevelu, 
un peu aussi autour de la bouche, et les yeux sont 
enflammés. Sa mère pensait toujours qu'il mourrait ; 
en attendant, il souffre et ne meurt pas. 

Il faut mettre tous les jours à l'enfant, avant de le 
coucher, une petite chemise qui aura été trempée 
dans de l'eau quelque peu salée. On le couchera 
alors et on l'enveloppera bien dans une couverture. 
Si on pratique cette application tous les jours de la 
première semaine, la seconde semaine tous les deux 
jours, la troisième tous les trois jours, la quatrième 
tous les quatre jours, et qu'on mêle tous les jours 
au manger ou au boire du petit Antoine une petite 
pincée de craie en poudre, le bambin reviendra à la 
santé, et la mère aura lieu de s'en réjouir. 

Berthe va à l'école, mais semble très souffrante. 
Presque chaque semaine ou du moins très souvent 
elle a mal aux yeux, de sorte qu'elle ne peut pas 
lire. Les yeux sont tout rouges et extrêmement 
enflammés. 

Que la mère mette à l'enfant, dans l'espace de 
10 jours, 6 fois une chemise mouillée; et si ce moyen 
ne suffît pas, elle lui préparera en outre des bains 



MALADIES. 411 



à 24^^ environ, auxquels s'ajoute chaque fois une 
décoction de branches de pin, en terminant tou- 
jours par une alïusion froide rapidement administrée. 
A côté de cela on peut laver, 3 fois par jour, les 
yeux avec de l'eau d'aloès (une pincée d'aloès mise 
dans un verre à médecine, qu'on remplit ensuite 
d'eau chaude). Ce procédé guérit l'œil enflammé et 
le fortifie. 

Guillaume, un garçon de neuf ans, souffrait des 
yeux. Il ne pouvait plus lire, c'est à peine s'il dis- 
tinguait convenablement les personnes : il était plus 
qu'à demi aveugle. Les parents avaient déjà dépensé 
près de 500 francs pour ses yeux. Rien ne put aider, 
ni médecin ni pharmacien. Les yeux de l'enfant 
étaient donc en bien mauvais état, non moins que 
le corps tout entier, qui s'en allait : ses mains et 
ses pieds était constamment froids, l'estomac sans 
appétit, le corps amaigri, toute la personne triste 
et abattu. La misère dans les yeux, la misère dans 
tout l'organisme. Les lunettes bleues et le guide en 
rendaient témoignage au public. 

Dans l'espace de 4 mois Guillaume recouvra 
complètement la santé des yeux et du corps tout 
entier. Le petit dut prendre 2 bains chauds par 
semaine; je lui fis mettre 4 fois par semaine une 
chemise trempée dans de l'eau mêlée d'un peu de sel. 
Il restait une heure ou même une heure et demie 
dans cette enveloppe. A côté de cela le petit dut 
marcher assidûment pieds nus dans Therbe mouillée 
ou à la pluie. Les 4 premières semaines passées, 
Guillaume prit, chacune des semaines suivantes, 
3-4 bains seulement à 15** et ne durant pas plus 
d'une minute, se donnant toujours du mouvement 



412 TROISIÈME PARTIE. 



après le bain. Cela aussi dura quelques semaines. 
En outre l'enfant lavait 2 fois par jour ses yeux 
avec de l'eau d'alun (une pincée d'alun dans une 
demi-chopine d'eau). Les yeux se réveillèrent, en 
même temps que le corps revint à la santé et ra- 
jeunit. Finalement ils s'ouvrirent entièrement, bril- 
lant et rayonnant dans la figure saine et fraîche du 
petit garçon, comme s'ils n'avaient jamais souffert 
de quoi que ce soit. 

Christine, âgée de vingt-quatre ans, est floris- 
sante de santé et de vie, mais elle a toujours à 
souffrir des yeux. Elle a trop de sang à la tête, pas 
assez dans les pieds, c'est pourquoi elle a sans cesse 
les pieds froids. 

Christine prend tous les 2 jours un bain de pieds 
tiède, mêlé de sel et de cendres, ce qui attire le 
sang de la tête vers les extrémités inférieures ; 3 fois 
par semaine elle s'immerge dans l'eau froide jus- 
qu'au-dessous des bras (demi-bain) durant une demi- 
minute. Pendant le travail elle est souvent pieds nus. 
L'afîluence du sang à la tête diminue, cesse peu à 
peu totalement et la maladie des yeux disparaît. 

Agathe vient se lamenter : « Voilà trois ans, dit- 
elle, que je souffre énormément de la tête, de sorte 
que souvent je ne puis dormir de toute la nuit. Mes 
pieds sont toujours froids. Si parfois le mal de tête 
diminue, j'éprouve de telles douleurs dans le dos, 
que j'en deviens toute raide. J'ai consulté tous les 
médecins à plusieurs lieues à la ronde ; aucun n'a 
pu me soulager. Depuis 6 mois ma vue devient si 
faible, que je ne vois presque plus les maisons ; si 
cela continue encore un peu, je serai entièrement 
aveugle. » 



MALADIES. 413 



Traitement. Pendant les deux premières semaines : 
1) mettre une chemise trempée dans l'eau salée et 
rester enveloppée dans une couverture pendant une 
heure et demie, 2 fois par semaine ; 2) prendre, pen- 
dant une heure et demie, le demi-maillot trempé 
dans une décoction chaude de fleurs de foin, 2 fois 
par semaine ; 3) chaque jour arroser les genoux pen- 
dant une minute, puis se donner du mouvement. — 
Pendant la troisième et la quatrième semaine elle 
dut, chaque jour, prendre une afîusion supérieure et 
une affusion de genoux dans la matinée, un demi- 
bain dans la soirée ; de plus, faire une promenade 
de 3 minutes dans l'eau. 

Au bout des 4 semaines le terrible afflux de sang 
s'était retiré de la tête, les yeux étaient guéris (l'af- 
flux de sang avait été la cause de l'ophtalmie) et les 
pieds réchauffés : la malade se trouva rétabhe. Pour 
fortifier l'économie, Agathe prit à l'avenir 3 demi- 
bains par semaine. 

2. Cataracte. 

Un fonctionnaire m'amena un enfant de neuf ans, 
qui souffrait des yeux. Les deux prunelles reflé- 
taient une si faible lumière que le pauvre petit avait 
de la peine à marcher seul. « Comment se fait-il que 
vous veniez chez moi?)> — «C'est que, répliqua le 
visiteur, mon enfant était assez longtemps dans une 
clinique d'oculiste ; il fut renvoyé avec la déclaration 
que son mal était une cataracte incurable. C'est 
terrible : être aveugle à neuf ans ! » L'un des yeux 
parut déjà tellement trouble que l'on ne put plus 
bien distinguer la pupille qu'avec une très bonne 
vue; pour le pauvre petit c'était une nuit totale. 
Sur l'autre œil pesait un nuage : de même que 



414 TROISIÈME PARTIE. 

le bord extérieur du globe solaire, qui disparaît der- 
rière un amas de nuages, jette encore quelque éclat ; 
ainsi jaillissait un dernier filet de lumière de l'œil 
autrefois si brillant, mais condamné maintenant à 
s'éteindre tristement et pour toujours. 

Le pauvre garçon, je l'ai remarqué de prime abord, 
ne souffrait pas seulement des yeux. Tout le petit 
organisme était profondément atteint, dans un tel 
état de dépérissement, qu'un chacun devait penser 
que cet enfant était profondément malade, peut- 
être de consomption, du moins d'après les appa- 
rences; sans appétit, sans vie, très amaigri; sa 
peau, toute sèche, rendait de la poussière, quand 
on venait à y passer rapidement la main. Par consé- 
quent, ce ne sont pas les yeux seuls, c'est le corps 
tout entier qui est malade, très malade. Essayons 
d'abord de guérir celui-ci, peut-être les yeux se 
rouvriront-ils ensuite. 

Nous nous mîmes à l'œuvre, après avoir éloigné 
les lunettes que l'enfant portait. Il dut tous les jours, 
autant que possible, marcher pieds nus dans l'herbe 
humide ou sur des pierres mouillées ; en outre, on 
lui lava, chaque jour, vigoureusement le dos, la 
poitrine et le bas-ventre. Au bout, d'un certain 
temps les lotions furent remplacées par des demi- 
bains, finalement par des bains entiers, lesquels ne 
devaient jamais durer au delà d'une minute. Dans 
l'intervalle on appliquait aussi, alternativement, le 
maillot et la chemise mouillée, à la durée d'une 
heure et demie, après les avoir trempés dans l'eau 
salée. Toutes ces applications avaient pour but de 
stimuler l'organisme, de ramener la vie dans le 
corps ; en d'autres termes, de guérir et de fortifier. 

Pour les yeux en particulier j'employai plusieurs 



MALADIES. 415 



eaux ophtalmiques, destinées à les purifier et à les 
rendre plus forts. Tout d'abord l'eau d'aloès (on prend 
une pincée de poudre d'aloès qu'on fait cuire, pen- 
dant quelques minutes, dans un quart de litre d'eau) 
servit, 3-5 fois par jour, à lui bien laver les yeux, 
surtout à l'intérieur. L'aloès résoud, déterge et 
guérit. Plus tard j'eus recours à l'eau d'alun (2 pincées 
d'alun mélangées avec un demi-litre d'eau), pour lui 
laver à fond les yeux, 3-4 fois par jour. L'alun est 
caustique et détersif. Plus tard encore je pris une 
espèce d'hydromel (une demi-cuillerée de miel cuite 
pendant 5 minutes dans une chopine d'eau) pour 
lui laver les yeux, particulièrement à l'intérieur, 
3-5 fois par jour. L'effet de ce traitement fut remar- 
quable : le garçon s'en trouva si bien que ses forces 
augmentèrent à vue d'oeil ; de semaine en semaine 
sa mine devint plus fraîche, plus saine, plus floris- 
sante ; l'esprit et le corps se remirent, petit à petit, 
dans leur état normal. Le corps prospérant, les yeux 
si longtemps fermés se rouvrirent : ils brillent vifs et 
clairs à la joie des parents. Le garçon voit aussi 
bien que ses camarades d'école. Personne ne dirait 
que jamais il ait été aussi misérable. 

Je suis convaincu que le mauvais état des yeux 
n'était qu'une image, une suite d'un état patholo- 
gique plus mauvais encore du corps. Si le tronc d'un 
arbre se dessèche, les feuilles et les fleurs se fanent 
et tombent ; ainsi dans un corps malade il ne peut y 
avoir que des yeux malades. Le tronc reprend«*il, 
aussitôt les feuilles et les fleurs poussent et s'épa- 
nouissent de nouveau. 



416 TROISIÈME PARTIE. 



XI. MALADIES DES OREILLES. 

Qui saurait énumérer les nombreuses causes de 
maladies et expliquer comment les maladies influent 
sur les différents organes, de telle sorte que ceux-ci 
peuvent rester malades, même après que la maladie 
originaire est guérie? Plus l'organe est noble, plus 
l'influence de la maladie est pernicieuse et plus la 
guérison est difficile. Une des parties les plus nobles 
du corps humain est l'organe de l'audition, et bien 
des fois l'ouïe se perd par suite de maladie ou même 
par l'effet d'un malheureux genre de vie. Nous par- 
lerons de la surdité et du bourdonnement, 

i. Surdité. 

Voici une mère de famille : «Ma fille, dit-elle, a 
eu la fièvre scarlatine, dont elle fut guérie. Mais 
depuis ce temps-là elle n'est jamais à son aise. Elle 
se plaint tantôt de ceci, tantôt de cela ; ce qui nous 
pèse le plus, c'est qu'elle n'entend presque plus. Tout 
ce que nous avons employé n'a pas eu le moindre 
résultat. » 

Cette fille n'a certainement pas été guérie radica- 
lement; si elle souffre à l'une ou à l'autre partie, 
c'est qu'on y trouve des traces de la maladie. Est- 
elle une fois bien guérie de toutes les suites de la 
fièvre scarlatine, l'ouïe reviendra. Il faut donc agir 
sur le corps tout entier, en particulier aussi sur l'or- 
gane auditif. Les applications suivantes seront du 
meilleur effet : 

1) Chemise mouillée, une heure et demie durant. 



MALADIES. 417 



2) Châle, à garder pendant une heure et demie, mais 
à renouveler après trois quarts d'heure, et pendant 
ce même temps un maillot de pieds chaud (essuie- 
mains ou serviette autour de chacune des jambes, 
depuis la cheville jusqu'au-dessus du mollet), égale- 
ment d'une heure et demie. 3) Lotion entière de 
nuit, en se levant du lit et se recouchant de suite , 
sans essuyer; bien laver surtout l'occiput et les 
oreilles. 4) Lier un linge trempé dans l'eau chaude 
autour des oreilles et des parties voisines, pendant 
2 heures, mais retremper après chaque demi-heure. 
5) Maillot de tête (cf. Maillots). 

Ces 5 applications, chaque jour une, doivent être 
employées pendant un temps assez long. En outre, 
on fera bien de tirer parti des bains chauds à paille 
d'avoine, longs de 25 minutes, à 28-30° R., chaque 
semaine une fois, et suivis d'un léger lotionnement 
à eau froide, pour que la nature ne devienne pas 
trop sensible par l'effet de l'eau chaude. Ces opéra- 
tions remettront l'organisme dans le meilleur état. 
On pourra continuer plus longtemps encore l'emploi 
de compresses chaudes sur les oreilles. 

2. Bourdonnement. 

Une personne souffre très souvent d'un violent 
bourdonnement d'oreilles, est faible de nerfs, tremble 
parfois des pieds et des mains, a le teint pâle et les 
yeux enfoncés. Elle a déjà consulté plusieurs méde- 
cins : l'un disait que le tintement provient des nerfs ; 
l'autre prétendait qu'il est la conséquence d'un 
rhume rentré, et un troisième voulait savoir que le 
tympan s'est un peu rétréci, etc.. 

Traitement. 1) Marcher chaque jour dans l'eau 

pendant 2-4 minutes, puis mouvement en chambre 

27 



418 TROISIÈME PARTIE. 



chauffée ou, s'il ne fait pas trop froid, à l'air. 

2) Toutes les deux nuits se laver entièrement, en 
dehors du lit, avec de l'eau animée de vinaigre. 

3) Mettre un châle 2 fois par semaine, pendant une 
heure. — Continuer ainsi 2-3 semaines. Si alors le 
mal n'est pas entièrement dissipé, marcher à l'eau 
tous les 2 jours et se laver une fois par semaine. 



XII. MALADIES DU NEZ 

ET DES FOSSES NASALES. 

La principale affection morbide dont le nez et les 
fosses nasales sont le siège, c'est le coryza ou 
rhume de cerveau, qui consiste dans l'inflammation 
catarrhale de la membrane muqueuse des fosses 
nasales. 

Le rhume provient le plus souvent d'un change- 
ment de température, quand du froid et de l'air 
libre, en transpirant même peut-être un peu, on 
passe dans une chambre surchauffée. Un courant 
d'air froid, auquel on est exposé pendant un certain 
temps, peut le produire aussi. Tout à coup vous 
sentez un serrement dans la poitrine, dans la gorge, 
dans le nez. C'est comme un petit tubercule dans 
le gosier. Si l'on n'en tient pas compte dès le début, 
il prend racine et de l'extension. Le rhume de cer- 
veau a facilement prise sur les personnes qui portent 
des vêtements trop chauds et dont certains organes 
sont, par conséquent, trop amollis. Il ne serait pas 
difficile, disons-le sans gêne, de se préserver de tout 
coryza, si l'on endurcissait le corps d'une manière 



MALADIES. 419 



rationnelle, comme je le fais observer en tant d'en- 
droits. 

Comment faut -il faire pour y échapper? Un 
exemple va vous instruire. J'ai marché près d'une 
heure d'un pas pressé, et il fait joliment froid dehors, 
comme dit le paysan en se frottant les mains : il y 
a 12^ au-dessous de zéro. Sans transition j'arrive 
dans une chambre chauffée à 14*^. Ce changement 
subit de température de 26"* ne peut s'effectuer sans 
un effet fâcheux ; il est forcément dangereux. J'au- 
rais mieux fait de ralentir un peu ma marche pen- 
dant les 5-20 dernières minutes et de rester ensuite 
quelques minutes encore dans le corridor, en me 
donnant toujours un peu de mouvement. De cette 
manière la chaleur produite par la marche aurait 
pu diminuer un peu et la transpiration se perdre. 
Le changement aurait eu ainsi une transition, et il 
aurait été sans danger, si, entré dans la chambre, 
je m'y étais promené encore pendant quelques ins- 
tants. 

Sentez-vous les suites de votre imprudence , le 
petit embarras dans la gorge, eh bien! sortez de 
nouveau à l'air frais et donnez-vous un peu de mou- 
vement. Cela résoudra et éliminera dans une demi- 
heure tout ce qui vous incommode la gorge. 

L'enrouement n'est autre chose que l'extension 
de l'inflammation catarrhale dans le larynx. La plus 
belle cloche restera muette, si on entrave le battant; 
de même aussi la voix la plus mélodieuse ne donne 
pas de son, si les cordes vocales sont enflées. Eloi- 
gnez l'inflammation, l'enflure, et l'enrouement par- 
tira immédiatement. ■• 

* Lisez ce que j'ai dit sur les catarrhes dans l'article : 
Maladies des yeux. 



420 TROISIÈME PARTIE. 

La remarque suivante pourrait rendre service à 
bien du monde. Il y a des personnes portées à tous- 
ser beaucoup, à toussoter. Un rien, p. ex. le cha- 
touillement de l'air frais, provoque ces modifications 
de la voix; mais on ne s'en trouve pas plus mal. 
Ces personnes-là toussent pendant des années sans 
la moindre douleur. Ordinairement de pareilles dis- 
positions sont un héritage des parents, et alors il 
est difficile de s'en défaire. Mais cela n'offre pas 
d'inconvénient, soit que cette toux provienne de la 
gorge ou d'autres organes situés plus profondément. 
Ces personnes pourront se consoler en pensant au 
dicton : « Qui tousse longtemps , vit longtemps. » 
Par contre, il y a d'autres héritages, qui ne sont pas 
aussi inofïensifs, mais qui méritent être pris en sé- 
rieuse considération : ce sont p. ex. la consomption, 
la phtisie, etc. 

Dans ces cas il s'agit d'appliquer le principe : 
Principiis obsta^ arrêter résolument, mais avec 
beaucoup de prévoyance et de circonspection, les 
premières atteintes du mal. Autrement il fera des 
victimes tôt ou tard, souvent très tôt, hélas ! Un 
petit rhume négligé peut, dans une famille sujette 
à la phtisie, devenir le scarabée disséqueur qui dé- 
truira le plus vigoureux sapin, couchera dans la 
tombe le corps le plus solide. Donc attention! Une 
conduite prudente peut très bien, sans autres suites 
fâcheuses, traîner en longueur des maladies même 
héréditaires. 



MALADIES. 421 



XIII. MALADIES OU LARYNX- 

Le larynx étant l'instrument spécial de la voix, 
nous ne parlerons, dans ce chapitre, que de l'en- 
rouement ou laryngite catarrhale et de Vextinction 
de voix. 

I. Enrouement. 

Une fillette de onze ans avail^ depuis plusieurs mois 
perdu sa voix, au point qu'elle ne pouvait qu'avec 
une peine extrême et d'une manière stridente se 
faire comprendre. Son teint était tout blanc, ses 
yeux bleuâtres, et avec cela on remarquait chez 
elle un amaigrissement et une prostration de forces 
à un haut degré. La chaleur naturelle avait quasi- 
ment disparu, l'appétit également manquait, elle 
n'avait plus de goût que pour un peu de bière et de 
vin. 

Dans l'espace de 2 mois la fillette fut totalement 
guérie et réconfortée au moyen des applications sui- 
vantes : 1) Marcher tous les jours 2-4 fois pieds nus 
dans l'herbe mouillée ; 2) mettre le châle 3-4 fois 
par semaine ; 3) prendre chaque semaine 4 bains de 
siège ; 4) pendant les 3 dernières semaines, si la 
température est chaude, se baigner 3 fois par 
semaine dans l'eau exposée au soleil. — Le régime 
alimentaire fut très simple, consistant dans la nour- 
riture habituelle ; le lait surtout, pris à la dose d'une 
cuillerée par heure, pendant l'une au l'autre demi- 
journée, lui fit du bien. 

Un ecclésiastique était sujet à l'inflammation du 
larynx et en souffrait régulièrement depuis le mois 



422 TROISIÈME PARTIE. 

d'octobre jusqu'au mois de mai. Il essayait de tout, 
consultait plusieurs médecins, mais en vain. Son mal 
persistait durant 14 ans. Enfin il eut recours à moi 
et retrouva sa santé dans un espace de temps extra- 
ordinairement court. 

Il dut se tenir chaque jour dans l'eau à la hauteur 
des genoux et immerger en même temps ses deux 
mains. En outre il dut faire des lotions totales, sur- 
tout le matin quand il se levait, ou pendant la nuit 
quand il se réveillait. En 12 jours la maladie si invé- 
térée se dissipa complètement, et voilà 16 ans qu'elle 
n'a plus reparu, preuve manifeste que l'eau guérit 
radicalement. 

2. Extinction de voix. 

La voix est assez importante pour l'homme, pour 
que nous en parlions avec quelques développements. 
, Il arrive souvent que la voix se perde en tout ou 
en partie, sans que l'on sache toujours pourquoi. 
Les uns peuvent encore se faire entendre un peu, 
les autres sont obligés de recourir à la plume ou au 
crayon pour se faire comprendre. 

Il m'arriva un jour, il y a douze ans de cela, un 
prêtre obligé depuis longtemps de noter par écrit 
tout ce qu'il voulait communiquer aux autres. Il 
était absolument incapable de remplir ses fonctions 
de prêtre. Il était allé partout où on lui avait con- 
seillé de chercher du secours. Il avait reçu des 
gargarismes, s'était fait magnétiser, électriser, ven- 
touser, brûler le gosier 1 4 fois avec la pierre infernale. 
Enfin le médecin avait déclaré que la voix ne revien- 
drait plus, parce que les organes étaient rongés et 
cicatrisés par les nombreuses cautérisations. Quand 
alors la science était à bout, ce prêtre fit un appel 



MALADIES. 423 



à l'eau, et c'est à l'eau qu'il dut, après Dieu, sa 
guérison. En venant ici, il avait l'air bien portant; 
son teint pourtant n'était pas frais, mais terne 
et maladif. Il ne sentait nulle part de douleurs; 
il s'imaginait qu'en dehors de la voix il ne lui 
manquait rien. Mais comment se peut-il que l'organe 
de la voix reste muet, quand pourtant il n'est ni 
blessé ni souffrant? Si je mets à quelqu'un un ban- 
deau sur la bouche, son organe ne sera pas lésé, et 
pourtant il ne parlera pas. Ce serait de la folie que 
de chercher dans la gorge la source du mal. Il faut 
enlever le bandeau, et la parole reviendra d'elle- 
même. L'organe de la voix peut être en très bon 
état; mais ce sont diverses influences, quasiment 
des ligatures ou bandeaux, qui l'empêchent de fonc- 
tionner. Quelles sont ces influences? 

Quand, dans le ruisseau du vallon, les gamins 
jettent des pierres, du limon et de la terre pour en 
obstruer le passage, l'eau sera arrêtée, empêchée 
de suivre son cours régulier; elle sera obligée de 
tourner à droite et à gauche, pour chercher des 
issues ou pour s'amasser dans les profondeurs voi- 
sines. Il en est souvent de même dans l'organisme 
humain : si l'on pouvait jeter un regard dans ce 
bassin à mille artères, on verrait que ce sont de 
pareils obstacles qui s'opposent au cours du sang. 
Le résultat en est un gonflement des membranes 
muqueuses, des obstructions du sang. Qui n'a déjà 
vu une exostose à la main, au pied? Représentez- 
vous une semblable tumeur qui serre et comprime 
à l'intérieur. L'organe comprimé ou serré ne serait- 
il pas altéré ou troublé dans son action ? Suspen- 
dez un bissac à la cloche la plus harmonieuse, et 
c'en est fait du son; tout effort sera inutile. 



424 TROISIÈME PARTIE. 



Revenons maintenant à notre muet patient. La 
première affusion supérieure me fit reconnaître les 
énormes engorgements, devenus presque des tu- 
meurs. Ce sont là les malfaiteurs qui entravaient 
les cordes vocales. Si on arrivait à éloigner ceux-là, 
celles-ci se dégageraient par le fait même. L'éloi- 
gnement des engorgements s'opéra par des appli- 
cations d'eau à effet résolutif et éliminateur, en 
première ligne par le bain de vapeur de la tête. Ce 
bain provoque la transpiration à toute la partie 
supérieure de la tête. Une irrigation froide, succé- 
dant sur-le-champ, enlèvera ce qui a été résout et 
fortifiera la nature. Comme le malade est assez cor- 
pulent et que chez de pareilles personnes le sang 
afflue ordinairement dans les extrémités supérieures, 
il faut détourner le sang vers le bas au moyen d'un 
bain de vapeur des pieds, suivi d'un arrosement 
froid. Ces deux opérations qui, dans notre cas, sont 
connexes, peuvent être effectuées une fois ou, si la 
corpulence est considérable, même deux fois par 
semaine. 

Le manteau espagnol est un autre résolutif, qui 
agit sur le corps entier. Ajoutez, 1 ou 2 fois par 
semaine, les demi-bains froids (montant jusqu'aux 
aisselles et durant tout au plus une minute) avec 
d'énergiques lotions du haut du corps, ou bien l'af- 
fusion supérieure et l'affusion inférieure en place 
du bain, voilà ce qui rend de réels services. Ces ap- 
plications, exactement pratiquées et associées à un 
genre de vie bien réglé (ne pas rester trop long- 
temps assis, se promener à l'air et se livrer à un 
travail manuel) , remirent tout en ordre. La ma- 
chine reprit une marche régulière et l'organe de la 
voix, sans le secours des teintures, de la pierre in- 



MALADIES. 425 



fernale et de rélectrisation, se mit à fonctionner de 
nouveau comme dans les beaux jours. Personne 
n'aurait cru que ce prêtre pût jamais recouvrer sa 
voix; et pourtant, au bout de 6 semaines, il se trouva 
parfaitement rétabli et aujourd'hui encore, douze 
ans plus tard, son organe possède une sonorité si 
agréable, que tout le monde se réjouit de l'entendre. 

Un autre curé s'était tellement endommagé la 
voix, qu'il dut, pendant cinq ans, commettre un 
prêtre auxiliaire à l'administration de sa paroisse, 
tandis que lui-môme visitait les plus célèbres méde- 
cins. Il reçut beaucoup d'inhalations, les amygdales 
lui furent coupées, le tout frustra, sed non gratis. 
On cherchait toujours le mal dans le larynx, jusqu'à 
ce que le dernier médecin, qui l'avait examiné, dé- 
clara que la gorge ne souffrait absolument d'aucune 
affection, mais qu'il ne savait pas pourquoi l'organe 
ne fonctionnait pas. Ce n'est qu'à la suite de cette 
déclaration que le patient consentit à recourir au 
traitement par l'eau froide, qui effarouche toujours 
tant de monde. Avant 6 mois la voix lui était rendue, 
une voix dans toute sa plénitude. Il disait que la 
moitié de cette voix lui aurait suffi. 

Chez ce prêtre également l'organe de la voix 
n'avait aucune lésion... Je trouvais, par contre, que 
son cou dépassait un peu les dimensions normales 
et que la partie supérieure de son corps, en propor- 
tion de ses mains et de ses pieds passablement 
amaigris, avait un volume démesuré. Il avait eu dans 
le temps, disait-il, souvent la coUque, mais toujours 
d'une courte durée. La nature avait cherché de cette 
manière à se soulager elle-même, sans pourtant 
réussir à expulser tous les éléments morbides. La 



426 TROISIÈME PARTIE. 

colique cessa dans la suite, et le malade n'éprouvait 
de temps en temps que des oppressions à la poitrine, 
qui n'offraient que peu d'inconvénients. C'est l'his- 
toire qui se renouvelle dans plus d'une maison. 
Quand un locataire du rez-de-chaussée monte à 
l'étage supérieur, qui est déjà habité par une autre 
famille, il s'agit de se resserrer; les deux chefs de 
ménage n'arrivent pas à s'accommoder, ils ne s'en- 
tendent plus. Qu'y a-t-il à faire? Il ne suffit pas de 
pratiquer des inhalations, d'extraire les amygdales, 
voire même de moucher la luette; il faut déménager. 
Quand l'ordre sera rentré dans l'organisme, la voix 
reviendra. 

Le malade fut obligé de transpirer à foison, une 
fois par semaine, aux extrémités supérieures et in- 
férieures, et de bien arroser ces mêmes parties : 
c'est-à-dire de recevoir des bains de vapeur sur la tête 
et sur les pieds, ainsi que des affusions sur le haut 
et sur le bas du corps. Puis, pour faire cesser l'en- 
flure qui existait à certains endroits, il dut s'immer- 
ger 4 fois par semaine dans l'eau froide jusqu'à 
hauteur des aisselles, mais aussi brièvement que 
possible, jamais au delà d'une minute, et en lotion- 
nant courageusement les parties non immergées. 
Enfin vint l'emploi du manteau espagnol. Après 4 
semaines, il put se contenter de la moitié des appli- 
cations, c'est-à-dire de l'affusion supérieure et infé- 
rieure et du demi-bain avec lotion du haut du corps, 
une fois par semaine. Plus tard il dut se garder de 
suspendre tout d'un seul coup : il pratiqua, assez 
longtemps encore, l'un ou l'autre exercice, et cela 
dans l'ordre indiqué pour la guérison. En somme, il 
ne fut pas nécessaire de l'encourager. Car, plus on 
sent grandir ses forces, plus on soupire après l'élé- 



MALADIES. 427 



ment humide et plus la confiance en l'eau augmente. 
On ne fait plus que s'étonner des personnes sen- 
sibles, qui ont peur de l'eau, qui se lavent sans 
doute la figure et les mains, mais qui font le diable 
à quatre, dès qu'on leur parle de l'eau. Habeani sibi! 
Ils en pâtissent. 

Le prêtre recouvra sa voix, qui redevint aussi 
bonne qu'elle l'avait été auparavant, et la maladie 
— il y a onze ans depuis lors — ne reparut pas. 

Un directeur d'études, à la fleur de l'âge, eut une 
extinction de voix et ne put plus enseigner pendant 
9 mois. Il consulta d'abord plusieurs médecins ordi- 
naires, puis il s'adressa à de célèbres spécialistes. 
Après avoir, pendant des semaines, pratiqué les 
inhalations et s'être fait électriser, il entendit la 
déclaration que les cordes vocales avaient perdu 
toute leur élasticité; que, tout le traitement étant 
resté sans résultat, il fallait se borner à l'expectative, 
pour observer la suite, et qu'il était nécessaire de 
demander un congé d'un an, pour laisser l'organe 
en complet repos. Pour le coup, c'était trop fort, et 
le professeur demanda son salut à l'eau. Au bout de 
6 jours la voix était revenue, et après 6 semaines 
elle était aussi sonore que dans les années précé- 
dentes. Depuis il s'est passé 4 ans et 6 mois : il n'y 
a rien à craindre, l'infirmité ne reviendra pas. 

Qu'est-ce qui a manqué à ce professeur? Je vais 
vous le dire. Il n'avait pas l'air malade, en somme, 
quoique son teint fût un peu flétri. Ce qui pouvait 
surprendre, c'est que le patient, malgré sa bonne 
posture pour le reste, penchait un peu la tête en 
avant. Il avait le meilleur appétit et se sentait fort; 
pourquoi les cordes vocales seules devraient-elles 



428 TROISIÈME PARTIE. 

être si mal conditionnées, que maintenant elles se 
rabougrissaient et perdaient leur élasticité? Cela 
n'était pas possible. Quand je lui affirmai qu'il ne 
manquait rien à ses cordes vocales, il se sentit 
offensé et comme, suivant ma pratique, je ne regar- 
dais pas son larynx, où il supposait cependant le 
siège du mal, il se mit presque hors de lui-même et 
déposa toute confiance. Moi, au contraire, je tins 
à lui prouver qu'il ne manquait rien à son larynx et 
qu'il n'y avait rien à guérir au larynx, et de fait je 
ne m'occupai pas du larynx. Où se trouvait donc la 
source du mal? A la partie supérieure des omo- 
plates, en travers du haut du dos, aux deux côtés 
de la 7® vertèbre cervicale, le malade avait de petites 
élévations, comme des coussinets. Qui n'aurait pas 
cherché, ne les aurait pas trouvées. Elles péné- 
traient à l'intérieur et comprimaient ainsi l'organe 
de la voix. 

Notre malade, encore jeune, fut hardiment arrosé 
d'eau froide, revêtit le châle, prit des demi-bains et 
reçut le manteau espagnol. Pour finir, on se con- 
tenta de demi-bains avec lotions du haut du corps. 
L'horreur de l'eau disparut, la nature s'habitua à 
l'élément humide et s'en fit quasi un besoin constant. 
Il ne se passa plus une semaine sans que l'une ou 
l'autre application fût pratiquée, ce qui maintint la 
santé en bon état. Que de fois j'entends l'excla- 
mation : « Je sais maintenant par moi-même com- 
bien l'eau me fait du bien, je n'y renoncerai plus de 
ma vie ! » 

La comtesse de N. a fait le rapport suivant : « Il 
y a 2 ans, j'avais la diphtérie au suprême degré, 
comme disait le médecin. Cette maladie fut suivie 



MALADIES 429 



d'une céphalalgie à outrance. Après plusieurs se- 
maines je perdis la voix à la suite d'un bain chaud, 
au point que je ne pouvais plus rendre aucun son 
et que j'étais obligée de 'marquer par écrit tout ce 
que je voulais dire. Mes parents consultaient les 
premiers médecins. Pendant des mois entiers je dus 
faire des inhalations et prendre différentes substances 
minérales; pendant plusieurs semaines je fus élec- 
trisée chaque jour; on me mit des sangsues au cou, 
ce qui me fit tomber un certain nombre de fois en 
syncope; on pratiqua toutes sortes d'opérations à 
la gorge. Je suis saisie d'horreur, quand je pense 
aux détails. Je ne veux pas décrire tout ce que j'ai 
dû absorber. Ainsi se passèrent deux années ; fina- 
lement les médecins s'accordèrent à émettre l'avis 
que je ne recouvrerais plus jamais la voix, et deux 
d'entre eux déclarèrent même que je mourrais de 
phtisie. Que n'ai-je à souffrir? Il n'y a pas une 
heure dans l'année, où mes pieds soient chauds, mes 
mains et mes pieds sont froids comme la glace. Depuis 
des mois je ne sais plus comment me réchauffer, ni 
dans la chambre, ni dans mes vêtements de laine. Je 
n'ai aucune envie de manger, et je ne le puis pas 
non plus. Tout ce que je mange, me fait mal; c'est 
souvent à désespérer. Je n'ai que quinze ans, mais 
je ne connais pas de créature plus malheureuse que 
moi. » 

Que cette pauvre fille ait eu peur de l'eau froide, 
cela se comprend; et les parents n'osèrent pas 
songer à l'hydrothérapie, pour ne pas imposer cette 
nouvelle torture à leur frileuse enfant. Une seule 
âme s'intéressa à la pauvrette et chercha du secours 
auprès de l'eau. Je pus lui faire des promesses, à 
condition qu'on voulût se soumettre à un emploi 



430 TROISIÈME PARTIE. 

modéré et très exact. En même temps je déclarai 
catégoriquement qu'il ne manquait absolument rien 
aux organes de la voix, mais qu'il fallait avant tout 
chercher à ranimer et à fortifier le corps extrê- 
mement épuisé, qui ne ressemblait plus qu'à une 
ruine. Car le retour de la voix ne se ferait plus 
attendre, sitôt que les forces naturelles du corps 
seraient revenues. 

La personne était souverainement anémique ; pour 
preuve vous avez la froide température de l'orga- 
nisme, c'est à la poitrine seule que se manifestait 
encore une certaine chaleur. Il fallut donc faire des 
enveloppements, pour favoriser la formation du 
sang et la bonne circulation. La malade dut se faire 
à un régime simple, et immerger 2-3 fois par jour 
les mains jusqu'aux coudes et les pieds jusqu'au- 
dessus de la cheville dans l'eau froide, ou bien, ce 
qui vaut mieux, marcher dans l'herbe humide ou 
sur les dalles mouillées. Ce sont là, quoi qu'on en 
dise, les meilleurs moyens d'apport de la chaleur 
dans la nature refroidie, à moitié morte, surtout 
dans les extrémités anémiques, pieds et mains. 
C'est ainsi qu'il faut stimuler le corps et produire 
du calorique. Puis la malade dut se laver énergi- 
quement, 1-3 fois par jour, le dos, la poitrine et le 
ventre avec de l'eau froide. Les premiers essais 
coûtèrent de la peine ; mais à mesure que la chaleur 
apparut, le courage augmenta: c'était comme la 
brise du printemps qui annonçait la résurrection au 
misérable organisme. La malade fit un pas de plus: 
elle enfonça davantage le pied dans l'eau et pro- 
longea l'immersion des bras, la demi-minute deve- 
nant une minute. — Ces exercices durèrent environ 
8-10 jours. Ensuite vinrent de légères affusions de 



MALADIES. 431 



genoux et des affusions supérieures, tous les 2 ou 4 
jours : l'une le matin, l'autre après-midi. — Quinze 
jours plus tard succédèrent journellement un demi- 
bain (jusqu'à hauteur de l'épigastre) et une affusion 
supérieure, durant l'un et l'autre une minute ; il im- 
portait peu laquelle des deux applications fût prise 
le matin, et laquelle le soir. — Quant à la nourri- 
ture, il fallut choisir des aliments de facile digestion, 
favorisant la formation du sang et des humeurs, non 
raffinés et non gâtés par les épices. La meilleure 
boisson était le lait ; peu de bière, rien d'échauffant. 
L'infortunée comtesse recouvra ses forces phy- 
siques et sa voix. Pour consolider la santé, elle 
continua encore un certain temps les susdits exer- 
cices. Car on ne peut les suspendre tout d'un coup, 
on ne s'arrête que peu à peu, à mesure que les forces 
se rétablissent. 

Une fille de seize ans perdit la voix sans cause 
apparente, au point qu'elle avait une peine extrême 
à se faire comprendre. Elle consultait les méde- 
cins, ils lui prescrivaient des remèdes, qui tous res- 
tèrent sans effet. Elle avait de l'appétit et la mine 
florissante; la tête était ronde et pleine; le cou, un 
peu court, était rempli, presque trop rempli. On 
remarquait que la respiration marchait un peu péni- 
blement. Les pieds étaient sans cesse froids. Je 
rétabhs la malade en six semaines, et voici com- 
ment : 

Le teint si favorable, la tête pleine et chaude, les 
pieds froids, tout cela indiquait que le sang affluait 
trop au haut du corps : de là l'hypertrophie des 
parties supérieures, peut-être des engorgements de 
sang. Pour guérir, il fallut donc d'abord viser à la 



432 TROISIÈME PARTIE. 

distribution égale et uniforme du calorique dans le 
corps entier, afin de débarrasser la tête de la cha- 
leur et les pieds du froid. La fille prit donc journel- 
lement 2-3 pédiluves froids d'une minute au maximum, 
suivis chaque fois d'un bon exercice de mouvement 
à l'air libre. En outre, elle s'appliqua à marcher nu- 
pieds dans l'herbe humectée par la pluie ou la rosée 
ou sur des dalles arrosées. Tandis que ces opérations 
amenaient le sang et partant la chaleur aux extrémi- 
tés inférieures, d'autres moyens résolvaient et enle- 
vaient les engorgements et les enflures qui existaient 
à la tête, au cou, au haut du corps. A cet effet, elle 
revêtait le manteau espagnol une fois par jour pen- 
dant la première semaine, tous les 2 ou 3 jours pen- 
dant la deuxième et troisième semaine, plus tard 
une fois par semaine. Après les 15 premiers jours, 
elle prit chaque semaine, comme moyen corrobora- 
tif, un demi-bain d'une minute, avec lotion des par- 
ties non immergées. Au lieu du demi -bain avec 
lotion, elle aurait pu se faire administrer une affusion 
supérieure et inférieure ; le succès eût été le même. 
Ainsi la première partie de l'œuvre de la guérison 
consistait à produire du calorique, la deuxième à 
résoudre et à éliminer ce qu'il y avait de superflu, 
la troisième à fortifier l'organisme. A mesure que le 
corps reprenait des forces, la voix revint et devint 
même plus claire et plus sonore qu'elle n'avait été 
auparavant, excellente pour le chant, auquel la fille 
s'appliquait spécialement. 



MALADIES. 433 



XIV. MALADIES DE LA GORGE. 

On appelait jadis angine toute affection ou dou- 
leur située au fond de la gorge et produisant une 
difficulté d'avaler et de respirer. Les maladies dont 
nous allons nous occuper conservent encore cette 
dénomination générique, mais on y ajoute une 
épithète qualificative de la nature et du siège précis 
de l'altération, comme dans ces expressions, angine 
gutturale, angine couenneuse, etc. 

I. Angine gutturale. 

On désigne par cette dénomination l'inflammation 
de la muqueuse qui tapisse l'isthme du gosier, le 
voile et les piliers du palais, la luette, les amygdales 
et le pharynx. 

André vient me raconter ce qui suit : « Je ne puis 
presque plus parler, parfois cela ne va plus du tout. 
J'avais eu un si vilain mal à un doigt. C'est alors 
que, pour la première fois, il m'est arrivé de ne plus 
pouvoir parler; mon doigt recommence sa maladie. 
Au reste, j'ai le meilleur appétit du monde, et je 
n'ai pas à me plaindre. Le médecin a déclaré que la 
luette est trop longue et devrait être raccourcie. 
Mais je ne tiens pas à le laisser faire. » 

Cet homme a la tête un peu boursoufflée, avec 
une petite enflure au côté gauche, en-dessous de 
l'oreille. L'on aperçoit très bien que l'état normal 
de sa figure est un peu troublé et que tête et cou 
sont encore plus enflés à l'intérieur qu'à l'extérieur ; 
de là cette gêne générale dans ces organes et le mal 
de gorge. Il est certain que le doigt malade n'a pas 

28 



434 TROISIÈME PARTIE. 



été guéri convenablement la première fois, que les 
matières morbifiques n'en n'ont pas été entièrement 
éliminées. Si maintenant on éloigne complètement 
les éléments malades et qu'on nettoyé le corps, la 
gorge sera guérie par le fait même. 

A cet effet il faut exercer une action éliminatrice 
sur le corps tout entier, puis en particulier sur les 
parties de la tête. Le premier but sera atteint par 
l'emploi du sac et du châle. C'est le sac que le paysan 
a le plus facilement sous la main. Il le plongera 
dans une décoction de paille d'avoine, s'y glissera 
ensuite et y restera pendant une heure et demie, 
opération à faire 3 jours de suite ; à partir du qua- 
trième ce n'est que tous les 3 jours qu'il entrera 
dans cet étui, auquel il se sera habitué. Quant au 
châle, il le portera journellement pendant une heure. 
Au bout de 15 jours il entreprendra des lotions 
entières 2 fois par semaine et se revêtira du man- 
teau espagnol une fois par semaine. Si la luette 
continue à incommoder, il administrera quelques 
bains de vapeur à sa tête, bien entendu à des jours 
différents. Ce traitement ne manque pas de guérir 
radicalement l'angine. 

Un prêtre s'explique ainsi : « Dans le courant de 
l'été 1887 j'éprouvais, par moments, dans la gorge 
une petite douleur, accompagnée d'un léger accès 
de toux. Cela venait et passait. Quand je parlais 
longtemps soit au catéchisme, soit en chaire ou au 
confessionnal, ma voix s'affaiblissait peu à peu, per- 
dait son timbre et menaçait de s'éteindre. Le mal 
augmenta dans les mois de septembre et d'octobre ; 
un violent catarrhe se déclara au gosier, et le mé- 
decin trouva l'extrémité supérieure du poumon droit 



MALADIES. 435 



également affectée. Un séjour de 3 mois à Méran, 
des badigeonnages, des gargarismes, des ascensions 
de montagne, rien n'y fit. A l'époque du nouvel an 
un médecin eut même envie de faire une petite opé- 
ration, ce qui toutefois n'eut pas lieu. Enfin, le 
25 janvier étant arrivé et mon congé près d'expirer, 
je pris la résolution de quitter Méran et de me 
rendre à Woerishofen. J'arrivai dans un état très 
abattu. Les applications d'eau, consistant dans l'affu- 
sion supérieure 2 fois par jour et dans la promenade 
à l'eau, m'apportèrent bientôt du soulagement à la 
gorge; la douleur diminua, la voix se fortifia et 
reprit du timbre, et à la Chandeleur je pus déjà faire 
une petite homélie et chanter une grand'messe à D... 
Cependant la voix était encore enrouée et j'éprou- 
vais dans la suite une petite douleur à la gorge, 
mais cela ne dura pas longtemps. De huit à huit 
jours je sentais du mieux, et au bout de 3 semaines 
ma voix fut pure et forte comme autrefois ; je rentrai 
dans ma paroisse et repris mon ministère en parfaite 
santé. 

2. Angine couenneuse. 

L'angine couenneuse, qui sévit principalement 
sur les enfants, est une inflammation spécifique de 
la muqueuse pharyngienne avec production de 
fausses membranes et infection générale de l'éco- 
nomie. Elle ne diffère pas de l'angine gutturale par 
son siège, mais elle s'en distingue par sa nature et 
son pronostic, qui se rapprochent de ceux du croup 
et de la diphtérie. 

Un père vient se plaindre: «Ma fille, âgée de 
quatre ans, a une esquinancie; elle est malade 
comme les 3 autres enfants l'ont été, et ils sont 



436 TROISIÈME PARTIE. 



morts. Ils ont trépassé rapidement, et cette enfant 
également va expirer bientôt. Déjà elle ne peut pres- 
que plus respirer, ni tousser. Tête et ventre sont 
gonflés. Que faire? Il me faut 4 heures pour chercher 
le médecin, et jusque là mon enfant ne sera plus. » 

La réponse fut : « Cher ami, rentrez chez vous, 
chauffez un peu d'eau mêlée de vinaigre, plongez-y 
une serviette, tordez-là et enveloppez-eh soigneu- 
sement tout le cou de Fenfant. Mettez par-dessus 
un molleton ou un linge sec, et laissez cette fomen- 
tation pendant trois quarts d'heure. Puis trempez de 
nouveau la serviette dans l'eau et le vinaigre, et 
continuez ainsi pendant 6 heures, en renouvelant le 
topique ou la compresse chaque fois après trois quarts 
d'heure. Au bout des 6 heures dégagez le cou et 
couvrez le légèrement. Alors appliquez à l'enfant un 
demi-maillot avec la même serviette, qu'à cette 
fin vous aurez trempée dans l'eau animée de vi- 
naigre. Enveloppez-la dans une couverture sèche 
et couvrez soigneusement, mais jamais trop lour- 
dement. La petite doit rester ainsi bien tranquille 
durant une heure. Au bout de cette heure enlevez 
le maillot et laissez l'enfant couchée et couverte 
comme à l'ordinaire. Si après 6 ou 8 heures il y 
avait encore une respiration pénible et de la toux, 
vous pourrez de nouveau recourir au maillot de 
cou, comme il est dit plus haut, et le laisser appliqué 
pendant 1-2 heures. Devient-il très chaud au bout 
d'une heure, et l'enfant montre-t-elle de l'anxiété, 
retrempez le linge encore une fois. Vous en verrez 
les effets. » 

Le père fit comme je lui avais ordonné, et dans 
l'espace de 30 heures l'enfant, qu'il avait crue per- 
due, fut parfaitement rétablie. 



MALADIES. 437 



La guérison se serait effectuée aussi, si Ton 
avait trempé le linge dans un liquide très froid, 
moitié eau et moitié vinaigre, et si l'on avait ré- 
pété cette opération tous les trois quarts d'heure. 
Dans le cas où la chaleur n'aurait pas cédé, on 
aurait pu emmaillotter aussi les pieds jusqu'au-des- 
sus des mollets. 

3. Diphtérie. 

On donne ce nom à une maladie dont le caractère 
essentiel est la production de fausses membranes 
ou de dépôts couenneux au fond du gosier, soit dans 
le pharynx, soit dans le larynx et les bronches. 

Sitôt qu'on est atteint de la diphtérie, il faut avoir 
soin 1) de résoudre le plus vite possible les subs- 
tances morbides accumulées et 2) d'agir sur toute 
l'économie, afin de régulariser de nouveau le cours 
irrégulier du sang et des humeurs, accusé par le 
baromètre de la fièvre. 

On administrera d'abord un bain de vapeur à la 
tête du malade et, après toutes les 20-24 minutes, 
une lotion générale du corps. Au bout de 6-8 heures le 
patient mettra pendant une heure et demie un châle, 
qu'il aura soin de tremper de nouveau dans l'eau 
fraîche après chaque demi-heure. Ensuite il prendra 
un bain de vapeur des pieds, auquel succédera immé- 
diatement un demi-bain tout froid avec ablution du 
haut du corps. Le demi-bain et l'ablution doivent- 
être terminés au bout d'une minute. Vient de nou- 
veau le tour du châle, qui restera appliqué pendant 
une heure et demie, comme ci-dessus. Quand on a 
fini ces applications, on les reprendra toutes à tour 
de rôle, une pour chaque demi-journée. A côté de 
cela le malade se gargarisera soigneusement avec 



438 TROISIÈME PARTIE. 



une tisane de prêle, au moins 4-5 fois par jour. La 
vilaine affection ne tardera pas à disparaître. 

Toutes les applications citées sont tellement inof- 
fensives qu'elles ne peuvent nuire en aucun cas. 

Si le malade jouit du repos de la nuit (c'est le cas 
en règle générale), s'il est pris de sommeil, il ne faut 
pas le déranger ; car la présence du sommeil est une 
preuve que la nature retrouve son assiette, et, par 
suite de l'effet confortant du sommeil, les applica- 
tions d'eau ont d'autant plus de succès. Faisons 
également remarquer à cette occasion que, si le 
malade s'endort pendant l'une ou l'autre application 
qui exige le lit, il ne faut jamais le réveiller. Quand 
le remède a produit son effet, le malade se réveille 
régulièrement de lui-même. 

Un père de famille vint me trouver. « Mon enfant 
de onze ans, dit -il, ne peut plus rien avaler, et 
depuis 3 jours déjà c'est à peine si elle peut respirer. 
Elle a la fièvre et le délire. Je lui ai bien mis un 
linge mouillé autour du cou, mais cela ne va pas 
encore mieux. Que faire pour empêcher l'enfant 
d'étouffer?» 

La désolation du père et l'insuccès de l'applica- 
tion me décidèrent à l'accompagner auprès du lit de 
l'enfant, que je trouvai dans un état pitoyable et, 
apparemment, désespéré. Il y avait déjà certains 
indices qui excluaient à peu près la guérison. Fai- 
sons un essai tout de même, pour l'amour de Dieu! 
Après chaque demi-heure de la première journée 
on lui lava bien le dos, la poitrine et le ventre avec 
de l'eau froide. Comme la fièvre très ardente ne 
voulait pas céder, on se contenta d'appliquer sur le 
ventre un linge trempé dans l'eau froide. Le feu dut 
baisser. 



MALADIES. 439 



Le lendemain le père revint et me raconta': 
« L'enfant est à même d'avaler, mais aux côtés de 
la tête les joues se mettent à enfler assez fortement 
vers la mâchoire. On a peine à la comprendre, 
quand elle parle; cependant je me réjouis au delà 
de toute expression de ce que la petite a retrouvé la 
parole. » 

Le père eut à entourer les parties enflées, à droite 
et à gauche de la tête, de morceaux de linge trem- 
pés dans l'eau mêlée de vinaigre et à renouveler ces 
compresses toutes les demi-heures. En outre, toutes 
les fois que l'enfant se sentirait fiévreuse et agitée, 
il eut à lui lotionner la poitrine, le dos et le ventre. 
Dès la troisième journée la petite se trouva hors de 
danger. Les lotions purent continuer pendant 
quelque temps encore, toutes les fois que la fièvre 
augmentait. 

Des gargarismes au moyen d'une infusion de fenu- 
grec (une petite cuillerée de fenugrec bouillie dans 
une demi-chopine d'eau qu'on administre par cuil- 
lerées à la petite couchée dans son lit) eurent un 
excellent effet. L'infusion de mauve, de mille-feuille, 
de bouillon-blanc, rendraient les mêmes services. 
Un autre bon moyen serait de prendre chaque jour 
3 à 4 petites cuillerées d'huile d'olive (huile à salade), 
qui exerce une action sédative extraordinaire sur la 
chaleur intérieure. 

L'enfant fut sauvée et jouit jusqu'à ce jour de la 
meilleure santé. 



440 TROISIÈME PARTIE. 

XV. MALADIES DES BRONCHES 

ET DES POUMONS. 

Les maladies des bronches se confondent souvent 
avec celles des poumons, par la raison que les der- 
nières ramifications des broiiches se perdent dans 
les poumons et s'identifient avec eux. Néanmoins 
on rencontre fréquemment des affections isolées et 
distinctes, qui occupent soit les bronches soit les 
poumons. 

I. Bronchite. 

La bronchite est l'inflammation de la membrane 
muqueuse des bronches. Elle se montre à l'état aigu 
ou à l'état chronique ; dans le dernier cas elle s'ap- 
pelle aussi catarrhe pulmonaire. 

Une mère de famille s'expliqua ainsi : « Les mé- 
decins disent que j'ai une affection catarrhale aux 
poumons et à la gorge, que ma poitrine est fortement 
attaquée. Deux d'entre eux ont même déclaré que 
je n'ai plus rien à espérer. Je désire en conséquence 
faire un essai hydrothérapique ; si le traitement par 
l'eau n'a pas de résultat non plus, je me résignerai 
à la volonté de Dieu. » 

Pendant 20 jours cette femme reçut chaque jour 
2 affusions supérieures, suivies chaque fois de l'affu- 
sion des genoux, et deux fois le demi-maillot par 
semaine. En outre, chaque jour 2 tasses, prises en 
petites portions, d'une infusion de graines de fenouil, 
d'orties et de plantain. 

Au bout de ce temps la toux n'existait plus, tout 



MALADIES. 441 



engorgement avait disparu, le teint était frais et les 
forces revenues. 

2. Influenza. 

Dans ces derniers temps on parlait beaucoup 
d'une nouvelle maladie désignée sous le nom d'Jn- 
fluenza, ; mais on ne disait rien ou peu du moyen de 
la guérir avec sûreté et promptitude. Les médecins 
lui attribuent un caractère épidémique et prétendent 
qu'elle se communique par l'atmosphère. Quant à 
moi, je la prends, à peu de chose près, pour ce qu'on 
appelle communément grippe. * 

L'influenza se déclare volontiers et rapidement à 
la suite d'un changement subit de température. 
Comme nous vivons dans le siècle de l'amollisse- 
ment, la modification de la nature extérieure a 
facilement prise sur la nature intérieure : le froid 
de l'atmosphère se met en conflit avec le calorique 
du corps, et ce conflit, surtout quand le cou et la 
tête sont trop enveloppés, se termine aisément au 
préjudice de l'organisme humain, en provoquant à 
la gorge une inflammation, qui ne tarde pas à 
s'étendre à la tête, à la poitrine, au corps tout entier. 

Quant aux symptômes de cette maladie, je vais 
vous les indiquer dans un cas pratique. Voici venir 

* La grippe est une affection épidémique caractérisée prin- 
cipalement par un catarrhe bronchique ou une angine, et par 
des douleurs musculaires et un affaissement considérable 
des forces. Les muqueuses des bronches, des fosses nasales et 
des yeux sont prises : il y a de la céphalalgie, de la courba- 
ture, de l'abattement, de la fièvre. Bien que le catarrhe, le 
coryza et l'angine constituent, pour ainsi dire, la grippe, elle 
ne ressemble ni à l'une ni à l'autre de ces maladies. 

Antonin Bossu. 



442 TROISIÈME PARTIE. 

un domestique qui me raconte : « Hier soir j'étais 
fort et bien portant, je ne sentais aucun malaise; ce 
matin, au contraire, je me trouve à moitié para- 
lysé, je ne puis presque plus marcher, mes pieds 
tremblent. J'ai tellement mal à la tête, que j'en suis 
tout étourdi, et au cou je sens un tel picotement et 
une telle cuisson, que je ne puis rien avaler. » 

A ce patient, atteint si vite de l'influenza, je pres- 
crivis le traitement suivant : Rentrez chez vous sans 
retard et couchez-vous ; lavez-vous avec de l'eau 
toute froide le cou, la poitrine, tout le haut du 
corps ; entourez alors le cou d'un linge sec (serviette 
ou essuie-main) et couvrez-vous chaudement, mais 
pas trop lourdement. Répétez cette opération 10 fois 
en 10 heures. Après cela il faut laver le corps tout 
entier avec de l'eau froide, aussi rapidement que 
possible. Enfin, après chaque heure prenez une 
cuillerée d'eau. 

A la suite de la lotion entière une telle sueur vint 
à couvrir le corps, que bientôt le malade alité se 
trouvait tout en nage. Cette sueur a emporté les der- 
niers vestiges de la maladie, et le valet de labour 
se sentit complètement remis. 

Vous demanderez peut-être comment ces appli- 
cations si simples de l'eau ont pu agir sur la ma- 
ladie. Eh bien! écoutez, cher ami. Le froid avait 
gagné le dessus dans la gorge, où il occasionna une 
inflammation. Celle-ci provoqua un afflux de sang, ce 
qui fit que le sang se trouva accumulé dans la tête 
et dans la gorge, tandis que les extrémités se refroi- 
dirent faute de sang. Au moyen des lotions les pores 
s'ouvrirent ; un nouveau calorique, surtout par l'effet 
du maillot sec de l'essuie-main, se développa à la 
surface cutanée. De cette manière s'établit au cou 



MALADIES. 443 



et à la tête une exhalation qui élimina tout dans 
l'espace de temps indiqué. Le linge sec exerça une 
action attractive, l'eau eut un effet résolutif, et ainsi 
fut expulsé tout ce qu'il y avait de morbifique dans 
le corps. L'eau prise en boisson agit aussi, à l'inté- 
rieur, d'une manière résolutive et éliminatrice. Pen- 
dant que les lotions et les enveloppements au haut 
du corps eurent un effet localisé, l'action de la lotion 
entière s'étendit au corps tout entier. Les pores 
furent ouverts, les lotions développèrent le calorique 
du corps, et la chaleur du lit élimina toutes les hu- 
meurs morbides de l'organisme. C'est ainsi qu'il fut 
possible de se débarrasser, en 18 heures, de l'hôte 
malencontreux. 

3. Fluxion de poitrine. 

La fluxion de poitrine désigne tantôt la pneumo- 
nie et tantôt la pleurésie^ quelquefois même la réu- 
nion de ces deux maladies, qui existent souvent en 
même temps. La pneumonie consiste dans l'inflam- 
mation du tissu même des poumons, tandis que la 
pleurésie est l'inflammation de la membrane qui 
tapisse le poumon extérieurement (plèvres). 

Marguerite est couchée au lit. Elle a une toux 
violente, sèche, accompagnée de grandes nausées, 
et la fièvre augmente d'heure en heure. Elle éprouve 
à la poitrine et à l'un des côtés une cuisson, un 
élancement. Le médecin déclare qu'il se prépare 
une inflammation de poumon. Comment venir en 
aide à la malade ? Tout enfant sait qu'une éponge 
peut absorber et contenir une grande quantité d'eau. 
Ne doit-il pas y avoir également des moyens ca- 
pables d'attirer, d'absorber et de retenir la chaleur, 
comme l'éponge fait pour l'eau? Oui, il y a de pareils 



444 TROISIÈME PARTIE. 



moyens, et ils sont à notre disposition. Il n'est pas 
de paysanne chez nous qui ne connaisse le fromage 
en pot, appelé aussi fromage mou, fromage blanc, 
fromage écrémé, fromage à la pie, etc.. C'est un 
laitage caillé, écrémé et égoutté. Au moyen du petit- 
lait on le réduit en pâte fine, qu'on étend, à l'épais- 
seur d'une forte lame de couteau, sur un morceau 
de linge; puis on applique ce cataplasme sur la 
partie brûlante, d'où l'inflammation menace de se 
propager. Je ne connais pas de remède qui ait la 
vertu d'attirer et d'absorber plus la chaleur. J'ai vu 
calmer ainsi et faire cesser entièrement les inflam- 
mations les plus cuisantes au moyen d'une pareille 
application, répétée 2-4 fois par jour, suivant le degré 
de la chaleur. Je connais beaucoup de personnes qui, 
notamment dans l'inflammation du poumon, ne 
durent leur salut qu'à cette application si simple. 

Pour l'usage interne le malade doit prendre, 
comme calmant, 2 fois par jour, une cuillerée d'huile 
à salade. 

Si ces moyens ne suffisent pas, c'est-à-dire si la 
chaleur reste forte, l'on peut faire suivre les ap- 
plications d'eau. On enveloppera le malade, depuis 
le dessous des bras, dans un drap mouillé (maillot 
inférieur), ce qu'on réitérera 2 fois par jour. (Je ne 
reviens plus sur la manière de couvrir; voir ce qui 
est dit à l'article des maillots et des compresses). Ou 
bien on enveloppera les 2 pieds, jusqu'au-dessus de 
la cheville, dans des linges trempés dans l'eau (une 
petite addition de vinaigre ne ferait que du bien) et 
renouvelés aussi souvent qu'ils deviennent très 
chauds. A la place des linges l'on pourrait aussi se 
servir de chaussettes mouillées, par- dessus les- 
quelles on mettrait des bas secs. 



MALADIES. 445 



Si notre Marguerite emploie ce cataplasme de 
fromage pendant 3-5 jours, dès le début de la mala- 
die, elle pourra être guérie dans 6-7 jours, dans 9-10 
jours au plus tard. 

De même que les poumons, d'autres parties nobles 
du corps peuvent s'enflammer également. Il peut y 
avoir inflammation des plèvres, du diaphragme, du 
péritoine et autres. Les principes et les procédés 
thérapeutiques, que nous venons de décrire, comp- 
tent pour toutes ces affections : révulsion du sang, 
c'est-à-dire division et détournement du sang, puis 
réfrigération des parties enflammées-, c'est-à-dire 
soustraction de calorique par l'effet du froid. 

Une fois je fus appelé à minuit auprès d'un ma- 
lade qui perdait la respiration et souffrait beaucoup 
de toux et de nausées. A l'un des côtés de la poitrine 
il sentait comme des coups de couteau ; le corps 
tout entier était horriblement brûlant. Je refusai 
d'administrer le malade et de le préparer à la mort, 
comme le demandait la famille ; mais j'ordonnai de 
l'envelopper, depuis le dessous des bras, dans un 
drap mouillé (maillot inférieur) et de lui appliquer 
un cataplasme de fromage mou sur la partie endo- 
lorie, tandis qu'il but une cuillerée d'huile à salade. 
L'effet en fut heureux. On continua ainsi pendant 
6 jours et le malade se trouva hors de danger. 

Si quelqu'un vient à mourir d'une fluxion de poi- 
trine ou d'une autre inflammation, que s'est-il passé 
à l'intérieur? Quelle idée pouvons-nous nous en 
faire ? L'extérieur reflète l'intérieur. Vous avez cer- 
tainement déjà vu chez d'autres un de ces phleg- 
mons — on les appelle furoncles — ou vous en avez 
déjà eu vous-même au bras, à la main, au pied, au 
dos, à la poitrine, à l'estomac, etc. Comment se 



446 TROISIÈME PARTIE. 

développent-ils ? Quand une tumeur de ce genre se 
développe quelque part, aussitôt apparaît une rou- 
geur et l'on ressent une brûlure à l'intérieur. Le 
gonflement augmente, et au bout d'un certain temps 
on remarque au sommet de ces abcès, qu'ils soient 
grands ou petits, un point blanc et saillant. On dit 
alors que l'abcès est mûr, et on l'ouvre soit par 
incision, soit par compression. Il en découle du pus 
et du sang corrompu. Tant mieux ! 

De pareils phlegmons ou clous causent générale- 
ment de grandes douleurs, non seulement à la main, 
au pied, etc., où ils se sont établis; on les sent dans 
tout le corps, on a mal partout. C'est la preuve la 
plus évidente que le corps entier participe à la souf- 
france d'un organe particulier, même dans des affec- 
tions si peu considérables. Il en résulte logiquen^ent 
que le corps 'tout entier s'en trouve bien, si ces 
tumeurs guérissent parfaitement, et qu'il en souffre, 
si on les néglige. 

Si un phlegmon de proportions considérables n'ar- 
rive pas à se circonscrire, à devenir saillant, alors 
l'endroit malade devient peu à peu livide et rouge- 
brun. Le sang se décompose, et le sang altéré va 
exercer une action morbifique. Une morsure du re- 
doutable serpent à sonnettes, une goutte de venin du 
serpent dans le sang suffit pour amener la mort au 
bout de quelques minutes. Un pareil sang est du 
poison. S'il vient à se mêler au bon sang, il l'infecte 
et produit ainsi un empoisonnement du sang. Si 
cette intoxication ne peut être arrêtée, elle amène 
toujours la mort. Ce n'est pas autrement qu'il faut 
se figurer la marche des choses dans notre intérieur. 
L'empoisonnement n'agit que d'autant plus vite et 
sévit d'une manière plus funeste, si des organes 



MALADIES. 447 



nobles sont atteints. Un tel est mort d'une intoxica- 
tion du sang ou d'une infection purulente, comme 
s'exprime le langage moderne, ou encore, il est 
mort du charbon, comme disent les vieilles bonnes 
gens; c'est la même chose sous des noms divers. 

Martin, un fovt et bel homme, est pris d'une forte 
fièvre. D'abord un frisson terrible le secoue ; puis 
une chaleur ardente s'empare de lui. Sa tête est si 
chaude que le médecin conclue à une inflammation 
du cerveau. Tout son intérieur est en flamme, la 
chaleur se manifeste à travers la bouche par une 
respiration brûlante : comme le feu consume le 
bûcher, ainsi la fournaise du corps se hâte de brûler 
et de calciner les organes intérieurs. Les prodromes 
du mal furent la céphalalgie, l'abattement, la fatigue 
et le frisson. En dehors de la fièvre le malade ne 
sent maintenant nulle part de douleur spéciale. Dix 
jours après le malheureux était un cadavre, et l'au- 
topsie prouva que le cerveau était intact, mais que 
la mort avait été amenée par l'inflammation du 
poumon. 

Comment auriez vous traité ce cas ? me demanda- 
t-on. D'abord une remarque. Ce cas montre claire- 
ment combien le diagnostic, l'art de reconnaître 
la maladie d'après les symptômes, peut facilement 
tromper. Dans l'inflammation du poumon on constate 
presque toujours des élancements et une chaleur 
brûlante dans la région pulmonaire, de la toux et 
des nausées. Notre malade n'éprouvait rien de sem- 
blable. Comme l'allopathe agit durement dans de 
pareils cas ! J'aurai peut-être une fois l'occasion d'en 
dire davantage. Remarquez-le bien, souvent le 
temps presse, l'inflammation a déjà pris de grandes 



448 TROISIÈME PARTIE. 



proportions. La pompe à incendie ne doit pas man- 
quer le feu, autrement c'en est fait. Je ne puis 
me servir ici de gouttes et de cuillerées : le feu les 
dévore aussitôt. Dans ces cas désespérés mon prin- 
cipe — personne ne l'attaquera — est tout simple- 
ment celui-ci : Quand il y a un incendie, allez 
éteindre, éteignez d'abord là où le feu est plus fort; 
tout le corps est-il en feu, eh bien ! allez éteindre sur 
tout le corps ! Peut-être vous rendrez-vous maître de 
l'incendie tout entier; dans tous les cas vous le 
réduirez, et vous aurez un peu de répit pour respirer 
et pour réfléchir. 

J'aurais fait administrer au pauvre Martin, pen- 
dant 3-4 heures, à des intervalles de 30 minutes, une 
lotion de la poitrine et de l'abdomen. La violence 
du feu aurait été amortie pour autant. Ensuite, 
j'aurais continué d'éteindre par des compresses supé- 
rieures et inférieures — ces dernières bien épaisses, 
c'est-à-dire pliées en plusieurs doubles, — par des 
chaussettes mouillées ou des maillots de pieds remon- 
tant jusqu'au-dessus des chevilles et renouvelés après 
chaque heure. Si le malade a eu de solides poumons 
— et je crois que c'était le cas, puisqu'il ne sentait 
pas de douleur au plus haut degré de la fluxion — 
il aurait dû, humainement parlant, c'est-à-dire à 
moins que Dieu, dans ses desseins impénétrables^ 
n'eût disposé autrement, être sauvé. 

4. Phtisie. 

Comme le serpent qui, caché dans l'herbe ou sous 
la roche, épie sa proie, ainsi parfois la phtisie existe 
et domine déjà longtemps dans le corps avant de se 
montrer. Son point de départ est un tubercule, petite 
masse puriforme, qui se produit à un endroit quel- 



MALADIES. 449 



conque du corps, se développe peu à peu par sup- 
puration et finit par détruire les tissus circonvoisins. 
Cela peut avoir lieu dans la poitrine (poumons, 
plèvres), dans le ventre (intestins, reins), dans la 
gorge (bronches, larynx), etc., c'est-à-dire dans les 
organes les plus nobles et les plus importants. Par- 
tout où grossit un tubercule, il en surgit aussitôt 
des troubles dans le cours du sang, dans le sang 
lui-même et dans les humeurs. Le corps, qui en est 
atteint, subit le même sort que l'arbre dont les 
feuilles se mettent, dans une saison indue, à jaunir 
et à sécher : les veines ont cessé de fournir le suc 
vital, l'arbre n'est plus nourri, d'où l'altération et 
la mort. Le soleil et l'air frais n'y peuvent plus rien. 
Il en est de même de la phtisie, de la tuberculi- 
sation : le sang, ce suc vital, diminue, le malade 
s'affaisse, la vie s'en va. C'est comme une lampe qui 
s'éteint faute d'huile. 

Quand une fois la phtisie a fait quelques progrès 
et a détruit un organe du corps, c'en est fait du 
malade. Mais quand elle n'a fait que prendre à telle 
ou telle partie de l'organisme, alors l'eau est à 
même d'amener facilement la guérison. Ce qui est 
triste pour les phtisiques, c'est que les premiers 
symptômes de la maladie sont si insignifiants. Le 
malade n'a qu'une petite toux, dont il ne souffre 
guère. 11 crache peu ou pas du tout. Si de temps 
à autre la toux augmente, le malade s'en console 
par la pensée que ce n'est, au fond, qu'un petit 
catarrhe, qui va partir comme il est déjà souvent 
parti. Lors même que le corps se flétrit et qu'il sent 
faiblir ses forces, il ne se décourage pas: «Cette 
fois, dit-il, le catarrhe persiste plus longtemps, mais 
je puis suffire encore à mes occupations». Dans 

29 



450 TROISIÈME PARTIE» 

cette période de la maladie les phtisiques ont ordi- 
nairement déjà souffert plus qu'ils ne croient eux- 
mêmes : la formation du sang est plus lente, les 
humeurs ont diminué, les matières tuberculeuses 
se propagent de plus en plus. Si alors ils vont 
chercher du secours, ils viennent certainement déjà 
trop tard, et ce qu'ils emploient ne sert bien souvent 
qu'à abréger la vie. Je fais cette observation pour 
prévenir qu'il ne faut pas négliger ces affections 
maladives qui, sous le nom de catarrhes, rempHssent 
le monde entier. Dans les cas où la tuberculisation 
a déjà fait des ravages, a déjà atteint un degré 
élevé — je le déclare franchement à chaque malade 
— je n'essaie plus de faire des applications d'eau; * 
car la nature n'est plus en état de lutter avec l'eau 
froide. Ce serait insensé, comme si un nain voulait 
essayer de maîtriser un homme fort et robuste. 
Quels sont les symptômes de la phtisie avancée? 
Si le malade tousse fréquemment et que la toux 
provoque d'abondants crachats ; s'il respire pénible- 
ment; si l'appétit s'est perdu, etc., alors vous 
pourrez dire qu'il est phtisique. Mais tant que les 
crachats surnagent, qu'ils restent sur la surface de 
l'eau — faites la preuve — il n'y a pas Heu de déses- 
pérer. Quand, au contraire, ils descendent au fond, 
c'est d'ordinaire la fin qui approche, et tout remède 
est devenu inutile. Le malade n'a plus qu'à s'aban- 
donner à la volonté de Dieu et à se préparer tran- 
quillement à la dernière heure. 

Je prétends, en me basant sur toute une série 
d'exemples de ma pratique, que l'eau, au début de 

1 Des essais innombrables ont abouti chaque fois au même 
résultat : on peut soulager, mais pas guérir. C'est toujours la 
mort qui remporte la victoire. 



MALADIES. 451 



la phtisie, est le premier et le plus sûr remède. Elle 
rafraîchit et ravigote le corps qui commence à se 
flétrir ; elle agit comme l'huile qu'on verse dans le 
rouage d'une machine; elle stimule la circulation 
du sang et ranime l'organisme devenu lâche et pa- 
resseux. Puis elle secoue et agite les humeurs putré- 
fiantes, comme des graines de pavot dans le crible, 
et les éhmine. Observez bien une chose : il ne faut 
jamais entreprendre des applications d'eau qui dé- 
ploient une action trop résolutive et éliminatrice. 
Il faut chercher de préférence à fortifier l'organisme, 
afin que la nature reprenne de la vigueur et expulse 
elle-même les matières morbides. Avant tout la pru- 
dence exige qu'on n'affaiblisse et qu'on n'épuise pas 
la chaleur naturelle ; car ce serait venir en aide à la 
maladie. Il ne faut faire, dans ce cas, que des appli- 
cations très courtes ; elles doivent stimuler, forti- 
fier, animer. Je n'oserais pas entreprendre plusieurs 
applications totales, qui s'étendent à tout le corps, 
quand les symptômes indiquent que la phtisie fait 
des progrès. 

Les tubercules ont-ils leur siège dans le haut du 
corps, l'affusion supérieure sera une excellente appli- 
cation, à laquelle on ajoutera l'affusion des genoux, 
qui n'aura toutefois que la durée d'une demi-minute 
au plus. Dans la belle saison il n'y a rien qui vaille 
une promenade nu-pieds dans l'herbe mouillée : elle 
fortifie le mieux l'organisme, et d'aucune manière 
elle ne peut faire du tort. La marche sur les pierres 
mouillées est bonne aussi : elle amène le sang dans 
les extrémités inférieures, accélère la marche du 
sang et favorise ainsi la sanguification. 

Disons aussi un mot de la nourriture appropriée 
aux phtisiques, qui sont condamnés à entendre jus- 



452 TROISIÈME PARTIE. 



qu'à satiété le refrain : « Bien manger et bien boire ! » 
La nourriture la plus simple est la meilleure, celle 
que l'enfant supporte le mieux et qui favorise le plus 
sa croissance ; donc rien d'échauffant, rien d'épicé, 
rien d'acide. J'ai fait une expérience remarquable, 
dont je vais faire part à mes lecteurs : le signe le 
plus sûr et souvent le plus décisif pour l'existence 
de la phtisie, c'est quand le malade aime volontiers 
les aliments salés, qu'il répand du sel sur le pain^ 
qu'il passe la viande dans le sel, et qu'il recherche 
avec avidité les acides et les épices. Une très bonne 
nourriture, que je recommande avant toutes les 
autres, c'est le lait ; mais non pas le lait seul, parce 
qu'il finirait par répugner. Il faut varier, alterner 
avec le potage de santé, ainsi qu'avec les farineux, 
préparés de la manière la plus simple, sans aucun 
raffinement. La boisson la plus naturelle et qui 
cause le moins de dégoût possible, c'est toujours 
l'eau, peut-être mélangée avec un peu de vin. Le 
lait aussi, le lait caillé, rend service ; mais je ne 
plaide pas la cause de la bière et du vin. 

Encore une observation. Dans la période avancée 
et suprême de la phtisie il survient de violentes 
fièvres avec une forte transpiration, suivies de fris- 
sons. Il n'y a pas moyen de réagir avec succès; mais 
on peut soulager le malade en lui lavant énergique- 
mentj après la transpiration, le dos, la poitrine et 
le ventre avec de l'eau fraîche. 

Une institutrice très capable fut longtemps, sans 
résultat, traitée par un célèbre médecin. Quand 
enfin elle ne put plus travailler, elle fut mise en 
disponibihté pour 9 mois. Ce temps écoulé, son état 
n'était guère meilleur, et le médecin la déclara « in- 



MALADIES. 453 



curable» dans son certificat. On la regarda donc 
comme incapable de jamais reprendre son service. 
Des amis lui conseillèrent de se faire traiter par l'eau 
froide, et elle alla prendre pied-à-terre dans un vil- 
lage voisin de ma paroisse. Dans les commencements 
elle ne pouvait qu'avec une peine extrême faire 
2 kilomètres de chemin, tellement elle était faible 
et épuisée. Elle se conforma à mes ordonnances, et 
fut complètement rétablie en .4-5 semaines. Elle de- 
manda alors à rentrer en fonctions, et elle eut toutes 
les peines du monde à pouvoir retourner à son poste. 
On ne voulait pas croire à sa guérison. Elle se pré- 
senta au ministre, qui ne put assez admirer sa vail- 
lante santé, ni assez s'étonner du certificat médical, 
qui la déclarait «incurable». Voilà 6 mois qu'elle 
enseigne de nouveau, qu'elle jouit de la meilleure 
santé et qu'elle peut très bien suffire à sa besogne. 
Je n'ai jamais pu savoir quelle maladie les médecins 
avaient cru trouver chez cette personne, consomp- 
tion ou phtisie ; mais tous les symptômes indiquaient 
qu'elle allait devenir phtisique. Son frère était mort 
de cette maladie, et des souffrances absolument 
semblables, disait-elle, avaient précédé sa fin. Il 
était grandement temps de combattre le mal, et 
l'eau l'a combattu victorieusement. 

Traitement. Passer beaucoup de temps à l'air 
frais, se promener fréquemment nu-pieds dans la 
rosée du matin, user de tous les bains froids, depuis 
les plus petits et les plus faibles jusqu'aux derniers 
et aux plus forts. A côté de cela des tisanes et une 
nourriture simple et substantielle. 

Un homme de quahté raconte : « Je n'étais jamais 
-solide et en aucun temps je ne jouissais d'une santé 



454 TROISIÈME PARTIE. 



comme beaucoup d'hommes en possèdent une pen- 
dant toute leur vie. Néanmoins je pus terminer heu- 
reusement mes études et présider longtemps à mes 
fonctions. Depuis quelques années la situation est 
changée. Partout où j'arrive on me regarde d'un air 
douteux et bien souvent j'ai compris le chuchotement 
de mes amis : « Il ne fera plus long feu ! » La pensée 
de la mort m'est devenue familière, et je serais aveugle 
si je ne remarquais tous ces indices. Le teint frais de 
ma figure et toutes mes forces ont disparu. L'appétit, 
ce baromètre infaillible, indique suffisamment que 
la force vitale s'en va, que le ressort va sauter. 
Déjà je souffre d'une respiration bien pénible, et 
plus encore d'une toux qui effraie tout le monde : 
deux signes précurseurs de la catastrophe. Les 
médecins déclarent que je suis phtisique. Ils m'ont 
condamné depuis quelque temps, mais ils me con- 
seillent encore d'aller à Méran, dans un climat plus 
doux. Pauvre diable! disais-je à moi-même, ce n'est 
pas chez toi, c'est à l'étranger que tu dois mourir! 
En voyage pour Méran j'entendis parler des effets 
de la cure d'eau, et -je demandai si l'eau pourrait 
avoir de l'action sur une nature aussi débilitée que 
la mienne. Vous pourriez faire un essai, me répon- 
dit-on. Le commencement ne fut pas facile. J'étais 
habillé chaudement, et pourtant j'avais toujours 
froid. Voilà que maintenant l'on me dit : La che- 
mise de laine, que vous portez sur la peau, et le 
cache-nez à deux tours devront disparaître peu à 
peu. Je pensais : quel sera mon sort, quand j'aurai 
un vêtement fait plutôt pour rafraîchir que pour 
réchauffer? La pensée de l'eau froide me donna de 
la chair de poule. Elle vint, et les exercices com- 
mencèrent d'une façon prudente, excessivement 



MALADIES. 455 



modérée ; c'est tout à fait autre chose que ce qu'on 
se figure, et qu'on entend dire. Chose curieuse : 
après 2 jours je pus déjà déposer un vêteiîient de 
laine, sans ressentir des suites préjudiciables; après 
5 jours je sacrifiai le deuxième, et après 6-7 jours 
le cache-nez. Les applications d'eau m'amenèrent 
une agréable chaleur naturelle, qui grandit de jour 
en jour, pendant que la respiration pénible et la toux 
s'en allèrent. A mesure que le mieux se fit sentir, 
je devins de bonne humeur. Jadis on disait : Com- 
bien de temps vivra-t-il encore? Maintenant on dit: 
Mais comme il prospère! Le traitement dura 6 se- 
maines. Contre l'attente et à la surprise de tous 
ceux qui m'avaient connu et vu autrefois, je ne pris 
pas le chemin du cimetière, mais je rentrai dans ma 
carrière avec une vie nouvelle. Je rendis grâce à 
Dieu pour ma guérison et pour le bienfait de l'eau, 
dans laquelle il amis tant de vertu curative. Je vou- 
drais dire à tout le monde : Apprenez à connaître 
et à apprécier l'eau et ses effets, et vous échapperez 
à bien des incommodités dans votre pérégrination, 
vous serez beaucoup plus contents et plus heureux 
dans l'accomplissement de vos devoirs, dont dépen- 
dra la récompense dans l'autre monde. 

«N'est-ce pas, ami lecteur, vous êtes curieux 
d'apprendre comment l'eau m'a été appliquée? De 
même qu'un jeune berger est mainte fois exposé à 
la pluie, soutient averse sur averse et s'endurcit de 
cette manière; ainsi le haut de mon corps reçut 
chaque jour 2 affusions supérieures ; dans le début 
l'irrigation ne durait qu'une demi-minute, plus tard 
une minute entière. Journellement je dus me pro- 
mener nu-pieds dans l'herbe humide ou sur les 
dalles mouillées. Comme tout le monde, je m'imagi- 



456 TROISIÈME PARTIE. 

nais que ces procédés m'attireraient toutes les infir- 
mités possibles. Bientôt j'éprouvais le plus grand 
bien-être et j'avais un plaisir extrême à me promener 
nu-pieds. L'automne approchait. Quand il tomba 
de la neige, j'eus hâte d'en profiter. N'est-ce pas 
horrible à entendre? Moi aussi je fus saisi d'un 
frisson, pendant que, pour la première fois, je dé- 
posai lentement les bas et les souliers. Courage! 
dis-je à moi-même, il n'y a qu'à hasarder pour être 
heureux : je hasardai une fois, et j'eus non pas moi- 
tié, mais tout gagné. Quel effet merveilleux! je ne 
m'y étais jamais attendu. Sur mon désir il me fut 
permis de réitérer souvent ce même exercice, et 
j'assure à tous les adversaires de l'eau que jamais 
de ma vie je n'ai éprouvé un si bon calorique, comme 
après ces parties de neige. Le froid vous pique sans 
doute un peu les pieds; mais après 2 ou 3 minutes 
il se développe une si douce chaleur, qu'on ne fait 
plus attention à la neige. Au bout de quelques jours 
je réussis à prolonger ces promenades jusqu'à 10 ou 
même 15 minutes; dans les commencements je m'é- 
tais retiré après 1 minute. Ce sont ces courses dans 
la neige qui ont, d'une manière extraordinaire, aug- 
menté mes forces et diminué la gêne de la respira- 
tion. Quant au catarrhe, il ne s'en montra pas de 
trace. Si on m'avait jadis raconté de pareilles 
choses, j'aurai crié à la sottise, à la folie, au sui- 
cide. En attendant, je continuai mon traitement 
pendant quinze jours. Puis les promenades nu-pieds 
cessèrent, tandis que les affusions supérieures et 
inférieures augmentèrent de force, 1 ou 2 fois par 
jour. Au bout de 3 semaines environ l'organisme 
était remis en ordre ; mais, pour viser à un rétablis- 
sement parfait, je restai encore 3 autres semaines. 



MALADIES. 457 



Enfin, au lieu d'aller à Méran et d'y mourir, je re- 
tournai à mes chers pénates et repris mes fonctions 
avec une ardeur juvénile. » 

Voici un autre malade, qui vint me raconter : « Il 
me manque quelque chose dans la gorge et dans la 
poitrine. J'avais d'abord un bien rude catarrhe, puis 
j'ai perdu presque entièrement ma voix, pendant que 
je souffrais, des semaines entières, d'une violente 
cuisson à la gorge et à la poitrine et fréquemment 
de fièvre. J'ai consulté plusieurs médecins, qui m'ont 
donné toutes sortes de choses à inhaler. Cela m'a 
un peu soulagé, mais pas guéri. A l'heure qu'il est, 
je suis tout amaigri et il y a longtemps que je ne 
puis plus rien faire. Ce qui me convient encore, 
c'est la promenade; mais mes pieds sont continuel- 
lement froids. L'appétit est meilleur qu'autrefois.» 

Traitement. 1) Chaque jour, 2 fois affusion de 
genoux et marche dans l'eau; 2) chaque jour, matin 
et soir, affusion supérieure ; 3) chaque jour, 2 petites 
tasses d'infusion de fenugrec; 4) tous les 2 jours, 
bain de siège froid d'une minute. — Continuer ainsi 
pendant 3 semaines. 

5. Emphysème pulmonaire. 

Il arrive très souvent que des hommes à la fleur 
de l'âge aient à souffrir de difficultés de respiration 
et qu'ils soient même quelquefois exposés au cruel 
danger de mourir par suffocation. Ces personnes 
sont habituellement assez obèses, et leur genre de 
vie contribue encore , comme cause secondaire, à 
aggraver leur situation. 

La cause principale de cette infirmité est ordinai- 
■oaireroentun affaiblissement général de l'organisme, 



458 TROISIÈME PARTIE. 



qui, étant flasque, languissant, paresseux et ané- 
mique, n'opère pas la sanguification, comme il 
serait nécessaire pour le corps. Ne pourrais-je pas 
comparer ces personnes à une machine dans laquelle 
les rouages s'engrènent parfaitement, mais qui est 
trop faible pour réaliser le travail qu'on exige 
d'elle? Une autre raison de cet état pathologique 
sont presque toujours les gaz qui s'amassent dans 
le bas-ventre et exercent une pression sur les or- 
ganes du haut du corps. Ceux-ci, par conséquent, 
sont mis à contribution plus que leur rôle ne com- 
porte et souffrent sous cette pression, de sorte qu'il 
se produit un serrement général. On peut remédier 
au mal, d'un côté, en expulsant les gaz et, d'autre 
part, en endurcissant le corps et en le fortifiant par 
une nourriture bien choisie, simple et substantielle. 
Une expérience de 30 ans m'a appris que c'est pré- 
cisément par cette affection que la maladie de 
Bright prend facilement le dessus, c'est-à-dire que 
le corps, déjà affaibli du reste, se laisse désagréger 
et ruiner par cette maladie. 

Un homme, passablement gros et approchant des 
40 ans, était pris de temps à autre de tels accès 
d'étouffement qu'il s'imaginait — son médecin l'a 
confirmé dans cette opinion — qu'il succomberait 
à une deuxième répétition du même accès. La gêne 
de la respiration était si grande qu'on l'entendait à 
l'étage inférieur. Les douleurs et l'angoisse augmen- 
taient parfois au point que c'était, comme il disait, 
à se cramponner aux murs. A chaque accès la dys- 
pnée durait un certain temps et affaiblissait telle- 
ment le corps qu'il se sentait tout malade. Quand 
ces crises étaient passées, il éprouvait du bien-être. 



MALADIES. 459 



S'il se passait parfois un certain nombre de jours 
sans crise, c'est que l'attaque devenait alors d'autant 
plus forte. 

Notre homme avait la plus grande horreur de 
l'eau et il ne put se résigner à la cure que lorsque 
tous les autres moyens l'avaient trahi. Il employa 
différentes applications, six semaines durant. La 
guérison fut si complète que les crises ne revinrent 
plus, et que ce monsieur jouit depuis lors — voilà 
16 ans passés — de la plus florissante santé. Voici 
son traitement : il prit pendant plusieurs jours une 
tisane, qui produisit une selle lente, mais abondante ; 
ensuite il employa le demi-maillot, les compresses 
supérieures et inférieures, enfin les demi-bains et 
les bains entiers de la durée d'une minute. Entre 
temps le manteau espagnol rendait aussi de bons 
services. Les applications furent pratiquées dans 
l'ordre suivant : 

D'abord le demi-maillot, qui commence à expulser 
les gaz et à résoudre leur cause; puis les com- 
presses supérieures et inférieures, qui sont une con- 
tinuation de la première application et qui exercent 
en même temps une action confortante ; ensuite le 
manteau espagnol, qui élimine de la peau tout ce 
qui ne doit pas y être ; enfin les demi-bains, qui for- 
tifient l'organisme. 

Un autre monsieur avait à souffrir d'une telle gêne 
de respiration que les médecins déclarèrent qu'il 
avait une hydropisie du cœur. Ce patient n'était pas 
gros, quoique bien nourri, et pourtant il ne pouvait 
monter un escalier qu'avec une peine extrême. Point 
d'appétit, sommeil très agité, toujours de l'inquié- 
tude. Il avait eu jadis un emploi qui procure du 



460 TROISIÈME PARTIE. 

mouvement; plus tard il travaillait dans un bureau, 
et cette vie tranquille et sédentaire lui valut peu à 
peu son mauvais état de santé, dont nous venons de 
parler. Pour le guérir, je ne lui prescrivis que peu 
et de légères applications d'eau, et elles lui rendent 
service encore maintenant, toutes les fois que l'an- 
cien mal fait mine de reparaître. Depuis douze ans, 
ce mal a reparu souvent, mais chaque fois il a été 
repoussé promptement. A côté des applications d'eau, 
le patient buvait un thé que, pour ses bons effets, 
il apprit à aimer. Ce thé procure uniquement une 
selle régulière et l'expulsion des gaz de l'estomac; 
en même temps il dispense des nombreuses et fortes 
applications d'eau que notre homme redoute et pour 
lesquelles le temps lui manque parfois. Ce thé, c'est 
le fouille-régulateur, et les applications pratiquées 
sont les suivantes : 1) Quand le mal n'apparaissait 
qu'à un faible degré, il suffisait de trois compresses 
inférieures par semaine et de se laver avec énergie, 
tous les matins en se levant, le dos, la poitrine et le 
ventre. 2) Quand le mal était plus intense, c'est le 
demi-maillot ou le demi-bain, qui fut employé. — 
A ces applications venaient s'ajouter les ablutions 
de nuit, qui rendaient toujours de bons services. 

Il est curieux, et souvent je m'étonne que l'on 
emploie contre ces états maladifs les moyens les 
plus violents, moyens qui ne peuvent jamais avoir 
de bons résultats pour la santé.'' C'est avec des 
toxiques que l'on traite malheureusement trop sou- 
vent les pauvres infirmes, ce qui est et restera pour 

^ J'ai sous les yeux une lettre dans laquelle un patient se 
plaint et me fait l'énumération des poisons qu'il a déjà dû 
avaler dans ses différentes maladies. 



MALADIES. 461 



moi un mystère inexplicable. Il faut que je me fasse 
sans cesse violence pour conserver mon calme. 

Un curé avait été atteint d'une fluxion de poitrine 
à un haut degré, et l'emphysème des poumons (dila- 
tation des vésicules des poumons, infiltration d'air 
dans les parois pectorales) s'en était suivi. Il vint à 
moi en toussant tellement que cela faisait peine à 
entendre. Il était d'apparence très malade, avait 
peu d'appétit et ses forces allaient en diminuant. 
Les médecins lui avaient déclaré que ses poumons 
n'étaient pas inguérissables. 

Il pratiqua les applications suivantes, pendant 2 
semaines : 1) chaque jour, 2 afïusions supérieures ; 
2) chaque jour, 2 promenades dans l'eau durant 3-5 mi- 
nutes; 3) 3 fois par semaine, le châle, et 4) tous les 
2 jours, un bain de siège de la durée d'une minute. 
— Outre cela le malade eut à prendre en boisson 
une décoction de fenugrec préparée avec du miel, 
à la dose d'une cuillerée par heure. 

Quel fut l'effet de ce traitement? Les affusions 
fortifièrent la partie supérieure du corps. Au début 
la toux augmenta davantage encore, mais il partit 
une masse de glaires. Après 3 jours la toux et les 
crachats diminuèrent, et au bout de 12 jours il n'y 
eut plus qu'un petit reste d'engorgement. Il disparut 
complètement par la nouvelle application d'affusions 
supérieures, d'affusions des genoux et par l'usage 
du thé d'ortie et de plantain. Trois semaines plus 
tard, le malade fut en pleine convalescence. 

6. Asthme. 

Un monsieur raconte : Je suis âgé de 46 ans. De- 
puis 20 ans je souffre de l'asthme. Je me suis adressé 



462 TROISIÈME PARTIE, 

à différents médecins ; mais ils déclarèrent ma mala- 
die incurable et ne me prescrivirent que des cal- 
mants, qui sont tous restés sans résultat. Je n'eus 
plus d'autre choix que de supporter patiemment 
mon infirmité, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de m'en 
délivrer par la mort. Elle était parfois très doulou- 
reuse. J'avais bien souvent une telle peine de res- 
pirer, particulièrement de nuit, que j'étais obligé 
d'ouvrir ma fenêtre par les plus grands froids et de me 
tenir ainsi au grand air, pendant des nuits entières, 
pour ne pas étouffer. — Ces accès pouvaient durer 
plusieurs jours de suite. Tous les moyens employés 
restèrent sans effet. A cette longue infirmité s'ajou- 
tèrent encore le manque d'appétit et une grande 
diminution des forces, ce qui me fit penser que le 
terme de ma vie n'était plus bien loin. Enfin le ciel 
eut pitié de moi. Le livre Ma cure d'eau tomba 
entre mes mains et fut mon sauveur dans la détresse. 
En l'espace de huit jours j'étais guéri. On a de la 
peine à croire comme l'eau peut refaire une nature 
en si peu de temps. Les applications étaient : 1) une 
affusion supérieure, puis une autre sur les genoux, 
enfin une promenade dans l'eau ; — 2) une affusion 
du dos ; puis une affusion des cuisses ; — 3) un bain 
de siège, une affusion supérieure, et un demi-bain ; 
4) affusion supérieure ; affusion du dos ; promenade 
dans l'eau ; — 5) demi-bain ; affusion supérieure ; 
bain de siège; — 6) bain entier et affusion supé- 
rieure ; — 7) affusion des cuisses et affusion supé- 
rieure. — De plus je me promenais nu-pieds dans 
l'herbe mouillée, une ou deux heures par jour. Nous 
étions en été et mon état devint d'heure en heure 
plus satisfaisant. 



MALADIES. 463 



Un prêtre me fit les déclarations suivantes : « Je 
suis bien constitué, je n'ai cessé d'être fort et bien 
portant; toutefois, depuis 9 mois, je suis tellement 
chargé de mucosités que j'éprouve beaucoup de 
peine à respirer et que, quand je suis pris d'un 
accès de toux et d'asthme, je pense étouffer. J'avais 
autrefois une voix excellente et sonore ; à présent 
c'est à peine si je puis me faire entendre. De plus, je 
suis fatigué au point que je ne puis presque plus mar- 
cher. Plusieurs médecins, que j'ai consultés, quali- 
fièrent ma maladie les uns de catarrhe des bronches, 
d'autres de catarrhe de la poitrine. » 

Je prescrivis : tous les jours, 3 ou même 4 fois 
une affusion supérieure et journellement se pro- 
mener 2 fois dans l'eau jusqu'au-dessus des mollets. 
Ce traitement dura 4 jours. Après cela, chaque jour, 
deux afîusions supérieures, une affusion dorsale, un 
demi-bain et une promenade dans l'eau, et un châle 
trois fois par semaine. Après 5 jours de ce traitement, 
j'ordonnai pour chaque jour un demi-bain, une affu- 
sion dorsale, une affusion supérieure et une affusion 
des genoux. En peu de temps tout était fini. Une 
masse incroyable de glaires était partie. La mine 
devenait de jour en jour meilleure, la respiration 
plus facile, la voix plus nette, l'humeur plus gaie. 
Ce qui avait été préjudiciable à la santé du patient, 
c'était l'habillement trop chaud et le défaut de mou- 
vement. 



464 TROISIÈME PARTIE. 



XVI. MALADIES DU CŒUR. 

Dans nos temps agités il y a un nombre incalcu- 
lable de personnes qui souffrent des nerfs, de l'es- 
tomac et du cœur. Ces 3 organes sont les boucs 
émissaires qu'on charge de tout. Ainsi, un homme, 
qui a été bien portant pendant vingt ou trente ans 
et qui n'a, pour ainsi dire, jamais senti où se trouve 
son cœur, devient-il maladif, voilà qu'aussitôt il a 
une maladie de cœur, peut-être même un défaut 
organique et incurable du cœur. Vaines paroles! 
Affirmations gratuites ! Depuis des années mon ex- 
périence m'a démontré, dans nombre de cas, que la 
plupart de ces maladies de cœur, devant avoir leur, 
siège soit aux artères, soit aux valvules ou ailleurs, 
n'existaient point en réalité. Sur 100 cas où les 
malades se croyaient atteints au cœur ou étaient 
traités comme tels, il y en avait fort peu, où le 
cœur était véritablement affecté. Le cœur comptait 
généralement parmi les organes les plus sains; 
mais il existait certaines influences, qui agissaient 
sur lui et le rendaient momentanément souffrant. 
Le chat le mieux portant criera, si on lui pince 
la queue; la meilleure pendule ne marchera plus, 
si je dépends les poids, et la flûte la plus mer- 
veilleuse refusera le service, si les languettes sont 
obstruées ou rouillées. De même aussi le cœur le 
plus sain peut être entravé et dérangé dans ses 
fonctions, si un ennema quelconque, caché dans 
l'organisme, vient à l'étrangler en quelque sorte. Il 
faut chercher cet ennemi, écarter certains obstacles, 
et il ne restera plus trace d'une maladie de cœur. 



MALADIES. 465 



Cela me fâche toujours, quand j'entends dire : Une 
maladie du cœur! Une affection du cœur! On in- 
quiète le monde sans motif et l'on ajoute à la surexci- 
tation déjà existante une surexcitation nouvelle. 

Un homme, à la fleur de l'âge, vint me trouver 
en se lamentant que, d'après les déclarations des mé- 
decins, il avait une maladie de cœur, que le cœur se 
dilatait trop. Je m'informai minutieusement si jamais 
il avait été malade. Il répondit négativement à mes 
questions ; mais, après un moment de réflexion, il 
crut devoir avouer qu'il avait un exanthème à une 
jambe, au-dessous du jarret. Cela me suffit. La na- 
ture vigoureuse s'était, pour ainsi dire, elle-même 
creusé, à l'endroit malade, un canal destiné à ex- 
pulser les humeurs malsaines. Ma tâche consista 
donc uniquement à donner un coup de main à la 
nature, qui se curait elle-même, à l'aider dans son 
travail éhminateur. Sur le cœur, au contraire, je 
ne voulus exercer aucune action. Le malade me fit 
encore remarquer que toutes les fois que l'éruption 
était plus forte, il se sentait à l'aise dans la région 
du cœur, mais que, cette éruption disparaissant en 
tout ou en partie, il éprouvait de terribles palpita- 
tions. Voilà tout à fait mon affaire. Le patient reçut 
2 fois par semaine le demi-maillot, et 1 fois le mail- 
lot inférieur, le manteau espagnol et le bain de 
vapeur des pieds. Le manteau espagnol exerça une 
action résolutive et dérivative sur tout le corps, 
tandis que le demi-maillot agit principalement sur 
le bas-ventre, le maillot inférieur acheva l'œuvre 
du demi-maillot et le bain de vapeur des pieds at- 
tira, d'une façon effi.cace, vers les régions inférieures 
ce qui restait encore d'éléments malsains. Dans l'es- 

30 



466 TROISIÈME PARTIE. 



pace de 3 semaines le corps évacua une quantité cle 
matières morbides, et la maladie du cœur avait 
complètement disparu, sans plus laisser de trace. 
Si jadis, comme aussi après la guérison du corps, 
il n'y a pas eu de maladie du cœur, ne pourrai-je 
pas dire, à juste titre, qu'il n'y en a jamais eu, en 
aucun temps? 

Un jour, à 10 heures du soir, je fus appelé auprès 
d'une mère de famille, que la difficulté de la respi- 
ration empêchait de parler. Les palpitations du 
cœur étaient si violentes qu'on en pouvait parfaite- 
ment remarquer les mouvements sur la couverture 
du lit et même en entendre les battements à une 
certaine distance. Un goût très sucré se manifestait 
au palais de la malade, qui craignait de mourir 
d'une hémorragie, d'autant plus que sa mère aussi 
en était morte la même année. Le médecin avait 
déclaré qu'elle souffrait de plusieurs maladies, en 
première ligne d'une maladie de cœur. Les mains et 
les pieds étaient tout froids, et un besoin de tousser 
la tourmentait continuellement. 

Mains froides , pieds froids , palpitations d'une 
force extraordinaire, que dit tout cela? Il faut sans 
doute en conclure que tout le sang a quitté les ex- 
trémités pour refluer vers son foyer primitif, le cœur; 
et le voilà qui cherche de nouveau une issue. De là 
ces palpitations et ces coups de marteau, comme 
s'il voulait briser les verrous et forcer les portes, 
c'est-à-dire les valvules du cœur et les artères. Vous 
avez' certainement déjà observé de quelle manière 
l'eau, qui, à la suite d'une pluie battante, s'est amas- 
sée dans un endroit sans issue, cherche à s'ouvrir 
un chemin : avec quel bruit, quel mugissement, quelle 
violence ne se fraie-t-elle pas un passage? 



MALADIES. 467 



Les horribles battements du cœur de la pauvre 
femme furent , en 5 minutes , considérablement 
amoindris par l'application d'un linge plié en deux, 
et mouillé sur le bas-ventre, où fut opérée ainsi une 
révulsion du sang, semblable à un enfant qui se 
laisse conduire par la main. Après 10 minutes, ils 
s'arrêtèrent, et le cœur, où s'était trouvé le défaut 
capital, fut libre. Comme applications ultérieures, la 
malade reçut, le premier jour, 2 lotions entières 
dans le lit; le second jour, le manteau espagnol; le 
troisième, un bain de vapeur de la tête, et le qua- 
trième, un bain de vapeur des pieds. Cette série 
d'applications fut continuée pendant un certain 
temps. Le bas-ventre, qui ne voulait pas entendre 
raison, était le principal coupable, et c'est lui qui 
avait été, en tout cas, le meneur et l'instigateur de 
la violente crise. En attendant, l'eau finit par le 
calmer aussi, et tout rentra dans l'ordre. Autant 
que je sache, il ne manqua plus jamais rien à ce 
cœur. 

Un homme de qualité était souffrant depuis des 
années et ne pouvait que difficilement faire face à 
ses devoirs d'état. Une anxiété extraordinaire aug- 
mentait ses tourments : le moindre incident lui 
occasionnait des battements de cœur, de l'agitation, 
de l'inquiétude; son entourage ne pouvait lui annon- 
cer les nouvelles qu'avec beaucoup de ménagements, 
vu que la joie et la peine produisaient toujours des 
troubles dans les pulsations de son cœur. En été, 
comme en hiver, il fallait chauffer les chambres et 
faire bien attention pour entretenir sans cesse une 
chaleur égale. Les médecins les plus célèbres furent 
consultés, et leur consultation aboutit à dire que le 



468 TROISIÈME PARTIE. 



patient, abstraction faite d'une maladie des poumons, 
d'une affection du foie et des hémorroïdes, avait un 
défaut organique du cœur, qui finirait probablement 
par un coup d'apoplexie. Le sujet mourut effective- 
ment. En considération de l'étrange maladie, on 
procéda à l'autopsie du cadavre. Et que trouva-t-on? 
On trouva que les poumons, le foie et le cœur comp- 
taient parmi les organes les plus sains, mais qu'il 
s'était simplement amassé une couche de graisse 
autour du cœur et sur la poitrine. Donc le monsieur 
est mort, à proprement parler, d'anémie : le sang, 
absorbé par la formation des muscles et de la graisse, 
finit par faire défaut. Un médecin, témoin oculaire, 
me l'a raconté lui-même, et il ajouta : « Voilà un cas 
où la science a été trompée une fois de plus. » 

Une jeune fille gémit : « Chaque fois, dit-elle, que 
je marche vite, que je m'effraie, que j'ai peur, que 
j'entends raconter un malheur, je sens une forte 
pression dans la région du cœur, et le cœur bat si 
fortement que je crains de mourir subitement. Avec 
cela les mains et les pieds se refroidissent, et le 
cœur est envahi par une grande chaleur. C'est que 
deux médecins me l'ont aussi attesté, j'ai une mala- 
die de cœur. » 

Une maladie de cœur, naturellement ! Cela pour- 
rait-il être autre chose? Et pourtant le cas était 
clair, clair comme le soleil. Un enfant se trouve-t-il 
assis sous la porte, quand un gros chien vient à 
passer, l'enfant crie, se lève et s'enfuit effrayé dans 
la maison en criant : maman, maman! De même, 
quand le pauvre cœur est effrayé de certains événe- 
ments, il crie, il bondit, il palpite; le sang quitte 
les portes de la maison, les extrémités du corps; il 



MALADIES. 469 



se précipite dans la maison, dans le cœur, et celui-ci 
se met alors à battre et à crier plus fort, de manière 
qu'on l'entend à distance. Qu'y a-t-il d'étonnant à 
cela? Où est la maladie du cœur? 

Cette fille doit commencer par jeter tout cet ha- 
billement inutile et nuisible, dont elle a l'habitude 
de "s'emmitoufler, puis se mettre aux moyens faciles 
d'endurcir le corps. La tendre créature ne se lais- 
sera plus eflÉrayer alors par l'aboiement d'un roquet 
ou par le sifflet d'une locomotive. Elle devra, 3 
fois par jour, chaque fois pendant une minute, se 
tenir dans l'eau froide jusque par-dessus les mollets, 
et immerger autant de fois les bras tout entiers dans 
l'eau froide : excellents moyens de se fortifier. Si l'eau 
devait lui paraître froide, l'âme candide pourra 
souffler dessus et la réchauffer de son haleine. Pro- 
batum est! Ces exercices dureront une semaine. 
Puis la malade pourra, 3 fois par semaine, se lever 
brusquement de nuit pour se laver entièrement le 
corps, et entrer une fois par semaine dans l'eau 
fraîche jusque sous les bras pendant une demi-mi- 
nute, en lavant énergiquement la partie supérieure 
du corps. Voilà les opérations de la seconde se- 
maine. Pendant la troisième et la quatrième semaine, 
la malade devra se faire donner journellement 2 
affusions supérieures et inférieures, puis chercher 
à se réchauffer par le travail ou par le mouvement. 
Au bout de 6 semaines la jeune fille était guérie et 
toute trace de la maladie du cœur effacée par l'eau. 

Une demoiselle arrive et demande la guérison en 
racontant ce qui suit : « J'ai passé avec le numéro î 
mon examen comme maîtresse de musique, et pen- 
dant six ans j'ai enseigné la musique dans une insti- 



470 TROISIÈME PARTIE. 



tution religieuse. A présent j'ai tant mal à la tête y 
que je ne puis presque plus entendre un instrument, 
ni orgue, ni piano, ni violon. Même le son de la 
sonnette à l'autel me perce la tête. Les médecins 
me disent que j'ai une maladie de nerfs et de cœur. 
Si j'étais bien portante, je serais admise au couvent; 
mais me voilà incapable de gagner mon pain et, 
par-dessus tout, j'endure au physique et au moral 
d'indescriptibles tourments. » 

Je répondis : «Je ne puis vous guérir; il faut que 
vous cherchiez remède ailleurs. » Sur sa demande 
pourquoi je lui donnais une réponse aussi dure, je 
lui répliquai : «Vous comme personne de la ville, 
avec vos hautes études, avec de pareilles connais- 
sances littéraires et musicales, vous ne feriez tout 
de même pas ce que je voudrais ; au reste, votre 
état, quoique déplorable, est susceptible de guéri- 
son. » Sur un ton résolu elle déclara : « Pour retrou- 
ver la santé, je ferai tout ce que vous désirez. » Elle 
a tenu parole. On était au mois de mars; je l'en- 
voyai pendant 10 jours avec les servantes dans les 
prés, où elle devait marcher nu-pieds. Journelle- 
ment je lui fis prendre, pour la transition insensible 
au froid, un pédiluve chaud et une affusion supé- 
rieure. Après 6 jours, au lieu du bain de pieds, je 
lui ordonnai de s'agenouiller chaque jour dans l'eau, 
de manière que le liquide atteignit la hauteur de 
l'estomac. Pour se donner du mouvement, elle prit 
part aux travaux des champs autant que le lui per- 
mettaient ses aptitudes et ses forces. Au bout de 10 
jours, notre demoiselle alla trouver son bienfaiteur, 
qui lui avait ménagé l'occasion de s'instruire et qui 
lui avait aussi conseillé le traitement par l'eau 
froide. Au lieu de reprendre l'archet du violon et 



MALADIES. 471 



les cahiers de musique, elle continua les exercices 
hydrothérapiques et mania avec bonheur la bêche, 
le râteau et la fourche. A mesure que le corps se 
fortifia et perdit sa langueur, la santé revint et la 
maladie du cœur et des nerfs disparut. Au bout de 
4 mois elle était guérie, la santé et la fraîcheur de 
l'enfance avaient reparu. 

Un étudiant en théologie vint me consulter. Il ne 
se sentait pas du tout à son aise, et les médecins 
prétendaient qu'il avait, entre autres choses, une 
maladie de coeur. Il aurait pourtant désiré se faire 
prêtre, mais avec ces maux de tête, ces battements 
de coeur et toutes ces angoisses il faudrait renoncer 
à tout ; ce qu'il voyait et entendait, tout lui semblait 
être une illusion. 

Je conseillai au patient d'endurcir rationnellement 
son corps, ce qui ne lui ferait aucun tort puisqu'il 
était bien constitué, et plus tard il pourrait choisir 
la carrière qui lui conviendrait. Quelques semaines 
après il reprit ses études, deux ans plus tard il fut 
prêtre et peu de ses condisciples jouissent d'une 
meilleure santé que lui. Chaque matin le jeune 
homme se promenait pieds nus pendant une demi- 
heure dans la rosée, et tous les jours il se plongeait 
dans l'eau à niveau de l'estomac, en se lavant la 
partie supérieure du corps. Quand la pluie l'em- 
pêchait de faire sa promenade favorite dans la forêt, 
il se donnait du mouvement par de légers travaux. 
Dans la suite il eut, pour se fortifier, recours à d'a- 
bondantes aiïusions supérieures, 1 ou 2 fois par 
jour, alternativement avec des demi-bains. La cé- 
phalalgie et la cardialgie disparurent, en même 
temps que les forces corporelles revinrent. 



472 TROISIÈME PARTIE. 



XVII. MALADIES DE L'ESTOMAC. 

Pauvre estomac, tout le monde t'accuse ! Après 
le cœur et les nerfs, tu es bien le principal coupable. 
Demandez à cent personnes, si elles ne souffrent 
pas de l'estomac ; très peu d'entre elles vous donne- 
ront une réponse négative. Et pourtant, dans la 
plupart des cas, l'estomac est aussi innocent que 
l'enfant qui vient de naître, et il se porte tout aussi 
bien qu'un joyeux gamin qui s'amuse à jouer. 

I. Gastralgie. 

Amélie a, depuis une année entière, dû rendre la 
plupart des aliments qu'elle avait absorbés ; elle ne 
retenait que 3-4 cuillerées de lait tiède par jour. 
Elle a consulté les médecins de côté et d'autre. A la 
fin son pharmacien lui déclara qu'il ne possédait 
plus un seul remède qu'elle n'eût déjà essayé et 
pratiqué. 

On chargea la malade sur une voiture et, sans 
me prévenir, on me l'amena. Que faire ? Je ne pus 
pas renvoyer les pauvres gens. La malheureuse 
était très amaigrie, ses traits affaissés, la voie cas- 
sée, — l'extrême détresse. Néanmoins elle ne tous- 
sait pas, ce qui, pour moi, était de la plus grande 
importance; elle n'avait que d'horribles douleurs 
d'estomac. On vint donc réclamer quelque chose 
pour l'estomac. Je priai ces gens de se calmer et de 
ne pas tant se plaindre du pauvre estomac, qui était 
un des organes les plus sains chez cette personne, 
mais que c'était ailleurs que cela manquait. Les uns 



MALADIES. 473 



se fâchèrent, les autres rièrent. La malade dut se 
demander si j'étais bien maître de mes sens, et elle se 
dit sans doute : Comment! venir de si loin, avec de 
pareilles douleurs, pour entendre les paroles dures 
et impitoyables d'un prêtre ! 

Cela me fut égal. Pourquoi ai-je ainsi jugé le 
cas? La malade ne toussait pas, mais l'air et les 
gaz s'échappaient de la bouche. L'estomac et l'ab- 
domen étaient remplis de gaz, remplis jusqu'à l'excès. 
Dans de pareilles conditions personne ne peut vivre, 
pas même l'estomac le plus docile et le plus tolé- 
rant : il est obligé de cesser son travail régulier, en 
tout ou en partie. Le mal empirait par la circons- 
tance que la peau était toute sèche et la transpi- 
ration entièrement arrêtée. 

Voici la série des applications que je prescrivis : 
Maillot inférieur tiède, lotion de la partie supérieure 
du corps, demi-maillot, lotion entière, affusion des 
genoux (une demi-minute), encore le maillot infé- 
rieur, affusion supérieure, agenouillement dans l'eau 
(une demi-minute) jusqu'au niveau de l'estomac, 
lotion entière, compresse supérieure et inférieure. 
La malade dut pratiquer, à chaque demi-journée, 
une de ces applications, dans l'ordre indiqué, et, en 
outre, se promener sur les dalles mouillées plu- 
sieurs fois par jour. 

Par les maillots inférieurs tièdes j'ai cherché 
d'abord à réchauffer la peau, à l'humecter et à la 
ramollir, puis à agir principalement sur l'abdomen 
par les lotions entières et les autres opérations. Je 
réussis : l'air et les gaz sortirent par les voies natu- 
relles ; la transpiration, fonction normale de la peau, 
se rétablit; l'appétit rentra dans l'estomac débar- 
rassé de l'air et des gaz; le sang et les humeurs 



474 TROISIÈME PARTIE. 



augmentèrent. Dans l'espace de 5 semaines la ma- 
lade retrouva la santé. 

Rose souffrait de l'estomac depuis des années, de 
violentes crampes d'estomac depuis plusieurs mois. 
Très souvent elle était obligée de garder le lit et, 
lors même qu'elle pouvait se lever, elle avait toutes 
les peines pour faire le plus nécessaire de ses tra- 
vaux. Différents médecins avaient déclaré que, hor- 
mis le très mauvais estomac, il ne lui manquait rien. 
Elle a pris beaucoup de médecines sous la forme 
liquide et solide, en poudres et en pilules, parfois 
des préparations très fortes. Son aspect annonçait 
d'énormes souffrances : les traits allongés, le teint 
pâle, le corps n'étant plus qu'os et peau ; le bas- 
ventre — pour compléter l'image de la maladie — 
extrêmement gonflé, et ses vêtements même lui fai- 
saient mal. Elle a souvent eu des vomissements, 
tandis que ses pieds et ses mains étaient habituelle- 
ment froids comme la glace. 

Mon diagnostic fut le même que dans le cas pré- 
cédent. La pauvre fille s'était gâté le bas-ventre en 
passant, souvent et subitement, du chaud au froid, 
du foyer ardent de la cuisine dans la glacière, sans 
savoir comment se garantir contre les influences 
préjudiciables, dont elle avait eu conscience de 
bonne heure. Elle n'avait personne qu'elle voulût 
consulter et supporta les bobos aussi longtemps que 
possible ; mais enfin la pression de l'abdomen devint 
telle que l'estomac, resserré et contraint, se trouvait 
dans rimpossibihté de conserver les aliments ab- 
sorbés. 

Aux applications générales, destinées à stimuler 
le corps tout entier, durent s'ajouter des applica- 



MALADIES. 475 



tions spéciales pour l'abdomen (non pour l'estomac), 
en vue de résoudre et d'éliminer ce qui s'y était 
accumulé, notamment les gaz. Voici comment se 
succédèrent les applications, une par jour : manteau 
espagnol (application générale), fomentation de 
fleurs de foin renflées sur l'abdomen (chaque jour 
pendant 2 heures), demi-maillot (résolvant et élimi- 
nant), compresse supérieure et inférieure, 2 lotions 
entières froides dans chaque nuit (en sortant du lit) ; 
puis de nouveau le manteau espagnol. 

Comme applications accessoires, la marche sur les 
dalles mouillées ou dans l'herbe humide ainsi que 
parfois l'afîusion des genoux rendaient de bons ser- 
vices. — Après 4 semaines, il suffit d'employer, alter- 
nativement, tous les 2 jours, le manteau espagnol 
et le demi-maillot, ainsi que la promenade nu-pieds, 
comme il est dit plus haut. Rose fut guérie et se 
porte bien depuis lors. Récemment je la rencontrai 
par hasard , et elle me dit : « Jamais de ma vie 
je n'ai joui d'une aussi bonne santé que mainte- 
nant. » 

Frédéric avait d'abord eu beaucoup de rapports 
acides, plus tard il rejetait tout ce qu'il avait mangé 
et bu. Aucun moyen ne put le soulager, et le méde- 
cin définit la maladie comme squirre avec obstruc- 
tion du pylore. 

L'aspect du patient n'était pas mauvais, les traits, 
sans doute, un peu vieillis et le teint jaune. «L'es- 
tomac, dit-il, renvoie beaucoup d'air, l'abdomen est 
gonflé par les flatuoisités comme un tambour, et puis 
apparaît régulièrement un violent mal de tête. » 

Voilà de nouveau un manque d'activité dans les 
régions inférieures, l'atonie des intestins. De là 



476 TROISIÈME PARTIE. 



l'irrégularité des selles, Faccumulation des gaz et 
la pression exercée sur l'estomac et dans la tête. 
Le malade dut donc, pendant 10 jours consécutifs, 
appliquer chaque jour sur le bas-ventre un linge 
mouillé dans un mélange d'eau et de vinaigre et le 
maintenir 2 heures durant; prendre chaque jour un 
pédiluve chaud animé de cendres et de sel, et se 
faire lotionner le dos 2 fois chaque nuit avec de l'eau 
froide. 

Après 6 jours, on constata déjà du mieux dans 
l'état général. A partir du 10^ jour, le patient eut 
recours au demi-maillot 2 fois par semaine, une 
fois au manteau espagnol et tous les 2 jours au bain 
de pieds avec cendres et sel. Dans la 3^ recette, je 
prescrivis, pour les 2 dernières semaines, 3 affusions 
supérieures et inférieures et 2 demi-bains (jusqu'à 
hauteur de l'estomac) par semaine. En 6 semaines 
le malade fut radicalement guéri. 

. «Depuis longtemps j'ai une induration doulou- 
reuse à l'estomac. Cela me gonfle extrêmement et 
parfois je vomis tout avec beaucoup de douleurs. 
La plupart du temps les pieds me font mal et mani- 
festent des mouvements convulsifs. Mes lèvres sont 
constamment blanches et tout mon corps s'amaigrit. 
J'ai consulté plusieurs médecins ; mais ils ne m'ont 
prescrit que des purges, ce qui m'a bien travaillé 
et affaibli. » 

Traitement. 1) Appliquer 3 fois par semaine, 
chaque fois pendant une heure, des fleurs de foin 
renflées sur l'abdomen; 2) toute^s les 2 nuits sortir 
du lit, se laver complètement et se recoucher sans 
essuyer; 3) prend^re chaque matin 25 gouttes d'ab- 
sinthe, et chaque après-midi 25 gouttes de gratte-cul. 



MALADIES. ' 477 



Je pourrais citer encore des cas pareils en nombre 
considérable. Ce que j'ai dit, doit suffire. Il faut 
néanmoins que je constate et que je reconnaisse 
une chose encore : si l'infirmité ne disparaît pas, si 
la pression, continue et accompagnée d'une inflam- 
mation de l'estomac, n'est pas enlevée, alors les fu- 
nestes et dangereux abcès prennent naissance dans 
l'estomac, abcès qui dégénèrent ordinairement en 
cancer. Mais alors encore il peut y avoir des illu- 
sions et des méprises. 

Je ne vais citer qu'un exemple à l'appui. On vint 
me dire un jour : «Un membre de notre famille 
souffre, au dire des hommes de l'art, d'un cancer 
stomacal bien prononcé. On m'envoie simplement 
demander quelles mesures prophylactiques sont à 
prendre, pour échapper à la contagion de la terrible 
maladie. « J'indiquai des règles, des précautions et 
en même temps des remèdes, qui guérirent le malade 
dans l'espace de 4 semaines et forcèrent le cancer à 
battre en retraite. Ces remèdes consistaient en 
tisanes de mille-feuille, d'absinthe et de sauge, ainsi 
que dans l'emploi du demi-maillot, alternativement 
avec les bains de pieds. 

2. Aigreurs d'estomac. 

Crescence me raconta : « J'ai quarante-cinq ans, 
presque chaque jour je souffre de fortes douleurs 
stomacales. Si le mal cesse par intervalles, c'est 
toujours pour très peu de temps. Bien souvent j'ai 
des renvois aigres et amères, et je ne sais plus com- 
ment me réchauffer; plus ces renvois eiigres et 
amères sont forts, plus le froid est grand. » 

Cette personne avait l'aspect bien souffrant; elle 
était très maigre, ses traits étaient tirés, le froid pa~ 



478 TROISIÈME PARTIE. 



raissait avoir chassé tout calorique. Elle souffrait 
d'une grande anémie, sans doute arrivée à la suite 
de mauvaise digestion. 

Traitement. Versez de l'eau bouillante sur des 
fleurs de foin, mettez-les aussi chaudes que possible 
dans un linge ou mieux dans un petit sac, appliquez- 
les sur l'épigastre et l'abdomen, enveloppez le tout 
au moyen d'un linge, de manière à l'attacher à votre 
corps, et gardez-le pendant une heure et demie. 
Faites ainsi 3 jours consécutifs. Prenez chaque soir 
un pédiluve chaud avec cendres et sel (14 minutes), 
3 jours durant, puis chaque 3^ ou ¥ jour seulement, 
et chaque semaine 3-4 lotions de nuit, en sortant du 
lit et en y rentrant aussitôt. Ensuite prenez journel- 
lement 4-6 cuillerées d'infusion d'absinthe et conti- 
nuez ainsi pendant 2 semaines. Après cela vous 
pourrez vous contenter, par semaine, d'un pédiluve 
et d'une lotion de nuit ou encore d'un demi-bain. 

Des congestions après les repas et des renvois, 
particulièrement 2 heures après les repas et plus 
tard pendant tout l'après-midi, à 4-5 minutes d'in- 
tervalle; en outre des selles peu abondantes, une 
complète atonie des intestins, une forte sueur aux 
pieds (d'une odeur fétide) : voilà un état qui durait 
depuis 5-6 ans. Plusieurs moyens furent employés, 
tous sans résultat. L'aspect de la personne — cou- 
leur de porcelaine — dénotait une grave maladie ; 
les bords des yeux étaient gris et bleus, manque de 
sang, peu de calorique naturel, mauvaise digestion, 
6t partant nutrition défectueuse du sang et de l'or- 
ganisme. — Comment traiter ce cas? 

J'ordonnai le traitement suivant : 1) Résoudre 
les substances morbides, 2) augmenter la chaleur 



MALADIES. 479 



interne, 3) provoquer une meilleure digestion en 
stimulant les organes, pour améliorer le sang et les 
humeurs et mettre toute la machine dans une marche 
régulière. Car cet organisme ressemblait à une ma- 
chine qui avait été activement graissée, mais dont 
les éléments constitutifs n'étaient pas bons, et voilà 
pourquoi il fallut purger et déterger la machine 
dans toutes ses parties. Donc les substances mor- 
bides renfermées dans les pieds furent résoutes et 
éliminées par des pédiluves, répétés 3-5 fois, jus- 
qu'à cessation de la sueur des pieds; les lotions 
entières produisirent une transpiration générale et 
augmentèrent ainsi la chaleur naturelle ; les organes 
furent stimulés et fortifiés par l'affusion supérieure 
et inférieure. On pratiqua journellement 2 de ces 
applications, 8-10 jours durant. 

La seconde recette prescrivit, pour les 10 jours 
suivants, la lotion totale, la compresse supérieure 
et inférieure, l'agenouillement dans l'eau, l'affusion 
dorsale. 

La troisième recette marquait des demi-bains et 
des lotions totales. 

Au bout de 3-4 semaines, l'organisme était remis. 
Mais, pour maintenir ce mieux et pour le, parfaire, il 
fut nécessaire de recourir encore à quelques appli- 
cations par semaine, comme la lotion totale ou 
l'affusion supérieure et inférieure. 

Une femme de soixante-quatre ans a une vive 
cuisson dans -l'estomac, des éructations et des vo- 
missements, souvent aussi une fièvre froide et parfois 
une forte sueur. Pendant des semaines le mal aug- 
mente, malgré tous les moyens employés. Voici la 
recette qui produira les meilleurs résultats : 1 ) chaque 



480 TROISIÈME PARTIE. 



jour deux fois 20 gouttes d'absinthe dans une petite 
tasse d'eau bien chaude ; 2) en outre, chaque jour, une 
compresse inférieure chaude pendant une heure; 
puis, 3) tous les deux jours, un linge plié en deux, 
plongé dans l'eau chaude et appliqué une heure 
durant sur l'abdomen; enfin, 4) tous les deux jours, 
un pédiluve chaud avec cendres et sel, de la durée 
de 14 minutes. 

Une personne de quarante ans se plaignait de 
fréquentes douleurs d'estomac, de douleurs dans le 
bas -ventre, d'inappétence, de rapports aigres et de 
débilité. De plus, les mains et les pieds étaient habi- 
tuellement froids. 

Traitement : 1) chaque matin et chaque soir frot- 
ter énergiquement la poitrine et le bas-ventre avec 
un liquide moitié eau, moitié vinaigre; 2) manger 
chaque jour 6-8 graines de genièvre; 3) se laver 
totalement 3 fois par semaine, en sortant du lit et 
en y rentrant sans s'essuyer. 

La malade fut guérie en quinze jours. Pour con- 
server la santé, elle dut, pendant un temps assez 
long, continuer la lotion totale, une fois par semaine. 

3. Catarrhe d'estomac. 

Une femme de quarante ans vint se plaindre comme 
suit : «Au côté gauche, en dessous des côtes, j'é- 
prouve toujours des douleurs, tantôt plus, tantôt 
moins. Quelquefois c'est insupportable. J'aide même 
des difficultés avec l'urine : parfois je n'en puis pas 
rendre du tout ; quoique de temps à autre il y ait du 
mieux, je souffre toujours beaucoup, si bien que 
souvent déjà j'ai souhaité la mort. Puis je suis aussi 
gonflée d'une façon extraordinaire ; mon cou devient 



MALADIES. 481 



parfois tellement gros et boursoufflé, que je ne puis 
presque plus parler. J'ai déjà employé bien des mé- 
dicaments et d'autres moyens ; parfois je me sen- 
tais soulagé, mais chaque fois l'ancienne histoire 
revenait. » 

Cette pauvre femme fut quitte de ses souffrances 
dans l'espace de 4 semaines, au moyen des applica- 
tions qui suivent : 

1° Pendant les 12 premiers jours : a) mettre des 
fleurs de foin renflées dans un linge et les appliquer 
à l'état chaud sur l'abdomen et l'estomac, pendant 
une heure et demie, 4 fois par semaine ; — bj se 
laver nuitamment, en sortant du lit et en se recou- 
chant immédiatement, avec de l'eau mêlée de sel, 
pendant une minute, 3 fois par semaine; — cj) boire 
chaque jour une tasse d'infusion faite de 20 graines 
pilées de genièvre et d'un peu de prêle, cuite pen- 
dant 10 minutes et répartie en 3 portions, à prendre 
dans le courant de la journée. 

2° Après ces 12 premiers jours, employer pendant 
3 semaines : aj une fois par semaine, l'application 
des fleurs de foin ; — bJ trois fois par semaine, se 
laver totalement pendant la nuit ; — cj deux fois 
par semaine, un demi-bain, durant une demi-minute ; 
— d) continuer de boire l'infusion, comme ci-dessus. 
Pour conserver la santé à l'avenir, il suffit de 2 
demi-bains par semaine. 

Une mère de famille se lamente : « J'ai toujours 
des douleurs dans le ventre, qui est souvent très 
gonflé ; et, quand c'est bien fort, je sens une pression 
dans l'estomac, qui me donne beaucoup d'aigreurs 
et me fait parfois vomir tout ce que j'ai mangé. Je 
sens une lourdeur dans la tête et souvent des ver- 

31 



-482 TROISIÈME PARTIE. 



tiges. Il y a des époques où je suis obligée d'évacuer 
l'urine après chaque demi-heure, d'autres fois je n'en 
rends qu'à peine une fois par jour. Trois médecins 
m'ont affirmé que j'ai un catarrhe de l'estomac. » 

Cette malade fut guérie dans l'espace de 4 se- 
maines : pendant la première semaine, elle ne reçut 
par jour que 2 affusions supérieures et 2 affusions 
de genoux, ainsi qu'une tasse de tisane de graines 
de genièvre et de prêle. Pendant la seconde semaine, 
une affusion supérieure et une afîusion de genoux 
par jour, et 2 maillots montant jusqu'aux aisselles. 
Pendant la troisième semaine, une fois le manteau 
espagnol, 3 fois le bain de siège et une fois le demi- 
bain. Pendant la quatrième semaine enfin, des demi- 
bains, 3 fois le manteau espagnol, et une promenade 
quotidienne dans l'eau. 

4. Crampes d'estomac. 

Monsieur N. s'est souvent refroidi, ce qui lui a 
attiré des douleurs de ventre, et, par suite d'une 
accumulation de gaz, il avait souvent des vomisse- 
ments. Quand une bonne quantité d'air s'était ainsi 
échappée et que le vomissement avait été bien fort, 
il éprouvait du mieux et se sentait le meilleur appétit. 
Mais le mal finit par s'accentuer de plus en plus et 
par se déclarer après chaque repas, en prenant un 
degré d'intensité intolérable. Avec cela les mains et 
les pieds étaient froids comme de la glace, et le 
corps entier frissonnait un peu. 

Dans ces cas l'estomac est ordinairement très 
innocent; c'est la pression violente de l'air qui pro- 
duit les nausées et les vomissements. Ces derniers 
soulagent seulement pour un peu de temps. Le mal 
ne disparaît que quand le corps tout entier a rétabli 



MALADIES. 483 



une chaleur égale, une transpiration égale et le 
cours régulier du sang. 

J'obtins ce résultat en faisant, le premier jour, 
laver 3 fois le malade dans son lit avec de l'eau bien 
chaude mêlée de vinaigre et en le faisant bien 
couvrir, sans essuyer. Au second jour cette opé- 
ration fut pratiquée 2 fois et dans la suite une fois 
par jour. Ce procédé suffit toutes les fois que, par 
suite d'un refroidissement, on a de la fièvre avec 
des rapports d'air et des vomissements. 

Je fus appelé auprès d'une malade qui, couchée 
au lit, tremblait de tout son corps ; les convulsions 
la soulevaient tantôt en l'air, tantôt elles la jetaient 
adroite et à gauche. Elle ne pouvait pas parler; 
mais sa mère me raconta ce qui suit : 

« Ma fille a constamment un horrible mal de tête, 
une violente oppression à la poitrine et dans la 
région gastrique. Ses mains et ses pieds sont conti- 
nuellement froids comme la glace et humides d'une 
sueur gluante. Elle est mariée depuis 9 mois; les 
10 premières semaines elle se portait très bien ; puis 
cet état s'est dessiné petit à petit pour arriver à ce 
degré d'exacerbation. Elle ne peut rien manger, 
tout au plus quelques cuillerées de bouillon ou de 
€afé; tout ce qu'elle a reçu des médecins, même les 
injections et ce que l'on emploie pour provoquer le 
sommeil, n'a servi qu'à aggraver la maladie. » 

Je donnai à cette malade les conseils suivants : 
Poser 2 fois par jour les pieds dans l'eau froide 
jusqu'au-dessus des mollets et laver en outre les 
pieds avec l'éponge ou l'essuie-mains; immédiatement 
après, immerger les mains et les bras dans l'eau 
froide jusqu'aux épaules, pendant une minute, et en 



484 TROISIÈME PARTIE. 

outre laver les mains. Après cela, les mains et les 
pieds devront être mis sous la couverture chaude 
du lit. Tous les matins et tous les après-midi, la ma- 
lade doit prendre 12 gouttes d'essence de camomille 
(voir pharmacie) dans 6 ou 8 cuillerées d'eau chaude. 
En fait de nourriture elle doit prendre de temps en 
temps 3 ou 4 cuillerées de lait ou de café de malt; 
il est préférable de faire alterner les deux. 

Après 12 jours, la malade était remise au point 
d'avoir de l'appétit pour la nourriture ordinaire; 
les crampes étaient parties, l'oppression à la poi- 
trine et à la région stomacale avait cessé; le mal de 
tête n'existait plus, les mains et les pieds étaient 
chauds. 

Elle employa ultérieurement les applications sui- 
vantes : Tous les 2 jours, immersion des pieds dans 
l'eau froide, comme il est dit ci-dessus ; 2 fois par 
semaine, un bain de pieds chaud, animé par des 
cendres et du sel, pendant 14 minutes, et, une fois 
par semaine, se lever de nuit pour se laver le corps 
entier et se recoucher tout de suite après. A la place 
des gouttes de camomille, elle prit de l'essence d'ab- 
sinthe et de sauge, chaque fois 10-12 gouttes, dans 
l'eau chaude. La malade se trouva si bien remise 
qu'elle put de nouveau aller à l'église et reprendre 
ses occupations domestiques. Pour se rétablir com- 
plètement et se fortifier davantage, il ne lui fallut 
plus qu'une lotion froide par semaine ; mais ces 
lotions seraient avantageusement remplacées par 
des demi-bains. 



MALADIES. 485 



XVIII. MALADIES DU CANAL INTESTINAL 

ET DES PARTIES ACCESSOIRES. 

En passant en revue les états morbides qui peuvent 
occuper les intestins, nous nommerons d'abord ceux 
qui affectent des portions distinctes du canal intes- 
tinal, puis ceux qui atteignent simultanément plu- 
sieurs ou même toutes les parties de l'appareil. 
Nous citerons donc les coliques, la diarrhée, la 
constipation , la dysenterie , les hémorroïdes , la 
fièvre muqueuse, le typhus^ les vers intestinaux^ 
la hernie,.. 

I. Coliques. 

Les coliques, appelées aussi entéralgie ou dou- 
leurs d'intestins, proviennent de causes très diverses 
et sont souvent accompagnées de diarrhée ou de 
vomissement. Elles se manifestent parfois subite- 
ment, sans que l'on en devine ni la cause ni l'occa- 
sion. Il peut y avoir eu un refroidissement, un 
échauffement, ou bien un aliment, une boisson 
quelconque a joué ce tour à la nature. Il faut cou- 
cher le malade sans retard, lui appliquer sur le 
ventre un linge chaud, peut-être aussi une bassi- 
noire,^ et bien le couvrir (mais sans trop l'incom- 

* On peut se servir aussi d'une brique chauffée et enve- 
loppée dans un linge ou un molleton. Chacun connaît les 
«ruchons de grès à eau minérale : on en remplira un d'eau 
chaude, on l'enveloppera, et on aiu-a une excellente chauffe- 
rette ou bassinoire. 



486 TROISIÈME PARTIE. 



moder), afin que l'air n'ait pas d'accès auprès de lui. 
Comme calmant, on lui administrera une chopine de 
lait, dans lequel on a fait bouillir du fenouil ou du 
cumin. Ce simple remède domestique suffira. 

Quant aux aliments et à la boisson, je recom- 
mande, tant que l'état de maladie dure, une nourri- 
ture très simple , peu salée, peu épicée, facile à 
digérer; comme boisson, j'aime voir l'eau pure ou 
mêlée de vin et le lait. 

Un régisseur raconte : «Depuis des années je 
souffre d'un mal de ventre, parfois presque insup- 
portable; j'ai souvent des coliques, des tranchées. 

11 y a longtemps que je ne puis plus rien manger sans 
éprouver de fortes douleurs, suivies chaque fois de 
dévoiement. J'ai pris une masse de médecines, mais 
je n'ai trouvé que peu de soulagement, tout au plus 
pour un peu de temps. » 

La mine de cet homme à la force de l'âge était 
très malade, son corps amaigri, son teint pâle et 
ses yeux troubles. Comment faire? Il prit, 1) chaque 
semaine, 3 bains de siège; 2) chaque matin et chaque 
soir, une ablution vigoureuse de la poitrine et du 
ventre avec de l'eau mêlée de vinaigre ; 3) un demi- 
bain d'une minute par semaine, et, 4) 2 fois par jour 

12 gouttes d'absinthe dans l'eau chaude pour l'usage 
interne. 

En 4 semaines le pauvre homme était délivré de 
son infirmité. 

2. Diarrhée. 

Il y a des personnes qui sont prises de la diarrhée 
sans y avoir donné occasion. Cette infirmité peut se 
présenter régulièrement, p. ex. à certaines époques 



MALADIES. 487 



précises, 1 ou 2 fois par an, ou bien irrégulièrement. 
Les personnes se portent bien avant et après. La 
diarrhée régulière provient de ce que la nature vi- 
goureuse expulse le trop-plein des matériaux amas- 
sés. Comme on travaille sans inquiétude, quand la 
chaudière est pourvue d'une soupape de sûreté ! De 
même aussi on peut être tranquille, si la nature, 
semblable à une pareille chaudière, rejette d'elle- 
même ce qui est superflu et malsain. 

Je n'ai absolument rien à prescrire contre cette 
sorte de diarrhée; ne faites rien, je vous le recom- 
mande, pour la combattre. Le plus souvent ces 
évacuations ont lieu en automne ou au printemps, 
et il nous semble que l'air et la température y con- 
tribuent pour leur part.'' 

Quant aux diarrhées irrégulières, accompagnées 
ou non de douleurs, il faut y faire attention. Ce sont 
des avertissements, par lesquels nous apprenons 
qu'il s'est rassemblé dans le corps des éléments 
morbides qui, s'ils ne sont pas éliminés, portent 
souvent préjudice. L'expérience, en effet, nous en- 
seigne que, chez les personnes ainsi atteintes, l'un 
ou l'autre organe est ordinairement en souffrance et 
que de pareils malades meurent généralement 4© 
bonne heure, ou du moins n'atteignent pas un âge 
avancé. La diarrhée est souvent le signe avant-cou- 

^ Si l'on parcourt les journaux au printemps ou en au- 
tomne, à peu près à chaque saison, on verra quel rôle jouent 
les pilules sanguipurges, les herbes dépuratoires du printemps 
et de l'automne. Je ne conseillerais jamais chose pareille. 
Celui qui vevt absolument se droguer (il y a de ces gens-là), 
n'aura qu'à prendre, l'un ou l'autre jour de la semaine, pen- 
dant 5-6 heures, une cuillerée d'eau fraîche après chaque 
demi-heure. Cela aide la nature; le reste peut la gâter. 



488 TROISIÈME PARTIE. 

reur de graves maladies. Dans l'œuvre de la guéri- 
son il faut, avant tout, agir sur le bas-ventre, 
alternativement toutefois avec des applications sur 
le corps tout entier. Il n'est jamais prudent d'arrêter 
subitement la diarrhée ; les matières putrides doivent 
être éloignées peu à peu et les organes intérieurs si 
bien fortifiés que la nature ne donne plus naissance 
à des éléments morbides, ou qu'elle les élimine en 
temps voulu. 

Pour l'usage interne il faut employer le thé d'ab- 
sinthe avec de la sauge, de centaurée avec de la 
sauge, ou encore de mille-feuille avec du mille-per- 
tuis, à la dose d'une ou de deux petites tasses par 
jour. On peut aussi prendre 6 ou 10 baies de ge- 
nièvre par jour. Tous ces remèdes ont pour effet 
de favoriser la digestion, d'entretenir le suc gas- 
trique, et renferment en même temps des substances 
nutritives. 

La diarrhée est-elle forte et dure-t-elle longtemps, 
alors il faudra prendre, 2 fois par jour, une demi- 
cuillerée d'esprit de myrtilles dans de l'eau chaude. 
Comme applications hydrothérapiques, il suffit, au 
commencement, de prendre, par semaine, 3-4 com- 
presses sur le ventre, où on les laisse environ une 
heure et demie (à cet effet on plie un linge en 4, 
on le trempe soit dans de l'eau vinaigrée, soit dans 
une décoction de branches de pin, et on l'applique 
sur le bas-ventre), et puis également un demi-mail- 
lot par semaine. L'on continue ce traitement pen- 
dant quinze jours. Au bout de ce temps, on peut, 
pour se fortifier, prendre 1 ou 2 demi-bains par 
semaine, avec lotion du haut du corps, de même 
aussi 1 ou 2 lotions entières par semaine, qu'on 
s*administre nuitamment, en sortant du lit. Ce trai- 



MALADIES. 489 



tement dure 3-4 semaines. Si ensuite on se faisait 
une règle de ne pas laisser passer de semaine sans 
prendre au moins une lotion entière ou un demi-bain 
froid avec lotion du haut du corps, tout l'organisme 
en deviendrait plus fort et plus sain, et l'état anor- 
mal, dont nous venons de parler, disparaîtrait, à 
moins qu'il n'ait des causes plus profondes. 

Un homme de quarante-huit ans vient me racon- 
ter : «Je souffre sans cesse d'un dérangement du 
corps. Comme j'ai voyagé, j'ai eu 7 selles aujour- 
d'hui; à la maison, je vais jusqu'à 6 fois par jour à 
la garde-robe. Voilà 9 mois que ce mal dure. » 

Cet homme avait l'air très bien portant, n'étant 
ni maigre ni trop gros, et son teint était frais. Il 
dut : 1) accepter une affusion supérieure chaque 
matin et chaque après-midi; 2) se promener chaque 
matin dans l'eau et recevoir une affusion de genoux 
l'après-midi; 3) prendre chaque jour 6 ou 8 baies de 
genièvre. 

Au bout de 5 jours, le dérangement cessa, et les 
selles devinrent régulières. Quelqu'un demandera 
peut-être pourquoi, dans ce cas, j'ai prescrit le sus- 
dit traitement, tout à fait différent des applications 
usitées pour la diarrhée. C'est que, chez cet homme, 
fort et bien portant, aux yeux sains et clairs, la 
nature était encore en bon état. Si on vient en aide 
à une pareille nature et qu'on lui amène du calorique 
au moyen des applications d'eau, alors elle sera à 
même d'arrêter le dévoiement par ses propres forces, 
donnant ainsi raison au proverbe allemand : Un 
bon aubergiste met lui-même les soûlards à la porte. 

Comme applications ultérieures, j'aimerais voir 
2 ou 3 demi-bains par semaine ou bien autant d'af- 
fusions supérieures avec affusions des genoux 



490 TROISIÈME PARTIE. 



Un autre particulier de quarante-huit ans vint 
raconter ce qui suit : «Depuis de longues années, 
avec peu d'interruptions, j'ai un dérangement de 
corps. Je me suis déjà soumis à différents régimes, 
j'ai consulté beaucoup de médecins, j'ai employé 
également une quantité de remèdes domestiques, 
j'ai pris les eaux en plusieur? endroits — rien n'y a 
fait. Le dévoiement est particulièrement considé- 
rable quand je bois soit de l'eau, soit du vin ou de la 
bière. Les aliments bien secs me vont le mieux. 
Comme chez moi tout s'en va trop vite et mal digéré, 
je n'ai jamais de forces et, quoique je ne sois pas tout 
à fait maigre, mes muscles sont néanmoins bien 
flasques. » 

Traitement. Première semaine : 1) chaque jour, 2 
affusions supérieures; 2) chaque jour, marche dans 
l'eau et 3) affusion des genoux. 

Deuxième semaine : un jour affusion supérieure 
et marche dans l'eau, l'autre jour demi-bain. 

Après ces 2 semaines, le malade se sentait plus 
fort, il éprouvait un mieux considérable, mais le 
dévoiement persistait. 

Troisième semaine : 1) application quotidienne sur 
le bas-ventre, pendant 1 heure et demie ou 2 heures, 
d'un linge plié en 4 et trempé dans l'eau mêlée de 
vinaigre ; 2) un jour, affusion supérieure et affusion 
des cuisses; 3) l'autre jour, demi-bain et affusion 
supérieure. 

La troisième semaine amena une modification 
complète dans les selles. 

Quatrième semaine : 1) chaque jour, demi-bain, 
2) tous les 2 jours application d'un linge, comme 
dans la semaine précédente. 

A Tavenir, pour recouvrer et conserver la santé 



MALADIES. 491 



et les forces, il suffit d'employer, chaque semaine, 
2 demi-bains et 1 ou 2 fois l'application du linge 
mouillé, comme ci-dessus. 

Pour l'usage interne on a eu recours aux gouttes 
d'absinthe alternativement avec les baies de ge- 
nièvre. 

Vous demanderez peut-être pourquoi j'ai précisé- 
ment suivi cette série d'applications. Je vous répon- 
drai que les applications de la première semaine 
avaient pour but de fortifier le corps par le haut et 
par le bas ; celles de la seconde semaine fortifièrent 
le corps en général et les organes intérieurs ; celles 
de la troisième semaine exercèrent principalement 
une action corroborative sur l'estomac et les intes- 
tins. 

De cette manière le corps tout entier fut amélioré. 
Les applications de la quatrième semaine comprirent 
l'organisme entier dans toutes ses parties. Cette 
distribution a donc été heureuse pour le cas donné. 
Ce qui a été pris pour l'usage interne, a servi soit à 
favoriser la digestion, soit à fortifier les organes. 

3. Constipation. 

S'il y a des gens qui ont à se plaindre souvent de 
la diarrhée, il y en a davantage encore qui souffrent 
de constipation (rareté et dureté des évacuations 
alvines). Ils croient, par conséquent, devoir prendre 
médecine; mais cette médecine, qui, sans doute, 
entretient la liberté du ventre, finit presque toujours 
par porter préjudice. On peut dire hardiment : Plus 
vous prenez une médecine de ce genre, plus votre 
organisme en pâtit. Qui pourrait énumérer tous ces 
moyens laxatifs, destinés à combattre la constipa- 
tion? J'ai connu un chirurgien de village qui, dans 



492 TROISIÈME PARTIE. 

toute la contrée, avait la réputation de très bien 
purger les gens. Que faisait-il? La plupart du temps 
il prenait de la me... d'oie et en fabriquait une 
infusion qu'il servait alors à ses honorables clients. 
Je pourrais vous conter encore d'autres histoires, 
si vous le désiriez. Mundus vult decipi^ le monde 
veut être trompé! Est-ce qu'il n'y a que les gens 
simples et les paysans qui soient ainsi menés par le 
nez? Les personnes de condition ne le sont pas 
moins, mais on s'y prend autrement. Que de flacons 
d'eau minérale n'absorbent-elles pas tous les jours! 
Et ces flacons produisent, en effet, des selles co- 
pieuses. Un jour je vis venir à moi un malade qui 
m'apporta une quantité considérable de mercure, 
qu'il avait trouvée dans les matières fécales. On la 
lui avait administrée, pour provoquer une évacua- 
tion. Combien de pilules Morisson n'a-t-on pas ava- 
lées jadis, et combien d'hommes ont ainsi trouvé 
une mort prématurée ! Il n'y a guère de maladie dont 
le traitement soit aussi varié que dans le cas de 
constipation. Et quel est le résultat ordinaire de tous 
ces essais et tâtonnements, les uns plus malheureux 
que les autres ? C'est que plus on continue à prendre 
un médicament purgatif, plus la maladie empire, et 
à la fin on ne peut plus aller à la garde-robe, à 
moins d'avoir pris médecine. Ainsi, hier soir encore 
est venu un malade abandonné par les hommes de 
l'art : il lui est impossible de laisser passer un seul 
jour, sans prendre un lavement ou un remède dras- 
tique quelconque, pour avoir la plus petite selle. 
Voilà l'effet de tous ces moyens malencontreux! 
et notre homme ne compte pas encore quarante ans. 
La science médicale de notre époque a fait un 
grand progrès en condamnant tous ces remèdes 



MALADIES 495 



violents, et beaucoup de médecins — il faut le dire 
à leur éloge — ont analysé chimiquement des cen- 
taines de recettes mystérieuses et ont mis a nu la 
fraude des' marchands d'orviétan. Néanmoins le 
spectre des arcanes se glisse encore toujours dans 
des milliers de familles et y cause un mal immense. ^ 

Si l'on est constipé, ce n'est pas seulement l'esto- 
mac ou un autre organe qui soit en souffrance : la 
plupart du temps c'est l'organisme tout entier qui 
est malade. J'ai la ferme conviction, conviction 
étayée d'un grand nombre de faits réels, que, pour 
cette infirmité aussi, l'eau est le remède le plus sûr 
et le plus inoffensif qu'il soit possible de trouver en 
ce bas monde. Elle a de l'effet, si on la laisse agir à 
l'extérieur et à l'intérieur. 

Une des premières questions que le médecin 
adresse au malade se rapporte à la liberté de ventre. 
Si les selles sont régulières, c'est le premier signe 
de santé ; si elles sont irrégulières, une maladie 
s'annonce. Si l'on ne remédie pas à la suppression 
des selles, à cet état de resserrement habituel du 
ventre, on ira, tôt ou tard, à la rencontre d'une 
grave maladie, peut-être d'une mort prématurée. 

Si, en été, il n'a pas plu depuis un long espace 
de temps, la terre devient sèche et friable. Si dans 
l'organisme les liquides ne sont pas convenablement 
élaborés et distribués, alors l'humidité nécessaire 
fera défaut à telle ou telle partie du corps, et il s'y 

* Plusieurs almanachs, revues et journaux ont publié, dans 
les dernières années, des nomenclatures de remèdes mysté- 
rieux, pour prévenir le public. Combien de fois n'a-t-on pas 
stigmatisé une quantité de ces mauvaises drogues, qui 
coûtent bien cher aux acheteurs dupés ? Plus d'un y a perdu 
la santé. 



494 TROISIÈME PARTIE. 



produira de la chaleur, quasiment une sécheresse, 
dont les suites sont inévitables. 

Il y a de longues années déjà, on cherchait à 
guérir cet état maladif par une cure d'eau. Mais 
quelle cure? J'ai connu moi-même des gens qui bu- 
vaient journellement 3, 4 ou même 6 litres d'eau. 
Etait-ce bien? Cela s'appelle abuser des bonnes 
choses. Voilà pourquoi la plupart de ces fiers amis 
de l'eau se sont fait plus de mal que de bien : la na- 
ture ne supporte pas longtemps un pareil traitement 
hydrothérapique ; c'est une torture déraisonnable. 
Mon principe est : Plus Veau agit doucement, plus 
elle guérit sûrement. 

Comment traitera-t-on la dureté des selles ? Pre- 
nez pendant la matinée, depuis le déjeûner jusqu'à 
midi, une cuillerée d'eau après chaque demi-heure. 
Au moyen de ces petites portions vous aurez plus 
de résultat que si vous prenez, d'un seul coup, une 
demi-chopine ou davantage. Dans l'après-midi vous 
pourrez prendre également une cuillerée d'eau par 
heure ou par demi-heure. Cet arrosement continu, 
quoique parcimonieux, a un effet réfrigératif et mul- 
tiplie le suc gastrique. Au reste, rien n'empêche le 
patient de boire une fois davantage, s'il a soif. 

En place de l'eau on peut se servir aussi d'un 
certain nombre de tisanes, toutes faites de plantes 
faciles à trouver. Qui ne connaît les fleurs du pru- 
nellier? L'action d'une tisane de ces fleurs est excel- 
lente. L'infusion des fleurs de sureau, qui a un effet 
rafraîchissant et résolutif, enlève la chaleur inté- 
rieure ; si vous y ajoutez 3 ou 4 graines d'aloès, vous 
aurez un remède laxatif, rafraîchissant, résolutif 
et éliminateur. L'infusion de 6 ou 8 feuilles de su- 
reau, cueillies à l'état vert dans le courant du prin- 



MALADIES. 495 



temps et de l'été, est également rafraîchissante. On 
prend une demi-tasse le matin et une demi-tasse le 
soir. Personne ne devrait mépriser ces bonnes 
plantes médicinales, d'autant plus que le bon Dieu, 
le premier des médecins et le premier des pharma- 
ciens, les fait pousser gratui-tement pour nous tous. 

A l'usage interne de l'eau vient s'associer son 
usage externe. Dans ce but le patient remplira d'eau 
le creux de sa main et s'en lavera énergiquement le 
bas-ventre, à l'heure du coucher ou à l'heure du 
lever. Ce moyen est extrêmement simple et agit 
très bien ; il suffit chez beaucoup de personnes, qui 
ont des natures faibles. 

Si vous trouvez que cette application est trop 
légère, faites-vous administrer, de temps en temps, 
une affusion d'eau froide sur les genoux, durant 
1-3 minutes : application excellente pour provoquer 
la selle. 

Ne suffit-elle pas, et existe-t-il une grande cha- 
leur dans le corps, alors étendez-vous plusieurs fois 
par semaine sur une compresse inférieure ; la com- 
presse supérieure rend service aussi. Le bain de 
siège froid, pris 2 ou 3 fois par semaine, a également 
beaucoup d'effet. Le bain froid entier, aussi court 
que possible, n'est pas non plus à dédaigner. 

Toutes ces applications, que je viens de nommer, 
stimulent et animent l'organisme paresseux et lâche, 
lui donnent une activité nouvelle et le réconfortent ; 
par suite les matières rendues seront abondantes. 
Quand le rouage est huilé, la machine marche bien. 

11 n'y a rien qui surpasse le moyen sûr et inoffensif 
de l'eau, et quoi de plus facile que de boire de l'eau 
ou de se laver avec de l'eau? 

Disons, en cet endroit, un mot sur les vomitifs. 



496 TROISIÈME PARTIE. 

Si déjà je trouve que les purgations drastiques par 
le moyen des minéraux et des poisons, que ce soit 
sous la forme de poudres ou sous la forme de pilules, 
sont contraires à la nature, c'est bien plus encore 
le cas pour les vomitifs, qui malheureusement sont 
souvent des poisons aussi. Il fait pitié de voir souffrir 
un homme maltraité et martyrisé de cette façon. 
Le sang ou plutôt la bile me monte chaque fois à 
la tête. On aura remarqué que je n'ai pas parlé ci- 
dessus des purgatifs si connus et si universellement 
employés, tels que les racines de rhubarbe, les 
feuilles de séné, le sulfate de magnésie, le sel de 
Glauber, etc.. Et pourquoi pas? C'est que ces pur- 
gatifs, quoique inoffensifs, me semblent néanmoins 
beaucoup trop forts ; on arrive au même résultat 
d'une manière bien plus douce. Qui donc va s'armer 
du fusil pour aller à la chasse d'une puce ou d'une 
mouche ? 

Je me déclare d'autant plus contre les vomitifs, 
qu'ils s'appellent émétique, ipécacuana ou autre- 
ment. Ce sont des remèdes intolérables. Si jamais 
votre intérieur a des envies de se vider par le haut, 
— il y a de ces cas-là, — eh bien ! faites comme ce 
paysan qui, lorsqu'il avait de violentes nausées, 
s'enfonçait tout simplement le doigt dans la gorge 
et guérissait ainsi radicalement les maux de cœur. 
Cherchez toujours, lors même que vous avez les 
plus fortes envies de vomir, à régulariser le cours 
naturel des matières fécales. Mon remède le plus 
énergique à cet égard est le fouille-régulateur. Ce 
médicament a cela de remarquable que, d'un côté, 
il provoque des selles abondantes et que, d'autre 
part, il calme même la diarrhée. Faites-en la preuve 
au moyen d'une demi-tasse. Il se met à la recherche 



MALADIES. 497 



des éléments morbides et retenus trop longtemps 
dans le corps, et les expulse. N'y a-t-il pas de ces 
éléments ou sont-ils éliminés, son travail s'arrête 
de soi-même. De là son effet double. Quelle hâblerie! 
s'écriera-t-on avec dédain. Qu'on le dise ou qu'on 
ne le dise pas, cela m'est égal. Le fait existe, la 
vérité restera. Pourquoi tous les purgatifs drastiques 
affaiblissent-ils tellement et pourquoi sont -ils si 
nuisibles dans leurs suites ? C'est parce qu'ils n'éva- 
cuent pas seulement les matières morbides, mais 
parce qu'ils chassent tout indistinctement, parce 
qu'ils traquent même les meilleurs sucs, les sucs 
nécessaires à la production des forces. Qui n'a pas 
senti lui-même cet effet? De là cette grande fai- 
blesse, cette diminution rapide et énorme des forces 
à la suite des cures drastiques. Quelle folie! Quelle 
responsabilité ! Sapienti sat. Dommage rend sage 
ou, du moins, devrait rendre sage. 

Un prêtre de quarante-cinq ans s'explique comme 
suit : «Depuis plus de vingt-cinq ans je souffre con- 
stamment de constipation et depuis quelques années 
aussi d'embarras gastriques. Il y a environ huit ans, 
je me soumis à une cure d'eau froide, ce qui amé- 
liora mon estomac, mais la constipation me resta. 
En 1885 je fus pris, en outre, d'une maladie de reins, 
à laquelle s'ajouta, dans la vessie, une quantité 
excessive d'acide urique et la gravelle. Le médecin 
me prescrivit une cure de raisins et, après cela, une 
cure au sel de Glauber (sulfate de soude) pendant 
10 jours, d'où résulta un catarrhe très intense du 
gros intestin. Après que j'eus passé en vain par tous 
les traitements imaginables, on m'avoua que mon 
infirmité était incurable, qu'elle pouvait bien être 
adoucie, mais nas guérie. J'étais affligé d'insomnie, 

32 



498 TROISIÈME PARTIE. 



de manque d'appétit, de fatigue, de courbature, de 
dégoût pour le travail, de douleur et d'oppression 
dans la région rénale, de constipation à un haut 
degré, avec tension et gonflement du bas-ventre, 
de pieds sans cesse froids, tandis que la tête était 
chaude, le reste du corps en sueur, tantôt plus, 
tantôt moins. C'est dans cet état que je pris la ré- 
solution de chercher mon salut dans l'eau froide, 
contre laquelle j'ai été tant prévenu. » 

Je lui donnai la recette suivante : Tous les jours, 
une affusion supérieure, une affusion dorsale, un 
bain de siège ; de plus, s'il en est besoin, un demi- 
bain, une affusion de genoux et une promenade dans 
l'eau. Mais ce qui a fait le plus d'effet, c'est le man- 
teau espagnol, qu'il a pris en affection depuis. Après 
un traitement de 12 semaines, la digestion était 
rentrée complètement dans l'ordre, sans diète spé- 
ciale ; la nutrition était excellente, le poids du corps 
avait augmenté de 13 livres. 

4. Dysenterie. 

La dysenterie est une sœur du choléra. Les deux 
se ressemblent parfaitement. Cette maladie débute, 
en règle générale, par de violentes crampes dans le 
bas-ventre et un dévoiement considérable. Dans les 
matières rendues se trouve beaucoup de sang. 

On guérit promptement la dysenterie, en prenant 
un linge plié en deux, pour le tremper dans l'eau 
bien chaude mêlée de vinaigre et pour le lier sur 
l'abdomen. A l'intérieur un petit verre d'esprit de 
myrtilles, qu'on peut fabriquer soi-même et qui ne 
devrait faire défaut dans aucune pharmacie de fa- 
mille, a un effet tout à fait surprenant. On peut 
aussi, 2 fois par jour, verser 2 cuillerées de cette 



MALADIES. 499 



essence dans l'eau chaude, et on aura une potion 
rafraîchissante et bien agréable. Si, au second jour, 
l'état de la maladie n'est pas essentiellement amé- 
lioré, il faut renouveler la fomentation sur le bas- 
ventre et recourir de nouveau à l'esprit de myrtilles. 

Joseph se tordait comme un ver dans son lit. Par- 
fois les crispations le retournaient comme une boule. 
Il criait de douleur. Les selles renfermaient plus 
d'un demi-litre de sang. Deux cuillerées d'essence de 
myrtilles, prises dans la matinée et dans l'après- 
dîner, ont remis tout en ordre dans un court espace 
de temps. 

Anna, une femme de plus de cinquante ans, se 
plaint de terribles convulsions. Un flux de ventre, 
avec beaucoup de sang, lui fit craindre que ce ne fût 
le véritable choléra. Le linge trempé dans l'eau 
mêlée de vinaigre et appliqué sur le ventre, ainsi que 
le petit verre d'esprit de myrtilles, voilà ce qui, en 
un seul jour, a guéri la malade. — Si on n'avait pas 
de myrtilles, on ferait bouillir du lait avec du fenouil : 
on obtient ainsi une infusion qui rendra de très bons 
services. 

5. Hémorroïdes. 

Les hémorroïdes peuvent être en partie un héri- 
tage, en partie une suite du genre de vie. Les per- 
sonnes sédentaires, les copistes, les hommes d'étude, 
les gastronomes, etc., sont beaucoup affligés de 
cette maladie sournoise. Le campagnard, qui, d'un 
bout de l'année à l'autre, mange des pommes de 
terre et des farineux, qui ne voit la viande qu'aux 
jours de dimanche et de grande fête, qui, en place 
de la bière et des vins forts, se contente du lait et 



500 TROISIÈME PARTIE. 



du breuvage des apôtres (l'eau), et qui tous les jours 
se livre à des travaux pénibles, celui-là, dis-je, ne 
connaît d'ordinaire les hémorroïdes que de nom. 

Cette infirmité est gênante, souvent très gênante, 
mais peu grave, surtout au début; il y a même des 
personnes obligées de porter leur mal des années 
entières ou toute leur vie. La démangeaison, le 
prurit est bien désagréable, parfois très pénible; 
mais ce qui est plus pénible encore, c'est son effet 
déprimant sur le moral, en rendant morose, capri- 
cieux, irritable; il y a des cas où cette maladie 
abreuve d'amertume toute la vie d'un homme et 
porte l'irritabilité jusqu'au délire. De là, vous voyez 
combien l'insouciance en face de ce mal serait dé- 
placée ; il faut, au contraire, en prendre soin, afin 
qu'il n'empire pas trop et qu'il ne finisse point par 
devenir dangereux. 

Eh bien ! en quoi consistent les hémorroïdes, 
quelle en est l'origine? Qui n'a déjà vu un dindon 
avec ses poches membraneuses, qui lui pendent 
par-devant, au cou, parfois comme des sachets 
vides de tout? Quand une de ces bêtes vient à se 
fâcher, voilà que ses petits sacs charnus se rem- 
plissent de sang et deviennent comme des boules 
rouges. Les hémorroïdes sont de semblables tumeurs 
renfermant du sang et du mucus, se formant à la 
marge de l'anus ou à l'intérieur du rectum, donnant 
lieu à un écoulement de sang (hémorroïdes fluentes) 
ou disparaissant sans donner lieu à un flux sanguin. 
Les vaisseaux sanguins sont des tubes élastiques, 
susceptibles de se dilater. Plus le sang afflue d'une 
façon désordonnée à un endroit, plus ces vaisseaux 
se dilatent, ce qui a lieu surtout là où le sang 
s'amasse et forme en quelque sorte des lagunes. Il 



MALADIES. 501 



en résulte de petites tumeurs plus ou moins grosses 
et dures, comme les verrues à la main ou à la figure, 
et ces bourrelets sont remplis de sang. S'ils siègent 
à l'intérieur du corps, dans le rectum même, ce sont 
des hémorroïdes internes, tandis que les hémorroïdes 
sont appelées externes, si elles se manifestent au 
dehors de l'anus. 

De temps à autre ces tumeurs ou bourrelets écla- 
tent et laissent écouler une mucosité brune, très 
souvent du sang pur. Cet écoulement soulage beau- 
coup le patient ; si les veines hémorroïdales ne 
laissent pas échapper un flux sanguin et qu'elles 
soient gorgées et nombreuses, elles occasionnent de 
violentes douleurs et bien des embarras. Ajoutons 
que ce n'est pas seulement au fondement et au rec- 
tum que se produisent ces dilatations variqueuses 
des veines : elles se dessinent même quelquefois 
aux parois des veines dans l'intérieur du corps. De 
même que les maraudeurs se joignent aux troupes 
régulières, ainsi ces sortes de sangsues s'attachent 
aux veines, surtout aux veines principales. 

Plus les tumeurs hémorroïdales sont nombreuses 
et plus elles s'ouvrent fréquemment, plus aussi elles 
portent préjudice aux parties atteintes. Par suite il 
n'est pas rare de voir se produire à ces parties des 
ulcérations malignes et incurables, comme le cancer 
du rectum, des fistules, des abcès, etc.. 

Les douleurs sont augmentées et multipliées par les 
ascarides, petits vers qui se trouvent dans le rectum 
et qui s'attachent aux parois de cet intestin, comme 
des tiques. S'ils sont nombreux, ils corrodent le 
rectum, et les conséquences en sont des ulcérations 
malignes. 

Le traitement des hémorroïdes par l'eau est facile 



502 TROISIÈME PARTIE. 



et, dans la plupart des cas, couronné de succès.* 
Le nombre des malades de cette catégorie que j'ai 
guéris est très considérable, et je puis dire que tous 
les cas ont eu une heureuse solution. 

Commençons par attaquer les ascarides, s'il en 
existe. Ils se trahissent, la plupart du temps, par 
un chatouillement, une démangeaison, un prurit 
dans la région anale, ce qui, du reste, a lieu aussi 
par le fait du gonflement des tumeurs hémorroïdales. 
A cet effet on prend 1, 2 ou 3 clystères froids, l'un 
à la suite de l'autre, et on les laisse partir immédia- 
tement après. Quand l'eau froide parvient dans le 
rectum, les ascarides se détacheront en quelque 
sorte de l'anus, de même que la sangsue quitte l'en- 
droit mordu, lorsqu'on la saupoudre de sel. Si le 
liquide injecté est évacué sans retard, les petits vers 
détachés seront entraînés avec lui au dehors. Si 
l'on répète cette opération 2 ou 3 fois (l'on peut faire 
fonctionner la seringue 2 ou 3 fois par semaine), il 
partira beaucoup de ces ascarides, sinon tous. 

N'a-t-on affaire qu'à des tumeurs hémorroïdales, 
il faut observer ce qui suit : Quand il y a un trop 
grand afflux de sang, on le détournera ; les veines 
trop dilatées doivent être rétrécies, les impuretés et 
toutes les matières impropres sont à éliminer. Dans 
ce but l'application suivante rend un bon service : 
Faites usage de la compresse inférieure, c'est-à-dire 
étendez sur le lit un linge très gros, plié en plusieurs 
doubles, trempé dans l'eau la plus froide, assez long 

1 J'ai connu un malheureux, chez lequel les hémorroïdes 
faisaient saillie de la longueur d'un pouce, à travers l'anus. 
Pour obvier à l'inflammation, il dut les tenir constamment 
dans l'eau fraîche. Dans de pareils cas, le remède n'est pas 
facile, et mes applications arrivent trop tard. 



MALADIES. 503 



pour couvrir tout le dos jusqu'au bas du fondement 
et assez large pour dépasser le dos de chaque côté; 
couchez-vous là-dessus pendant trois quarts d'heure, 
et répétez cette opération 3 ou 4 fois par semaine. 
Si le drap de lit devient chaud avant les 45 minutes 
écoulées, il faut l'enlever ou, ce qui vaut mieux, le 
tremper derechef. 

Parmi les autres remèdes contre les hémorroïdes, 
nommons le bain de siège, qui est à prendre froid 
3-4 fois par semaine. On peut le répéter chaque 
demi-journée ou pendant la nuit 2-3 fois, mais en 
n'y restant jamais au delà d'une ou de deux minutes. 
Cette application, comme la précédente, agit à la 
fois sur les hémorroïdes existantes et sur les causes 
qui les produisent 

Quiconque est affecté d'hémorroïdes et entreprend, 
à chaque trimestre, pendant 1 ou 2 semaines, une 
des cures citées, est certain que son mal n'aura pas 
de suites graves et que, s'il ne disparaît pas com- 
plètement, du moins itne sera jamais trop gênant. 
Pour ceux, au contraire, qui trouvent ces exercices 
trop pénibles, je ne connais, hélas ! point de remède. 

Relativement à la nourriture je n'attire l'attention 
que sur un point qui, à mon avis, n'est pas suffisam- 
ment apprécié. Beaucoup de personnes affligées 
d'hémorroïdes se sont mises à manger, au lieu du 
pain ordinaire, du pain de son, et depuis ce moment 
leur mal, tout en ne disparaissant pas entièrement, 
ne les gêne plus grandement. Je recommande vive- 
ment ce pain de son, qui devrait avoir de l'avenir. 
Ce n'est pas seulement chez l'un ou l'autre, mais 
chez la plupart des hommes (pour d'autres motifs 
encore) qu'il devrait être en usage, puisqu'il est un 
aliment sain et confortant. Mais, remarquez-le bien, 



504 TROISIÈME PARTIE. 

je parle du pain de son véritable, non falsifié. Le 
frelatage s'est déjà emparé aussi de cet article. 
J'ai trouvé un jour, dans une grande ville de l'étran- 
ger, du pain de son (on sait qu'il est très lourd) aussi 
léger que le pain ordinaire. Je coupai la petite 
miche : ce n'était pas du pain de son, le boulanger 
avisé s'était contenté de le saupoudrer de son, 
comme on saupoudre de cumin ou d'anis. Dans la 
pharmacie domestique, nous avons indiqué une 
recette pour la préparation du pain de son. 

6. Fièvre muqueuse. 

S'il m'est permis de comparer le catarrhe à un 
petit enfant, je dirai que la fièvre muqueuse ou 
pituiteuse est un adolescent. La fièvre muqueuse 
provient régulièrement des catarrhes, et de ces 
deux peuvent naître toutes sortes de complications, 
comme il a été dit ailleurs. La guérison s'opère de 
la même manière dans l'un et l'autre cas, et par 
conséquent les applications sont les mêmes. Voulez- 
vous être délivré promptement et facilement du 
catarrhe, couchez-vous, lavez-vous d'heure en 
heure la poitrine et le ventre, et faites-vous laver 
le dos. Un catarrhe, s'il est encore à son début, sera 
guéri par 3 ou 4 de ces lotions dans une seule et 
même nuit. Lorsque le catarrhe fait des progrès, 
c'est-à-dire lorsque certaines parties dans la gorge, 
dans la tête et dans la poitrine s'enflamment, alors 
nous sommes en présence de la fièvre muqueuse, 
qui partant n'est autre chose qu'un catarrhe affec- 
tant le corps tout entier. Les endroits où le catarrhe 
a pris d'abord, soit le gosier, soit la poitrine, restent 
toujours, jusqu'à entière guérison, les plus sensibles. 
Ajoutons encore que généralement on donne le nom 



MALADIES. 505 



de fièvre muqueuse à l'inflammation catarrhale du 
canal intestinal. 

7. Thyphus. 

De même que la variole est caractérisée par des 
élevures et pustules à l'extérieur, ainsi le typhus 
produit une éruption à l'intérieur. On distingue, 
suivant le siège de la maladie, le typhus de la tête 
et le typhus du Las-ventre. Dans certains cas, les 
abcès prennent, mais n'arrivent pas à leur dévelop- 
pement, comme il y a aussi des phlegmons qui, un 
moment, manifestent une inflammation et qui bien- 
tôt après disparaissent complètement. Cette sorte 
de typhus a un nom particulier, qui a peu d'impor- 
tance pour les gens de la campagne. Je le passe. 

Quant à la guérison, il faut d'abord remarquer 
trois choses : avant tout il s'agit d'empêcher la 
fièvre de faire trop de progrès ; autrement toutes les 
forces et les humeurs du corps seraient misérable- 
ment consumées ; puis, tâchez de résoudre les pus- 
tules ou, s'il n'en existe pas encore, de les prévenir, 
en d'autres termes, d'éliminer les substances puru- 
lentes qui remplissent les pustules ; enfin, ne négli- 
gez aucun moyen de congédier au plus vite ces 
substances puriformes du corps. 

Il n'y a pas de moyen plus apte et plus sûr, pour 
atteindre ce triple but, que l'eau : *car elle rafraîchit, 
résout, épure. 

Jean alla à l'enterrement de son frère mort du 
typhus. Il commit l'imprudence de mettre un habit 
du défunt, et peu de jours après il était pris du 
typhus à un haut degré. Grande était la fièvre, plus 
grande encore l'anxiété. Sans retard Jean fit placer 



506 TROISIÈME PARTIE. 



à côté de son lit une cuve remplie d'eau. Toutes les 
fois que la chaleur et l'anxiété augmentaient, il 
plongeait pour une minute au plus. Il s'asseyait 
dans la baignoire de manière que l'eau lui montait 
jusqu'à la région ombilicale, se lavait rapidement 
le haut du corps au moyen d'une grosse serviette, 
mettait en toute hâte, sans s'essuyer, une chemise 
fraîche et remontait ensuite dans son lit chauffé. Il 
s'en trouvait très bien. Il réitéra cette opération 
pendant 3 jours, 3 ou 5 ou même 6 fois journellement. 
Il n'avait pour cela pas besoin d'horloge ; la fièvre lui 
indiquait l'heure de prendre le bain : 6 fois le pre- 
mier jour, 3 fois le second jour, une fois dans la 
suite. Après 5 jours, tout danger était passé. Mais 
voilà que la femme du convalescent fut prise aussi 
du typhus. Elle eut recours à la même baignoire, et 
en peu de jours elle était guérie également. 

Qu'est-ce que les deux malades mangeaient et 
buvaient? Leur boisson consistait dans l'eau et le 
lait caillé. Quant à la nourriture, ils s'en abstenaient 
complètement, jusqu'à ce que l'appétit fût revenu, 
et alors ils se faisaient servir de la soupe au pain, 
de la soupe au lait, de la soupe à la farine grillée ; 
une pomme de terre ou même deux ne leur faisaient 
point de mal non plus. Au bout de peu de jours, ils 
se remirent à leur régime ordinaire. 

Max, un petit géant, alla visiter son beau-frère 
Jean atteint du typhus. Il s'imaginait qu'une pareille 
maladie n'aurait jamais de prise sur lui. Mais voilà 
que, huit jours plus tard, ses forces gigantesques 
vinrent à faillir et son courage héroïque se faire 
jour en longues jérémiades : «Je ne puis plus mar- 
cher, ni même me tenir debout; je me sens serré, 
j'ai mal partout ! » Il avait attrapé le typhus. 



MALADIES. 507 



Max ne possédait pas de baignoire, mais une 
grande cuve en bois. Il s'y agenouillait et se lavait 
tout le corps (pendant une minute environ) avec 
l'eau la plus froide et un linge très grossier, toutes 
les fois que la chaleur arrivait à un degré élevé. Il 
continua cette cure pendant huit jours . Dès le sixième 
jour, il demanda un potage ; après 10 jours, il se leva 
et en peu de temps toutes ses forces revinrent. 
Ayant ainsi réchappé, il put, dans la suite, faire 
profiter de son expérience d'autres personnes 
atteintes du typhus. 

En un temps où, dans l'espace de 5 semaines, 
près de 20 personnes ont été guéries et sauvées par 
la méthode décrite ci-dessus, un enfant de deux ans 
hérita le typhus. Personne ne voulait croire que le 
petit être échapperait à la mort. Toutes les fois qu'il 
se plaignait et pleurait, sa mère le plongeait tantôt 
dans un bain quelque peu tempéré par un mélange 
d'eau chaude et le lavait à l'eau froide au sortir du 
bain ; tantôt elle l'enveloppait dans un linge trempé 
dans l'eau tiède. La tendre créature se rétablit en 
12 jours. 

Aux malades, qu'une première frayeur pourrait 
détourner absolument de l'eau froide, j'accorde 
volontiers l'emploi de l'eau tiède pour leurs appli- 
cations, mais rien que pour le motif indiqué; car il 
est constant qu'en général l'eau la plus froide, pui- 
sée à la fontaine, à la source ou à la rivière, rend 
les 'meilleurs services. 

Une fillette est renvoyée du pensionnat. Elle se 
plaint d'un violent mal de tête, d'une alternative 
rapide du froid et du chaud et d'un flux de ventre 



508 TROISIÈME PARTIE. 



considérable. Elle est incapable de travailler et de 
marcher. 
Traitement : le premier jour on lava à la malade 

3 fois le dos, la poitrine et le bas-ventre, et on lui 
lia une fois pendant 2 heures un linge mouillé autour 
de l'abdomen. Le second jour elle prenait des demi- 
bains avec lotion du haut du corps, toutes les fois 
que la chaleur semblait l'exiger. Le troisième jour 
il suffit de 2 de ces bains, et le quatrième jour il 
n'en fallut plus qu'un seul. L'enfant était hors de 
danger et se remit promptement. 

Je pourrais citer plus de douze cas où des ma- 
lades, traités suivant des méthodes allopathiques et 
autres, avaient fini par devenir si misérables, si 
pauvres en sang et en humeurs, si épuisés, qu'un 
rétablissement proprement dit était devenu impos- 
sible. Les funestes narcotiques, la chère quinine, 
etc., avaient réduit l'estomac à l'état le plus dé- 
plorable. 

Je conseille habituellement aux convalescents 
excessivement débilités du typhus de boire 3-4 pe- 
tites tasses d'infusion d'absinthe par jour, ce qui 
fournit un bon et abondant suc gastrique ; puis je 
leur prescris de se faire laver ferme le dos, la poi- 
trine et le ventre avec de l'eau et du vinaigre, 3 ou 

4 fois par jour. 

Sans doute, il faut une grande énergie, surtout 
quand le patient appartient à la soi-disant bonne 
société, pour faire usage de l'eau froide, que l'on 
craint si universellement. Lorsque ce sont des âmes 
tendres, à qui cette prétendue cure de cheval pour- 
rait causer de légères syncopes, je leur donne le 
conseil de prendre une éponge, de la mouiller dans 



MALADIES. 509 



l'eau froide et de s'en laver la poitrine et le ventre, 
comme elles se lavent chaque matin la figure et les 
mains. Pourvu qu'elles fassent une fois cette opé- 
ration, elles en éprouveront bientôt l'effet bienfai- 
sant, elles prendront courage et présenteront éga- 
lement de l'eau au dos et aux autres parties du 
corps. 

Si un patient ne sait se résoudre à ce minimum, 
s'il trouve ce procédé trop rude, eh bien! qu'il fasse 
comme bon lui semblera ; il en portera tout seul 
les conséquences. 

Grand émoi, quand dans une maison ou dans un 
établissement se déclare une maladie épidémique. 
Sans exagérer, je prétends : si, dans un dortoir où 
couchent 10 enfants, un seul est pris du typhus, il 
est bien certain qu'un second n'en sera pas atteint, 
à condition qu'on emploie le traitement par l'eau. 
Car la contagion s'opère la plupart du temps par les 
miasmes, les exhalaisons malsaines du corps. Or, 
suivant notre méthode, les linges mouillés absorbent 
et étouffent ainsi les principes contagieux dans leur 
germe même. Si la chambre est souvent aéré et 
l'air toujours pur, il n'y a guère lieu de redouter la 
respiration du malade. Mais il va de soi que les 
excréments doivent être éloignés au plus tôt et être 
jetés en des endroits bien isolés 

Un malade, français d'origine et de haute con- 
dition, écrit ce qui suit : 

« J'ai souffert pendant plusieurs années de rhuma- 
tisme ainsi que d'un catarrhe intense aux fosses 
nasales et à la gorge; le catarrhe s'attaqua à la 
trompe d'Eustache et endommagea l'ouïe. En 1877 



510 TROISIÈME PARTIE. 



et 1878 j'ai pris, 2 mois durant, des douches d'eau 
soufrée à Aix-les-Bains, mais sans le moindre suc- 
cès. En 1879 on me conseilla de faire un essai avec 
l'appareil Baunscheid, qui stimule le principe vital. 
J'écoutai le conseil et je me soumis, pendant 5-6 
semaines, à un véritable martyre : car chaque 
semaine on me mit ce stimulateur sur tout le dos, 
dans la nuque et derrière les oreilles. Il en résulta 
que mon état nerveux et mon catarrhe augmentèrent 
au moins du double ! 

«Au mois de juillet 1879 j'allai voir, à Strasbourg, 
le meilleur spécialiste pour les maladies d'oreilles, 
mais lui aussi ne trouva pas moyen de guérir mon 
catarrhe de nez et de gosier. Comme l'ouïe laissait 
à désirer et que le catarrhe se faisait sentir de plus 
en plus dans la trompe d'Eustache, je cherchais 
partout un médecin qui pût me secourir. Par 
une circonstance fortuite j'arrivai à Aix-la-Chapelle, 
où le docteur Schw., un auriste qui m'avait été 
recommandé, essaya, pendant 3-4 semaines, de me 
guérir au moyen de cautérisations. Dans la troisième 
semaine je fus pris du typhus, sans doute à la suite 
de mon excessive sensibilité nerveuse, engendrée 
par la pierre infernale. C'était le typhus pétéchial, 
maladie extrêmement grave; la fièvre monta à la 
température de 41,3 degrés. Quand les hémorragies 
se déclarèrent, on désespéra de me sauver. Je ne 
veux point parler de la fréquente injection de toutes 
sortes de poisons. 

«Après 6 semaines je revins à la vie, mais non 
point à la santé; car depuis que j'ai eu le typhus 
(automne 1879), je suis toujours resté souffrant. 
L'estomac et le bas-ventre étaient très sensibles. 
Les aliments les plus légers me faisaient mal, et, à 



IklALADIES. 511 



moins d'avoir pris un clystère, je ne pouvais jamais 
aller à la garde-robe. J'étais tellement irritable, qu'à 
la moindre émotion je ne savais à quel saint me 
vouer. Le sommeil ne se présentait jamais avant 
minuit. A la suite du typhus, mon catarrhe et ma 
maladie d'oreilles avaient augmenté, j'étais devenu 
presque sourd. 

«En 1880 je me rendis à Paris pour consulter le 
docteur D., un célèbre spécialiste — mais sans suc- 
cès. De Paris j'allai à Lyon, pour voir un autre 
auriste, le docteur J. — encore sans le moindre 
résultat. Toutes les inhalations, toutes les cautéri- 
sations, auxquelles il me soumit pendant 5-6 se- 
maines, restèrent sans effet. 

«En 1881 j'ai passé 5 mois à l'hôpital de Stras- 
bourg. Le médecin voulait, avant tout, guérir 
l'estomac et le bas-ventre. Mais, voyant qu'il y 
perdait son latin, il finit par me prescrire un régime 
de laitage, avec lequel je m'en suis tiré misérable- 
ment pendant quatre années. » 

Ce malade, en venant chez moi, ne ressemblait 
plus qu'à un squelette ambulant. Dans ces cas invé- 
térés et désespérés l'eau peut-elle encore secourir 
ou du moins soulager? Nous répondons hardiment 
oui. Il va de soi que les premières applications 
doivent être de nature résolutive et agir surtout sur 
les pieds et sur la tête. En même temps il faut cher- 
cher à opérer également une résolution à l'intérieur 
et, par intervalles, pratiquer une application récon- 
fortante. Voici, à peu près, la série des applications : 
Bain de vapeur de la tête, durant 24 minutes et suivi 
immédiatement de l'affusion supérieure et inférieure ; 
bain de vapeur des pieds ; affusion supérieure et in- 
férieure; demi-maillot; bain chaud avec alternative 



512 TROISIÈME PARTIE. 



de bain froid; bain de vapeur de la tête, compresse 
supérieure et inférieure. Chaque jour eut lieu une 
ou (suivant l'état du patient) deux opérations, et cela 
pendant 3-4 semaines. Puis, pendant un certain 
temps, on ajouta, chaque semaine, 2 lotions totales 
(nuitamment, hors du lit), ainsi qu'un demi-bain 
d'une ou de deux minutes. — A l'intérieur la guéri- 
son fut favorisée par 2 infusions, prises alternative- 
ment et consistant l'une en un mélange de mille- 
feuille, de sauge et de mille-pertuis, l'autre en un 
mélange de baies de genièvre et de plantain. Chaque 
tisane fut prise 3-4 fois par semaine. 

Je crois devoir ajouter, à cet endroit, deux obser- 
vations. Dans notre cas particulier il fallait viser 
surtout à une transpiration abondante, puisque beau- 
coup d'indices signalés chez le malade, comme les 
traits défigurés du visage et le gonflement fongueux, 
trahissaient clairement l'existence d'obstructions et 
d'indurations, dont les unes se manifestaient à l'ex- 
térieur, tandis que les autres demeuraient cachées 
à l'intérieur. — Parmi les applications d'eaa vous 
ne rencontrez qu'une fois le bain de vapeur des 
pieds, tandis que le bain de vapeur de la tête se 
retrouve souvent. Pourquoi cela? C'est que la tête 
était gonflée, tandis que les jambes du malade à 
taille herculéenne ressemblaient à des fuseaux. On 
pouvait donc, sans danger, faire agir la vapeur à 
différentes reprises sur la tête; elle trouvait là 
un champ d'action. Les pieds et les jambes, par 
contre, n'en avaient pas besoin : ils étaient déjà 
assez amaigris, et la chaleur, qui y faisait défaut, 
dut leur être amenée par d'autres moyens. Dans de 
pareils cas, il n'y a pas à plaisanter avec les bains 
de vapeur, qui exigent toujours de la circonspection. 



MALADIES. 513 



Pour ces natures épuisées, il n'y a qu'un pas jusqu'à 
la phtisie. 

Le patient éprouva un mieux sensible et partit, 
en m'expriment tous ses remercîments. 

8. Vers intestinaux. 

Parmi les parasites (entozoaires) qui vivent et se 
développent dans le corps de l'homme, qu'ils par- 
viennent à affaiblir et à rendre malade, les plus 
connus sont les vers intestinaux ou helminthes. 
C'est avant tout dans l'organisme des enfants qu'ils 
se rencontrent, et, si la mère de famille ne veille 
pas avec soin, ils peuvent faire beaucoup de mal. 
Leur développement dans les intestins est favorisé 
par l'usage trop fréquent et immodéré d'aliments 
farineux et de pain bis. Les symptômes sont : grand 
appétit, malaise et douleurs dans la région ombili- 
cale. Le signe principal, auquel on reconnaît l'exis- 
tence des vers chez les enfants, c'est la démangeaison 
au nez : les enfants ne cessent de fourrer le doigt 
dans les fosses nasales. Ils ont aussi le visage pâle, 
le teint malade, parce que les ascarides enlèvent la 
nourriture au corps. 

Traitements : 1) Découpez un oignon et faites-le 
macérer dans un quart de litre d'eau pendant une 
nuit. Au matin, on comprime bien les morceaux 
d'oignon et on boit le liquide à jeun. Si vous em- 
ployez ce remède 3 ou 4 fois, les vers seront sûre- 
ment tués et évacués. — 2) Prenez une cuillerée de 
miel, faites bouillir dans un quart de litre d'eau et 
buvez. Les vers se gorgeront de ce liquide et, si 
plus tard on prend une tasse d'infusion d'absinthe, 
ce qui est un poison pour eux, ils en périront et 
seront expulsés. — 3) Le vermifuge le plus efficace 

33 



514 TROISIÈME PARTIE. 

est le semen-contra, graine aromatique d'une herbe 
anthelminthique. 

Une personne, après avoir été longtemps malade 
et avoir usé de médicaments, vit un jour sortir de 
sa bouche 3 gros et longs vers. Deux cuillerées de 
semencine (semen-contra), prises deux jours de 
suite, opérèrent, dans l'espace de 3 jours, l'expulsion 
de 78 grands vers. Après avoir pris le remède, il 
faut rester 2 heures sans manger. Le semen-contra 
ne coûte pas cher ; on peut l'acheter dans toutes les 
pharmacies. 

De tous les vers du canal intestinal le plus dange- 
reux est le ver solitaire ou ténia. Pour l'expulser, 
il existe de nos jours un très bon moyen, un ténia- 
fuge excellent, que chaque pharmacien vous soignera. 

9. Hernies. 

Un mai bien fréquent et dominant à notre époque. 
ce sont les hernies de toutes espèces. Tantôt elles 
apparaissent tout à coup, comme les champignons 
de la forêt ; tantôt elles s'annoncent par des douleurs 
à telle ou telle partie du corps. Tous ceux qui en sont 
affectés comptent parmi les invalides, c'est-à-dire 
parmi ceux qui ne sont plus propres à tous les tra- 
vaux indistinctement; car toute hernie implique 
non seulement le danger de violentes souffrances, 
mais encore le danger de mort même, s'il inter- 
vient une imprudence. 

Ces infirmités se présentent principalement chez 
les personnes de nature faible. Aussi notre époque 
de mollesse peut-elle offrir des fruits de ce genre 
en grand nombre. Je suis intimement convaincu que, 
si, dès la jeunesse, on cherchait à s'endurcir raison- 
nablement et si on ne se nourrissait que d'aliments 



MALADIES. 



515 



substantiels et bien choisis, au lieu de cette alimen- 
tation sophistiquée , raffinée et mauvaise à tant 
d'égards, toutes ces infirmités ne se signaleraient 
que rarement, en général seulement dans les cas où 
une action violente, percussion ou choc, serait 
exercée sur le corps. Il y a cinquante ans, l'on ne 
connaissait que peu de gens affectés de hernies dans 
un village; dans une petite ville on pouvait les 
compter sur les doigts. Aujourd'hui sur 20 personnes, 
prises au hasard, 3 ou 4 ont une hernie. Pour comble 
de malheur, ces malades cherchent à cacher leur 
infirmité le mieux possible. On n'aime pas que le 
public dise qu'un tel a une hernie. Pour plus d'un 
cela sonne presque comme une offense, une flétris- 
sure, qui le fait rougir jusque par-dessus les oreilles. 
Folie que tout cela ! De cette manière les soins né- 
cessaires sont négligés et le mal gagne en gravité. 
L'on ne rencontre pas seulement des hernies chez 
ceux qui, jour par jour, se livrent à des travaux 
pénibles, mais encore dans les classes aisées et 
dans le grand monde. C'est vite fait! L'un reçoit sa. 
hernie au cabinet d'aisance ; l'autre saute par-dessus 
un petit fossé, et il est brisé; un troisième souffrait 
beaucoup de la ventosité, une chose insignifiante 
survint, et le péritoine eut une fissure. Un prédi- 
cateur a parlé avec feu, et il descend de chaire avec 
une hernie. 

Je suis chaque fois profondément peiné (parce que 
la plupart du temps on pourrait prévenir le mal si 
aisément), quand j'apprends qu'il y a de nouveau un 
corps sain et fort qui vient d'avoir une hernie, et 
qu'un tel, à la fleur de l'âge et de la force, a été 
rangé parmi les invalides. C'est presque ce nom 
qu'il faut leur donner; car beaucoup de ces hommes 



516 TROISIÈME PARTIE. 

affligés d'une hernie sont obligés d'abandonner leur 
carrière avant le temps, souvent dès l'âge de 40 ou 
50 ans, et rarement il se passe une semaine où les 
incommodités de la hernie ne constituent pas la 
pièce principale de la croix journalière. Qui en a 
fait l'expérience, sait que je ne rêve pas, que je 
n'exagère par. Vraiment, l'on devrait se donner plus 
de peine pour rechercher les causes de l'extension 
excessive de ce mal, en d'autres termes, pour porter 
remède à l'humanité affaiblie et efféminée. Où en 
arriverons-nous donc ? 

J'ai déjà parlé d'une cure d'eau raisonnable, mo- 
dérée. Le peu de peine et les minces sacrifices, qu'il 
faut s'imposer, seraient certes compensés largement, 
lors même que par elle on ne pourrait prévenir que 
cette seule infirmité. Car la hernie (à part les ex- 
ceptions, dont il sera question plus loin, à propos des 
enfants) n'est pas un vice de naissance ou de con- 
stitution, elle ne se produit qu'à la suite d'une 
faiblesse native ou survenue plus tard. Or, cette 
faiblesse pourrait être évitée ou écartée par des 
procédés d'endurcissement, spécialement au moyen 
de l'eau. Le monde des classes élevées finira-t-il 
par devenir plus prudent? J'en doute. Mais .c'est à 
vous, brave et vaillant campagnard, que je réserve 
mes conseils, si vous me lisez avec confiance : pre- 
nez un ou deux demi-bains par semaine, ou encore 
quelques bains de siège froids (tout baquet peut 
servir). Vous en éprouverez bientôt l'action confor- 
tante. Pour ces sortes de bains vous n'avez pas 
besoin de choisir un temps déterminé. Toute heure 
est bonne et toute l'opération, déshabillement, bain 
et rhabillement compris, ne doit durer au delà de 
4 minutes, 6 minutes au maximum. Vous pourrez 



MALADIES. 517 



prendre votre bain en suspendant votre travail, 
pour y retourner immédiatement après. Mais si on 
est en complète transpiration ! Cela n'empêche pas, 
baignez-vous tranquillement, vous n'avez rien à 
craindre. Je me suis exprimé longuement sur ce 
point en parlant des bains entiers et des demi-bains. 
Chaque parole dans cette matière pleine de respon- 
sabilité a été mûrement réfléchie, longtemps expéri- 
mentée et mise en pratique avant d'être prononcée 
et écrite. Entrez dans l'eau jusqu'à la poitrine, lavez 
énergiquement et en toute hâte le haut du corps, 
puis habillez-vous sans vous essuyer et retournez 
allègrement à votre ouvrage. Après 3 ou 4 bains de 
ce genre, vous n'aurez plus besoin d'encouragement 
ni de ferme propos ; le bain ou la lotion deviendra 
presque un besoin et vous rendrez avec plaisir ce 
service à votre corps. A l'œuvre (guérison, santé 
parfaite) on reconnaîtra l'ouvrier ! 

Un paysan vint se plaindre un jour de fortes dou- 
leurs un peu au-dessus des hanches. Le médecin 
lui avait déclaré qu'une hernie était en voie de se 
déclarer. Je lui conseillai de s'appliquer assidûment 
des compresses supérieures et inférieures. La dou- 
leur ne tarda pas à se calmer. Le paysan s'abstint 
pour un temps des travaux les plus pénibles, et le 
mal annoncé ne se présenta point. Cet avertissement 
l'a fait réfléchir et l'a rendu sage : il devint un ardent 
ami de l'eau. 

Un homme d'une quarantaine d'années se plaignait 
de vertiges, de congestions et de violents maux de 
tête. Il avait bon appétit, mais lorsqu'il le satisfai- 
sait, il était obligé d'en pâtir. Son teint de rose 



518 TROISIÈME PARTIE. 

dénotait une florissante santé, mais son ventre était 
d'une grosseur peu naturelle, contrastant singuliè- 
rement avec les bras et les jambes trop minces. 
Suivant l'avis des médecins, il portait un bandage, 
parce que deux hernies étaient en voie de se pro- 
duire. Cependant le mal essentiel consistait dans le 
gonflement de l'abdomen par les gaz. 

Lorsque, par l'emploi de l'eau, les gaz furent éloi- 
gnés et les organes fortifiés, les tumeurs herniaires 
disparurent, ainsi que les congestions et le mal de 
tête, si bien qu'au bout de 4 semaines le rétablisse- 
ment était complet. 

Traitement, l^"" jour : affusion supérieure avec 
afîusion des genoux dans la matinée, puis affusion 
supérieure et marche dans l'eau pendant l'après-midi. 
— 2^ jour : affusion supérieure et marche dans l'eau 
jusqu'à hauteur des genoux dans la matinée, affu- 
sion supérieure et immersion des pieds dans l'après- 
midi. — Séjour : affusion supérieure et agenouillement 
dans l'eau avant-midi, affusion dorsale après-midi. 
4^ jour : comme la veille. — 5^ jour : matin bain, 
plus tard affusion supérieure; après-midi affusion 
supérieure et, 2 heures après, bain de siège. — 
6^ jour : affusion supérieure et, 2 heures après, 
demi-bain ; après-midi bain jusqu'aux aisselles. — 
7^ jour : marche dans l'eau jusqu'au-dessus des che- 
villes et, 2 heures plus tard, affusion dorsale. 

Le traitement fut continué de cette manière, et 
au bout de 4 semaines la santé était redevenue par- 
faite. Il est remarquable comme la figure tuméfiée 
et le ventre extraordinairement étendu, ainsi que les 
hernies, disparurent entièrement. 

Avant de finir, posons encore une question : Les 



MALADIES. 519 



hernies ne peuvent-elles jamais être guéries ? J'en 
ai guéri plusieurs, tant qu'elles étaient récentes, 
même chez des adultes, en faisant frictionner vigou- 
reusement la partie endommagée avec de l'huile 
camphrée et en y appliquant un emplâtre de poix 
(la poix étendue sur la toile cirée). La graisse de 
renard est également et a toujours été reconnue 
comme un des meilleurs remèdes pour guérir une 
hernie récente : on en frictionne, tous les 2 ou 3 
jours, la partie herniée, ensuite on y applique chaque 
fois l'emplâtre de poix. J'ai guéri de cette manière 
une hernie qui avait déjà 7 semaines. 

Les hernies se produisent chez un nombre relati- 
vement considérable d'enfants. La raison en est, la 
plupart du temps, qu'ils sont trop gonflés par la 
nourriture et qu'ainsi le péritoine se déchire à un 
endroit donné. Il faut préparer à ces enfants, chaque 
jour, un bain à paille d'avoine et, chaque jour éga- 
lement, une compresse inférieure et supérieure, 
petite naturellement, comme elle convient au petit 
être, et cela jusqu'à entière guérison. En outre, 
ayez soin de frotter doucement la partie lésée avec 
de l'huile camphrée ou, mieux encore, avec de la 
graisse de renard. Ces hernies guérissent au bout 
de peu de temps, pourvu qu'elles n'aient pas pris un 
trop grand développement; car autrement on ne 
pourrait guère songer à la guérison, et alors il n'y 
aurait d'autre expédient que de procurer aux mal- 
heureux un bandage, qu'ils seraient obligés de por- 
ter suivant les indications du médecin. 

Ce sont les mères qui ne devraient rien négliger 
— c'est à cela que je reconnais en ce point le véri- 
table amour maternel — pour prévenir, dès le début 
et radicalement, de pareilles infirmités. C'est très 



520 TROISIÈME PARTIE. 

important, et bien des choses en dépendent dans la 
suite : la vie heureuse ou malheureuse de l'enfant, 
le chagrin ou la consolation des parents. Si Dieu 
me prête vie, je consignerai un jour pour les mères 
quelques avis et conseils pratiques sur la manière 
de soigner et d'endurcir rationnellement leurs en- 
fants dès la naissance. ^ Qu'elles ne s'effraient pas 
du froid hydropathe; il est tout cœur pour l'éduca- 
tion et pour ceux qui y coopèrent. Je ne m'adresserai 
pas aux mères qui ont les nerfs faibles et qui, en 
emmitouflant sottement leurs chérubins dans le 
velours, la soie et la laine, leur refusent le bienfait 
de l'air frais. Je ne parlerai qu'à celles qui prennent 
à cœur de contribuer pour leur part à la formation 
d'une génération viable et forte, La lecture de ces 
conseils pratiques profitera également aux grands 
enfants. 

10. Parturition. 

Disons, à cette place, quelques mots d'un état 
maladif, dont il n'est pas question ailleurs, et qui 
se rapporte à la parturition, à l'accouchement. 

Une jeune femme avait mis au monde 3 enfants 
morts-nés. Elle en était très désolée et découragée, 
d'autant plus que le médecin lui déclarait qu'elle 
n'arriverait jamais à terme, qu'elle n'aurait jamais 
d'enfant viable. Je la consolai et lui fis espérer que, 
si elle voulait se soumettre à des applications d'eau, 
sa nature se fortifierait au point qu'elle pourrait 
bien avoir confiance dans l'avenir. Ces paroles 

* Ce nouvel ouvrage a paru, nous Pavons déjà indiqué plus 
haut. 



MALADIES. 52 î 



furent un heureux message pour la femme déses- 
pérée. 

Elle se mit à pratiquer les moyens faciles d'en- 
durcir le corps ; peu à peu elle s'habitua aux moyens 
plus pénibles et finit par prendre même des demi- 
bains et des bains entiers. Dans l'espace de trois 
ans, elle gratifia son mari heureux de 3 enfants sains 
et vigoureux. 

Une autre femme fut atteinte du typhus ; elle avait 
un mal de tête désespérant. Sa parenté l'emmena à 
la campagne pour lui permettre d'y mourir tran- 
quillement. La pauvre femme, pour comble de mal- 
heur, allait devenir mère. On vint me consulter; je 
conseillai les demi -maillots, qui furent aussitôt 
employés. Le mal de tête cessa. Pour avoir plus de 
sûreté, la famille alla demander au médecin, qui 
avait traité auparavant la malade, si peut-être un 
maillot pourrait rendre de bons services. Le verdict 
fut que le premier maillot provoquerait une nais- 
sance prématurée. En attendant, avant l'arrivée de 
cette fatale nouvelle, le maillot avait déjà été appli- 
qué 6 fois. La malade fut guérie du typhus et donna, 
plus tard, naissance à un enfant bien portant. 



XIX. MALADIES DU FOIE. 

Les maladies de l'appareil biliaire sont fréquentes 
et variées. Nous ne séparerons pas les affections du 
foie lui-même, les maladies des canaux biliaires et 
les affections de la bile ; nous considérons les états 
morbides de l'organe sécréteur de la bile dans leur 
ensemble. 



522 TROISIÈME PARTIE. 



I. Jaunisse. 

On appelle ictère ou jaunisse une affection carac- 
térisée par une coloration jaune de la peau. La 
vésicule biliaire se trouve dans le foie, et c'est de 
là que la bile se répand à travers deux canaux. Il 
peut se produire dans ces canaux des concrétions 
particulières, appelées calculs biliaires, qui créent 
des obstacles au cours de la bile. Des désordres 
peuvent aussi se produire par une pression, un choc 
ou d'autres accidents, par suite desquels la bile 
s'introduit dans le sang et les humeurs. C'est alors 
que survient l'ictère, qu'on nomme aussi jaunisse. 
Cette affection se manifeste également à la suite de 
certaines maladies graves, comme le typhus, une 
forte fièvre, etc. Il se peut encore que le foie soit 
malade et qu'en conséquence le sang s'altère ou 
s'infecte même peu à peu. 

Si la jaunisse ne provient que d'un accident ou 
d'une maladie, elle a généralement peu d'importance; 
si, au contraire, elle provient d'une affection du foie, 
elle amène facilement la mort. 

Les premiers symptômes de la jaunisse se re- 
marquent dans le blanc de l'oeil, puis dans la peau 
elle-même, dans la selle et dans l'urine; l'appétit 
tombe ordinairement et le goût se modifie la plupart 
du temps. Si le foie est intact, la guérison ne souffre 
pas de difficulté. 

Pour l'usage interne je recommande spécialement : 
chaque jour 3-4 potions de tisane d'absinthe, à la 
dose de 3-4 cuillerées chaque fois ; ou bien 3 fois 
par jour une pincée de poudre d'absinthe, à prendre 
dans 6-10 cuillerées d'eau chaude. La tisane de 
sauge avec absinthe rend de très bons services 



MALADIES. 



aussi. De même 6 grains de poivre, absorbés avec 
la nourriture, constituent un bon remède digestif. 
On fait bien d'être sobre dans le boire et le manger. 
Le lait est un excellent aliment dans ces circon- 
stances. 

Les meilleures applications d'eau sont : 2-3 demi- 
maillots par semaine et autant de lotions (en sortant 
du lit et en s'y remettant aussitôt). La couleur icté- 
rique se maintient parfois des semaines entières, 
mais ne présente absolument pas de danger. Il en 
est de la jaunisse comme d'une étoffe dont on ne 
peut extraire d'un seul coup toute coloration. Mais 
si la teinte jaune passe peu à peu au brun et au 
brun-foncé, si l'appétit continue à diminuer, si la 
peau devient le siège d'un prurit incommode, et si 
l'amaigrissement va toujours en augmentant, alors 
il y a tout lieu de craindre que le foie ne soit incu- 
rable, qu'il ne soit pris d'une induration ou d'un 
cancer, ou d'une autre maladie semblable. 

Une tasse de lait, prise matin et soir, dans laquelle 
on aura mis avec du sucr« une cuillerée de poudre 
de charbon, a un effet tout particulier sur le foie 
malade et la jaunisse. 

2. Hypocondrie. 

J'ai toujours beaucoup de pitié pour les hypocon- 
driaques, comme pour les scrupuleux. «C'est un 
hypocondriaque, c'est un scrupuleux», entendez- 
vous dire mille fois. Manière de parler creuse et 
fade ! Avec cela on se moque de ces malheureux, 
au lieu d'être charitable à leur égard. Ce sont pré- 
cisément ces malades qui méritent de notre part la 
plus grande compassion et l'intérêt le plus vif. Je 
me demande chaque fois (et je le fais aussi pour les 



524 TROISIÈME PARTIE. 



scrupuleux) : Cet homme a-t-il jamais été dans son 
état normal? Y a-t-il eu un temps où il pensait rai- 
sonnablement et travaillait activement? Et si je 
reçois une réponse affirmative, ce serait déraison- 
nable de ma part de penser qu'il ne manque rien à 
cet homme, qu'il se plaît à faire des folies, qu'il est 
heureux de se martyriser lui-même et de martyriser 
les autres. Il faut que je me dise, au contraire : Ce 
malheureux doit avoir subi une modification interne, 
dans son corps ou dans son esprit, c'est-à-dire il 
doit être bien malade. Donc, cherchons à guérir ce 
qui s'est modifié, à rétablir l'état de santé d'autre- 
fois; après cela l'hypocondrie cessera d'elle-même. 
Les hypocondriaques — c'est souvent le cas — sont 
justement les gens les plus capables, ceux qui se 
sont astreints beaucoup aux études. La maladie les 
prend à l'improviste, de même que, dans la maison 
la plus solidement construite, il peut inopinément 
s'écrouler quelque chose. 

Je suis d'avis que dans l'hypocondrie, comme dans 
toutes les maladies de l'esprit, la racine du mal se 
trouve toujours dans le corps, dans le corps malade. 
Ce n'est qu'avec cette idée que l'on arrivera à guérir 
sûrement. Il faudra, par conséquent, chez ces ma- 
lades, chercher à redresser ce qui est relâché, à 
fortifier ce qui est affaibli, à mettre mieux en mou- 
vement ce qui est inactif; en un mot, il faut faire 
rentrer le cours du sang dans la bonne voie, et l'hy- 
pocondrie sera guérie. 

J'ai connu un homme favorisé de magnifiques 
talents. De bien longues années il vécut très heu- 
reux dans sa position et travaillait pour deux, avec 
facihté et entrain. Tout d'un coup il devint hypo- 
condriaque et en vint au point qu'il ne s'inquiétait 



MALADIES. 525 



plus le moins du monde de ses occupations, qu'il 
s'effrayait et s'effarouchait de tout, qu'il fuyait 
chaque société. Au lieu de lui témoigner de l'intérêt 
et de la pitié, dont il avait besoin, plus que tout 
autre, on ne lui disait à tout moment que des propos 
dédaigneux : « C'est que vous êtes hypocondriaque, 
on ne peut rien pour vous. » Cela suffit pour ren- 
verser, pour écraser un homme ! 

Chose curieuse! cet homme (je le tiens de lui- 
même) avait déjà visité deux établissements hydro- 
thérapiques, qui n'ont fait qu'aggraver son état. Les 
traitements y étaient trop rudes, trop violents, faits 
pour démolir cet organisme à moitié ruiné, plutôt 
que pour le réédifîer. 

C'est à cette occasion que j'ai pu constater, une 
fois de plus et très clairement, combien l'eau, ap- 
pliquée sous les formes les plus douces, est à même 
de produire les effets les plus excellents et les plus 
durables. Il va sans dire qu'une maladie de ce genre 
ne peut être enlevée en quelques jours. 

Quiconque observe les règles ordinaires de l'hy- 
giène, relativement à la nourriture, aux vêtements, 
à l'aération, à la récréation, à la propreté, celui-là n'a 
pas à craindre cette fatale maladie. Si, par hasard, 
elle apparaît à l'horizon, on n'aura guère de peine 
à la congédier immédiatement. 

Les applications d'eau les plus appropriées con- 
sistent dans les lotions totales et partielles, dans les 
demi-bains et bains de siège, dans les demi-maillots, 
enfin dans les bains froids entiers. 

Il me tient à cœur de relever ici deux points qui 
me pèsent. C'est un grand malheur de notre temps 
qu'on recherche tant les spiritueux, que les jeunes 
Q^ens mêmes s'habituent si facilement aux vins forts. 



528 TROISIÈME PARTIE. 

Toutes ces boissons font l'effet de riiiiile sur le feu : 
le sang et les humeurs de notre génération affaiblie 
ne les supportent pas. Restons sobres et simples, et 
bien des infirmités, que le progrès et Fesprit mo- 
derne ont amenées sur la scène des maladies, dis- 
paraîtront de nouveau derrière les coulisses. — Une 
autre calamité.^ que je voudrais encore signaler, 
consiste dans la manie de vouloir se nourrir presque 
exclusivement de viandes, et de dédaigner les ali- 
ments faits de lait et de farine, qui pourtant four- 
nissent les sucs les plus substantiels, les humeurs 
les moins acres, le meilleur sang. Cela ne peut avoir 
de bons résultats, c'est contre nature. C'est aux 
carnassiers seuls que le créateur a disposé l'estomac 
et le râtelier uniquement pour la chair. Mais pour 
l'homme, en faveur de qui tout le reste a été créé, 
il n'a pas tant limité le domaine alimentaire. Ils 
sont insensés, ceux qui — pour leur propre perte — 
agissent de la sorte ! 

3. Mélancolie. 

Un monsieur s'attira, par excès de fatigues et de 
soucis, la maladie suivante : bourdonnement d'o- 
reilles, lourdeur continue de tète, affaiblissement de 
la faculté intellectuelle et de la mémoire, de sorte 
qu'il fut incapable de remplir ses devoirs d'état. Il 
se trouvait, en outre, dans un état habituel de sombre 
tristesse et éprouvait parfois une indicible anxiété. 
Le sommeil était ordinairement mauvais, les forces 
physiques s'en allaient de plus en plus et le poids 
du corps diminuait sensiblement. 

Le malade excessivement mélancolique vint ici 
faire une cure : affusion supérieure, affusion dorsale, 
promenades dans l'eau, 2 maillots par semaine, man- 



MALADIES. 52' 



teau espagnol et, pour l'usage interne, des gouttes 
d'absinthe, soit seules, soit mélangées avec de l'ar- 
nica et de la centaurée. Ces gouttes ont une action 
toute particulière, dont il se loue beaucoup. Le 
traitement dura 8 semaines et le remit complète- 
ment. Son état mélancolique disparut et ne revint 
plus, et le poids de son corps augmenta de 11 kilos, 

«Voilà des années déjà que je suis toujours de 
mauvaise humeur, triste et morose, que je souffre 
de céphalalgie, de crispations à la figure, de beau- 
coup de rhumatismes et de sueurs abondantes sur 
tout le corps. Plusieurs médecins voulurent, mais 
en vain, me guérir. » 

Au bout de quinze jours, tout cet état maladif était 
supprimé; et, pour fortifier et consolider le corps 
dans l'avenir, il suffit d'un demi-bain et d'une lotion 
entière par semaine. Les applications des quinze 
premiers jours ont été : 1) tous les 3 jours, une che- 
mise trempée dans l'eau salée , afin d'éliminer les 
éléments morbides ; 2) de même tous les 3 jours, un 
demi-bain, à l'effet de fortifier l'abdomen; 3) tous 
les 3 jours, une lotion entière, pour remettre le corps 
en activité. 

ce Je viens vous consulter au sujet d'une personne 
malade d'esprit. Une femme de trente-huit ans n'a 
plus envie de rien faire et ne peut plus rien faire. 
Elle est mélancolique et ne s'occupe plus de son 
mari ni de tout son ménage. Elle évite, autant que 
possible, tout le monde et ne sort point de chez elle» 
Elle est déjà passablement amaigrie, et les remèdes 
qu'elle a pris sont demeurés sans effet. » 

Traitement. 1) Chaque soir, quand la malade est 
couchée et réchauffée, lui laver tout le corps avec 



528 TROISIÈME PARTIE. 



de l'eau et un peu de vinaigre; 2) chaque jour, lui 
administrer 2 pédiluves chauds, animés avec des 
cendres et du sel, durant 14 minutes; 3) prendre 2 
fois par jour 20 gouttes d'absinthe étendues dans 
l'eau. 

Au bout de 3 semaines l'état pathologique était 
meilleur, et je prescrivis pour l'avenir : 1) 2 demi- 
maillots par semaine; 2) 2 lotions entières par se- 
maine. Quinze jours plus tard, il ne fallut plus 
employer qu'une lotion entière par semaine et une 
promenade dans l'eau 3-5 fois chaque semaine. 



XX. MALADIES DES REINS. 

Un paysan expose ainsi l'état de sa maladie : « Je 
suis aussi misérable que je parais être gros et fort. 
Je ne puis plus travailler, je suis constamment 
gonflé et la gêne de la respiration est souvent si 
forte que je crois devoir étouffer. Au lieu de dormir 
durant la nuit, je ne cesse de me tourner et de me 
retourner dans mon lit. L'urine est ordinairement 
très épaisse et mêlée de sang, et souvent j'éprouve 
ime violente cuisson dans la vessie. J'ai consulté 
plusieurs médecins : l'un disait que je souffre des 
reins et que j'ai des calculs biliaires ; un autre pré- 
tendait que mes reins sont affectés et qu'ils seront 
pris d'une suppuration ; un troisième supposait que 
mon estomac ne digère pas bien et que par suite je 
suis toujours engorgé, puisque ma bouche est con- 
tinuellement très pâteuse. » 

A cet homme presque désespéré je donnai la re- 
cette suivante : 1) Chaque semaine, 2 bains chauds 



MALADIES. 529 



à décoction de paille d'avoine à 30-32** R. avec 3 alter- 
natives (10 minutes dans le bain chaud et 1 minute 
dans le bain froid). 2) Chaque semaine 2 demi-mail- 
lots, trempés dans une décoction de paille d'avoine, 
pendant une heure et demie. 3) Chaque jour 2 tasses 
d'mfusion de prêle et de grains de genièvre, cuite 
pendant dix minutes. 

Au bout de 6 semaines notre homme était remis. 
Son corps avait de nouveau la forme régulière, le 
gros ventre était parti, ainsi que le teint saure. Le 
visage était frais et les forces rétabhes. 

Un pauvre ouvrier écrit : « Je fus atteint d'une 
maladie de reins en novembre 1887, mais je con- 
tinuai, malgré cela, de travailler jusqu'en janvier 
1888. En attendant, j'étais tellement épuisé que je 
dus garder le Ht pendant 11 semaines. Le médecin, 
qui me traitait, déclara que mon infirmité provenait 
de refroidissements et de sueurs rentrées, et qu'elle 
pouvait traîner en longueur. Dans l'urine se trouvait 
toujours un sédiment rouge -brun; on la fit examiner 
à la pharmacie, et le résultat de l'analyse fut que ce 
sédiment n'était autre chose que du saîig. Ces pertes 
continuelles de sang me débihtèrent tellement, 
qu'un médecin craignait pour moi l'hydropisie. C'est 
pourquoi il examinait jour par jour les pieds et le 
cœur ; mais il ne se dessina nulle part un symptôme 
d'hydropisie. Comme plus tard je sentais du mieux, 
je retournai au travail; mais, 20 semaines après, la 
maladie revint et me fit renoncer de nouveau à mes 
occupations. Puisque j'avais consulté les médecins et 
absorbé toutes sortes de médicaments, sans en éprou- 
ver un effet sensible et durable, j'écoutai maintenant 
les conseils de quelques amis et me rendis à Wœris- 

34 



530 TROISIÈME PARTIE. 



hofen. J'employai la cure d'eau, qui me fit immensé- 
ment de bien. » 

Ce malade a été guéri par le traitement suivant, 
dans l'espace de 3 semaines : 

1) Un jour affusion supérieure et affusion des 
genoux dans la matinée ; demi-bain de 30 secondes 
après-midi. — 2) Le lendemain lotion de nuit, en 
sortant du lit, à une heure matinale ; plus tard pro- 
menade dans l'eau; après-midi affusion supérieure 
et affusion des genoux. — 3) Affusion supérieure et, 
plus tard, affusion des genoux dans la matinée ; 
affusion dorsale et marche dans l'eau après-midi. 
Tout cela alternativement pendant 3 semaines. — 
4) Enfin, chaque jour une tasse d'infusion de 10 
baies de genièvre pilées avec un peu de prêle, à 
prendre en 2 portions, matin et soir. 

Un monsieur vint me raconter : «J'ai près de 
quarante ans. J'éprouve constamment de grandes 
douleurs dans la région lombaire, c'est parfois pres- 
que insupportable ; des renvois plus ou moins forts, 
beaucoup de nausées, un violent mal de tête, beau- 
coup de vertiges, beaucoup d'aigreurs dans l'esto- 
mac. L'urine est très rare. Je ne suis jamais sans 
douleurs dans les pieds et les jambes et ne puis me 
tenir debout que fort peu de temps. Je. transpire 
abondamment et je sens une grande lassitude; mon 
teint est toujours très pâle et flétri. Les médecins 
— j'en ai consulté plusieurs — déclarent que je 
souffre d'une maladie de reins et d'obstructions dans 
l'abdomen. )> 

Le brave homme avait, en effet, perdu tout cou- 
rage. Les médicaments n'ayant pas eu de résultat, 
il vint demander la santé à l'eau. 



MALADIES. 



531 



Traitement. 1) Chaque jour 2 affusions supé- 
rieures et affusions de genoux; 2) chaque jour une 
affusion dorsale et 2 ou 3 promenades dans l'eau, 
parfois aussi une promenade d'une ou de 2 heures 
dans l'herbe mouillée. — Nous étions en été, par con- 
séquent les applications pouvaient être répétées. Il 
partit une quantité extraordinaire d'urine, les nau- 
sées cessèrent dès le second jour, le teint s'amé- 
liora, la vie et le courage revinrent. En quinze jours 
le rétabhssement fut complet. Si n'avait été la belle 
saison, la cure aurait duré 4 semaines. 

Nous devrions parler encore de la gravelle et des 
calculs rénaux, qui consistent dans -des concrétions 
urinaires formées dans les reins. Ces dépôts s'ap- 
pellent gravelle ou graviers lorsqu'ils n'acquièrent 
pas de grandes dimensions, et calculs rénaux ou 
urinaires lorsqu'ils ont un certain volume. Nous y 
reviendrons dans le chapitre suivant, où il sera 
question de la pierre ou du calcul vésical. 



XXI. MALADIES DE LA VESSIE. 

Parmi les états morbides de l'appareil vésical 
nous citerons le catarrhe de la vessie, la névralgie 
de la vessie, la rétention d'urine, V incontinence 
d'urine, la gravelle et la pierre. 

I. Catarrhe de la vessie. 

Un monsieur écrit : « J'ai trente ans, je souffre 
depuis trois ans d'un catarrhe vésical, que je me 
suis attiré par une grande application à mes occu- 
pations et sujtajit par l'habitude de résister trop 



532 TROISIÈME PARTIE, 

longtemps au besoin d'uriner. Au début je remplis- 
sais encore, pendant 2 mois, les devoirs de ma 
charge, au milieu de grandes souffrances, jusqu'à 
ce qu'un jour je vins à m'affaisser subitement à 
table. Je suis resté alité pendant 4 mois et suis 
devenu si misérable que mon corps ressemblait à 
un squelette — je pesais encore 82 livres. Le méde- 
cin me prescrivit alors l'eau de Wildungen (princi- 
pauté de Waldeck) , dont je bus à peu près 100 
î)Outeilles, et des bains de siège chauds. A mon mal 
s'ajouta un très fort catarrhe de l'estomac et des 
intestins. Après 4 mois , à l'arrivée du printemps, 
j'allais mieux. Pendant l'été mon mal était suppor- 
table, quoique, par intervalles, je ressentisse encore 
de fortes douleurs et que l'urine fût très souvent, 
presque tous les jours trouble. L'hiver m'apporta de 
nouveau une masse de souffrances; ce n'est que le 
printemps suivant et surtout l'été qui me remirent 
quelque peu. Mais durant l'hiver 1887 mes douleurs 
de vessie augmentèrent tous les jours ; l'urine devint 
de plus en plus rare et trouble, et je dus garder le 
lit pendant 3 semaines. Mes forces physiques dimi- 
nuèrent toujours davantage, si bien que l'on crut à 
un dépérissement. Mes extrémités inférieures étaient 
habituellement froides, et je ne pouvais me réchauf- 
fer malgré ma chambre bien chaude, mes cinq cale- 
çons et mes 3 paires de bas; je m'en allais à la 
dérive. Le médecin répétait que je devais me tenir 
chaud, et contre l'affection vésicale il prescrivit 
tantôt l'eau de Wildungen, tantôt l'eau de Kronen- 
quelle (Silésie), dont j'ai vidé à peu près 150 bou- 
teilles. Obéissant à des conseils venus de différents 
côtés, je me suis enfin décidé, dès que le temps le 
permettrait, à aller à Woerishofen. » 



MALADIES. 583 



Le patient avait l'air bien maigre et misérable, 
mais ne toussait pas. Je lui fis espérer le rétablisse- 
ment. Dès le troisième jour son teint s'améliora, les 
douleurs diminuèrent de jour en jour, l'urine fut 
plus abondante et plus limpide, et au bout de 4 se- 
maines il déclara : «A présent je suis redevenu 
rbomme gai, éveillé et bien portant d'autrefois — 
c'est l'effet de l'eau. » 

Le résultat fut extraordinairement favorable. Un 
médecin, qui s'occupe spécialement des maladies de 
la vessie, déclara notre homme parfaitement rétabli 
et fut tout stupéfait de ce succès thérapeuthique. 

Le traitement avait consisté en ceci : Au com- 
mencement, quelques bains de siège faits d'une 
décoction de prêle; puis, 3 semaines durant, avant- 
et après-midi, une affusion supérieure et une marche 
dans l'eau; plus tard, des bains de siège alternant 
avec les affusions supérieures, tous les jours. En 
dehors de cela, du thé de prêle et de baies de ge- 
nièvre dans les commencements. 

2. Névralgie de la vessie. 

Un instituteur écrit : «Ma maladie est appelée 
par les médecins « état d'irritation nerveuse de la 
vessie et du bas - ventre » . Depuis environ quinze 
ans je souffre des voies urinaires, tantôt plus, tantôt 
moins. Au commencement de ce printemps les dou- 
leurs sont revenues avec une intensité extraordi- 
naire : j'étais obligé, bien souvent, 15-20 fois pendant 
la nuit, de lâcher l'eau, qui me pressait vivement ; 
l'urine abondante, que je rendais, renfermait une 
grande quantité de cristaux salins, plus tard aussi 
de la viscosité. A côté de cela je souffrais de consti- 
pation continuelle, de flatuosité; souvent, surtout 



534 TROISIÈME PARTIE. 

la nuit, j'étais pris de violents tremblements, prin- 
cipalement au bas-ventre, accompagnés d'une sen- 
sation de froid; parfois aussi je ressentais des 
convulsions nerveuses dans les jambes. Un manque 
complet d'appétit et l'insomnie m'ont extrêmement 
aiïaibli. 

Les applications furent : 1) chaque nuit une lotion 
entière; 2) un jour le demi-maillot, l'autre jour la 
chemise trempée dans l'eau chaude mêlée de sel; 
3) tous les jours une tasse d'infusion de prêle, dans 
laquelle on a fait bouillir 20 baies de genièvre pilées. 

Ce traitement continua 3 semaines, pendant les- 
quelles le sommeil et l'appétit revinrent et les symp- 
tômes de la maladie disparurent l'un après l'autre. 
II ne resta plus que de la lassitude et de la douleur 
dans les jambes, pour lesquelles j'ordonnai à l'avenir : 

1) Une afîusion supérieure chaque matin; 2) après- 
midi, une afîusion des genoux; 3) parfois un demi- 
bain. 

Les derniers vestiges de l'infirmité furent bientôt 
effacés. 

3. Rétention d'urine. 

Je fus appelé, un jour, en toute hâte auprès d'un 
charpentier septuagénaire, pour le préparer à la 
mort, parce qu'il souffrait d'une horrible rétention 
d'urine. J'accourus, mais il me fut impossible de 
remplir mon ministère; car il ne pouvait rester 
tranquille et courait d'un coin de la chambre dans 
l'autre, en poussant des cris de douleur. Sa femme, 
gémissant et pleurant avec lui, ne savait que faire. 
Le médecin demeurait à deux lieues, de sorte qu'à 
son arrivée il ne trouverait plus le malade parmi les 
vivants. J'ordonnai de faire vite de l'eau bouillante,: 



MALADIES. 535 



de préparer en même temps une chaise percée et de 
mettre dans le vase une poignée de prêle, sur la- 
quelle fut versée l'eau en ébullition. Aussitôt le 
malade se mit sur la chaise et laissa la vapeur 
chaude de prêle se répandre sur les parties endo- 
lories. Je lui dis de rester dans cette position pen- 
dant 20-30 minutes, puis de se mettre au lit. Je 
partis en promettant de revenir après une heure, pour 
apporter les derniers sacrements. Je revins alors et 
trouvai le patient couché tranquillement dans son 
lit et couvert d'une abondante sueur. Il me raconta 
avec bonheur que déjà il avait évacué 4 litres d'eau 
et qu'il ne ressentait plus la moindre douleur. Inu- 
tile, par conséquent, de s'occuper de la préparation 
à la mort. Le lendemain il prit encore un bain de 
vapeur de 20 minutes, comme la veille ; le troisième 
jour il se reposa, et le quatrième il retourna à son 
métier. — Le sujet s'était refroidi et avait ainsi 
gagné son mal. Il est incroyable combien une petite 
herbe, employée à propos, peut soulager et secourir 
dans les heures de douleurs et d'angoisses. 

Un cultivateur fut affecté de la même infirmité. 
Il souffrait d'un affreux besoin d'uriner et d'horribles 
douleurs. Le médecin procéda au cathétérisme ; 
mais, pour comble de malheur, le cathéter se brisa, 
de sorte qu'au mal existant s'ajouta un nouveau 
supplice, l'un plus épouvantable que l'autre. Quel 
martyre jusqu'à ce qu'enfin le morceau de la sonde 
resté dans le corps en fût extrait ! Il se déclara une 
telle inflammation qu'il n'y eut plus moyen de son- 
ger au cathéter. Le médecin chercha à pénétrer 
dans la vessie avec un instrument. Mais voilà qu'un 
double essai échoua, après quoi il déclara qu'il n'y 



536 TROISIÈME PARTIE. 



avait plus moyen de sauver le malade et qu'il était 
temps de lui administrer les sacrements. Le curé de 
la paroisse arriva. Heureusement il avait entendu 
parler de la manière dont j'avais guéri le charpen- 
tier nommé ci-dessus. Aussitôt le même remède fut 
employé, et l'effet ne se fit pas attendre : la vessie 
se vida, l'inflammation disparut, et le malade se 
rétablit complètement. Il prit tous les jours 2 de 
ces bains de vapeur. 

Outre cette application extérieure, il est bon de 
prendre aussi du thé de prêle, chaque jour une tasse, 
partagée en 2-3 portions. 

Un pauvre journalier eut pendant plusieurs se- 
maines de grands embarras de vessie. Le mal aug- 
menta de jour en jour. Il employa les vapeurs de 
prêle, qui, cette fois, ne voulurent pas produire 
d'effet. C'est que les vapeurs seules n'étaient pas 
assez fortes, il fallut corroborer leur action par 
d'autres moyens. On fit donc une décoction de prêle, 
on y trempa un linge plié en 4, on le tordit un peu 
et on l'appliqua très chaud sur la partie malade. 
Chaque jour un bain de vapeur de prêle et une pa- 
reille fomentation de 2 heures, cela fut plus que 
suffisant : en peu de jours le mal avait disparu. — 
Dans ce cas aussi, comme dans le précédent, il avait 
été provoqué par un refroidissement, qui, cette fois, 
n'était pas la seule cause ; il y avait en outre des 
causes secondaires. L'urine rendue fit reconnaître 
qu'il s'était dégagé beaucoup d'éléments malades. 

Dans un cas semblable j'ai employé, en place de 
la prêle, de l'eau chaude mélangée avec du vinaigre. 
Les linges trempés dans ce liquide et appliqués pro- 
duisirent le même résultat. 



MALADIES. 537 



Une mère de famille était alitée depuis 19 semaines 
et avait toujours recours à la médecine. Les hommes 
de l'art prenaient son mal pour un cancer de la 
vessie. Les douleurs étaient souvent si grandes que 
les voisins entendaient crier la pauvre femme, et 
personne n'avait plus d'espoir pour elle. J'ai con- 
seillé à la malheureuse de faire une décoction de 
prêle, d'y plonger un linge, de le tordre un peu, d'y 
envelopper la prêle qu'elle avait fait bouillir, 
et d'appliquer ce cataplasme sur l'abdomen, sur la 
partie souffrante. Dès la première application la 
malade se sentit soulagée. Elle fit ainsi durant 5 
jours, 3 ou 4 fois journellement, laissant le cata- 
plasme chaque fois 2 bonnes heures. En même temps 
elle prenait du thé de prêle, 3 fois par jour. Le cin- 
quième jour un calcul salin fut évacué au milieu d'in- 
dicibles souffrances. Apremière vue on pouvait cons- 
tater que des morceaux s'étaient détachés de cette 
pierre. Le mal était guéri, le fameux cancer enlevé. 

Un homme de soixante-quatre ans, au reste fort 
et bien portant, se trouva dans l'impossibihté de 
lâcher l'eau. Il fit appeler le médecin. Celui-ci em- 
ploya le cathéter et déclara qu'il n'y avait plus de 
remède à ce mal. En effet, il fallut le chercher toutes 
les 24 heures pour cette désagréable opération. Au' 
bout de 4 jours une fièvre ardente se dessina dans tout 
le corps de notre homme et — chose fatale — il lui fut 
défendu de rien boire. Il y avait donc 2 tourments 
qui torturaient le pauvre corps, et le médecin n'a- 
vait plus guère d'espoir. Je fus consulté, et je 
conseillai de faire coucher le malade sur un linge 
plusieurs fois plié et trempé dans l'eau chaude, cela 
durant trois quarts d'heure, puis de tremper à nouveau 



538 TROISIÈME PARTIE. 

le même linge et de l'appliquer pendant une heure 
sur le bas-ventre (compresse inférieure et supérieure) . 
Déjà après la première application il s'échappa un 
litre et demi d'eau. Cette opération fut pratiquée 
2 fois par jour, plus tard une fois seulement. Pour 
l'usage interne le patient prit journellement, en 3 
portions, une tasse d'infusion de prêle, de baies de 
genièvre ou de racines d'hièble (infusées dans l'eau 
pendant 5 minutes). Le romarin macéré dans le vin, 
même les seules baies de genièvre, infusées dans 
l'eau et prises en forme de thé, auraient également 
rendu de bons services. Le premier mal avec ses 
douleurs prit fin, la fièvre aussi disparut entière- 
ment, et le brave homme se trouve depuis cette 
cure mieux portant qu'auparavant. 

Un cultivateur d'environ quarante-deux ans ra- 
conte : « Je suis souffrant depuis quatre ans, et cela 
augmente de mois en mois ; j'ai de la difficulté à 
lâcher l'eau. Il m'est impossible de résister plus 
d'une demi-heure au besoin d'uriner; quand cela 
dure plus longtemps, le mal gagne en intensité, au 
point que j'ai des crampes violentes, et ce n'est qu'à 
la cessation de celles-ci que je puis rendre un peu 
d'eau. J'ai déjà consulté beaucoup de médecins, rien 
n'y a fait. Sur la recommandation d'un médecin de 
. Munich j'ai bu 80 bouteilles d'eau minérale, ce qui 
m'a soulagé un petit peu ; mais le mal n'est point 
du tout enlevé. Il faut que je me lève toutes les 
demi-heures de la nuit, pour rendre un peu d'urine; 
si je ne le fais pas, le mal empire. Pour le reste, 
je suis très bien portant; on me répète sans cesse 
que j'ai bonne mine ; je bois rarement de la bière, 
parce qu'elle ne fait qu'aggraver mon mal, et d'ail- 



MALADIES. 539 



leurs je n'en buvais jamais beaucoup. Qu'y a-t-il à 
faire ? » 

Traitement. 1) Dans la semaine 2 bains chauds, 
faits d'une décoction de paille d'avoine, à 30-32°, 
avec triple alternative : 10 minutes dans l'eau chaude, 
puis une demi-minute dans l'eau froide ; ensuite de 
nouveau 10 minutes dans le bain chaud, et une 
demi-minute dans le bain froid, etc.. 2) Les autres 
jours de la semaine, c'est-à-dire chaque jour libre, 
un demi-maillot depuis les aisselles jusqu'aux genoux, 
trempé également dans l'eau de paille d'avoine 
et maintenu pendant une heure , si possible. — 
Continuer ainsi pendant 12-14 joars. 3) Tous les 
jours 3 petites tasses d'infusion de prêle et de baies 
de genièvre, cuisson de 10 minutes. 

Un domestique eut une rétention d'urine très pé- 
nible •: il ne pouvait lâcher que fort peu d'eau à la 
fois, et cela au milieu de violentes douleurs. 

Le médecin déclara ne pouvoir donner issue à 
l'urine qu'au moyen du cathéter, ce qu'il fit tous les 
deux jours, pendant un certain temps. En attendant, 
le mal augmentait toujours, les douleurs redou- 
blaient. 

Le domestique prit alors 2 fois par jour 25-30 
gouttes d'essence de genièvre et de gratte-cul dans 
un verre d'eau. Dès la première demi-journée il 
remarqua du mieux, dans 10 jours le mal fut pas- 
sablement enlevé. Il continua encore dans la suite 
à prendre les gouttes marquées ci-dessus, en alter- 
nant toutefois avec des gouttes d'absinthe, et fut 
délivré ainsi de son infirmité en peu de temps. 

Pour tous les états maladifs de l'appareil urinaire 
en général, affections de vessie et calculs, je recom- 



540 TROISIÈME PARTIE. 

mande beaucoup la tisane de feuilles de cassis (gros- 
seiller à fruit noir). Elle a déjà rendu d'excellents 
services, même dans des cas excessivement graves. 

4. Incontinence d'urine. 

Cette maladie se présente fréquemment dans le& 
jeunes années des deux sexes. Des adultes en grand 
nombre ont également à s'en plaindre jusqu'à l'âge 
de vingt ans et au delà. Les journaux annoncent et 
recommandent toutes sortes de remèdes contre cette 
infirmité; mais ordinairement ce n'est que de la 
charlatanerie. Il est à regretter que l'on emploie de 
pareils remèdes, souvent très nuisibles, qu'on inflige 
une punition corporelle aux malheureux enfants 
atteints de ce mal et que l'on se moque d'eux, ce 
qui, à coup sûr, au lieu de les guérir, ne fait qu'em- 
pirer le mal. J'ai entendu parler d'un établissement 
où les enfants en question subissaient un châtiment 
avant d'aller se coucher. Les pauvres créatures, 
d'effroi et de honte, ne pouvaient s'endormir tout 
de suite et tombaient ensuite dans un sommeil d'au- 
tant plus profond, de sorte que le mal gardait le 
dessus. La cause de cette infirmité est dans la fai- 
blesse de la nature ; si l'on vient à fortifier celle-ci,, 
la maladie disparaîtra forcément. 

J'ai conseillé à 6 enfants, âgés de huit jusqu'à 
treize ans, de marcher journellement dans une cuve 
remplie d'eau jusqu'à la hauteur des mollets, pen- 
dant 2-3 minutes, puis de se donner beaucoup de 
mouvement, dans la chambre ou au dehors, pour 
faire revenir promptement la chaleur naturelle. Au 
bout de 5 jours l'accident n'arrivait plus qu'à 2 en- 
fants, qui, eux aussi, se trouvaient guéris peu de 
jours plus tard. 



MALADIES. 541 



Un second procédé d'application consistait en ce 
que, après avoir marché dans l'eau, ils durent tenir 
aussi les bras, pendant 2 minutes, dans l'eau froide, 
ce qui, évidemment, n'avait pas seulement d'effet 
sur le mal dont nous parlons, mais contribuait à 
donner un air de santé à ces enfants, qui aupara- 
vant avaient le teint malade. 

Le remède indiqué peut également suffire pour les 
adult-es. Mais si, par suite de faiblesse, les humeurs 
et le sang sont dans un mauvais état, je conseille 
de boire chaque jour une tasse de thé de mille- 
feuille, une moitié le matin, l'autre moitié le soir. 

Remarquez que l'eau la plus froide est la plus 
efficace. J'ai fait l'essai de bains chauds sur les en- 
fants affectés du mal susnommé et j'ai obtenu le 
résultat contraire. 

5. Gravelle et pierre. 

Il arrive bien souvent que des calculs, c'est-à-dire 
des concrétions urinaires se forment dans les reins 
et dans la vessie, c'est la gravelle et la pierre. Qui- 
conque a vu un malade atteint de cette affection ou 
l'a éprouvée lui-même, connaît l'intensité épouvan- 
table de pareilles douleurs. La guérison au moyen 
de l'eau est sûre et s'effectue de la plus facile et 
de la meilleure manière. 

Nous rangeons en première ligne les bains à paille 
d'avoine. L'on fait bouillir de la paille d'avoine fou, 
à son défaut, de la prêle) pendant une demi-heure, 
et l'on verse la décoction dans un bain chaud à 
30° R. environ. Le malade reste une heure dans le 
bain, afin que celui-ci ne le rende pas trop flasque ; 
il se lave, immédiatement après, avec de l'eau 
fraîche. On peut prendre 3 de ces bains par semaine. 



512 TROISIÈME PARTIE. 

En outre, 2-3 demi -maillots par semaine ou, à leur 
place, des compresses humides sur les endroits dou- 
loureux (linges plies en 4 ou 6 et entourés, comme 
d'ordinaire, pour empêcher le contact de l'air) ren- 
dent d'excellents services. Ces 2 applications sont 
naturellement à prendre au lit. Elles résolvent les 
calculs dans la vessie et dans les reins et les éli- 
minent. Mais c'est précisément dans ces maladies qu'il 
ne faut pas oublier le thé.^ Nommons tout d'abord 
l'avoine : on l'infuse pendant une demi-heure, et de 
cette tisane on boit tous les jours 2 tasses. La tisane 
de paille d'avoine, préparée de la même façon, a une 
action plus énergique que celle d'avoine. La tisane 
de prêle n'a guère de rivale. Je cite encore les gratte- 
cul, dont la décoction sert également de thé et a 
une vertu bien salutaire, pourvu qu'on en use pen- 
dant un certain temps, et l'expérience m'a appris 
qu'il préserve surtout du retour de l'affection calcu- 
leuse. Les applications indiquées ci-dessus doivent 
être pratiquées dans le nombre* donné et pendant 
2-3 semaines ; après ce temps, on n'en pratiquera 
que la moitié, pendant 3-4 autres semaines. L'infir- 
mité disparaîtra certainement sous la bénédiction 
du médecin des médecins. 

Un homme, qui avait procédé suivant mes indica- 
tions, me raconta que chez lui plusieurs milliers de 
ces petits calculs avaient été évacués dans l'espace 
de quelques semaines. 

Un autre était tellement atteint de la gravelle et 
de la pierre que l'âcreté des concrétions urinaires 

1 J'indique 4 sortes de thés, dont une au moins sera à la 
disposition de chacun de mes lecteurs. 



MALADIES. 543' 



descendit même dans les pieds, où se forma une 
quantité innombrable de pustules. Par intervalles,, 
tout le corps éprouvait un fourmillement, un prurit, 
une cuisson très désagréable. Il prit 30 bains dans 
l'espace d'un an, le manteau espagnol plusieurs fois 
par semaine, ainsi que du thé des 4 sortes indiquées 
plus haut, ce qui le délivra complètement de son 
affection douloureuse. 

Un monsieur, dans la force de l'âge, devint ma- 
lade. Il eut de violentes douleurs dans les reins et 
ne parvint plus à évacuer l'urine. Les médecins 
dirent que la vessie renfermait un calcul qui ne 
pourrait être enlevé que par une opération. Le ma- 
lade ne voulut en aucune façon entendre parler 
d'opération. 

Le patient reçut la visite d'une personne de sa 
connaissance, qui vint s'informer de son état. Il lui 
exposa son mal et reçut le conseil de prendre, à 
midi, le soir et le matin, un bain de siège fait d'une 
décoction de prêle, et de boire avant chaque bain 
une tasse de thé de cette même prêle. Au bout de 
36 heures il partit un calcul presque de la grosseur 
d'une noix. Subitement toute douleur disparut, et le 
malade était guéri. 

Monsieur K. de D. écrit : «J'étais très malade 
depuis 6 semaines et souffrais beaucoup des hémor- 
roïdes. J'avais 3 médecins, qui diagnostiquaient la 
pierre et la gravelle; aucun ne put me secourir. 
Comme j'étais incapable de tout service, je dus soi- 
gner pour un remplaçant. Alors j'appris indirecte- 
ment que mon médecin avait insinué que ma maladie 
était incurable. Un autre médecin me conseilla d'al- 



544 TROISIÈME PARTIE. 



1er à Heidelberg. Je préférai mourir chez moi, plutôt 
que dans une ville étrangère. Je n'en fis donc rien, 
tandis que le mal empirait de plus en plus, et je 
vous dis, monsieur le curé, ea place de l'urine, j'ai 
évacué au moins 2 litres de sang. J'étais résigné à 
mon sort et attendais la fin ; je faisais dire des messes 
en l'honneur de la Sainte-Vierge et, si dans la nuit 
les horribles douleurs ne me laissaient pas dormir, 
je m'écriais : Ah ! quand donc serai-je délivré de 
mes souffrances? Enfin, quand j'eus absorbé pour 
141 francs 63 centimes de médecine et d'eau miné- 
rale, le bon Dieu m'écouta. J'entendis parler de 
votre livre, je le fis venir, je commençai la cure et, 
au bout de huit jours , je ne sentais plus de dou- 
leurs : mon urine (qui avait été trouble comme la 
bière gâtée) était claire comme l'eau de source, et 
aujourd'hui, après 4 semaines, je suis, en dépit de 
mes soixante ans, gai et bien portant comme un 
jeune homme de dix-huit ans. Oui, si je n'avais pas 
honte, j'irais danser au carnaval. Malgré le méde- 
cin, qui ne croyait plus à ma guérison, je suis 
parfaitement guéri. Si votre livre ne m'était pas 
tombé entre les mains, je serais certainement enterré 
à l'heure qu'il est. » 

Pour terminer, laissez-moi dire un mot à l'adresse 
de la jeune génération, qui aime tant à rejeter ce 
qui est vieux, parce que c'est vieux et que c'est 
fondé sur des préjugés, sur l'ignorance ou sur la super- 
stition — c'est du moins son avis — et qui recher- 
che sans cesse et avec avidité ce qui est nouveau. 

Le Créateur, dans sa bonté et sa sagesse, a pour- 
vu à tous les maux, dont le nombre et l'intensité 
sont considérables; parmi eux compte l'infirmité 



MALADIES. 545 



en question, dont les douleurs sont vives, continues 
ou exacerbantes, parfois atroces, et ceux qui en 
souffrent sont nombreux. Il fait croître sur la sur- 
face delà terre les plantes les plus variées, qui adou- 
cissent les souffrances, corrigent et guérissent les 
maladies. Les hommes ont, il est vrai, effacé des 
pharmacopées, c'est-à-dire des livres qui traitent de 
la composition et de la préparation des remèdes, ces 
plantes médicinales comme non-scientifiques et sur- 
années; c'est là du progès, et quel progès ! Mais le 
Créateur infiniment sage fait apparaître annuellement 
chacune de ces plantes, avec leurs noms, dans le grand 
livre de la Nature. Il n'en a rayé aucune, ni buisson, 
ni feuille du buisson; elles sont là pour Thomme, 
pour sa joie, pour sa prospérité. Qui a raison ? C'est 
chose curieuse, chaque bête, notamment chaque 
bête sauvage répond, sans doute poussée par l'ins- 
tinct, aux vues du souverain Maître. Guidée par la 
^loi de la nature, elle sait trouver pour chaque dou- 
leur et pour chaque blessure l'herbe curative vou- 
lue ! Nos pères et plus d'un parmi ceux qui vont 
descendre dans la tombe et dont les idées sont pas- 
sées de mode, faisaient de même. 

J'applaudis au progrès dans le domaine de bien 
des sciences, et j'en suis heureux. Mais tout ce qui 
porte cette enseigne des temps modernes, tout cela 
n'est point progrès en réalité. 

Mon petit livre est, en première ligne, écrit pour 
les pauvres et les malades de la campagne, et je 
leur dis : Remerciez votre Créateur de tous ces 
dons, qui sont souvent les meilleurs, et ne portez 
pas envie aux autres, aux riches ! Tenez-vous en 
tranquillement à vos bonnes herbes médicamen- 
teuses. Que vous les employiez à l'intérieur ou à 

35 



546 



TROISIEME PARTIE. 



l'extérieur, vous avez l'assurance (même dussiez- 
vous dans l'un ou l'autre cas n'en pas faire l'emploi 
correct) qu'elles ne pourront pas vous porter préju- 
dice. Laissez aux riches leurs produits minéraux et 
vénéneux, que le nom brillant et l'usage universel 
ne rendent pas meilleurs ! Je serais peiné de savoir 
que vous aussi, vous foulez aux pieds les dons de 
Dieu, les petites plantes médicinales, que le Seigneur 
fait germer et croître devant votre maison, dans le 
champ, sur le pré. Oh ! alors je ne pourrais et je 
ne voudrais plus, malgré tout l'intérêt que je vous 
porte d'ailleurs, venir à votre secours ! 




TABLE ALPHABETIQUE 



DES MATIÈRES. 



Pages. 

A. 

Abdomen, 60, 63, 135, 142, 

218,225,530 

Ablutions diverses . 123 

et suiv. 

Absinthe . 164 

Accouchement . . . 520 

Adynamie 351 

Aération 14 

Affaissement d. nerfs. 393 
Affusions diverses ,113 

et suiv. 
Aigreurs d'estomac . 477 

Alcool 128, 525 

Aller nu-pieds ... 29 
Aliénation mentale, 134, 
143, 195, 291,304, 381 
Alimentation .... 13 
Aliments malsains . 169 

Aloès .165 

Althsea rosea .... 196 

Althée .168 

Alun 168 

Amandes (huile d') . 190 

Ampoules 57 

Amygdales. . . 105, 433 



Pages 

Anémie, 114, 121, 174, 

208, 333 

Angélique. ..... 169 

Angine couenneuse. 435 
Angine gutturale . . 433 

Anis 170 

Ansérine 170 

Arnica 171 

Artemisiaabsinthium 164 

Ascarides 513 

Aspérule 183 

Asthénie 393 

Asthme ....:.. 461 

Avoine ..... 172, 542 

Avoine (paille d'), 57, 84, 

542 

B. 

Bains divers, 54 et suiv. 
Bains alternatifs . . 80 
Bain de pieds . . 54, 106 
Bain médicamenteux 56 
Bain de siège . . 61, 110 
Bain de tête. . . 91, 100 

Bain de foin 254 

Bain de drague ou 
d'orge 58 



548 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 



Pages, 

Bain aux fleurs de 
foin, à paille d'a- 
voine, aux feuilles 

de pin 84 

Bain mixte 85 

Bain minéral .... 86 

Bain froid en pleine 

transpiration . 70, 290 
Bas mouillés .... 136 

Béchique (remède) . 227 
Bile ......... 175 

Blessures. 172, 176, 205 
Boire et boisson de 

table 148 

et suiv. 
Bouche . . 185, 197, 218 
Bouillon-blanc ... 173 
Bourdonnement d'o- 
reille . . 417 

Bras . . 40, 90, 256, 346 

Bright (maladie de) . 348 

Bronches, 134, 170, 190, 

437, 440, 448 

Bronchite 440 

Brûlures .... 176, 318 

C. 

Calcul , voir foie , 
reins, vessie, gra- 
velle, pierre. 

Camomille 173 

Camphre 173 

Canal intestinal . . 485 
Cancer . . 168, 213, 275 
Cancer de la langue . 275 
Cancer de l'estomac, 276, 
476, 477 

Carie 213, 235 

Cartilaginification , 56, 

174 

Cataracte 413 



Pages. 

Catarrhe 173 

» général. . . 146 
); pulmonaire. 440 
» d'estomac. . 480 
» de la vessie . 531 

Cautère 305 

Ceinture 60 

Cellulaire (tissu) . . 267 

Centaurée 174 

Céphalalgie 364 

» nerveuse 369 

Cerveau 353 

Châle 133 

Chaleur interne, 167, 1^4 
Charbon (poudre de) 208 
Chaussettes mouil- 
lées , . 136 

Chemise mouillée. . 142 
Chêne (écorce de). . 176 

Chicorée 175 

Chien enragé .... 112 

Chlorose, 63, 210, 333, 

335 

Choléra ....... 403 

Cholérine 406 

Chorée 143, 379 

Choucroute 320 

Coecum 64 

Cœur, 142, 218, 440, 464 
Colique, 65, 170, 173,178, 
222, 485 
Colonne vertébrale, 46, 
238, 240 
Compresses diverses, 44 

et suiv. 
Congestion, 47, 56, 61, 
143, 145, 173, 218, 354 
Consomption .... 347 

Constipation .... 491 

Contusion. ..... 174 

Coqueluche 228 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



549 



Pages. 

Cor au pied, 57,109, 342 

Coryza 418 

Cou (maillot de). . . 131 
Cou (ronflement du), 176, 
229 
Couenneux (dépôts). 437 
Coup de sang .... 357 
Crachement de sang 336 

Craie 209 

Crampes,47,56,lll,113, 

143 171,174, 178,218, 

228, 482 

Croup ........ 435 

Croûtes ....... 92 

Cuir chevelu .... 92 

Cumin. ....... 179 

D. 

Dalles mouillées . . 36 

Danse de Saint-Guy, 143, 

379 

Dartres diverses . . 302 

et suiv. 
Delirium tremens. . 380 

Demi-bain 58 

Dents (mal de) ... 193 
Dépérissement „ , . 348 
Dépuratifs. ..... 224 

Désinfectants . . . . 185 

Dévoiement , voir 

diarrhée. 

Diaphragme 445 

Diarrhée, 203, 22-2, 486 
Digestion, v. estomac. 

Diphtérie 437 

Doigts 90, 253 

Dos, 46, 238, 240, 255 
Douceurs ...... 157 

Douches. ...... 122 

Dysenterie ..... 498 



Pages. 

E. 

Eau (promenade d. V) 39 

Eau-de-vie 128 

Eau prise en boisson 147 
Echauboulures ... 167 
Echauffement .... 176 
Ecorce de chêne . . 176 

Eczéma 307 

Emphysème 457 

Empoisonnement du 

sang 340 

Encens 215 

Endurcir le corps 

(moyens d'), 29, 59, 67, 
117 
Enfants (insomnie 

des) 401 

Enrouement . . 419, 421 

Entozoaires 513 

Epilepsie 378 

Epistaxis 338 

Equisetum arvense . 213 
Eruption, 184, 222, 291, 
311 
Erysipèle. . . . 227, 297 
Erythrsea centau- 

rium 174 

Estomac, 47, 61, 165, 167, 

169, 174, 178, 185, 187, 

190, 196, 202, 204, 213, 
216, 219, 472, 477 

Eufraise 177 

Exostose 238 

Extinction de voix . 422 

Extraits 161 

Exutoires 305 

F. 

Femmes. .... 55, 520 
Fenouil 178 



550 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



Pages. 

Fenugrec 226 

Feuilles de pin ... 84 

Fièvre, 46, 73, 75, 128, 

134, 223, 402 

Fièvre muqueuse . . 504 

Fistules 64, 177 

Flatuosité, voir gaz. 
Fleurs de foin . . 56, 84 
Fluxion de poitrine . 443 
Foie, 164,174,186,219,521 
Folie, voir aliénation. 
Folie alcoolique . . 380 
Fonticules. ..... 305 

Fosses nasales ... 418 
Fouille-régulateur . 179 
Friction sèche ... 259 

Fraise 183 

Fromage 444 

G. 

Gale .315 

Gastralgie ..... 472 

Gastrorragie .... 336 

Gaz, 45, 47, 61, 137, 142, 

145, 169,178,186, 

194, 202, 458 

Gencives 169 

Genévrier ...... 185 

Genou (tumeur du) . 257 

Genoux (affusion des), 41 , 

113 

Gentiana centaurium 174 

Gentiane 187 

Gerçures ...... 191 

Girofle (huile de) . . 194 
Glace (compresse de) 48 
Glauber (sel de) . . 496 

Goitre 177 

Gorge, 56, 133, 142, 173, 

196,219,226,267, 

433, 437 



Goutte, 56, 58, 83, lit, 

215 249 

Gratte-cul . . . 188^ 542 

Gravelle, 65, 111, 184, 

188, 531, 541 

Grippe 441 

Guérison (comment 
elle s'opère) ... 9, 11 

Gui 189 

Guimauve. ..... 157 

H. 

Haut mal ...... 378 

Helminthes ..... 513 

Hématémèse .... 336 

Hémoptysie 336 

Hémorragie, 189,336,340 
Hémorroïdes, 63, 64, 65, 
145, 499 
Herbe mouillée. . . 35 
Hernie ....... 514 

Hièble ........ 189 

Houblon ...... 158 

Huiles 163 

Huile excrétive ... 191 

Hydromel 199 

Hydropisie,lll,142,167, 
186,190,205, 
217, 278, 279 
Hypericum perfora- 

tum 202 

Hypocondrie, 47, 134, 523 
Hystérie. ..... 218 

I, ^. 

Ictère 522 

Incontinence d'urine 540 
Infection purulente, 112, 
340 
Inflammation .... 267 
Influenza 441 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



551 



Pages. 

Insecte venimeux. . 112 

Insomnie 399 

Intestins 532 

Intoxication du sang 341 
Irritation des nerfs 390 
Jambes, 40,114,321, 346 
Jaunisse .... 164, 522 
Juniperus ...... 185 

L. 

Laine (régime de) . . 14 

Larynx 421, 437 

Lavande (huile de) . 194 
Lin (graines de) . . 188 
Localisé (bain) ... 112 
Lotions diverses, 123 et 

suiv. 
Luette 433, 434 

M. 

Magnésie (sulfate de) 496 
Maillots divers, 130 et 

suiv. 

Mains 90, 112 

Maladie (qu'est-ce 

que la) 8 

Maladies éruptives .311 

Mal caduc 378 

Manteau espagnol . 143 

Mauve. . 196 

Médicamenteux (pé- 

diluve) 56 

Mélancolie 164, 195, 526 
Ménianthe. ..... 196 

Menthe ....... 197 

Miel ......... 198 

Migraine ...... 372 

Millefeuille ..... 202 

Millepertuis . . ; = . 202 
Minéraux (bains) . . 86 
Molène ....... 173 



Morue (huile de) . . 195 

Muguet . 183 

Muqueuse des bron- 
ches 448 

Muqueuse pharyn- 
gienne 435 

Musculaire (rhuma- 
tisme) 258 

Myrtille. ...... 202 

N. 

Neige (marcher dans 
la) 33, 37 

Nerfs (affaissement 
des) 393 

Nerfs (irritation des). 390 

Nerveuse (céphalal- 
gie) . 369 

Névralgie de la ves- 
sie 533 

Nez (maladies du). . 418 

Nez (saignement du), 337, 
338 

Nu-pieds (aller) . e . 29 

0. 

Odeur de la bouche, 164, 
197 
Oeil, 93, 113, 166, 177, 
193, 199, 406 
Olive (huile d') . • • 195 
Ongles, 56, 57, 109, 168 
Ophtalmie catar- 

rhale 407 

Ophtalmique (bain) . 93 
Oreille . . 113, 191,416 
Orteil. . . . 56, 235, 253 
Ortie. ........ 204 

Os 232, 235 

Os (poudre d'j. . . . 211 



552 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. 



Pages. 
P. 

Pâles couleurs, 333, 335 

Panaris 272 

Parturition 520 

Peau (maladies de la) . 283 
Pédiluves,voir bains. 

Pellicules 92 

Péritonite . . . 135, 445 
Pharmacie de famille 

(contenu de la) . . 230 
Pharynx .... 435, 437 
Phtisie . . 209, 229, 448 
Pieds, 56, 57, 106, 112, 

114, 252, 256, 321, 343 
Pieds nus (aller) . . 29 
Pierre ... 65, 111, 541 

Pilules . 157 

Pin (feuilles de) . . . 84 
Plaies ........ 191 

Plantain. ...... 205 

Pleurésie. . , . 135, 443 
Pneumonie. . . 135, 443 
Poitrine, 173, 196, 202, 
204, 216, 225, 443 
Pommes de terre . . 320 
Potage de santé . . 206 
Pouce (abcès au) . . 271 

Poudres 163 

Poumons, 134, 142, 170, 

202, 204, 440, 443, 457 
Prêle. ... 65, 213, 542 

Primevère 214 

Prostration d. forces 351 
Purgatifs drastiques 496 
Purge ..,,.„.. 180 
Pyémie .,.,... 344 



R. 



Rachis 
Rage , 



238, 240 
. . . 112 



Pages 

Rate 175 

Refroidissement, 63, 67, 

105, 173 

Réglisse (bois de). . 157 

Reins, 65, 174, 186, 188, 

219, 328, 541 

Renvois 477 

Résine 215 

Respiration pénible. 173 
Rétention d'urine. . 534 

Rhubarbe 496 

Rhumatisme, 58, 111,174 
Rhumatisme articu- 
laire, 57, 83, 215, 241 
Rhume de cerveau . 418 
Romarin ...... 216 

Rosa canina 188 

Rue 217 

S. 

Sac trempé 139 

Saignée 43, 50 

Saignement 214 

Saint-Guy (danse de) 379 
Sambucus ebulus . . 189 
Sambucus nigra . . 222 
Sang (maladies du) . 333 
Sang (coup de) . 46, 357 
Sang (crachement 

de) 214, 336 

Sang (flux de) .... 214 
Sang (formation du) 52 
Sang (empoisonne- 
ment du) ..... 340 
Sangsues ..,.,. ^ . 51 
Santal. . . - . . ,. . 218 

Sauge ,219 

Scarlatine. ...... 293 

Sciatique ,, . . . .. . 397 

Scorbut . _ , . ,344 
Scrofule. . 410 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MAXIÈRES. 



553 



Sel de Glauber . . . ?96 
S emen- contra. ... 514 
Séné (feuilles de), 158, 
496 
Siège (bain de), 61, 110 
Sommeil. . . 55, 63, 126 

Son 219 

Soupe de santé . . . 206 
Spasmes, v. crampes. 

Spiritueux 525 

Squirre 475 

Sudorifiques . . 223, 225 
Sueur . . . 284, 285, 287 
Sueur des pieds, 109. 136, 
' 284 
Sulfate de magnésie 496 
Sulfate de soude . . 497 

Surdité 416 

Sureau ....... 222 

Surexcitation .... 399 

Sympathique (mala- 
dies du grand] . . 402 
Système nerveux 
ganglionnaire. . . 402 

T. 

Tissu cellulaire . . . 267 
Tousser, toussoter . 420 
Toux, 167, 228, 229, 434 
Transpiration, 70, 71, 290 
Trigonelle. . . . , . 226 
Tumeur, 56, 168, 174, 
226, 229 
Tumeur blanche du 

genou 257 

Tussilage 227 

Typhus, 61, 76, 99. 128, 
172, 505 



U. 



Pages. 



Ulcères . . 166, 176, 213 

Ulcères à la tête . . 92 
Ulcères aux pieds et 

aux jambes , 226. 321 
Urine. . . . „ , 534,' 540 



Vaccine (accidents 

de la) 313 

Valériane 228 

Vapeur (bains de). . 94 

et suiv. 
Variole, voir vérole. 
Venimeux (insecte) . 112 
Ventosité, voir gaz. 
Ventre, 60, 62, 65, 135, 

218 
Ver solitaire .... 514 

Verbascum 173 

Vérole (petite). 128, 172, 

308 
Vers intestinaux . , 513 

Vertige 218, 374 

Vessie, 65, 111,531,533. 

541 
Vêtements , . , , , 13 
Viande ....... 526 

Violette. ...... 228 

Viscum album . . . 189 
Voix (extinction de). 422 
Vomissement, 479. 482, 

496 
Vomissement de 

sang. . . 197, 214, 336 
Vomitifs. ...... 496 



o^O^sS^ 



554 TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES. 



TABLE GENERALE DES MATIERES- 



Pages. 

Préambule du traducteur ....,.,..,, . v 

Avant-propos de l'auteur ............ ix 

Introduction 1 



PREMIÈRE PARTIE. 



APPLICATIONS D'EAU. 

Notions générales. .;....».....,.,, 19 

Moyens d'endurcir le corps ...» .»«... , 28 

A. COMPRESSES. 

1. Compresse supérieure .....„.»,«,,. 44 

2. Compresse inférieure ............. 45 

3. Compresse supérieure et inférieure. ..... 46 

4. Compresse de l'abdomen ,.«.,. 47 

B. BAINS. 

I. Bains de pieds 54 

1 . Bain de pieds froid ...».»«...., 54 

2. Bain de pieds chaud .>....«»„., 55 

II. Demi-bains ....»„<.... 58 

III. Bains de sièg:e ..,.,. 61 

1. Bain de siège à eau froide ..,.»,,. 62 

2. Bain de siège à eau chaude. ....... 64 

IV. Bains généraux 65 

1. Bain général froid 65 

Si) bain général froid des personnes bien 

portantes 67 

bj bain général froid des malades .... 75 



TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES. 555 

Pages, 

2. Bain général chaud 78 

a) Bain général chaud des personnes bien 

portantes 82 

bj Bain général chaud des malades . , . 83 

3. Bains minéraux 86 

V. Bains partiels 90 

1. Bain des bras et des mains. ,<,,... 90 

2. Bain de la tête , , , 91 

3. Bain ophtalmique .,.,... 93 

G. BAINS DE VAPEUR .,..,«. 94 

1. Bain de vapeur de la tête ......,= ... 100 

2. Bain de vapeur des pieds ........... 106 

3. Bain de vapeur du siège. ...,,..,<.., 110 

4. Bain de vapeur localisé ............ 112 

D. AFFUSIONS. 

1. Affusion des genoux. ............. 113 

2. Affusion supérieure ...«....„.,... 115 

3. Affusion dorsale ..... = .,«.»,..,. 119 

4. Affusion inférieure. .............. 120 

5. Affusion totale ...,..,»«.. 120 

E. ABLUTIONS. ........ 123 

1. Ablution totale. . , . 124 

a) pour les personnes en bonne santé. . . , . 124 

b) pour les personnes malades ...,,.*«. 126 

2. Ablution partielle ....,.,. 129 

F. MAILLOTS. 

1. Maillot de tête .,.,.,.,.,..>.,.. 130 

2. Maillot de cou ...,...,...-.,... 131 

3. Châle ,,,».._.,,... 133 

4. Maillot de pieds 135 

aj maillot de pieds proprement dit ...... 135 

bJ maillot de genoux, . 136 

5. Maillot inférieur .....,»..,.,«.,, 137 

6. Demi-maillot c ., ... , 140 

7. Chemise mouillée ....,....,.,,.. 142 

8. Manteau espagnol . « , . 143 

G. l'eau prise en boisson. . , . , 147 



556 



TABLE GENERALE DES MATIERES- 



DEUXIÈME 


. PARTIE. 




PHARMACIE. 








] 


Pages. 


Notions générales et division ,..,., 


155 


Teintures, thés, poudres et huiles 


161 


1. Absinthe . . , . 


164 


32. Huiles d'olives . 


195 


2. Aloès . . _ , . 


165 


33. Mauve. . . . . . 


196 


3. Althée. . , . , . 


168 


34. Ménianthe . . . 


196 


4. Alun ....... 


168 


35. Menthe 


197 


5. Angélique .... 


169 


36. Miel 


198 


6. Anis ....... 


170 


37. Mille-pertuis . . 

38. Myrtille ...... 


202 


7. Ansérine . . , . 


170 


202 


8. Arnica. . , . , . 


171 


39. Ortie 


204 


9. Avoine 


172 


40. Plantain. . . . . 


205 


10. Bouillon-blanc . 


173 


41. Potage de santé. 


206 


11. Camomille . . . 


173 


42. Poudre de char- 




12. Camphre .... 


173 


bon 


208 


13. Centaurée. . . . 


174 


43. Poudre de crai^. 


209 


14. Chicorée .... 


175 


44. Poudre d'os . . . 


211 


15. Choucroute . . . 


176 


45. Prêle des champs 


213 


16. Ecorce de chêne. 


176 


46. Primevère. . . . 


214 


17. Eufraise. .... 


177 


47. Prunelle . . . . 


215 


18. Fenouil 


178 


48. Résine et grains 




19. Fouille -régula- 




dencens . . . . 


215 


teur . . , . , 


179 


49. Romarin . . , . 


216 


20. Fraise ....... 


183 


50. Rue ...,,.. 


217 


21. Genévrier . , . . 


185 


51. Santal. . „ . , , 


218 


22. Gentiane .... 


187 


52. Sauge .,..,. 


219 


23. Graines de lin . . 


188 


53. Son ...... . 


219 


24. Gratte-cul. , -. . 


188 


54. Sureau . . . . . 


222 


25. Gui ...... . 


189 


55. Tilleul. . . . . . 


225 


26. Hièble ...... 


189 


56. Trigonelle - Fe - 




27. Huile d'amandes 


190 


nugrec . . . . 


226 


28. Huile excrétive . 


191 


57. Tussilage .. . . . 


227 


29. Huile de girofle . 


194 


58. Valériane , . . 


228 


30. Huile de lavande 


194 


59. Violette . . , . . 


229 


31. Huile de morue . 


195 







Appendice : contenu d'une pharmacie de famille. 230 



TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES. 557 



TROISIÈME PARTIE 



MALADIES. 

Pages. 

Notions préliminaires ......,„.,,,. 233 

I. MALADIES DES OS. 

1. Carie ................ 235 

2. Exostose 238 

3. Colonne vertébrale .,..,.,, 238 

4. Rachitisme ....,...,..,.,.... 240 

II. MALADIES DES ARTICULATIONS. 

1. Rhumatisme articulaire ........... 24î 

2. Goutte ...,»..... 249 

3. Tumeur blanche du genou . . , . 257 

III. MALADIES DES MUSCLES. 

Rhumatisme musculaire , . 258 

IV. MALADIES DU TISSU CELLULAIRE. 

1. Inflammation en général. 267 

2. Abcès 270 

3. Panaris ................... 272 

4. Cancer . - . 275 

5. Hydropisie 278 

V. MALADIES DE LA PEAU. 

1. Sueur 284 

2. Eruptions 291 

3. Scarlatine -.-.... 293 

4. Erysipèle 297 

5. Dartres 302 

6. Eczéma — dartre du cuir chevelu 307 



558 TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES. 

Pages 

7. Variole ...,,,,.. 308 

._,.,.. 318 
. , 315 

. , . 318 



8. Vaccine (accidents de la) 

9. Gale 
ÎO. Brûlures 



11. Ulcères aux pieds et aux jambes ..»..., 321 

VI. MALADIES DU SANG. 

1 . Anémie et chlorose. .,...,>-..■... 333 

2. Hémorragie ... 336 

3. Infection purulente ...,,.,..... 340 

4. Scorbut et pyémie , . . 344 

5. Consomption .....,, 347 

6. Adynamie — prostration des forces . . ... 351 

VII. MALADIES DU CERVEAU. 

i. Inflammation du cerveau. ..... = ,.>. 353 

2. Congestions ...........,..,,.- 354 

3. Coup de sang ...,.,.,,,.>..,. 357 

4. Apoplexie .,„,. = ....,.. 358 

5. Mal de tête .,,,.,....... 364 

6. Céphalalgie nerveuse. ............. 369 

7. Migraine ..,,,..,,... 372 

8. Vertiges 374 

9. Epilepsie — mal caduc ............ 378 

10. Danse de Saint-Guy = . 379 

1 1 . Delirium tremens — folie alcoolique . „ . . 380 

12. Aliénation mentale .............. 381 

VIII. MALADIES DES NERFS CÉRÉBRAUX-SPINAUX. 

1. Irritation des nerfs 390 

2. Asthénie — affaissement des nerfs. ..... 393 

3. Sciatique 397 

4. Insomnie .......-.......,.,„ 399 

IX. MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 
GANGLIONNAIRE. 

1. Fièvre • . . 402 

2. Choléra 403 



TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES. 559 



3. Cholérine. ........ 406 

X. MALADIES DES YEUX. 

1. Ophtalmie catarrhale 407 

2. Cataracte 413 

XL MALADIES DES OREILLES. 

1. Surdité . 416 

2. Bourdonnement 417 

XII. MALADIES DU NEZ ET DES FOSSES NASALES. 

Ooryza ou rhume de cerveau 418 

XIII. MALADIES DU LARYNX. 

1. Enrouement 421 

2. Extinction de voix 422 

XIV. MALADIES DE LA GORGE. 

1. Angine gutturale 433 

2. Anodine couenneuse 435 

3. Diphtérie 437 



XV. MALADIES DES BRONCHES ET DES POUMONS. 

1. Bronchite 440 

2. Influenza 441 

3. Fluxion de poitrine. 443 

4. Phtisie 448 

5. Emphysème pulmonaire 457 

6. Asthme 461 

XVI. MALADIES DU CŒUR 464 

XVn. MALADIES DE l'eSTOMAC. 

1. Gastralgie 472 

2. Aigreurs d'estomac 477 

3. Catarrhe d'estomac 480 

4. Crampes d'estomac. ........ .... 482 



560 TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES. 



XVIII. MALADIES DU CANAL INTESTINAL ET 

DES PARTIES ACCESSOIRES. 

Pages. 

1. Coliques .,...,,... 485 

2. Diarrhée . ..,,.., 486 

3. Constipation , . 491 

4. Dysenterie . 498 

5. Hémorroïdes „ . . 499 

6. Fièvre muqueuse 504 

7. Typhus 505 

8. Vers intestinaux 513 

9. Hernies .,..,. 514 

10. Parturition 520 

XIX. MALADIES DU FOIE. 

1 . Jaunisse 522 

2. Hypocondrie ....-...........; 523 

3. Mélancolie 526 

XX. MALADIES DES REINS 528 



XXI. MALADIES DE LA VESSIE. 

1. Catarrhe de la vessie 531 

2. Névralgie de la vessie 533 

3. Rétention d'urine 534 

4. Incontinence d'urine 540 

5. Gravelle et pierre. ....„.»..,.... 541 



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Le titre indique suffisamment ce dont il s'agit. La 
première partie traite des préceptes de Thygiène et'étudie 
['action des agents qui exercent une influence sur la 
santé de l'homme : induence de Tair, de la lumière, de 
la température, des vêtements, du travail, du repos, des 
nabitations, de Talimentation, des repas, de l'éducation, 
des devoirs des parents, de l'école, du pensionnat, etc.. 

Dans la seconde partie M. Kneipp expose de nombreux 
cas de maladie et développe pratiquement sa méthode 
de guérir suivant les règles de son expérience. C'est une 
méthode qui a obtenu des succès aussi nombreux que 
brillants. 

Le livre Vivez ainsi est, sous plus d'un rapport, plus 
intéressant encore que Ma Cure d'eau L'un est le com- 
plément de l'autre, et les deux ne forment, pour ainsi 
dire, qu'un seul tout et sont appelés a faire un bien 
universel : ils nous apprennent la manière d'user et de 
jouir de tout ce qui nous entoure, l'art d'affermir la 
santé et d'éviter les maux phvsiques qui nous menacent 
sans cesse durant notre courte existence. 



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